Richard Ier d'Angleterre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Richard Cœur de Lion (homonymie) et Richard Ier.
Richard Ier
Gisant de Richard Cœur de Lion(vers 1199, abbaye de Fontevraud)
Gisant de Richard Cœur de Lion
(vers 1199, abbaye de Fontevraud)
Titre
Roi d'Angleterre et seigneur d'Irlande

&&&&&&&&&&&035619 ans, 9 mois et 0 jour
Couronnement [1]
en l'Abbaye de Westminster
Prédécesseur Henri II
Successeur Jean
Duc des Normands
Prédécesseur Henri II
Successeur Jean
Duc des Aquitains
11691196
Prédécesseur Aliénor et Henri II
Successeur Otton de Brunswick
11981199
Prédécesseur Otton de Brunswick
Successeur Jean
Biographie
Dynastie Plantagenêt
Date de naissance
Lieu de naissance Palais Beaumont, Oxford (Angleterre)
Date de décès (à 41 ans)
Lieu de décès Châlus, Limousin (France)
Père Henri II d'Angleterre
Mère Aliénor d'Aquitaine
Conjoint Bérangère de Navarre
Héritier Arthur Ier de Bretagne (1189-1199)

Richard Ier d'Angleterre
Monarques de Grande-Bretagne

Richard Ier d'Angleterre[2] dit Cœur de Lion ([F 1], palais de Beaumont, Oxford, château de Châlus Chabrol). De 1189 à 1199, il fut roi d'Angleterre, duc de Normandie, duc d'Aquitaine, comte de Poitiers, comte du Maine et comte d'Anjou. Il est aussi un mécène des troubadours et l'auteur de poèmes.

Fils d’Henri II d'Angleterre et d’Aliénor d'Aquitaine, Richard est élevé dans le duché d'Aquitaine à la cour de sa mère, ce qui lui vaut dans sa jeunesse le surnom de Poitevin. Il devient comte de Poitiers et duc d’Aquitaine à onze ans. Après la mort subite de son frère aîné le roi Henri le Jeune en 1183, il devient héritier de la couronne d’Angleterre, mais aussi de l’Anjou, de la Normandie et du Maine[3].

Pendant son règne qui dure une dizaine d’années, il ne séjourne que quelques mois dans le royaume d’Angleterre et n'apprend jamais l'anglais[4]. Il utilise toutes ses ressources pour partir à la troisième croisade, puis pour défendre ses territoires français contre le roi de France, Philippe Auguste, auquel il s’était pourtant auparavant allié contre son propre père. Ces territoires, pour lesquels il a prêté allégeance au roi Philippe, constituent la plus grande partie de son héritage Plantagenêt.

Les Anglais l’appellent Richard Ier, les Français Richard Cœur de Lion ou Oc e No[F 2],[5], et les Sarrasins, Melek-Ric ou Malek al-Inkitar (roi d'Angleterre)[6].

En son temps, il est considéré comme un héros, et souvent décrit comme tel dans la littérature. Il est aussi un poète et un écrivain célèbre à son époque, notamment pour ses compositions en langue d'oc, sa langue maternelle[7],[8].

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et enfance[modifier | modifier le code]

Richard naît probablement au palais de Beaumont en Angleterre[G 1]. Troisième fils d’Henri II d’Angleterre (l’aîné, appelé Guillaume, né en 1153, est mort à l’âge de trois ans), Richard n’est pas destiné à lui succéder. Il est cependant le fils préféré de sa mère (qui avait eu deux filles de son premier époux, le roi Louis VII de France) et, lorsque ses parents se séparent, il devient son héritier à la couronne d’Aquitaine en 1168, puis au titre de comte de Poitiers.

Révolte contre son père Henri II[modifier | modifier le code]

Comme les autres enfants légitimes d’Henri II Plantagenêt, Richard montre peu de respect pour son père et manque de clairvoyance à long terme ainsi que du sens des responsabilités.

