Ribeaupierre

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Vue sur le château du Haut-Ribeaupierre et la ville de Ribeauvillé depuis le rocher de la Paix d’Udine sur le massif du Taennchel

Les Ribeaupierre ou Ribaupierre (aussi appelés les sires de Rappoltstein ou Rapoltstein) sont une lignée de seigneurs d’Alsace. Ils furent l’une des familles les plus illustres et des plus titrées d’Alsace pendant plusieurs siècles. Ils prirent le nom de sires de Rappoltstein en référence à ce château, puis celui de sires de Ribeaupierre.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les premiers de la lignée[modifier | modifier le code]

Vue partielle du mur d’enceinte du Haut-Ribeaupierre cerné par la végétation

La légende fait descendre les Ribeaupierre des célèbres Ursini de Spolète d’Italie. En 1030 on retrouve trois frères de cette lignée forcés de quitter le pays. Ils vont se réfugier en Allemagne. L’un des trois frères, Rochus, va s’installer par la suite près du village de Sigolsheim pour y construire un château qu’il nommera « Roche Spoletine ». À l’époque de Frédéric Barberousse, duc d’Alsace et de Souabe, l’Alsace voit arriver de nombreux chevaliers. L’un d’eux, Egenolf d’Ursingen qui épousera Emma une riche héritière alsacienne en 1022, sera le fondateur de la famille des Rappolstein. Le domaine sera alors intégré à celui de la famille impériale du Saint-Empire romain germanique.

Ensuite le château de Rappoltstein est construit sous le nom de Castrum Rapolsdestein qui est probablement celui connu aujourd’hui sous le titre de Saint-Ulrich. C’est Henri IV du Saint-Empire qui en 1084 cédera ce château à l’évêque de Bâle. Le château est ensuite repris vers 1114 par l’empereur Henri V du Saint-Empire. Frédéric Barberousse le rend vers 1162 à l’évêque de Bâle, Ortlieb von Froburg, qui le concède à Eguelophe Ier d’Urselingen[1] (fils d’Egenolf d’Ursingen), qui vint s’établir en Alsace vers 1160 et qui fut ainsi le premier héritier des Ribeaupierre. Il s’éteindra vers 1186. Depuis, le château de Rappolstein fut le fief des descendants qui prirent le nom de sires de Rappoltstein ou Ribeaupierre et le possédèrent constamment à ce titre comme relevant de l’évêché de Bâle. Il prit le surnom de « Spolète », du gouvernement de cette ville qu’il obtint de l’empereur Frédéric Ier, lorsqu’il l’accompagna dans les expéditions d’Italie.

Egelolfus de Urselingen (ou Eguelophe Ier d’Urselingen) est nommé comme témoin dans plusieurs actes de 1163 à 1185, entre autres dans les diplômes de l’empereur Frédéric Barberousse, l’un rédigé en 1166 pour le monastère d’Ilbenstadt, l’autre de 1170 pour l’église de Coire, le troisième de 1174 pour l’abbaye de Neubourg. En 1176, Egelolphe et son épouse Gertrude comptent parmi les bienfaiteurs de l’abbaye de Pairis (dans le Val d’Orbey)[2]. Ce nom est encore mentionné dans les souscriptions de la charte de Frédéric, duc d’Alsace pour le couvent de Truttenhausen, en 1181, et figure dans un acte de 1185, de Bertold V dernier duc de Zähringen, au nombre de ses vassaux. La même année, il est rappelé dans un diplôme de l’empereur Frédéric Barberousse, daté de Colmar et dans les lettres d’Henri, évêque de Strasbourg. D’après le Fragmentum historicum, Egelophe livra le 8 novembre 1178, un combat sanglant contre Cunon de Horbourg, près de Logelheim (Neuf-Brisach). Il mourut vers l’an 1186 ou 1187.

Cette puissante seigneurie comprendra par la suite une trentaine de communes dans le Haut-Rhin, dont Guémar, Illhaeusern, Bennwihr, Ribeauvillé, Zellenberg, Thannenkirch, Aubure et une partie de Sainte Marie-aux-Mines. Sa puissance culmina avec Maximin Ier et Guillaume II. Ce dernier fut très proche de l’empereur Maximilien Ier. Egenolf[3] fit reconstruire le château de Guémar et en fit sa résidence. Le dernier membre de cette illustre lignée fut Jean-Jacques, qui n’eut que deux filles. L’un de ses gendres, le comte palatin Christian de Birkenfeld prit sa succession.

Ulrich d’Urselingen[modifier | modifier le code]

Ce chevalier portait le nom d’Urselingen, mais il prit ensuite le nom du château où il s’était fixé et le transmit à ses descendants. Ce nom figure dans un diplôme de l’empereur Henri VI de l’année 1189. Il laissa à Élisabeth, son épouse et sœur d’Anselme deux fils : Anselme Ier dit le sage qui mourut après 1136 sans laisser de postérité de Sigeberte, fille de Sigebert de Werde, landgrave de la Basse-Alsace et Egelolphe II qui suit.

Egelophe II[modifier | modifier le code]

Blason des Rappoltstein

Fils du précédent, constructeur du château de Saint-Ulrich, qui prit part en qualité de feudataire[4] de l’évêque Lutholde de Bâle, à la croisade que le pape Innocent III fit prêcher en 1197 et à laquelle le prélat appela tous ses vassaux à participer. Commandée par Baudoin IX de Flandres, Boniface II de Montferrat[Laquelle ?] et le doge Dandolo de Venise, l’armée des croisés s’empara de Byzance le 12 avril 1204. L’étendard des latins flotta à peine sur les tours de Constantinople, que les guerriers se précipitèrent sur les églises pour en enlever les reliques. Egelophe s’empara d’une petite statue de la Vierge qui fut sa part de butin. Après avoir visité Jérusalem et les lieux sanctifiés, il revint au château de ses pères et fit ériger la plus ancienne des chapelles de Dusenbach (1210). D’après l’archiviste J.J. Luck, Egelophe aurait pris part à la cinquième croisade commandée par Jean de Brienne, roi de Jérusalem et André, roi de Hongrie. Au mois de mars 1218, disent les annales de Ribeaupierre, Egelophe s’y réunit avec une suite nombreuse de gentilshommes et de chevaliers. Après que Damiette eut été de nouveau rendu aux Sarrasins en 1221. Egelophe revint dans son pays, mais il perdit une grande partie de son armée à la suite de nombreux combats de toutes sortes et de celui qu’il eut à livrer contre les Grecs. Egelophe qui avait ramené de la croisade une statue et une image de la Vierge, lassé par les guerres se retira au lieu-dit de Dusenbach et vécut en anachorète où il mourut pieusement en 1222.

Ulric II dit le Vieux et Henri Ier, fils du précédent[modifier | modifier le code]

Ces deux personnages bâtirent vers 1260 une chapelle à Dusenbach. Cette nouvelle construction présentait deux édifices s’ouvrant l’un sur l’autre. L’arrivée de pèlerins alla en augmentant, on y arrivait de quarante lieues à la ronde. Ulrich mourut avant 1274, laissant à sa femme Gutta, fille d’Henri, dernier comte de Blicastel, un fils.

