Révolution française

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne la Révolution française de 1789. Pour celle de 1830, voir Trois Glorieuses. Pour celle de 1848, voir Révolution française de 1848.

La Révolution française est la période de l'histoire de France comprise entre l'ouverture des États généraux, le 5 mai 1789, et le coup d'État du 18 brumaire de Napoléon Bonaparte, le 9 novembre 1799. Il s'agit d'un moment crucial de l'histoire de France, puisqu'elle marque la fin de l'Ancien Régime, et le remplacement de la monarchie absolue française par une monarchie constitutionnelle, puis par la Première République. Elle a mis fin à la royauté, à la société d'ordres et aux privilèges. Elle a légué à la France la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui proclame l'égalité des citoyens devant la loi, les libertés fondamentales et la souveraineté de la Nation, apte à se gouverner au travers de représentants élus. Plusieurs centaines de milliers de personnes trouvèrent la mort durant cette révolution, notamment pendant la Terreur (16 594 personnes guillotinées[1]) et pendant les tentatives de contre-révolution, notamment la guerre de Vendée.

Dès son commencement, la portée universelle des idées de la Révolution française a été proclamée par ses partisans, et l'ampleur de ses conséquences soulignée par ses détracteurs[2]. Les guerres de la Révolution française, qui ont touché une large partie de l’Europe continentale, ont abouti à la création de « républiques sœurs » et à la transformation des frontières et des États d'Europe, contribuant à la diffusion des idées révolutionnaires. Ces conflits ont ensuite trouvé leur prolongement dans les guerres napoléoniennes. La Révolution est restée un objet de débats ainsi qu'une référence positive tout autant que négative tout au long des deux siècles qui l'ont suivie, en France comme dans le monde.

La Révolution française a créé des divisions immédiates et durables entre les partisans des idées révolutionnaires et les défenseurs de l'ordre ancien, et aussi entre les anticléricaux et l'Église catholique.

En 1799, Napoléon Bonaparte accède au pouvoir et inaugure la période du Consulat, qui aboutit, cinq ans plus tard, à l'avènement de l'Empire.

Sommaire

La France dans les années 1780[modifier | modifier le code]

Société française[modifier | modifier le code]

La société sous l'Ancien Régime repose sur l'existence de droits médiévaux, les privilèges (leges privatae, lois particulières) qui sont les statuts dont disposent non seulement les corps constitués tels que le clergé et la noblesse, mais aussi les provinces, les villes et les corporations.

La Révolution française, qui naît d'une crise financière due à la Guerre d'indépendance des États-Unis, concentre essentiellement discours et critiques sur les privilèges fiscaux du clergé et de la noblesse (le poids des impôts est inégalement réparti entre ceux-ci et le Tiers état alors que celui-ci est le plus productif). Mais à l'intérieur même du Tiers État (qui représente 97 % de la population)[B 1], il y a de fortes différences selon le métier, la province voire la ville. Les lois sont différentes en Bretagne et en Languedoc.

Ce manque d'unicité de la loi sous l'Ancien Régime est soit le fruit des agrandissements du royaume (le nouveau territoire reconnaît la souveraineté du roi de France et demande à celui-ci le respect de ses coutumes), soit des traditions sociales (par exemple, la noblesse ne paie pas l'impôt de la taille personnelle mais en échange doit payer « l'impôt du sang » c'est-à-dire faire la guerre pour le royaume ; les habitants du village de Domrémy ne paient pas d'impôts) ou professionnelles (par exemple les savetiers ont des privilèges que n'ont pas les cabaretiers et inversement, sachant que ces privilèges varient d'une province à l'autre).

Les privilèges gênent l'établissement d'une politique générale, entravent les volontés de réforme du gouvernement (notamment sous Louis XV), ralentissent les échanges (il y a des péages d'une province à l'autre, voire d'une ville à l'autre). Ils figent la société. Cependant, tous les privilèges ne sont pas abusifs et le Peuple reste attaché à certains, notamment le droit de corporation : des gens d'un même corps de métier se rassemblaient au sein d'une même organisation (sorte de syndicat de l'époque) pour peser sur la société et organiser des systèmes d'aides, ce que nous appellerions aujourd'hui les retraites ou les salaires minimum. L'abolition et l’indifférenciation de tous ces privilèges provoquera des frustrations paysannes à l'encontre du pouvoir révolutionnaire, qui aboutira notamment aux guerres de Vendée.