En 1170, son frère Henri « le Jeune » est couronné roi d’Angleterre, avant la mort de son père. Il est ainsi dénommé pour le différencier de son père, puisqu’il ne règne pas encore. En 1173, Richard rejoint ses frères Geoffroy II de Bretagne époux de Constance de Bretagne et Henri le Jeune dans leur révolte contre leur père. Déjà dotés de fiefs par leur père, ils espèrent le remplacer effectivement au pouvoir, poussés en cela par leur mère. Henri II envahit l’Aquitaine deux fois, et à dix-sept ans, Richard est le dernier de ses fils à lui tenir tête.[réf. nécessaire] Finalement, il refuse un combat face-à-face, et lui demande son pardon. En 1174, Richard renouvelle ses vœux de soumission à son père[F 3].

Après son échec, Richard s’occupe à mater les nobles mécontents d’Aquitaine, spécialement en Gascogne. Richard fonde Marmande en 1182 s’y installe et construit de nombreux châteaux forts dans les environs (Soumensac). Il se fait une affreuse réputation de cruauté, avec de nombreuses accusations de viols et de meurtres. Les rebelles espèrent détrôner Richard et appellent ses frères à l’aide. Henri II a peur que cette guerre entre ses trois fils ne conduise à la destruction de son royaume, et il lance son armée à son aide. Le , Henri le Jeune meurt, et son père Henri II est toujours sur son trône.

Richard a une raison majeure de s’opposer à son père. Ce dernier a pris comme maîtresse la princesse Alix, fille du roi Louis VII, alors qu’elle lui était promise. Cela rend aux yeux de l’Église le mariage avec Richard techniquement impossible. Mais Henri, voulant éviter un incident diplomatique, ne confesse pas son erreur de conduite. Quant à Richard, il ne renonce au mariage qu’en 1191.

La troisième croisade[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Troisième croisade.

Préparatifs[modifier | modifier le code]

Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste.

Très absent de son royaume d’Angleterre, Richard préfère se consacrer à ses possessions françaises et à la croisade en Terre sainte. Il a grandi sur le continent et n’a même jamais appris l'anglais[9]. Peu après son accession au trône (1189), il décide de se joindre à la troisième croisade, inspirée par la perte de Jérusalem, prise par Saladin. Mais, craignant que le roi de France, Philippe Auguste, n’usurpe ses territoires en son absence, il le persuade de se joindre à lui[réf. nécessaire]. Les deux rois prennent la croix le même jour.

Richard est accusé de faire peu pour l’Angleterre, se contentant d’épuiser les ressources du royaume en empruntant à des juifs pour financer ses expéditions en Terre sainte. Il relève également les taxes, et dépense la majeure partie du trésor de son père. Il rassemble et emprunte autant d’argent qu’il le peut, libérant par exemple le roi d’Écosse de son hommage en échange de dix mille marcs, et vendant nombre de charges officielles et autres droits sur des terres.

En 1190, Richard part finalement pour la troisième croisade avec son ami le seigneur de Sablé et futur Grand-Maitre templier, Robert de Sablé (qui passa dix-neuf ans à sa cour)[10]. Ils partent avec Philippe Auguste depuis le port de Marseille, laissant Hugues, évêque de Durham et Guillaume de Mandeville comme régents. Guillaume de Mandeville meurt rapidement et est remplacé par Guillaume Longchamp. Mécontent de cette décision, le frère de Richard, Jean, se met à manigancer contre Guillaume.

Par ailleurs, c’est grâce aux réformes importantes de son père en matière de législation et de justice qu’il lui est possible de quitter l’Angleterre pendant toute cette période.

Pendant l'été 1190, Richard décide de débarquer près de Naples tandis que Philippe Auguste gagne directement Messine le 16 septembre[11]. De la région de Naples, il gagne Messine par voie de terre en passant par Amalfi, Salerne et Mileto, où il est agressé par des paysans. Selon Roger de Hoveden, Richard s'était écarté de sa suite et avait molesté un paysan[12]. Aussitôt, tous les habitants du village l'attaquèrent et il ne dut sa survie qu'à la rapidité de sa fuite.