Ulric III, dit le jeune[modifier | modifier le code]

Remarquable seigneur par sa bonté et sa générosité. Il mourut assez jeune en 1278 et sa veuve, fille du comte de Frobourg[5], se retira en 1281 dans le couvent des sœurs minorites du Paradis, près de Schaffhouse, où elle mourut dans l’accomplissement de toutes les vertus religieuses en 1297. De leur union sont issus : Anselme III, Ulric V marié à Adélaïde, fille de Simon de Hohen-Géroldseck, mort le 13 avril 1283, Hermann qui fortifia le château de Guémar en 1277 et Henri II le Jeune.

Anselme II le téméraire[modifier | modifier le code]

Château de Saint-Ulrich vue depuis le Girsberg

Fils du précédent, chevalier très frondeur et batailleur maniant facilement l’épée dit de lui la chronique des Dominicains de Colmar. Il avait à sa solde une trentaine d’archers, des hommes criblés de dettes et fourbes. Anselme considérait qu’il ne pouvait avoir à son service que des hommes sans âme. Malgré sa parenté qui l’unissait à Rodolphe de Habsbourg qu’il n’appréciait guère, il se rangea du côté de la ville de Strasbourg et son évêque Walther de Géroldseck. Pendant cette campagne, la majorité colmarienne qui pencha du côté épiscopal se déclara contre Rodolphe et expulsa le schultheiss Jean Roesselmann. Celui-ci réussit à se cacher dans un tonneau et ouvrit nuitamment les portes aux Habsbourgeois et perdit, peu après la vie en combattant les épiscopaux et le sire Anselme qui avait tenté de surprendre à leur tour Colmar par un stratagème. En 1279 Anselme II se rend maître du château du Hohnack, qui s’élève à 940 mètres d’altitude, au sud-ouest de Labaroche, canton de Lapoutroie. Ce château est alors tenu en mains par les comtes de Ferrette qui seront littéralement chassés. Plus tard les comtes de Ferrette reprendront possession du château, mais pas pour très longtemps. Herrmann, le frère d’Anselme II reprendra par surprise en 1228 le château. Il reste alors aux mains de la famille des Ribeaupierre, puis successivement grâce à des mariages à Jean de Habsbourg, Henri de Saarwerden et des Lupfen, puis à nouveau des Ribeaupierre. En 1281, il s’éleva des contestations entre Anselme II et ses frères au sujet du partage de ses biens. Pour régler la question, on invoqua l’autorité impériale. L’empereur Rodolphe vint en personne au château de Ribeaupierre pour régler le litige. Quelques années plus tard, Anselme à la tête de ses valets partit à la conquête de villes et de villages sur les deux versants des Vosges et y mit le feu. Il s’attira les foudres de Rodolphe qui envoya Baldeck, son landvogt avec ses hommes d’armes pour faire régner l’ordre et l’autorité. Il fit assiéger en 1287 le château, mais ni parvenant pas, Rodolphe fit construire un autre château fort à Guémar en y mettant une garnison qui resta cantonnée dans la petite ville de Zellenberg afin de protéger le pays contre les entreprises guerrières d’Anselme. S’apercevant qu’il était allé trop loin, Anselme implora la clémence de l’empereur et demanda à l’Autriche de lui servir d’intermédiaire. Il obtint le pardon de l’empereur en signant à Colmar accord qui lui était assez favorable en 1288. Après le décès de Rodolphe de Habsbourg, Anselme prit fait et cause pour son fils Albert contre Adolphe de Nassau et alla concourir en 1293 à la défense de Colmar contre l’empereur élu. Après six semaines de siège, la ville privée d’eau pour moudre ses grains souffrit de la famine. Redoutant la colère impériale, les bourgeois de la ville se soulevèrent, arrêtèrent les chefs et ouvrirent les portes. Fait prisonnier, Anselme fut mis, chargé de chaînes, sur un cheval, avec trente de ses serviteurs enchaînés de même sur une voiture, promené par les rues de Colmar et ensuite écroué au château d’Achalm en Souabe, où il subit une dure captivité. Ses biens furent saisis et partagés en trois parts égales : un tiers échut à son fils, un autre à son frère Henri, auquel l’empereur donna 100 marcs en sus comme indemnité pour services rendus, et le reste alla dans le trésor impérial. La mort d’Adolphe rendit la liberté à Anselme. L’empereur Albert, fils de Rodolphe de Habsbourg, voulant témoigner sa reconnaissance à Anselm pour son attachement à sa cause, lui fit une visite à Ribeauvillé. À partir de moment, Anselm, l’âge et les épreuves subies, mena une vie paisible et retirée et s’adonna à des œuvres pieuses en faisant construire une troisième chapelle à Dusenbach. Lors de sa captivité au château de Achalm en Souabe, il avait promis à la Vierge de construire une chapelle à Dusenbach en cas de délivrance. Il exauça ce vœu et devint même l’un des principaux bienfaiteurs de Saint-Jean d’Unterlinden à Colmar. En 1290, il obtint l’autorisation de constituer un douaire au profit de sa femme, de la dîme d’Ammerschwihr qu’il tenait en fief du comte Thiébaut de Ferrette. Anselme s’étant réconcilié entre temps avec les Habsbourg devient en 1308 vassal de Rodolphe de Habsbourg et reçoit le château du Koenigsbourg, puis en 1314 le village d’Heiteren. Anselme meurt vers 1314.

Henri II, le jeune[modifier | modifier le code]

Donjon circulaire du Haut-Ribeaupierre

Frère du précédent, était en contestation pour l’héritage paternel, quand son frère Anselme l’expulsa de Ribeauvillé, ce qui le poussa à se ranger du côté de l’empereur Adolphe et de lui prêter main-forte pour reprendre la ville de Colmar, dont son aîné était l’un des défenseurs en 1293. Il reçut ainsi de l’empereur une partie des terres confisquées à son frère. Henri II fonda en 1297, le couvent des Augustins de Ribeauvillé auquel il soumit le pèlerinage de Dusenbach. En 1303, les seigneurs Otton et Walther de Girsberg, au Val de Saint-Grégoire, lui livrèrent leur château, à la condition de recevoir en retour le château de Stein (de la Roche) qui prit alors le nom de Girsberg. Ces seigneurs se brouillèrent peu après avec le sire de Ribeaupierre. Toutefois, les frères Jean et Otton de Girsberg firent la paix avec lui en 1306. Henri enleva la ville de Bergheim à Burchard de Géroldseck qui l’avait reçue en engagement de l’empereur Albert en 1301, l’entoura de fortifications et l’offrit ensuite à l’empereur Henri VII dont il l’a reçu en fief, en 1312. mais dès l’année suivante, lui et son fils Jean, la vendirent à la maison d’Autriche. Il mourut en 1313. De sa femme Suzanne, fille de Burchard de Hohen-Géroldseck, il eut plusieurs enfants qui continuèrent la lignée.