Au XVIIIe siècle, l'essor de nouvelles catégories sociales dans les villes et dans les gros bourgs est indéniable. Parmi les nouvelles couches, on distingue d'une part une bourgeoisie marchande ou financière, qui profite de l’enrichissement global, et pour une fraction d'entre elles des grandes spéculations boursières sous Louis XVI, des laboureurs, des paysans riches qui peuvent offrir à leurs enfants une éducation et d'autre part une bourgeoisie de fonctionnaires et d'hommes de loi qui aspire à jouer un rôle politique[3].

Cependant la société semble se figer, l’accès à la noblesse se ferme. Dans les années 1780, les nobles qui ont besoin de numéraire remettent en vigueur des droits féodaux oubliés et contrôlent de manière plus tatillonne leur perception : c’est la réaction nobiliaire. À la fin des années 1780, les mauvaises récoltes jettent à la rue les membres les plus fragiles des communautés, mais la Révolution n'arrive pas comme une conséquence de ces dernières années, l'historien Jean Nicolas recensant pendant tout le XVIIIe siècle, qu'il appelle le « siècle d'intranquillité », pas moins de 8 528 révoltes de communautés paysannes qui se politisent de plus en plus[4].

Contestation de la monarchie absolue[modifier | modifier le code]

Louis XVI représenté en costume de sacre avec les regalia et la croix de l'ordre du Saint-Esprit par Antoine-François Callet (1781)

En 1788, le pouvoir repose sur la monarchie absolue de droit divin. Le roi tient son pouvoir de Dieu comme le montre la cérémonie du sacre à Reims, marquant le début de son règne ; la tradition monarchique s’inscrit dans le respect des coutumes, c'est-à-dire des libertés et des privilèges accordés à certains individus, certaines villes ou provinces. Le roi règne sur le pays en maître incontesté et se trouve, en tant que « seigneur des seigneurs », aux prises avec une noblesse turbulente plus ou moins domestiquée depuis Louis XIV. Les bases de ce système politique sont contestées et attaquées dans la seconde partie du XVIIIe siècle.

La philosophie des Lumières a joué un rôle déterminant dans la tournure que prirent les événements mais son influence est à nuancer : accorder trop d'importance aux préceptes nés durant ce siècle se révélerait être un manque de fidélité historiographique majeur. Contre la monarchie absolue à la française, le modèle anglais d'une monarchie limitée par un parlement (assemblée élue) est mis en avant. À l’obéissance du sujet s’opposent les droits du citoyen. Rousseau défend l'idée que le pouvoir souverain suprême réside dans la Nation et s'oppose à Voltaire partisan du despotisme éclairé et donc favorable à la monarchie mais qui en mettant la Raison au centre de tout, s'oppose aux fondements religieux de la monarchie française.

Les ordres privilégiés se révoltent aussi contre le pouvoir royal. En effet, l'absolutisme les a privés de leurs prérogatives traditionnelles. Les Parlements sont des cours de justice sous l'Ancien Régime. Ils profitent du droit traditionnel qui leur permet d'émettre des remontrances lors de l'enregistrement des lois dans les registres des parlements pour critiquer le pouvoir royal. Bien qu'ils défendent avant tout leurs privilèges, ils arrivent à passer, aux yeux de l'opinion publique, comme les défenseurs du peuple.

La noblesse, évincée du pouvoir sous Louis XIV, ne rêve que de revenir aux affaires.[réf. souhaitée] À cette revendication politique, s'ajoute une revendication économique. Les nobles n'ont pas le droit d'exercer un grand nombre d'activités économiques sous peine de « déroger », c'est-à-dire de perdre leurs privilèges. Dans un siècle où la rente de la terre stagne et où les frais de représentation (costumes, carrosses…) sont de plus en plus élevés, leur pouvoir d'achat diminue. La noblesse s'arc-boute sur ses anciens privilèges, principalement les droits seigneuriaux, et exige le paiement de certaines redevances tombées en désuétude. Elle s'arroge aussi l'exploitation exclusive de certains communaux, ces terres non cultivées où, traditionnellement, les paysans pauvres pouvaient faire paître leurs quelques bêtes. Cette crispation est très mal vécue par les paysans qui réclament l'abolition des droits seigneuriaux pour soulager leur misère. La mauvaise récolte de 1788, due à un épisode d'échaudage des grains, provoquant une hausse des prix des céréales, ne fera rien pour arranger la misère des paysans et est aujourd'hui présentée par divers historiens[Note 1] comme une des causes de l'agitation populaire et de la Révolution, le politique étant considéré comme responsable du manque de grains[Note 2]. À preuve, notamment, on peut citer ces femmes qui iront à Versailles demander que sortent « Le Boulanger, la Boulangère, et le petit mitron ». Des révoltes de subsistances en 1788 attestent elles aussi d'une crise frumentaire à l'origine partielle de la Révolution[5].