Passage de la croisade par la Sicile[modifier | modifier le code]

En septembre 1190, Richard et Philippe sont en Sicile. En 1189, le roi Guillaume II de Sicile est mort. Son héritière, sa tante Constance, future reine Constance Ire de Sicile, est mariée à l’empereur Henri VI. Mais immédiatement après la mort de Guillaume, son cousin Tancrède de Lecce se rebelle, prend le contrôle de l’île, et début 1190, est couronné roi de Sicile. Il est préféré par le peuple, et par le pape, mais il est en conflit avec les nobles de l’île. L’arrivée de Richard accentue les difficultés. Tancrède a emprisonné la veuve de Guillaume, la reine Jeanne, la sœur de Richard, et ne lui donne pas l’argent qu'elle a hérité selon la volonté du défunt. Richard réclame la libération de sa sœur, et que lui soit remis son héritage. Pendant ce temps, la présence de deux armées étrangères cause des troubles parmi la population, exaspérée notamment par le comportement des soldats envers les femmes[11]. En octobre, la population de Messine se révolte, demandant que les étrangers quittent l’île. Une rixe éclate le 3 octobre entre des soldats et des habitants de la ville, « ramas de Grecs et de ribauds, gens issus de sarrasins » qui conspuaient les pèlerins tout en les traitant de « chiens puants »[11]. Richard attaque Messine et la prend le 4 octobre 1190. Après l’avoir pillée et brûlée, Richard y établit son camp. Il y reste jusqu’en mars 1191, quand Tancrède accepte finalement de signer un traité. Celui-ci est signé, toujours en mars, par Richard, Philippe et Tancrède. En voici les termes :

  • Jeanne doit être libérée, recevoir sa part d’héritage ainsi que la dot que son père avait donnée à feu Guillaume,
  • Richard et Philippe reconnaissent Tancrède comme légalement roi de Sicile et souhaitent conserver la paix entre leurs royaumes,
  • Richard proclame officiellement son neveu Arthur de Bretagne, le fils de Geoffroy et de Constance de Bretagne, comme son héritier, et Tancrède promet de marier dans le futur une de ses filles à Arthur, quand il sera majeur (Arthur a alors quatre ans).

Ayant signé le traité, Richard et Philippe reprennent la mer. Le traité ébranle les relations entre l’Angleterre et le Saint-Empire romain germanique, et cause la révolte de Jean sans Terre, qui espère être proclamé héritier à la place de son neveu. Bien que sa révolte échoue, Jean continue dès lors de comploter contre son frère.

Durant avril, Richard s'arrête sur l’île byzantine de Rhodes pour éviter une tempête. Il la quitte en mai, mais une nouvelle tempête amène sa flotte à Chypre.

Passage de Richard par Chypre[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.
Richard Cœur de lion.

Richard essuie une tempête et trois de ses navires s'échouent sur la côte chypriote. L'attitude hostile du prince Isaac Doukas Comnène qui régnait sur Chypre après s'être détaché de l'empire byzantin en 1184, provoque, le 6 mai 1191, le débarquement de la flotte de Richard dans le port de Lemesos (maintenant Limassol). Il tente de s'entendre avec le Grec pour le ravitaillement d'Acre, mais devant la perfidie de ce dernier (Isaac était en fait de mèche avec Saladin), Richard entreprend la conquête de l'île. Les quelques catholiques romains de l’île se joignent à Richard, ainsi que les nobles de l’île, en révolte contre les sept années subies sous le joug tyrannique d’Isaac.

Après avoir été défait à Kolossi (à l'ouest de Limassol), Isaac réorganise sa défense sur la route menant à la capitale Nicosie (à Trémithoussia). C'est là que fut livrée la bataille décisive (21 mai 1191). Isaac est vaincu et fait prisonnier par Richard. Richard devient le nouveau maître de Chypre. Il pille l’île, et massacre ceux qui tentent de lui résister. Pendant ce temps, la promise de Richard, Bérangère de Navarre, première-née du roi Sanche VI de Navarre, l’a enfin rejoint sur sa route vers la Terre sainte. Leur mariage est célébré à Limassol, le 12 mai 1191. La sœur de Richard, Jeanne, l’a suivi de Sicile, et assiste à la cérémonie.