Jean IV, dit le vieux[modifier | modifier le code]

Bataille de Crécy

Fils du précédent, succéda à son père dans les domaines de Ribeaupierre et fut un guerrier valeureux. Les Ribeaupierre reçoivent plusieurs fiefs de la Maison d’Autriche : le village de Guémar en 1337, ou encore le château de Judenbourg et le village du Bonhomme vers 1320. Il embrassa avec ardeur la cause de Louis de Bavière contre Frédéric le Bel dans leur rivalité pour la couronne impériale. Louis lui accorda en 1315, en récompense de ses services, mille marcs d’argent. La réputation des Ribeaupierre ne fit que s’accroître et leur nom figure dans les tournois de Rastibonne, d’Ingelheim, dans le Bas-Rhin et dans d’autres villes d’Allemagne. Vers 1345, les bourgeois de Munster[Laquelle ?], profitant des dissensions et des incursions fréquentes commises par les Vosgiens se répandent dans les bans de Fraize et de Clevecy, tandis que Jean de Rappolstein le fils de Jean IV dit le vieux entrait les armes à la main sur les terres des abbayes de Senones et de Moyenmoutier. Jean revendique les droits de sa famille à la vouerie de Rorschweyer (Rorschwihr) qui appartiennent à cette dernière. Sur le refus de l’abbé Bencelin, le chevalier livre le monastère au pillage, fait charger de chaînes son abbé et l’emmène prisonnier. Le prélat accablé de mauvais traitement, meurt entre les satellites du Jean de Rappolstein[6]. Le duc Raoul, duc de Lorraine fraîchement élu consentit à traiter avec le sire de Rappolstein. Il retira ses troupes du Val de Galilée pour les envoyer la poursuite de Jean de Rappolstein, avec ordre de le ramener mort ou vif. Le père du chevalier se jette alors au pied du duc Raoul et sollicite le pardon pour son fils. Le duc touché par les larmes du vieillard révoque la sentence de mort et condamne Jean à faire amende honorable, tête nue, en chemise et une torche à la main, fait donner à l’abbaye dix soudée de terre[7] pour l’anniversaire de l’abbé, et envoie Jean en pèlerinage à Saint Thomas de Cantorbéry, le bordon à la main et la mallette à la ceinture. À la mort du duc Raoul à la bataille de Crécy le 25 août 1346, les Strasbourgeois et les Colmariens réunis pour la circonstance aux habitants de Munster se répandirent à nouveau dans les Vosges (1346). Ils firent la guerre aux monastères et au chapitre de Saint-Dié pour de vieilles querelles au sujet des biens que ces établissements religieux possédaient en Alsace. Les Alsaciens se bornèrent à piller l’abbaye de Moyenmoutier pour venger Jean de Rappoltstein[8].

En 1362, Ulric, landgrave de la Basse Alsace autorisa Jean à constituer un douaire au profit de sa femme Élisabeth, fille de Walther de Haut-Gérolseck, une somme de 224 marcs d’argent sur une cour à Guémar, sur un moulin, sur des maisons et autres biens et rentes situés dans le même endroit. Il mourut en 1373.

Brunon[modifier | modifier le code]

Château de Saint-Ulrich vu depuis la sortie ouest de Ribeauvillé
Escalier conduisant aux parties supérieures du château de Saint-Ulrich

Chevalier, fils de Jean IV dit le vieux est né au château de Girsberg vers 1348 et partagea en 1373 l’héritage de son père avec son frère Ulric et reçoit en même temps la ville de Guémar et les deux parties inférieures de Ribeauvillé. Le 19 juin 1369, il avait assisté avec une escorte de cinquante cavaliers à sa solde aux noces du duc de Bourgogne avec Marguerite de Flandre. Il fut alors un chevalier brillant dans les tournois, batailleur et un diplomate rusé. Cette dernière qualité dégénéra plus tard en fourberie. D’un caractère porté vers les grandes aventures, il accompagna le duc de Bourgogne à Paris et prit du service dans l’armée prête à envahir l’Angleterre. Il tenait garnison à Abbeville. Or il arriva que, tandis que le connétable Bertrand Du Guesclin enlevait aux Anglais une à une les provinces du Midi, le duc de Lancastre débarqua sur les côtes de la France, arrêta l’armée du Nord avec le duc de Châtillon qui faisaient une promenade matinale vers le château de Rouvroy, le retint plusieurs mois à Calais et ne lui rendit la liberté qu’à beaux deniers comptants, de là sa profonde haine contre les Anglais. De retour en Alsace, il vit ses possessions de Bourgogne et de Champagne qu’il tenait de sa femme, Jeanne de Blâmont, exposées aux ravages de l’aventurier anglais John Harlestin surnommé le Rothe Junker. Il le fit prisonnier, mais le remit en liberté en échange contre les prisonniers bourguignons. En 1381, à la mort de la famille d’Echéry, le château de ce dernier situé au Petit Rombach, à Sainte-Croix-aux-Mines passa pour moitié aux sires de Rappolstein à titre d’héritiers allodiaux des Eckérick. L’autre moitié est partagée avec le duc de Lorraine. Les querelles entre le duc de Lorraine et les Ribeaupierre sont très fréquentes. Le 6 octobre 1383, Brunon se fit recevoir Ussbürger, c’est-à-dire cobourgeois forain de la ville de Strasbourg et prêta serment entre les mains du stettmeister Jean de Müllenheim. Ayant été insulté dans un lieu public à Rouffach par Harleston, Brunon fit prisonnier le chevalier roux, qui passant par le territoire des ducs d’Autriche en Haute-Alsace, allait se rendre en pèlerinage à Rome en compagnie d’un prêtre et suivi de deux valets (1384). En dépit d’un sauf-conduit royal, Harleston fut écroué dans le château supérieur, ce nid d’aigle appelé Hoh-Rappolstein. Lassé des vexations de toutes sortes que Brunon lui faisait subir, le captif souscrivit, le 18 juillet 1384, une convention stipulant une rançon de 30 000 florins d’or avec plusieurs pièces de drap anglais de première qualité, vingt épées de Bordeaux et d’autres armes de combat. Cette convention fut signée dans une salle du Haut-Rappolstein, en présence du prévôt d’Altkirch, du chevalier Werlin d’Hunawihr et d’Ulric d’Altencastel, et le premier terme fut acquitté en octobre suivant. Toutefois, le sire de Ribeaupierre ne relâcha pas son prisonnier. Le roi d’Angleterre Richard II s’interposa et adressa des lettres à la ville de Strasbourg, au pape et à l’empereur. Rien n’y fit. Alors, Wescesla ordonna aux troupes de la Décapole alsacienne, placée sous les auspices de Stislaw de Weitenmühle, de faire une démonstration contre Strasbourg qui s’était déclarée incompétente. Pressé par les Strasbourgeois, Brunon fit, à la date du 28 septembre 1386 un traité secret avec le roi de France, Charles VII, ce qui lui fit encore faire la sourde oreille à un bref pontifical du 7 février 1387, prescrivant la mise en liberté du chevalier anglais. Cependant Strasbourg ayant été sommé en 1389, de se présenter devant le conseil aulique et ayant été mis au ban de l’empire, Brunon, effrayé, mit son captif en liberté, mais en se vengeant sur les Strasbourgeois en reprenant la ville de Ribeauvillé, qu’il leur avait engagée pour dettes et entra dans une ligue secrète contre la puissante cité. En juin 1387, Brunon emprisonne des Juifs soupçonnés d’avoir empoisonné un puits dans la région. En septembre 1392, le préfet impérial Borsiwoy de Swinar ouvrit la campagne contre Strasbourg, « ce nid républicain de bourgeois insolents ». Brunon se rangea sous sa bannière avec tous les nobles des environs de la ville. Eckbolsheim et les trois Hausbergen furent livrés aux flammes. Alors des pourparlers furent entamés à Eschau. Brunon demanda insolemment 20 000 florins de dommages et intérêts. Le préfet impérial en demanda 100 000. De nouvelles conférences, ouvertes à Nuremberg, aboutirent à une convention, le 1er janvier 1393 et le ban de l’empire fut levé. Les Strasbourgeois s’attaquèrent ensuite à Brunon, mirent le siège devant Guémar qui se défendit vaillamment et ne dut son salut qu’à l’intervention du duc Léopold III d’Autriche. Par un rescrit impérial du 28 avril 1398, Wesceleslas mit un terme au long et interminable litige entre les deux belligérants, et les partis furent renvoyés devant l’archevêque de Mayence. Criblé de dettes - il était débiteur de 90 000 florins - Brunon allait subir une prise de corps, quand il mourut la même année, le 14 mai 1398 au château du Haut-Ribeaupierre.