Malgré tout, dans leur immense majorité, les Français de 1789 n’imaginent pas une Révolution violente avec une abolition de la monarchie. Le roi est depuis son avènement présenté par l'iconographie royale comme un second « père du peuple », dans un parallèle fait avec Louis XII[6], puis comme « père des Français ». Une réforme profonde de l’État est espérée et ce, dans un climat pacifique[7]. Si en 1789, le souverain est encore aimé et respecté[Note 3], son image paternelle se dégradera rapidement par la suite - dès 1791 - notamment par la multiplication des vetos qu'il met à l'Assemblée législative[8].

Échec des réformes politiques[modifier | modifier le code]

Louis XV et Louis XVI ne sont pas restés insensibles à la diffusion des idées nouvelles et au blocage des institutions. Mais ils n'ont pas l'autorité de leur prédécesseur Louis XIV pour imposer aux privilégiés les changements nécessaires.

  • La Réforme judiciaire du chancelier de Maupeou, décidée à la fin du règne de Louis XV, est abandonnée par Louis XVI qui cède devant les parlements.
  • La Réforme fiscale : le problème des rois a toujours été le budget. Depuis le XVIIIe siècle, celui-ci est fortement déficitaire. En effet, le principal impôt direct, la taille, ne pèse que sur les non-privilégiés. Le souci des monarques est donc d'augmenter les rentrées fiscales. Des impôts nouveaux qui pèsent sur tous, quel que soit l’ordre, s’ajoutent aux impôts anciens : la « capitation depuis 1695 », qui porte sur toutes les têtes mais qui pèse plus en proportion sur les non privilégiés, le « vingtième » qui frappe tous les revenus (en théorie 1/20e du revenu) mais les nobles et le clergé le rachètent, c'est-à-dire le paient une fois pour toutes et en sont ensuite débarrassés. Les impôts nouveaux n'empêchent pas le déficit et la dette publique de se creuser tout au long du XVIIIe siècle. Le 19 février 1781, Necker publie le Compte rendu au roi par M. Necker, Directeur général des Finances et, ainsi, rend public le budget du royaume. L'État perçoit 503 millions de livres de recettes pour 620 millions de livres de dépenses. Le service de la dette occupe à lui seul 310 millions de livres, soit la moitié des dépenses.

L'opinion publique est scandalisée d'apprendre que la cour dépense 36 millions de livres en fêtes et pensions pour les courtisans. S'ajoute une polémique sur le choix d'emprunter par des rentes viagères, dénoncées par Marat et Mirabeau, et jugées « ruineuses, impolitiques, immorales »[9] par Cambon, car Jacques Necker en avait émis pour des montants considérables à des taux d'intérêts élevés et à des fins spéculatives.

Journée des Tuiles à Grenoble

La monarchie ne peut faire aboutir aucune réforme fiscale à cause de la systématique obstruction des Parlementaires. La « Journée des Tuiles de Grenoble » qui a lieu en 1788 illustre l'alliance contre nature entre les parlements et le peuple. Les protestations des familles touchées par la crise économique se multipliant depuis mai, ces agitations poussent la garnison à intervenir le 7 juin. Celle-ci est reçue par des jets de tuiles lancées par les habitants de Grenoble montés sur les toits. Après la « journée des Tuiles », une assemblée des trois ordres (noblesse, clergé, tiers état) appelée Réunion des États généraux du Dauphiné se réunit au château de Vizille près de Grenoble et décide la grève des impôts tant que les États généraux de la province n’auront pas été convoqués par le roi pour les voter. En faillite et incapable de rétablir l’ordre, Louis XVI cède en août 1788 et convoque les États-Généraux pour le 5 mai 1789.