Le mariage ne produit pas d’héritier, et les opinions divergent sur l’entente entre les époux. La malheureuse Bérangère a autant de mal que son mari pour son voyage de retour, et ne revoit l’Angleterre qu’après la mort de Richard.

Cette conquête allait avoir un impact très important sur l'Orient latin. D'un côté, l'île, pleine de ressources, allait constituer un centre de ravitaillement assuré pour l'Orient latin (et notamment pour Acre encore assiégée) et une escale sûre pour les armadas italiennes (maîtresses de la mer) et les autres croisades. D'un autre côté, elle allait participer au déclin de l'Orient latin en attirant les colons et barons syriens (entre les terres pleines de richesse de l'île et celles de la Palestine sans cesse exposées au danger, le choix fut évident pour nombre de chevaliers) d'autant plus que le clan des Lusignan (futurs maîtres de Chypre) n'hésita pas à multiplier les offres de terres et autres baronnies.

La croisade en Terre sainte[modifier | modifier le code]

Gisant à l'intérieur de la cathédrale de Rouen.

Avant de partir pour Acre et pour seulement 25 000 marcs d'argent, Richard vend l'île de Chypre à son ami Robert de Sablé, le grand-maître de l'ordre du Temple. Les Templiers y installeront pendant quelques années leur première base en Orient avant de la vendre à Guy de Lusignan[13]. Richard, avec presque toute son armée, quitte Chypre pour la Terre sainte au début de juin. En son absence, Chypre doit être gouvernée par Richard Kamvill (plus tard donnée à Guy de Lusignan qui en deviendra le roi héréditaire).

Richard arrive à Acre en juin 1191 avec son ami le grand-maître de l'ordre du Temple Robert de Sablé, deux mois après Philippe Auguste. La ville, assiégée depuis deux ans par les Francs (eux-mêmes encerclés par l'armée de Saladin), commence à être à bout. L'arrivée du roi Richard et de ses troupes, à la fois fabuleux combattant et tacticien, amène la chute d'Acre en juillet 1191. C'est lors de cette prise qu'il va s'illustrer sombrement en massacrant 3 000 prisonniers musulmans, Saladin tardant à lui remettre la vraie croix, 2 500 prisonniers chrétiens ainsi qu'une rançon convenue (20 août 1191, après le départ de Philippe Auguste). Après cet acte de barbarie qui va renforcer le jihad et rendre entre autres les futures négociations très difficiles (notamment pour la restitution de Jérusalem), Richard part conquérir le littoral avec Robert de Sablé et ses Templiers, mais il reste le seul chef de toute l'armée franco-anglaise (le roi de France est parti avec sa propre maison, laissant toutes ses troupes sous la houlette du duc de Bourgogne). Richard a aussi tout fait pour imposer comme roi de Jérusalem Guy de Lusignan (celui-ci étant originaire du Poitou, et donc son vassal) au détriment de l'énergique Conrad de Montferrat (sauveur de Tyr en pleine débâcle franque). Ce dernier était soutenu ardemment par tous les barons syriens.