Maximin ou Schassmann Ier[modifier | modifier le code]

Philippe le Bon portant le collier de l’ordre de la Toison d’or
Le château ruiné du Girsberg et le village de Ribeauvillé

Fils du précédent, l’un des chevaliers les plus accomplis de l’époque, fut nommé en 1399 par Philippe, duc de Bourgogne échanson de sa cour. En 1406, les ducs d’Autriche lui confièrent l’administration des provinces antérieures de l’Autriche. L’empereur Sigismond, successeur de Wencesla au trône impérial, le nomme landvogt d’Alsace. C’est en cette qualité qu’il représenta les ducs d’Autriche au concile de Constance (1414). En 1421, Maximin[Lequel ?] alla avec le contingent de troupes alsaciennes en Bohême. Lorsque s’ouvrit le concile de Bâle, il fut nommé par Sigismond avoyer ou protecteur de la haute Assemblée avec pouvoirs illimités (1444). Une querelle étant survenue en 1422, entre Guillaume de Girsberg, propriétaire du château de la Roche et Maximin, celui-ci attaqua son voisin à force armée, s’empara du manoir avec l’aide du comte Jean de Lupfen et tua le noble de Girsberg, ce qui amena le retour du château de Stein aux Ribeaupierre, après qu’il avait été distrait de leurs domaines depuis l’année 1303. Aujourd’hui ses ruines sont les moins considérables des trois châteaux de Rappolstein, et, à la mélancolie qu’inspirent son aspect désolé et la catastrophe qui termina l’existence du dernier des Girsberg, la tradition est venue encore ajouter ses sombres récits. Dans cette tour, disent les légendes vivait un seigneur passionné pour la chasse. Chaque matin son frère, habitant le château voisin, lui donnait le signal du départ, en lançant une flèche contre son volet. Or, un beau jour, le signal se faisant attendre, l’ardent Nemrod ouvrit la croisée et reçut une flèche en plein cœur ! À l’instar des Rathsamhausen qui furent nommés rois des chaudronniers en Alsace (Kesslerlehen), les Ribeaupierre eurent en fief impérial le protectorat de la confrérie des musiciens dans cette province et furent rois des ménétriers (Pfeiferkoenige). Maximin déclare dans une charte de 1400 qu’il tient en fief l’office de chef des musiciens de la Haute et Basse-Alsace, au même titre que l’avaient déjà possédé son père Brunon et ses anciens ancêtres de Ribeaupierre. Il s’unit à la noble Elisabeth de Dick qui mourut déjà en 1419. Il décéda lui-même à Ribeauvillé en 1456 et fut enterré dans l’église de l’hôpital. Par suite de ces guerres, il s’était tellement endetté, qu’à sa mort, il était décrété de prise de corps, comme l’avait été son père, et il laissa un passif de 73 000 fl. L’aîné de ses fils, Gaspard qui le suivit dans la tombe en 1457, avait pris part en 1428, à l’expédition du duc Philippe le Bon de Bourgogne contre les Gantois et avait été fait chevalier de la Toison d’or. En 1456, il s’était distingué à Belgrade, sous la bannière de Jean Hunyade.

Guillaume Ier, le Grand[modifier | modifier le code]

Maximilien Ier peint par Albrecht Dürer

Fils du précédent, fut placé par les Archiducs, en 1476, à la tête de l’administration des possessions autrichiennes sur le Rhin. Il obtint en 1481 de l’empereur Frédéric III, le droit de chasse pour toute l’Alsace. La même année, le prince lui donna l’investiture du fief des musiciens d’Alsace et son protectorat sur les fahrende Lüte (hommes ambulants) qui s’étendit des Vosges au Rhin, depuis le Haut-Hauenstein jusqu’à la forêt de Haguenau. En 1465, Guillaume entra, avec un contingent de deux cents hommes d’armes, dans la ligue contre le roi de France, Louis XI, de concert avec les ducs de Berry, de Bourgogne et les grands vassaux du royaume. Cependant, il ne prit aucune part active, comme préfet d’Alsace, aux démêlés qui surgirent après cette époque, entre les Suisses, les villes libres de province, René de Lorraine et l’Empire, pour repousser ses attaques de Charles le Téméraire. On sait seulement qu’il eut l’honneur, avec le duc de Bourbon, de tenir sur les fonds de baptême Anne, fille du duc René. Son frère, Gaspard, au contraire, en reconnaissance des bons procédés des Armagnacs qui avaient toujours respecté les domaines des Ribeaupierre, à cause des bons rapports existant entre eux et les cours de France et de Bourgogne, en 1451, dans ses efforts pour apaiser les troubles dans les Flandres. En 1452, Gaspard et Guillaume de Ribeaupierre donnèrent la moitié du château d’Echéry dans le Val de Lièpvre en fief au chevalier Adam d’Andolsheim et à sa femme Lucie. Ils se voient ainsi confier la moitié du château tenue par les Ribeaupierre. À sa mort c’est un certain Hermann Waldner qui lui succédera. En 1496, Guillaume accompagna avec une brillante escorte l’empereur Maximilien Ier, à son couronnement à Rome. C’est à lui que la ville de Ribeauvillé doit sa belle fontaine. Guillaume mourut en 1507.

