Rhus taitensis

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Apape

Rhus taitensis est une espèce d'arbre qui pousse sur certaines îles d'Océanie et d'Asie tropicale. Rhus taitensis se trouve à flanc de montagne dans les forêts de moyenne altitude. Elle se présente comme un arbre pouvant atteindre 15 mètres de haut avec selon la saison des petits fruits noirs ou des petites fleurs blanches.

Noms vernaculaires[modifier | modifier le code]

Rhus taitensis est connu dans plusieurs langues polynésiennes sous des noms très similaires issus de la même racine proto-polynésienne tawahi[1],[2] : tavahi en tongien[3] et niuéen[2], tavaʻi en samoan[4],[5], tavai en maori des Îles Cook, wallisien[6] et futunien[7], ʻāvai (anciennement) ou ʻāpape en tahitien[8], tawai en maori de Nouvelle-Zélande, tabai sur l'île Rennell aux îles Salomon.

En Papouasie-Nouvelle-Guinée, cette espèce est nommée komare en ankave, une langue papoue de la famille des langues anganes[9].

Cette espèce ne possède pas de nom commun en français. En Polynésie française, le nom tahitien apape [ʔa:pape]* est donc souvent employé, sans notation du coup de glotte ni de l'allongement vocalique. En anglais plusieurs noms lui sont attribués : « Rhus tahitien » (Tahitian Rhus) aux Îles Cook[10], « Sumac des îles » (Island Sumac), Lemayo et Sumach[11].

Description[modifier | modifier le code]

Rhus taitensis se présente sous l'aspect d'un arbre de taille moyenne pouvant mesurer jusqu'à 6 mètres de hauteur pour une largeur de 5 à 6 mètres[12].

Distribution et habitat[modifier | modifier le code]

Rhus taitensis est largement répandu en Océanie et en Asie tropicale : au Nord-Est de l'Australie, aux Philippines, en Malaisie, en Micronésie, en Polynésie française, en Îles Cook, au Samoa, à Tonga[13].

Cet arbre pousse sur les sols poreux superficiels et les roches coralliennes[14]. On le trouve dans les forêts de moyenne altitude, à l'étage hygrotropical. Ces forêts comprennent des groupements sur de formation diversifiée avec un taux d'endémisme élevé et une richesse des formes biologiques. Elles sont bien développées dans les îles hautes (Tahiti, Moorea) mais réduite aux Australes. A Tahiti, elles se trouvent à des hauteurs comprises entre 300 et 1000 m d'altitude; dans les lieux très arrosés, elles peuvent se réduire à une portion situées entre 200 et 300 m. Ce sont des bois clair à voûte discontinues herbacées de fougères. Rhus taitensis se trouve sous forme soit de pieds isolés, soit de petits bouquets. Cet arbre peut atteindre 12 à 15 m de haut[15].

Il s'agit d'une espèce non menacé d'après l'Union internationale pour la conservation de la nature, principale ONG mondiale consacrée à la cause de la conservation de la Nature.

Histoire du taxon[modifier | modifier le code]

Cette espèce est connue des peuples autochtones depuis la colonisation des îles où elle pousse. Elle fut récoltée à Tahiti par le négociant et ethnographe belgo-français Jacques-Antoine Moerenhout et le médecin italien Bertero. En 1834, ils expédièrent leur herbier au naturaliste français Alcide Dessalines d'Orbigny, qui en distribua un exemplaire au Muséum d'histoire naturelle de Paris, où le botaniste Jean Baptiste Antoine Guillemin lui attribua en 1837 son nom binominal actuel[16]. Rhus taitensis (du celtique rhudd : rouge et du tahitien Tahiti : nom d'île) porte le nom de genre des sumacs et un nom d'espèce faisant référence à son île de récolte Tahiti, autrefois orthographiée Taïti.

Cette espèce a autrefois été répertoriée sous les noms Duckera taitensis, Rhus simarubifolia et Rhus simarubifolia var. taitensis.

Utilisation[modifier | modifier le code]

Feuille de rhus taitensis

Ses feuilles servent traditionnellement à produire une teinture noire pour la réalisation de tapas. En 1997, un nouveau triterpène, le tétrahydroxysqualène, a été découvert dans les feuilles de rhus taitensis[17]. En 2008, une publication annonce que cette molécule est efficace pour lutter contre la tuberculose[18].