1789 : fin de la monarchie absolue et de l’Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Révolution juridique (mai-début juillet 1789)[modifier | modifier le code]

Campagne électorale pour l'élection des députés aux États-généraux[modifier | modifier le code]

La réunion des États généraux a suscité de grands espoirs parmi la population française[10]. Les paysans espèrent une amélioration de leurs conditions de vie avec l'allègement, voire l'abandon des droits seigneuriaux. La bourgeoisie espère l'instauration de l'égalité en droit et l'établissement d'une monarchie parlementaire à l'anglaise[réf. souhaitée]. Elle peut compter sur le soutien d'une petite partie de la noblesse acquise aux idées nouvelles et du bas-clergé qui vit auprès du peuple et est sensible aux difficultés de celui-ci. Ceci explique l'animation du débat politique pendant l'élection des députés aux États-Généraux. Les débats portent, entre autres, sur l'organisation des États-Généraux. En effet, traditionnellement, chaque ordre élisait à peu près le même nombre de députés. Les élus de chaque ordre se réunissaient, débattaient et votaient séparément. Le résultat du vote de chaque ordre comptait pour une voix. C'était le principe du vote par ordre. De ce fait, il suffisait que les deux ordres privilégiés votent dans le même sens, celui du maintien des privilèges, et le Tiers état se retrouvait en minorité.

Le tiers état demande le doublement du nombre des députés le représentant, afin que le nombre de leurs élus corresponde davantage à son poids dans la société, ainsi que le principe du vote par tête, c'est-à-dire une assemblée unique où chaque élu dispose d'une voix. Louis XVI accorde le doublement des députés du tiers état mais garde le silence sur la question du vote par ordre ou par tête.

Les députés du tiers état s'opposent au roi[modifier | modifier le code]

Le 1er mai 1789, les députés arrivent à Versailles. Alors que ceux du clergé (291) et de la noblesse (270) sont reçus en grand apparat, ceux du tiers état (584)[11] sont ignorés. Le 5 mai, le roi ouvre les États généraux. Son discours met en garde contre tout esprit d'innovation. Necker parle pendant trois longues heures, mais uniquement de questions financières. Aucune évocation des réformes politiques tant attendues n'est faite. Le pouvoir ne prend pas clairement position sur la question du vote par ordre ou par tête alors que les membres du tiers état se disaient mal représentés. Les ordres privilégiés prennent parti pour le vote par ordre. Le tiers état s'engage alors dans un processus de résistance en refusant de se réunir séparément des deux autres ordres. Pendant ce temps, dans le courant du mois de mai, les assemblées du Clergé et de la Noblesse acceptent de renoncer à leurs privilèges fiscaux. Au bout d'un mois de discussions, le tiers état se décide à prendre l'initiative de vérifier les pouvoirs des députés par bailliage et sénéchaussée et non par ordre. Le 13 juin, trois curés répondent à l'appel. Le 16, ils sont dix.

Le 17 juin 1789, le tiers état et quelques membres de la noblesse et du clergé, sur proposition de l’abbé Sieyès, prennent le titre d’ « Assemblée nationale ». Le 19 juin, le clergé, qui compte une minorité de curés sensibles aux problèmes des paysans, décide de se joindre aux députés du tiers état pour la vérification des pouvoirs. Le 20 juin, le roi fait fermer la salle des Menus Plaisirs, lieu de réunion du tiers état. Ceux-ci se dirigent alors vers une salle de jeu de paume voisine.

Dans un grand enthousiasme, ils prononcent le Serment du jeu de paume. Ils s’engagent à ne pas se séparer avant d’avoir donné une Constitution écrite à la France.

Le 23 juin, lors d'une séance royale, une réunion des trois ordres en présence du roi, Louis XVI ordonne aux députés de siéger en chambres séparées. Il définit un programme de travail, proposant aux députés de réfléchir aux réformes concrètes dont il esquisse l'économie. Alors que les députés de la noblesse et du haut clergé obéissent et s'en vont, les députés du tiers état et ceux du bas clergé restent immobiles. Bailly, élu président en tant que doyen, lance au marquis de Dreux-Brézé venu leur demander au nom du roi de partir, cette phrase : « Allez dire à votre maître monsieur, que la Nation assemblée n'a d'ordre à recevoir de personne », à la suite de laquelle Mirabeau rajoute: « Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous ne partirons que par la force des baïonnettes[12]. » Face à la résistance du tiers état, soutenu par le bas clergé et une cinquantaine de nobles, le roi invite le 27 juin les trois ordres à débattre ensemble[13].