Maximin ou Schassmann II[modifier | modifier le code]

Les trois châteaux (château de Saint-Ulrich (à gauche), le Haut-Ribeaupierre (vers le Haut) et Girsberg) (à droite) vu depuis la sortie ouest de Ribeauvillé en direction de Dusenbach

Maximin ou Schassmann II, frère du précédent, guerrier aussi intrépide que fervent chrétien, commença par être chambellan de Charles le Téméraire, qu’il combattit plus tard en amenant 500 chevaux au duc René de Lorraine et se signala à la journée de Nancy en 1477. Digne descendant du croisé de Damette, il fit des voyages de dévotion à Saint-Jacques-de-Compostelle et à Rome, et résolut en 1483, de visiter également la Terre-Sainte et de se rendre au tombeau du Christ. Henri de Schauenbourg et Gaspard Zorn de Bülach s’associèrent à son dessein. Plusieurs nobles personnages, tant laïques qu’ecclésiastiques de l’Allemagne, voulurent aussi partager ses dangers et ses émotions. Dans leur nombre se trouvaient Bernhard von Breydenbach doyen du chapitre de Mayence qui, après le retour des pèlerins en 1486 publia la relation du voyage sous le titre de : Bernardi de Breitenbach decani et camerarit Moguntini, itinerarium in Terram Sanctam ad vicendum Christi sepulchrum net in montem Sinaï ad divam virginem et martirem Katharinam, et le célèbre graveur Erhard Reuwich d’Utrecht, qui rapporta des dessins et des cartes des saints lieux. Cette relation fut traduite en plusieurs langues; il en parut une édition française à Lyon en 1488, enrichie des cartes de Benwich gravées sur acier. Des voyageurs s’étaient donné rendez-vous à Venise où ils s’embarquèrent le 1er juin 1483. Après avoir parcouru toute la Judée, le mont Sinaï et une partie de l’Égypte, ils se séparèrent de nouveau à Venise le 8 janvier 1484. Maximin revint heureusement dans ses domaines, riche de souvenirs de son pèlerinage. Pour les perpétuer, il résolut de les reproduire à Dusenbach, où la localité se prêtait d’ailleurs si bien à ses projets. Après l’achèvement des travaux, Dusenbach fut de plus en plus visité par les pieux fidèles. Maximin constitua des revenus considérables aux différentes chapelles et les fit desservir par deux prêtres résidents, auxquels il adjoignit deux frères assistants. Après avoir gouverné la seigneurie de Ribeaupierre pendant dix ans après son frère Guillaume, il mourut d’hémorroïdes le 31 août 1517, âgé de 80 ans, sans postérité, n’ayant pas été marié.

Guillaume II[modifier | modifier le code]

La partie inférieure du château de Saint-Ulrich

Guillaume II, fils de Guillaume Ier né à Ribeauvillé en 1464, soldat valeureux et intrépide obtint au plus degré la faveur des trois empereurs Maximilien Ier, Charles Quint et Ferdinand, qu’il représenta plusieurs fois dans les diètes de l’Empire, notamment à Worms (1521) et à Augsbourg (1530). Maximilien le qualifiait du titre de « très cher cousin », l’éleva à la dignité de conseiller intime et de maréchal de sa cour, lui confia le port de la bannière de l’Empire et le fit chevalier de la Toison d'or. Guillaume donna des preuves de grandes connaissances militaires au siège de Padoue, en 1509. En 1507 Schassmann de Ribeaupierre décide de céder les possessions et les droits qu’ils possèdent au Val de Lièpvre au prince-abbé de Murbach. Cette session est d’autant plus surprenante, que la vallée de la Liepvrette est réputée pour ses mines d’argent. La réponse est implicitement contenue dans l’accord passé avec l’abbé de Murbach qui s’engage à rendre aux Ribeaupierre les possessions et les droits reçus à titre de fief. En donnant leurs biens à Murbach, les Ribeaupierre espèrent se protéger des tentatives d’usurpation des archiducs d’Autriche qui cherchent à s’emparer des riches mines de la vallée de Sainte Marie-aux-Mines[9]. Plus tard, Guillaume est nommé landvogt d’Alsace, et reçoit la munificence de l’empereur Charles Quint, en récompense de sa bravoure, l’éperon d’or de la chevalerie, en même temps que cette distinction fut donnée aux rois du Portugal, de Hongrie et de Bohême, ainsi qu’au duc d’Albe et à seize des plus preux seigneurs de l’armée (1516). En 1512 Guillaume II engage un certain Walther de Uttenheim domicilié à Ramstein et lui vend contre une somme de 1200 florins la moitié du château d’Echery. Il demande que ce remboursement soit effectué dans sa totalité avant douze ans. En 1419 un nouveau réméré le livre à Conrad Rieff pour huit ans contre 600 florins. Schassmann avait donné en fief la partie du Val de Lièpvre appartenant aux Ribeaupierre à l’abbaye de Murbach celle-ci restera dans ses droits. La partie orientale fut confiée bien plus tard en fief au prince Maximilien[Lequel ?], Joseph des Deux-Ponts qui le tient en fief du chapitre équestral de Guebwiller. Guillaume II suivit l’empereur en Italie dans sa campagne contre les Vénitiens. Au siège de Mantoue en 1517, il monta le premier sur la brèche. Guillaume resta fidèle à la religion catholique. Il se couvrit de gloire dans plusieurs campagnes contre les Turcs en Hongrie. Il mourut en 1547, à l’âge de 83 ans. De son mariage en 1490 avec Marguerite, fille du comte Simon Wecker de Deux-Ponts-Bistche, seigneur de Niederbronn, il n’eut point d’enfants.

Egelolphe III[modifier | modifier le code]

Château de Saint-Ulrich : salle des chevaliers construit au XIIIe siècle décorée de 9 très belles fenêtres de style roman

Egelolphe III né à Ribeauvillé en 1527, succéda à peine âgé de vingt ans à son grand-père Guillaume II, dans les nombreuses seigneuries et les vastes domaines appartenant à la maison de Rappolstein. C’est à lui que la seigneurie de Ribeaupierre dut le livre des statuts, promulgué en 1550, qui régissait la cité jusqu’en 1789, statuts généralement sages et rédigés avec intelligence. La même année, Charles Quint, par un diplôme du 3 octobre confirma à Egelolphe et ses descendants les anciens privilèges et immunités accordés à la seigneurie par ses prédécesseurs. Egelolphe avait perdu de bonne heure son père Ulric IX - mort en 1531 - et sa mère Anne-Alexandrine de Furstemberg, s’étaient efforcée de lui inspirer son penchant pour le luthéranisme. Après la conclusion de la paix de religion, il commença à établir des ministres évangéliques dans quelques-uns de ses villages. En 1560, plaça un ministre à Heitersheim, fief dépendant de l’abbaye de Murbach. Mais sur réclamation de l’abbé, la Régence d’Ensisheim fit arrêter le ministre Spahler avec sa femme et les écroua à Altkirch, incident qui causa beaucoup de soucis à Egelolphe. Il réussit toutefois à les faire mettre en liberté. Il fit ensuite réformer Sainte-Marie-aux-Mines, ce qui lui valut une verte réprimande de l’empereur Ferdinand[Lequel ?] par lettres datées de Prague du 5 mars 1562. « Nous apprenons, y était-il dit, par la chambre d’Ensisheim et par notre bailli, le comte Philippe d’Eberstein que tu permets à des gens de différentes sectes, tels qu’anabaptistes, calvinistes, etc. de séjourner dans des pays soumis à notre souveraine autorité. …Nous savons aussi que tu as osé réformer dans diverses églises, contrairement à la foi que tu nous dois et aux dispositions de la confession d’Augsbourg… Nous t’ordonnons en conséquence, si tu veux éviter une mesure plus sévère d’abolir les sectes et les prédicants, et de remettre toutes choses sur l’ancien pied. » Là dessus, Egelophe eut hâte de rétablir dans l’église Auf-der-Matten (= Sur le pré) à Sainte-Marie-aux-Mines, les fonts baptismaux et le tabernacle. L’empereur et la régence s’étant déclarés satisfaits, le sire de Ribeaupierre cessa de ménager les apparences et apostasia ouvertement. Il fonda la paroisse protestante dans la chapelle de la cour et reçut avec sa famille le 18 avril 1563, la communion sous les deux espaces. Cependant, ses efforts pour pousser ses sujets à l’adoption de la Réforme avortèrent presque tous, étant obligé de garder toujours certains ménagements vis-à-vis du chef de l’Empire. Il mourut en 1585. D’après un sceau de 1567, ses armes étaient ainsi constituées : écu écartelé au Ier et 4e d’argent à trois têtes d’aigles arrachées de sable, couronnées et becquetées d’or ; aux 2e et 3e de sable à un lion d’or couronné de même, lampassé et armé de gueules ; sur le tout d’argent à trois écussons de gueules, avec la légende : S. Egenolph, Herr von Rappolstein, Hohennack und Geroldseck.