Lors de leur conquête du littoral sud, Richard et ses troupes ainsi que les Templiers mené par Robert de Sablé furent harcelés sans cesse par les troupes de Saladin. Les croisés ne tombèrent pas dans le piège de la poursuite et restèrent solides. Cependant, Saladin, ayant reçu ses renforts turcomans, engagea le combat aux environs d'Arsuf dans une position stratégique très favorable (les croisés étant encerclés, adossés à la mer). Mais Richard ne perdit pas son calme et tenta une habile manœuvre d'encerclement pour écraser totalement l'armée adverse. Un hospitalier et un chevalier anglais chargèrent pour la gloire, entraînant avec eux quelques autres chevaliers. Richard dut alors charger avec toute la cavalerie pour éviter une désorganisation possiblement fatale, et après de durs combats, la victoire fut pour Richard. Celle-ci ne fut pas complète cependant et ne conduisit qu'à disperser et repousser l'armée ennemie, Richard n'ayant pu réaliser le mouvement tournant qui lui aurait permis de vraiment remporter la bataille. Saladin détruisit alors les places fortes (Jaffa notamment) avant l'arrivée des croisés. Le littoral conquis et certaines places fortes reconstruites (Jaffa, Ascalon…), Richard partit vers Jérusalem en plein hiver, mais il renonça finalement au siège sous l'insistance notamment des barons syriens (la période était mauvaise et ces derniers savaient qu'ils ne pourraient tenir Jérusalem une fois tous les croisés repartis). Il revint par la suite à deux reprises. Mais avec son armée affaiblie, tandis que celle de Saladin était toujours plus grande et plus forte, il renonça alors qu'il pensait toujours aveuglément que la ville était à sa portée de main. Richard reçut de graves nouvelles d'Angleterre et ne pensait qu'à rejoindre son royaume.

Il finit par embarquer le 9 octobre 1192, après avoir bâclé la paix avec Saladin (celui-ci, conscient des difficultés de Richard, tergiversait intelligemment) et mit à la tête d'Acre son neveu, le comte Henri II de Champagne (Conrad de Montferrat avait été assassiné par la secte des Assassins, et Guy de Lusignan dit « Sa Simplesse », devenu trop embarrassant pour les croisés, fut nommé à la tête du Royaume de Chypre).

Capture et retour de Richard dans ses terres continentales[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.
Château-Gaillard, la forteresse tant voulue par Richard.

Suite aux manœuvres de Philippe, le duc Léopold V de Babenberg capture Richard sur son chemin de retour, près de Vienne, à l’automne 1192. Richard l’a en effet publiquement insulté durant la croisade. Emprisonné à Dürnstein, il est ensuite livré à l’empereur Henri VI qui réclame une rançon de cent cinquante mille marcs d’argent, équivalant à deux années de recettes pour le royaume d’Angleterre, pour sa libération[14]. Bien que les conditions de sa captivité ne soient pas strictes, il est frustré par l’impossibilité de voyager librement. De cet emprisonnement est tirée la légende de Blondel.

L’empereur le libère en février 1194 contre un premier versement de cent mille marcs d’argent que sa mère, Aliénor d'Aquitaine, réussit à rassembler péniblement. L’empereur lui extorque également un serment d’allégeance de la couronne d’Angleterre à l’Empire avec le devoir de payer un tribut de 5000 livres sterling par an. Le 20 mars 1194 Il débarque au port de Sandwich et retrouve l'Angleterre[15].

Durant son absence, son frère Jean est proche de conquérir le trône. Mais Richard lui pardonne, et en fait même son héritier, après qu’en grandissant Arthur lui déplaise et dont il marie de force la mère au comte de Chester, l'un de ses rares soutiens en Angleterre. Une fois de plus il se repent de ses péchés, à l’occasion d’un second couronnement, puis repart en Normandie combattre Philippe, qui poursuit la stratégie capétienne d’affaiblir l’empire Plantagenêt. Après son départ en mai 1194, il ne retourne pas en Angleterre.

En janvier 1196 Richard assiège Gaillon dont Lambert Cadoc est le châtelain. Lambert Cadoc repère Richard du haut de la tour, et le blesse avec un trait d’arbalète. Le trait l'atteint au genou et tue son cheval[16]. Ironiquement, c'est Richard lui-même qui a recruté Lambert Cadoc, avec d'autres mercenaires, dans le Pays de Galles. Il les fait venir sur le continent dans le but de combattre le roi de France Philippe Auguste. Mais une partie des Gallois, dont Lambert Cadoc, poussés par leur haine des Normands et des Saxons ont fait défection et rejoint l'autre camp[17].