L’Assemblée reprend alors immédiatement sa marche en avant. Le 9 juillet, elle se proclame Assemblée nationale constituante. Durant ces journées, l’Assemblée réalise une autre révolution décisive : beaucoup de députés, effrayés par la tournure des événements, démissionnent ; l’Assemblée déclare qu’elle tient son mandat non pas des électeurs individuellement pour chaque député, mais collectivement de la Nation tout entière. C'est la mise en application du principe de la souveraineté nationale défendu par Diderot[14].

Cette assemblée peut s’appuyer sur les espoirs de la majorité de la Nation, sur les réseaux de « patriotes ». En face, il n’y a que des ministres divisés, un gouvernement sans ressource financière et un roi velléitaire qui recule.

Été 1789[modifier | modifier le code]

Genèse de la révolte[modifier | modifier le code]

Louis XVI fait semblant de céder au tiers état. Mais, dès le 26 juin, il fait venir des troupes (20 000 hommes de régiments étrangers) sur la capitale afin de mettre fin au désordre que connaît Paris depuis plusieurs semaines. Or l’opinion parisienne est agitée. La bourgeoisie est déçue : pour l’instant, rien n’est sorti des débats à Versailles et elle a peur pour la survie de l’assemblée. Le peuple, lui, craint que les troupes ne coupent les routes du ravitaillement des Parisiens alors que, à la suite des guerres des farines et des mauvaises récoltes de 1788, le prix du pain est au plus haut. Début juillet, des émeutes éclatent aux barrières d’octroi. Le roi renvoie ses ministres jugés trop libéraux, parmi lesquels Necker, contrôleur des Finances, renvoyé le 11 juillet. La nouvelle est connue à Paris le 12. Dans l’après-midi, dans les jardins du Palais-Royal, le journaliste Camille Desmoulins exhorte la foule à se mettre en état de défense. Il considère le renvoi de Necker comme une attaque contre le peuple. Dans les jardins des Tuileries et aux Invalides, les Parisiens se heurtent au régiment dit du Royal-Allemand du prince de Lambesc dont les soldats sont accusés d'avoir tué des manifestants.

Le 13 juillet, quarante des cinquante-quatre barrières d’octroi sont incendiées. Les réserves de grains des couvents sont pillées. Une milice bourgeoise se forme.

Première journée révolutionnaire (14 juillet)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prise de la Bastille.
Prise de la Bastille le 14 juillet 1789

L'effervescence grandit. Le matin du 14 juillet 1789, les émeutiers parisiens partent chercher des armes. Dans une atmosphère révolutionnaire, ils pillent l'arsenal de l’Hôtel des Invalides où ils trouvent des armes et des canons mais pas de poudre. Ils arrivent ensuite aux portes de la prison royale de la Bastille pour chercher de la poudre et y retrouvent d'autres émeutiers massés devant la forteresse du Faubourg Saint-Antoine depuis le matin. La Prise de la Bastille ne s'explique ainsi d'abord pas par le fait qu'elle représentait l'arbitraire royal[Note 4], mais avant tout parce qu'elle contenait de la poudre, ce dont les émeutiers étaient dépourvus, bien qu'ils possédassent les armes prises aux Invalides[15],[16],[17]. En juillet 1789, il n'y avait dans la prison que sept prisonniers : quatre faussaires, deux fous dangereux et un délinquant sexuel, tous enfermés par lettre de cachet à la demande de leur famille pour éviter que le scandale d'un procès n'entache l'honneur du nom. En attendant d'être démolie, elle était gardée par quatre-vingts invalides et trente-cinq suisses. Une nombreuse troupe marche sur la Bastille : le gouverneur, le marquis Bernard-René Jordan de Launay, veut résister mais, à la demande de médiateurs venus de l'Hôtel de Ville où siège un comité permanent, organe de l'insurrection bourgeoise, il rédige à la hâte un papier par lequel il accepte la reddition de la forteresse en échange de la promesse qu'il ne sera fait aucun mal à la garnison. Il laisse la foule pénétrer dans la première cour. Puis il se serait ravisé et aurait fait tirer à la mitraille : il y a des morts. Des gardes françaises mutinées amènent alors des canons pris aux Invalides : le gouverneur cède et abaisse les ponts-levis. Il est cinq heures de l'après-midi. Les Vainqueurs de la Bastille se dirigent alors vers l'Hôtel de Ville avec leurs prisonniers. En chemin, de Launay est roué de coups, massacré à coups de sabre, décapité au couteau par l'aide-cuisinier Desnot[18] et sa tête mise au bout d'une pique. Arrivés à l’Hôtel de Ville, les émeutiers accusent le prévôt des marchands (fonction comparable à celle de maire) Jacques de Flesselles de trahison. Il est lui aussi assassiné, puis sa tête est promenée au bout d’une pique, avec celle de de Launay. Pour certains contemporains, comme Malouet, la sauvagerie de ces premiers massacres inaugure le règne de la terreur (interprétation à laquelle se ralliera Napoléon à l'île de Ste Hélène lors de ses conversations avec Las Cases).