Eberhard[modifier | modifier le code]

Borne frontière du pont Bonduron à Sainte-Marie-aux-Mines datée de 1722 délimitant la frontière entre les Ribeaupierre et le Duché de Lorraine

Eberhard, né à Guémar le 12 mars 1570, avait quinze ans à la mort de son père. Placé sous tutelle de son oncle maternel, le comte d’Erbach et du comte de Furstemberg, il fit ses premières études à Strasbourg, et fréquenta plus tard l’université de Tubingue, sous la direction de son précepteur Sigismond Maendel de Steinfels. L’archiduc Ferdinand fit enjoindre par la régence d’Ensisheim au Landrichter de Sainte-Marie-aux-Mines de suspendre le service évangélique et de fermer les deux églises d’Auf-der-Matten et d’Echéry. Eberhard devenu majeur, prit en main les rênes du gouvernement et se fit remarquer par sa magnificence et ses goûts pour les lettres ; il fit rouvrir les églises évangéliques et calvinistes de Sainte-Marie-aux-Mines et accorda une égale protection aux deux confessions dissidentes. Pendant de longues années, il fut l’homme de confiance des Habsbourg en Alsace. Dans les années 1599 et 1601, il remplit des missions diplomatiques auprès de plusieurs princes de l’Empire au nom de Rodolphe II, et en 1604 l’archiduc Maximilien le charge d’apaiser les troubles qui avaient éclaté dans le Haut-Rhin. Cependant ayant essayé, en 1613 de loger contrairement à la défense du sénat un protestant dans une maison lui appartenant, à Kaysersberg, le magistrat de cette ville obtint de l’empereur Mathias des lettres qui firent échouer les prétentions du comte. En 1619, Eberhard fut député en ambassade par Ferdinand II auprès de la ville de Strasbourg, et il se rendit, en 1625, avec le même titre, à la cour de Lorraine. Comme soldat, il s’était distingué dans la guerre des Pays-Bas dans les armées impériales et avait vaillamment combattu contre les Turcs. En 1606, en sa qualité de chef des musiciens, il donna à la confrérie de nouveaux statuts empreints d’une profonde dévotion envers la Mère de Dieu, preuve que les descendants des fondateurs de Notre Dame de Dusenbach, bien que gagnés à la Réforme, ne répudièrent point le culte voué à Marie par leurs ancêtres. Il mourut le 12 août 1637, au milieu des orages de la guerre de Trente Ans, riche d’une progéniture de sept fils, qui presque tous moururent jeunes.

Jean Jacques[modifier | modifier le code]

Fils de Eberhard, né à Ribeauvillé en 1598, reçut une éducation très poussée. Pour ses études et ses voyages, la ville de Ribeauvillé lui octroya une subside extraordinaire en 1614, renouvelé pour trois ans en 1617 et pour cinq ans en 1620 pendant la guerre de Trente Ans, le roi Louis XIII, par lettres patentes du 8 mai 1637, prit Ribeauvillé sous sa protection, ordonna à tous gouverneurs et chefs de troupes français et étrangers de tout grade de traiter favorablement le sieur de Ribeaupierre, défendit très expressément de faire loger aucune troupe dans cette ville ou d’y prendre ou enlever n’importe quoi. Personnage bien vu en cour, Jean-Jacques fut de même en grande faveur auprès de Louis XIV. Estimant que l’Allemagne était hors d’état de protéger l’Alsace contre l’envahissement et la conquête du roi Louis XIV, il fut l’un des premiers nobles de la province à se soumettre à la suzeraineté de la France. Il en avait été récompensé par de nombreuses faveurs et par des privilèges dont il s’est empressé de faire profiter ses sujets protestants. De là résulta pour eux une position favorable à celle des autres habitants de l’Alsace, et ils continuèrent à jouir de la liberté de conscience et de culte. Jean Jacques épousa une des filles du rhingrave Otton-Louis dont il eut plusieurs enfants qui moururent dans leur enfance, à l’exception de deux filles, dont l’une, Catherine-Agathe, donna sa main, en 1667, au prince palatin Chrétien II, duc de Bischwiller-Birkenfeld, issu d’une branche cadette de la maison de Deux-Ponts et descendants par elle des comtes palatins du Rhin. Après cinq siècles d’existence, la ligne masculine des Ribeaupierre s’éteignit dans la personne du comte Jean-Jacques, décédé, le 28 juillet 1673, en son château de Ribeauvillé, à l’âge de 75 ans. Le 1er septembre 1673, Louis XIV se rendant à Brisach, s’arrêta à Ribeauvillé et y passa la nuit au château où le corps du comte défunt se trouvait encore. Les mémoires de Mademoiselle de Montpensier, édit, Paris, 1858 in-12, IV, 340, parlent de cette aventure. Leurs héritiers directs furent une branche des comtes palatins qui reconnurent la souveraineté française, mais conservèrent la seigneurie jusqu'en 1801. À cette date, le dernier d'entre eux, Maximilien des Deux-Ponts devint roi de Bavière par Napoléon.

Chrétien II des Deux-Ponts (1673-1699)[modifier | modifier le code]

Les terres de l'électeur des Deux-Ponts avaient été sous souveraineté française de 1680 à 1697, puis suédoise de 1697 à 1719 et redevinrent française de la paix de Campio Formio en 1797 au traité de Vienne[Lequel ?] qui les fit bavaroise en 1816 jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Elles font à présent partie en Allemagne du Land de Rhénanie-Palatinat. À l'époque de la Révolution française, le duc des Deux-Ponts était Maximilien, cousin de Guillaume et Christian, lui-même, ancien colonel de l'armée royale du régiment d'Alsace. Héritier de la Bavière, il en devint le premier roi par la volonté de Napoléon Ier. La traité de Vienne[Lequel ?] rendit ses terres palatines. En 1714 le duc Stanislas[Lequel ?] prend possession du Duché des Deux-Ponts.