Durant plusieurs années de guerre, il parvient à redresser la situation et à défendre efficacement la Normandie. Il fait construire à cet effet une série de châteaux dont le célèbre Château-Gaillard près des Andelys, sur la rive droite de la Seine, mais aussi la forteresse d’Arques-la-Bataille, ainsi que les châteaux de Radepont dans la vallée de l’Andelle ; Montfort-sur-Risle dans la vallée de la Risle ; Orival sur la Roche Fouet surplombant la Seine en amont de Rouen au-dessus d’Elbeuf et fait améliorer le château de Moulineaux surplombant la Seine en aval de Rouen. Cependant, le pape lui impose une trêve qui profite à Philippe Auguste.

Mort de Richard à Châlus[modifier | modifier le code]

Gisant de Richard, à l’abbaye de Fontevraud.

Le , Richard assiège le château de Châlus Chabrol[18],[19] possession du vicomte Adémar V de Limoges, dit Boson. Il est atteint par un carreau d'arbalète tiré par un chevalier de petite noblesse limousine, Pierre Basile. La flèche est retirée mais la gangrène gagne le corps du roi. Richard meurt le , onze jours après sa blessure. Son corps est enterré près de celui de son père en l’abbaye de Fontevraud (située non loin de Saumur), son cœur repose dans la cathédrale de Rouen, capitale de la Normandie et ses entrailles en l'église (actuellement ruinée) du château de Châlus Chabrol. Philippe de Cognac, fils illégitime supposé de Richard Cœur de Lion, le venge en assassinant Adémar[20].

Jean succède à Richard sur le trône d’Angleterre. Cependant les territoires continentaux le rejettent, au début, lui préférant leur neveu Arthur de Bretagne, fils de leur frère Geoffroy, dont les droits sont techniquement meilleurs que les siens.

Autour de Richard[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources. Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

Caractère et réputation[modifier | modifier le code]

Richard est très respecté par son plus grand rival militaire, Saladin, ainsi que par l’empereur Henri, mais il est également haï par nombre de ses anciens amis, en particulier le roi Philippe Auguste.

Il se soucie peu de sa propre sécurité : la blessure reçue lors du siège de Châlus, et qui a raison de lui, n’aurait pas eu lieu s’il avait été correctement protégé par une armure ; par la suite, son infection aurait pu être évitée. Un incident très similaire s’était déjà produit dix ans auparavant, lorsque, combattant contre son père, il avait rencontré, désarmé, Guillaume le Maréchal, et avait dû le supplier pour avoir la vie sauve.

Richard et les arts[modifier | modifier le code]

Richard est un mécène et protecteur des troubadours et trouvères de son entourage[21],[22]. Il est lui-même intéressé par l'écriture et la musique, et on lui attribue deux poèmes qui nous sont parvenus. Le premier est un sirventès, Dalfin je us voill desrenier, le second est une complainte, Ja nus hons pris[22],[G 2].

Robin Hood[modifier | modifier le code]

La légende de Robin des Bois (Robin Hood), d'abord située sous le règne d'Édouard II (vers 1322), se déplace pour se rattacher au règne de Richard Ier. Cependant, il n'y a pas de certitude historique sur Robin, qui peut avoir vécu au XIIe siècle, XIIIe ou XIVe siècle. C'est bien plus tard qu’on établit un lien entre les deux hommes, uniquement en affirmant que le but poursuivi par Robin est de restaurer Richard sur le trône alors que le prince Jean l’a usurpé.

Sexualité[modifier | modifier le code]

L’amitié entre Philippe Auguste et Richard, qui se connaissaient depuis l'enfance, a parfois été assimilée à une relation homosexuelle, notamment par l'historien britannique John Harvey, en 1948[B 1]. Pour l'historien britannique John Gillingham, biographe de Richard Cœur de Lion, cette idée d'un roi homosexuel, apparue au XXe siècle, s'appuie sur des interprétations anachroniques des éléments qui nous sont connus[21]. Pour lui, la sexualité exacte de Richard ne peut être connue avec certitude[21]. Toutefois, pour l'historien William E. Burgwinkle, le fait qu'il n'y ait pas de preuves formelles de son homosexualité ne signifie pas pour autant qu'il faille conclure qu'il était forcément hétérosexuel[B 2].