Après la victoire populaire[modifier | modifier le code]

Alors que Louis XVI reconnaît le fait accompli, la démolition de la Bastille commence. Louis XVI cède à la pression parisienne et vient en personne le lendemain annoncer à l’assemblée le retrait des troupes qui encerclaient Paris. Il rappelle Necker ainsi que tous les ministres renvoyés. À l’Hôtel de ville de Paris, tous les membres de l’ancienne administration ayant pris la fuite, Jean Sylvain Bailly, président de l'Assemblée nationale, est nommé par acclamation « Maire de Paris ». La Fayette est nommé Commandant général de la Garde nationale. Une nouvelle organisation municipale allait se mettre en place. Louis XVI reconnaît celle-ci en se rendant à Paris le 17 juillet. À cette occasion, Bailly lui remet la cocarde bleue et rouge aux couleurs de la ville de Paris que Louis XVI fixe sur son chapeau, associant ainsi ces couleurs au blanc de la monarchie. Ce geste paraît sceller la réconciliation de Paris et de son roi. Dans les faits cependant, le roi accepte mal que son autorité soit tenue en échec par une émeute parisienne, de la même façon que les députés acceptent difficilement que leur pouvoir dépende de la violence populaire.

Pendant ce temps, la renommée des « vainqueurs de la Bastille » gagne la France entière. La force l'a emporté, venant au secours des réformateurs. Très vite, une interprétation symbolique de la prise de la Bastille est élaborée. La Bastille y représente l'arbitraire royal. Les bruits les plus fous se répandent, qui décrivent des cachots souterrains emplis de squelettes et inventent le personnage fabuleux du comte de Lorges, victime exemplaire de cet arbitraire. Lors de la démolition de la forteresse, le « patriote » Palloy mène une entreprise de propagande politique rentable en vendant des pierres gravées et des chaînes qui en proviennent. La création de médailles commémoratives et la distinction des « vainqueurs de la Bastille » permet, par la suite, à de nombreux individus d'entamer des carrières politico-militaires intéressantes.

Ces événements déclenchent aussi la première émigration : le jeune frère de Louis XVI, le comte d’Artois, les grands du royaume comme le prince de Condé, le duc de Polignac et le duc d’Enghien. Leur destination est l’Angleterre, les Pays-Bas ou l’Allemagne. Tous pensent revenir dans les trois mois.

Grande peur dans les campagnes françaises et nuit du 4 août 1789[modifier | modifier le code]

Les provinces n'ont pas attendu Paris. Dans de nombreuses villes les patriotes se constituent en comités permanents et prennent parfois le pouvoir municipal. Ainsi à Rennes et Strasbourg, des groupes assaillent les arsenaux où les armes leur sont données sans résistance; d'autres groupes prennent les citadelles de Bordeaux, Nantes ou Marseille où les garnisons se rendent. En marge de ces mouvements, se constitue la Garde nationale. Antoine Barnave recommande pour Grenoble qu'elle soit réservée à la "bonne bourgeoisie". En effet leur rôle est souvent de contrôler les comités permanents et les mouvements populaires[19].