Depuis 1673 c'est le prince Chrétien II des Deux-Ponts qui prend possession du Duché. Il est suivi par ensuite par :

  • 1699-1735 Chrétien III
  • 1735-1746 Chrétien IV
  • 1746-1767 Friedrich Michael
  • 1775-1776 Charles Auguste
  • 1776-1793 Maximilien Joseph
  • 1793-1799 Frédéric des Deux-Ponts Birkenfeld
  • 1799-1806 Maximilien de Bavière Électeur palatin, roi de Bavière de 1806-1825

Maximilien des Deux-Ponts[modifier | modifier le code]

À la disparition des Ribeaupierre en 1673, leurs héritiers directs furent une branche des comtes palatins qui se rangèrent sous la bannière du roi de France. À l’époque de la Révolution le duc des Deux-Ponts était Maximilien, cousin de Guillaume et Christian, lui-même colonel de l’armée royale du régiment d’Alsace. Les terres de l’électeur de Deux-Ponts étaient sous souveraineté française entre 1680 et 1698, puis suédoise de 1697 à 1719 et redevinrent française à la suite du traité de paix de Campio Formio en 1797 ou traité de Vienne. Les comtes palatins conservèrent la seigneurie des Ribeaupierre jusqu’en 1801. Napoléon nomma à cette époque Maximilien des Deux-Ponts, roi de Bavière.

Les trois châteaux des Ribeaupierre[modifier | modifier le code]

Il existe actuellement trois châteaux en ruine ayant appartenu aux Ribeaupierre qui se trouvent à la sortie ouest de Ribeauvillé, non loin du célèbre sanctuaire de Dusenbach.

Le Château de Saint-Ulrich[modifier | modifier le code]

Le château de Saint-Ulrich (grossi quatre fois) vu depuis le Girsberg
Plongée sur la partie inférieure du château de Saint-Ulrich

Le château de Saint-Ulrich ou le Grand Ribeaupierre est actuellement l’édifice le mieux conservé. Il se trouve à 530 mètres d’altitude au milieu d’une forêt très dense. Le donjon a une section carrée. Il est construit par Reginbold en 1038. À cette époque il est en conflit avec le comte d’Eguisheim. En 1084, Henri IV offre le château à l’évêque de Bâle. Puis est repris par l’empereur en 1114. Frédéric Barberousse le rend à nouveau à l’évêque de Bâle. Le château est reconstruit en pierre. Puis le château est donné en fief à Egenolf d’Urslingen. Au début du XIIIe siècle est construit sur la partie Sud du rocher la salle des chevaliers ainsi qu’un petit donjon vers l’arrière. Le château de Saint-Ulrich fut habité du XI au XVe siècle par les sires de Ribeaupierre. Dans la nuit du 27 octobre 1281 le roi Rodolphe de Habsbourg séjourne dans le château. Il l’assiégea en vain en 1287. Quelques jours après il entre en conflit avec Anselme II le bouillant chevalier qui occupe le château. Rodolphe de Habsbourg essaye d’assiéger le château à la suite d’une plainte des autres membres de la famille contre Anselme II qui s’était accaparé de l’héritage paternel en chassant les autres membres de la famille. Rodolphe apprend entre temps qu’un complot visant à l’assassiner lève le siège. Anselme II sera finalement arrêté par son successeur Adolphe de Nassau qui l’enferme dans son château d’Achalm en Souabe. Ce château ne prend le nom de Saint-Ulrich qu’à partir de 1435 à l’occasion de la consécration de la nouvelle chapelle. Une célèbre prisonnière, Cunégonde d’Gielsberg (+ 1487) y fut enfermée dans le donjon. On lui reprochait d’avoir tué son vieux mari, le sire Guillaume d’Hungerstein, pour récupérer son héritage et continuer à mener grande vie. C’était en 1487. Elle fut condamnée à être noyée, mais réussira à s’en échapper avec la complicité de son guetteur. Elle se réfugia alors en Suisse. Le sire de Ribeaupierre, landvogt d’Alsace et suzerain de Hungerstein, la retrouva et la remis dans son donjon où elle mourut plus de vingt ans après. Au XVe siècle le château est délaissé par les Ribeaupierre qui s’installent à Ribeauvillé. Ce château est ruiné au cours de la guerre de Trente Ans. La famille des Ribeaupierre s’éteignit dans sa branche masculine en 1673. Les deux filles du dernier seigneur épousèrent, l’une le comte de Waldeck[Lequel ?], l’autre le comte palatin de Birkenfeld, colonel du régiment royal d’Alsace sous Louis XIV . Le dernier descendant du fut Maximilien-Joseph, très connu à Strasbourg sous le nom du gros Max. Réfugié au-delà du Rhin dès le début de la Révolution, il fut sacré roi de Bavière, en 1806 par Napoléon Ier qu’il trahit en 1813.

Le château du Girsberg[modifier | modifier le code]

Château du Girsberg vu depuis le sentier conduisant au Haut-Ribeaupierre

Situé à 528 mètres d’altitude le château qui est le plus petit des trois, se trouve sur une arête à pic. Ce château est édifié au XIIIe siècle sur un espace très réduit. On trouve à cet emplacement un donjon pentagonal dont l’angle épouse parfaitement le tracé du rocher. Il est d’abord dénommé Stein (la Roche), puis fut reconstruit après un incendie provoqué par la foudre en 1288. En 1304, le château est donné en fief à des vassaux, les chevaliers de Girsberg dont il prit le nom. La famille des Girsberg était autrefois rattachée à l’empire des Hohenstaufen. Ils tenaient d’abord les positions du Val de Munster[Lequel ?], puis échangent leur domaine en 1316 avec les Ribeaupierre et restaurent le château du Girsberg. Les Girsberg le gardèrent jusqu’à leur extinction au XVe siècle. Le Girsberg a été construit en plusieurs étapes dès le XIIIe siècle, d’abord avec des pierres à gros bossages, puis rehaussé plus tard d’un donjon. En 1422, les Girsberg se disputent avec Smassman de Ribeaupierre qui assiège le château. Jean Guillaume de Girsberg sera tué au cours de ce siège. Avec lui disparaît le dernier des Girsberg. Il tombe ensuite définitivement aux mains des Ribeaupierre. Il est abandonné au XVIe siècle et tomba alors en ruine.

Le château du Haut-Ribeaupierre[modifier | modifier le code]

Donjon circulaire du château du Haut-Ribeaupierre
Porte d’entrée du château du Haut-Ribeaupierre. Au XVe siècle la porte d’entrée est doublée d’une barbacane à pont-levis

C’est sous le nom de « Altenkastel » que le château est mentionné en 1254. Il est aussi évoqué sous le nom de Hohrappoltstein du nom de ses propriétaires.