Certains chroniqueurs du XIIe siècle, comme notamment Benoît de Peterborough, parlent d'« amour » entre les deux jeunes hommes qu'étaient alors Richard et Philippe Auguste, et soulignent qu'ils partageaient le même lit[B 3]. Ce lien très fort unissant les deux hommes est définitivement brisé peu après et se transforme en haine[B 4].

Quoi qu'il en soit, ses contemporains supposaient qu'il était hétérosexuel[21]. L'historien Jean Flori n'adhère pas à la thèse d'un roi homosexuel[F 4]. Pour lui, conclure à une relation homosexuelle relève d'une interprétation trop « moderne » du terme « amour » et il ajoute que partager le même lit « n'avait pas alors la connotation sensuelle qu'on peut y déceler aujourd'hui[F 5]. » Toutefois, sur la base des récits des pénitences de roi Richard en 1191 et 1195 pour des péchés de sodomie et de bougrerie, Jean Flori conclut à la probabilité d'une bisexualité[F 6]. Pour l'historien William E. Burgwinkle, il n'y a rien dans les chroniques contemporaines pour affirmer qu'en dehors de la forte affection qu'il avait à l'égard de Philippe Auguste, Richard ait été épris de quiconque, homme ou femme[B 5].

À 34 ans, sous la pression de sa mère, Richard épouse Bérangère de Navarre. Ils se voient très rarement, et ce mariage est avant tout un mariage de convenance[B 6]. D'après le chroniqueur contemporain Roger de Hoveden, après l'avertissement d'un ermite, et étant tombé subitement malade, Richard fait pénitence pour s'être éloigné de sa femme, et se réconcilie charnellement avec elle[B 7]. Il ne montre toutefois aucune volonté visible de concevoir un héritier[B 8].

Le chroniqueur contemporain Benoît de Peterborough accuse aussi Richard de viols sur des femmes du peuple[B 9]. Pour Burgwinkle, un viol n'est pas l'indication d'un désir sexuel pour les femmes, mais un désir de contrôle, et dans le cas de Richard, certainement un contrôle politique[B 10]. Sa conclusion est qu'affirmer que Richard Cœur de Lion était hétérosexuel est illusoire[B 11].