En province, à partir du 15 juillet 1789 jusqu'au 6 août 1789, les campagnes bruissent de rumeurs confuses appelées « Grande Peur ». Les paysans craignent que les récoltes ne soient pillées par des brigands. À l'annonce de l'arrivée de brigands, le tocsin sonne dans les villages. Les paysans s'arment de fourches, de faux et autres outils. Quand ils s'aperçoivent qu'il n'y a aucun danger, au lieu de retourner vaquer à leurs occupations, ils se dirigent vers le château du seigneur. Ils exigent les titres seigneuriaux qui établissaient la domination économique et sociale de leurs propriétaires et les brûlent. Si le seigneur ou ses gens résistent, ils sont molestés. On compte de très rares cas de seigneurs assassinés, ainsi que des châteaux pillés ou brûlés.

Face à ces violences, l'Assemblée réagit en abolissant les privilèges, les droits féodaux, la vénalité des offices et les inégalités fiscales dans la nuit du 4 août 1789. C’est la fin de la société d'Ancien Régime. Toutefois les députés, presque tous propriétaires fonciers, qu'ils soient nobles ou bourgeois, se ravisent en partie pendant la rédaction des décrets du 5 au 11 août 1789. Les droits personnels (corvées, servage…) et le monopole de la chasse noble (à courre et au vol) et de la chasse à tir (à terre ou au vol) pour les seigneurs, gentilshommes et nobles, derrière le Roi qui se réservait un droit de chasse presque absolu, non lié à des règles précises ou immuables (droits qui avaient été renforcés par le titre XXX de l'Ordonnance de 1669 de Colbert) sont simplement supprimés. La loi du 11 août 1789 accorde à tout propriétaire le droit de détruire et faire détruire toute espèce de gibier sur ses possessions, mettant fin au caractère régalien du droit de chasse[20].

Les droits réels portant sur la rente de la terre (cens, champart) doivent être rachetés. L'Assemblée Constituante précisera son intention plus tard :

« Ni la nation française, ni ses représentants, n'ont eu la pensée d’enfreindre par là les droits sacrés et inviolables de la propriété. Aussi, en même temps qu'elle a reconnu avec le plus grand éclat qu'un homme n'avait jamais pu devenir propriétaire d’un autre homme, et qu'en conséquence, les droits que l'un s'était arrogé sur la personne de l’autre n'avaient jamais pu devenir une propriété pour le premier, l'Assemblée nationale a maintenu, de la manière la plus précise, tous les droits et devoirs utiles auxquels des concessions de fonds avaient donné l'être, et elle a seulement permis de les racheter. »

— Instruction votée par l'Assemblée Constituante le 15 juin 1791

Seuls peuvent se libérer totalement les paysans les plus riches. Les propriétaires d'offices reçoivent une indemnité qu'ils investissent en partie dans l'achat de biens nationaux. Ainsi les possédants ont pu sauvegarder leurs intérêts économiques tout en mettant fin aux révoltes paysannes.

« Quant aux droits féodaux, il demandait que tous ces droits fussent rachetés par les vassaux, « s'ils le désirent », le remboursement devant être « au denier 30 », c'est-à-dire trente fois la redevance annuelle payée à cette époque ! C'était rendre le rachat illusoire, car, pour les rentes foncières, il était déjà très lourd au denier 25, et dans le commerce, une rente foncière s'estime généralement au denier 20 ou même 17. »

— Pierre Kropotkine, La Grande Révolution, XVII

Le 27 août 1789, l’Assemblée constituante suspend la rédaction de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, décidant de la terminer quand la constitution serait achevée (ce qui, en août 1791, s'avérera impossible du fait de la célébrité acquise par le texte). S’inspirant des principes des Lumières, elle est une condamnation sans appel de la monarchie absolue et de la société d'ordres. Elle est aussi le reflet des aspirations de la bourgeoisie de l'époque : la garantie de libertés individuelles, la sacralisation de la propriété privée, le partage du pouvoir avec le roi et l'accès à tous les emplois publics. La déclaration définit la loi comme l'expression de la volonté générale (art. 6). désormais la loi n'est plus définie en fonction de sa finalité (la justice) mais en fonction de son origine (la volonté générale). Le législateur, affranchi du respect d'un ordre juridique supérieur échappant à sa volonté (droit naturel), acquiert un pouvoir sans limite dont il va se servir, dans les années suivantes, pour procéder à la régénératon de la société et de l'homme. En Angleterre, Edmund Burke critiquera, dans les Réflexions sur la Révolution en France, le conflit potentiel entre liberté abstraite et libertés concrêtes. Conflit qui apparaît très vite: ainsi, alors que la Déclaration affirme que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit », la même assemblée décidera quelques semaines plus tard de distinguer entre citoyens passifs, citoyens actifs et citoyens actifs éligibles, selon un critère censitaire : plus de 40 % des hommes furent ainsi exclus du droit de vote et plus de 75 % se virent refuser l'éligibilité (aux conseils municipaux et aux assemblées primaires d'électeurs). De même, le 15 mai 1791, la même Assemblée constituante refusera de changer le statut des personnes "non libres" employées sous les tropiques.