Ses fruits sont un des aliments favoris des pigeons.

Son bois sert à fabriquer des cagettes à fruits. C'est un bon bois de chauffage. Cette espèce est également utilisée pour la fabrication de va'a, les pirogues polynésiennes à balancier; mais son bois ne fait pas partie des plus recherchés pour la construction navale qui sont dans l'ordre le pūrau, le tāmanu ou takamaka et le ’autera’a ou badamier[19].

Son écorce est utilisée pour fabriquer des récipients[2] servant à préparer l'arrow-root de Tahiti, le tubercule d'une plante polynésienne de la famille des Taccaceae, ressemblant à la pomme de terre ou l'igname, qui contient une substance âcre pouvant être éliminée par lavages successifs.

Sa sève chauffée sert de colle pour la pose de membrane en peau de python sur des tambours[9].

En l'absence de description chimique, toxicologique et pharmacologique de l'espèce, elle est considérée inutilisable en cosmétologie et dans l'alimentation. En effet les autres espèces connue du genre Rhus sont connues pour leurs propriétés allergisantes (eczéma de contact) et le manque d'originalité de leur composition chimique[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://pollex.org.nz/entry/tawahi/
  2. a, b et c (en) « Government of Niue, University of Hawaii at Manoa. Dept. of Linguistics, « Tohi vagahau Niue - Niue Language Dictionary: Niuean-English with English-Niuean finderlist », p. 304 (1996) » (consulté le 5 novembre 2010)
  3. (en) « W. Arthur Whistler, « Tongan herbal medicine », University of Hawaii Press, 83 (1992) » (consulté le 5 novembre 2010)
  4. (de) « Die Pflanzenwelt Polynesiens, « Rhus taitensis » » (consulté le 27 octobre 2010)
  5. (en) « Ministry of Natural Resources & Environment, « Samoa Biodiversity » » (consulté le 27 octobre 2010)
  6. « Frédéric Dentand et Aselemo Fakatika, « Situation des Ressources Génétiques Forestières des Îles Wallis et Futuna » »
  7. « Dictionnaire futunien-français: avec index français-futunien »
  8. « Herbier de la Polynésie française » (consulté le 26 octobre 2010)
  9. a et b « Pierre Lemonnier, « Mythiques chaînes opératoires », Techniques & Culture, 43-44 (2004), mis en ligne le 15 avril 2007 » (consulté le 27 octobre 2010)
  10. (en) « McCormack, Gerald (2007) Cook Islands Biodiversity Database, Version 2007.2. Cook Islands Natural Heritage Trust, Rarotonga. » (consulté le 27 octobre 2010)
  11. « Association Richesses du Fenua - Te anahotu, « Tiaredex » » (consulté le 27 octobre 2010)
  12. (en) « Cultivation Notes: Rhus taitensis Sumac » (consulté le 26 octobre 2010)
  13. (en) « Barry Conn (NSW) & Kipiro Damas (LAE). Guide to trees of Papua New Guinea » (consulté le 27 octobre 2010)
  14. « Réseau Biodiversité pour les Abeilles, « Flore Apicole Mondiale » » (consulté le 27 octobre 2010)
  15. Bernard Salvat, « Encyclopédie de la Polynésie française, flore et faune terrestre », Christian Gleizal Multipress, p. 38 (1986)
  16. « Jean Baptiste Antoine Guillemin, « Énumération des plantes découvertes par les voyageurs dans les Iles de la Société, principalement dans celle de Taïti », Université de Harvard, 67 (1837) » (consulté le 4 novembre 2010)
  17. (en) « Aysen Yuruker, Jimmy Orjala, Otto Sticher, Topul Rali, Triterpenes from Rhus taitensis, Phytochemistry, Volume 48, Issue 5, July 1998, Pages 863-866, ISSN 0031-9422, DOI: 10.1016/S0031-9422(97)00901-1. » (consulté le 27 octobre 2010)
  18. (en) « Tetrahdroxysqualene from Rhus taitensis Shows Antimycobacterial Activity against Mycobacterium tuberculosis » (consulté le 27 octobre 2010)
  19. Bernard Salvat, « Encyclopédie de la Polynésie française, flore et faune terrestre », Christian Gleizal Multipress, p. 69 (1986)
  20. Y. Barbin, « Substances naturelles en Polynésie française »

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