Richard a, avec une maîtresse inconnue, un fils illégitime, Philippe de Cognac[21]. Il épouse Amélie de Cognac († 1199), fille d'Itier, seigneur de Cognac, Villebois et Jarnac. Il venge son père en assassinant en 1199 Adémar V de Limoges.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Flori, Richard Cœur de Lion - Le roi chevalier, Paris, Payot, coll. « Biographies »,‎ 1999, 598 p. (ISBN 2-228-89272-6, lire en ligne)
  1. p. 1.
  2. p. 49.
  3. p. 49.
  4. p. 49.
  5. p. 455.
  6. p. 464.
  • (en) John Gillingham, Richard I, Londres, Yale University Press,‎ 2002 (1re éd. 1999), 400 p. (ISBN 0-300-09404-3)
  1. p. 24.
  2. p. 255.
  • (en) William Burgwinkle, Sodomy, Masculinity and Law in Medieval Literature : France and England, 1050-1230, Cambridge University Press,‎ 2004 (ISBN 978-0-511-21143-0), p. 76-85
  1. p. 73.
  2. p. 74.
  3. p. 76.
  4. p. 76.
  5. p. 79.
  6. p. 78.
  7. p. 81.
  8. p. 81.
  9. p. 79.
  10. p. 79.
  11. p. 85.
  • Françoise Vielliard, « Richard Cœur de Lion et son entourage normand. Le témoignage de l'Estoire de la guerre sainte », in Bibliothèque de l'école des chartes, no 160-1, 2002, p. 5-52, [lire en ligne].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marguerite-Marie Ippolito, Richard Cœur de Lion et le Limousin, Éditions L'Harmattan, 1999, [lire en ligne] p. 72
  2. (en) Généalogie de Richard Cœur-de-lion sur le site Medieval Lands
  3. Voir l’article Richard Cœur de Lion, ascendance sur trois degrés
  4. Jean Flori, Richard Cœur de Lion : Le Roi-Chevalier, Payot, 1999, p. 20
  5. « Oui et non » pour sa tendance à changer rapidement d’humeur, surnom donné par Bertran de Born, un chevalier troubadour, ami de sa mère.
  6. Amin Maalouf, Les Croisades vues par les Arabes, J'ai lu,‎ 1984, 318 p. (ISBN 2-290-11916-4), partie V, chap. XI, (« L'impossible rencontre »)
    citation de Bahaeddin Ibn Chaddad, secrétaire particulier et biographe de Saladin, p.239
  7. Jean Flori, Richard Cœur de Lion : Le Roi-Chevalier, Payot, 1999, p. 20
  8. Les poèmes de Richard Cœur de Lion ont été interprétés et enregistrés par l'Ensemble Alla Francesca
  9. Sébastien Dussourd, Les 100 hommes qui ont fait le monde, Studyrama, 2005, [lire en ligne] p. 88
  10. Robert de Sablé
  11. a, b et c Amboise, L'Estoire de la guerre sainte, v. 372 et suiv.
  12. Gesta Henrici II et Gesta Regis Ricardi
  13. Robert de Sablé (11??-1193)
  14. Aliénor d'Aquitaine, la reine mère.
  15. Histoire de la conquête de la Normandie par Philippe-Auguste en 1204, Adolphe Poignant, 1854, [lire en ligne] p. 48
  16. Jean Baptiste Honoré Raymond, Histoire de Philippe-Auguste, 1842, [lire en ligne] p. 412
  17. Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire - Société des amis de la Bibliothèque nationale et des grandes bibliothèques de France, 1860, [lire en ligne] p. 192
  18. Société française d'archéologie, Bulletin monumental, 1848, [lire en ligne] p. 427 et 428.
  19. « Châlus, le film Robin des Bois fait jaser », sur le site de FR3 Limousin,‎ mai 2010 (consulté le 18 mai 2010)
  20. Généalogie d'Adémar (Boson) IV de Limoges sur le site Medieval Lands qui cite en référence : Given-Wilson, C. and Curteis, A. (1988)The Royal Bastards of Medieval England (Routledge), p. 126
  21. a, b, c, d et e John Gillingham, « Richard I (1157–1199) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, septembre 2004 ; édition en ligne, janvier 2008.
  22. a et b « Richard Ier Cœur de Lion », Dictionnaire de la musique, Larousse, 2005.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]


Précédé par Richard Ier d'Angleterre Suivi par
Henri II
Count of Poitiers Arms.svg Roi d'Angleterre Richard I of England Arms.svg
1189-1199
Jean
Duc de Normandie
1189-1199
Comte du Maine
1183-1199
Comte d'Anjou
1189-1199
Arthur Ier de Bretagne
Henri II et Aliénor
Duc d'Aquitaine et Comte de Poitiers
1189-1196 et 1199
Jean


Blason Geoffroy Plantagenet.svg Chronologie de la Première maison d'Anjou de 930 à 1204 Blason Geoffroy Plantagenet.svg
930 942 958 987 1040 1060 1068
   Foulques Ier Foulques II Geoffroy Ier Foulques Nerra Geoffroy Martel Geoffroy III   
1068 1109 1129 1151 1189 1199 1204
   Foulques le Réchin Foulques V Geoffroy V Henri II Richard Cœur de Lion Jean Sans Terre   

Portail AnjouHistoire de l'AnjouComté d'Anjou