C’est le seul des trois châteaux qui possède un donjon de forme circulaire. Il est situé sur une crête située à 642 mètres d’altitude. Le sentier qui mène au château du Haut-Ribeaupierre est couvert d’éboulis et de cailloux qui rend le parcours pédestre un peu difficile. En arrivant sur le sommet, on aperçoit le donjon circulaire dressé sur un rocher dont l’ensemble est caché par la végétation dense de la forêt. En contournant le sommet, on arrive devant la porte d’entrée du château où s’élevait jadis un pont-levis.

Le château aurait été bâti sur un ancien site romain du IVe siècle, d’où le nom de Altenkastel qui veut dire « ancien château ». Ce château appartient d’abord à l’évêché de Bâle, puis il passe aux Ribeaupierre à partir du XIIIe siècle. En 1288, Anselme de Ribeaupierre possède le château. Au XIVe siècle les défenses du château sont renforcées par la construction d’un mur bouclier. À partir de 1368, Brunon de Ribeaupierre entra en possession du château. Vouant une haine féroce contre les Anglais qui l’avait fait prisonnier, il profite du passage du chevalier John Harleston, pour le kidnapper et l’enfermer dans le donjon du Haut-Ribeaupierre de 1384 à 1390. Il exigea une forte rançon pour le faire libérer. Il sert aussi de prison à des juifs qui ont reconnu sous la torture avoir empoisonné des puits pour propager la peste. En 1477, Smasmann fait capturer Philippe de Croÿ devant Nancy dans la bataille contre Charles le Téméraire et l’enferma dans son donjon. Vers 1498 ce fut, Sébastien, un fils dénaturé de Guillaume Ier de Ribeaupierre qui sera à son tour enfermé dans le donjon. Au XVIe siècle le château est encore modernisé pour se protéger des armes à feu. Après la guerre de Trente Ans le château tombera progressivement en ruine. Au XIXe siècle château est restauré et consolidé par Charles Winckler, les merlons du donjon en brique sont ajoutés par la suite.

Actuellement, le donjon circulaire et la courtine ouest restent les seules vestiges encore en conservation de l’époque (1254).

Source[modifier | modifier le code]

Cet article comprend des extraits assez larges du Dictionnaire de biographie des hommes célèbres de l’Alsace, d’Édouard Sitzmann publié en 1910. Cet article a pu être modifié depuis.

Fonds d'archives[modifier | modifier le code]

Fiefs des Ribeaupierre en Alsace (1221-1741) Archives de Meurthe-et-Moselle, cote : B. 492 à 493

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. en allemand « Urslingen »
  2. Abbaye cistercienne fondée vers 1138 au fond du vallon du Noirrupt. L’abbaye reçoit du comte d’Eguisheim de vastes terres situées entre le lac Blanc et le lac Noir et entretient avec la population d’Orbey d’étroites relations. Au XVIe siècle l’abbaye est en plein déclin du fait de la montée du protestantisme adopté par les Ribeaupierre
  3. Egenolf est orthographié indifféremment Egelolphe ou Eguenolf
  4. Personnage qui possédait un fief et qui devait jurer fidélité et rendre des comptes au seigneur suzerain
  5. Village du canton de Bâle
  6. N.F. Gravier, Histoire de Saint-Dié, p. 169
  7. Une soudée de terre était un bien du revenu d’un sou d’argent répondant d’après la table de Priestly. Cette manière de racheter le crime était appelée composition, et était réglée d’après la qualité de l’offenseur et de l’offensé
  8. N.F. Gravier, Histoire de Saint-Dié, p. 170
  9. Les archives départementales du Haut-Rhin conservent un document par lequel l’abbé de Murbach protesta en 1529-1530 contre l’assignation devant la Régence d’Ensisheim qu’a obtenue le chevalier Jean Ymer de Gilgenberg, un vassal qu’il avait dépossédé d’un fief à Oberhergheim -ADHR, cote 1 C 1821

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Albrecht, Karl : Rappolsteinisches Urkundenbuch 759-1500, Eglinsdörfer & Waldmeyer, Colmar, 1888-1892 - 7 volumes
  • Bernhard Henri 1 Kleindient Jean-Louis : Les descendants des Ribeaupierre - Revue historique de Ribeauvillé et environs. Bulletin du cercle de recherches historiques de Ribeauvillé et environs, année 2000
  • Bischof, Georges : Les Ribeaupierre, seigneurs des Vosges, de vignoble et des vallées - Cahier de la société d’histoire du Val de Lièpvre, no 11, 1986
  • Bischof, Georges, Gouvernés et gouvernants en Haute Alsace à l’époque autrichienne, Strasbourg, 1996
  • Boesch, Maurice, Le vignoble seigneurial de Heiteren. Annuaire de la Société d’histoire de la Hardt et du Ried, 1994
  • Bouvier, David, Les Sires de Ribeaupierre, seigneurs du Val de Lièpvre des origines à la guerre de Trente Ans, Cahier d’histoire de la Société d’histoire du val de Lièpvre, 2000
  • Bouvier, David, La Guerre des mines (2e partie) : la mainmise des Habsbourg et les mines de Ribeaupierre, Cahier d’histoire de la société d’histoire du Val de Lièpvre, annuaire 2003
  • Bouvier, David, Les Sires de Ribeaupierre, seigneurs du Val de Lièpvre, des origines jusqu’au début de la guerre de Trente Ans, mémoire de maîtrise dirigé par Georges Bischoff, UFR des sciences historiques, université de Marc-Bloch, année 1998-1999.
  • Faller, Robert, Le Château de Ribeauvillé, bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de Ribeauvillé, 1937, p. 33-63.
  • Gravier, N.F. : Histoire de Saint-Dié, Imprimerie de Gérard, Epinal, 1836. Réédité par les Éditions de la Tour Gile, 1993)
  • Jordan, Benoît : La noblesse d’Alsace entre gloire et la vertu : les Sires de Ribeaupierre (1451-1585), Strasbourg - Publication de la société savante d’Alsace et des régions de l’Est, 1991, collection Recherches et documents, no 44
  • Michel, Daniel : Ulrich der XI - Herr von Rappolstein, Zu Hohenack und Geroldseck im Wasgau, wom Baurem-Aufruhr in the Monaten April und mai 1525, nach originalhanschrift der Kolmarer Stadtbibliotehek - J.P. Rissler Verlag, 1854, p. 135-169
  • Schoepflin Jean Daniel : L’Alsace illustrée - Traduction de M. Ravenez, Mulhouse, 1849-1851, tome 4
  • Schoepflin, Jean Daniel : Alsatia Diplomatica', Strasbourg, 1772
  • Trendel Guy & Carmona Christophe : Le Haut-Koenigsbourg et sa région, Éditions Pierron, Sarreguemine, 1998
  • Sittler, Lucien : Un seigneur alsacien de la fin du Moyen Âge : Maximilien de Ribeaupierre, Col. Études sur l’histoire du droit en Alsace, Vol. 9 - Strasbourg, 1933
  • Sitzmann, Édouard : Dictionnaire de biographie des hommes célèbres de l’Alsace, Rixheim, Imprimerie F. Sutter & Cie, 1910, 2 volumes