Paris de nouveau capitale[modifier | modifier le code]

Dès septembre 1789, l'Assemblée vote les premiers articles de la future constitution limitant le pouvoir royal. Les difficultés d’approvisionnement de Paris en grains et une rumeur relative au piétinement de la cocarde tricolore par le régiment de Flandre fidèle au Roi, provoquent les journées des 5 et 6 octobre 1789, où une foule majoritairement composée de femmes se rend à Versailles voir le roi. Ce dernier va dans un premier temps satisfaire leurs revendications. Dans la même journée, le président de la constituante Mounier, va à nouveau demander que Louis XVI promulgue la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et les lois du 4 et du 26 août abolissant la société d'ordres. Dans la soirée, à la demande de la commune de Paris, La Fayette arrive également à Versailles. Le lendemain à l'aube, une partie de la foule menace la famille royale et deux gardes du corps sont tués. Grâce à l'intervention de La Fayette (selon les conclusions de l'enquête rendues par le Châtelet, sur cet événement, pivot de la révolution) : « le salut du roi, de la reine, de la famille royale, fut uniquement dû à la Garde nationale et à son général[Note 5] ». Après cette journée, le roi accepte de quitter Versailles.

Article détaillé : Journées des 5 et 6 octobre 1789.

Désormais, le roi et l’Assemblée nationale siègent à Paris, surveillés par la Garde nationale et menacés par l’émeute.

Le pouvoir royal s'en trouve extrêmement affaibli. La France reste une monarchie mais le pouvoir législatif est passé entre les mains de l’Assemblée constituante. Des commissions spécialisées issues de l’Assemblée ont la haute main sur l’ensemble de l’administration qui se soucie de moins en moins du pouvoir du roi. Les ministres ne sont plus que des exécutants techniques surveillés par l’Assemblée. Néanmoins, le roi garde le pouvoir exécutif. Les lois et décrets votés par l'Assemblée ne sont valables que si le roi les promulgue. Par ailleurs, les intendants et autres agents de l'administration de l’Ancien Régime restent à leur poste jusqu’à la formation d’une nouvelle administration. Jusqu'à l'été 1790, les intendants qui n’ont pas démissionné continuent d'exercer leurs fonctions, bien que leur étendue ait été considérablement réduite.

Échec de la monarchie constitutionnelle[modifier | modifier le code]

Royaume de France
Monarchie constitutionnelle

17911792

Drapeau Blason

Devise : La nation, la loi, le roi

Informations générales
Statut Monarchie constitutionnelle
Capitale Paris
Langue Français
Histoire et événements
4 septembre 1791 Louis XVI prête serment à la Constitution
10 août 1792 Suspension de Louis XVI

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Régénération de la France[modifier | modifier le code]

Réorganisation administrative[modifier | modifier le code]

La création des départements

L'Assemblée constituante, en majorité constituée de bourgeois, entreprend une vaste œuvre de réforme en appliquant les idées des philosophes et économistes du XVIIIe siècle. Les années de la Révolution française sont caractérisées par un bouillonnement des idées et des débats dans la France entière. La presse ne sera pleinement libre qu'entre 1789 et 1792.

Les premiers travaux de l'assemblée sont consacrés à la réforme administrative. Les circonscriptions administratives de l'Ancien Régime étaient très complexes. Les généralités, les gouvernements, les parlements et les diocèses se superposaient sans avoir les mêmes limites. Les députés entreprennent de les simplifier. Ils s'attachent tout d'abord à la réforme municipale, rendue pressante par le désordre suscité dans les corps municipaux par les troubles de l’été. La loi du 14 décembre met en place la municipalité. À partir de janvier 1790, chaque commune de France organise l'élection de ses élus. Ce sont les premières élections de la Révolution.

Par la loi du 22 décembre 1789, l’Assemblée crée les départements, circonscriptions à la fois administratives, judiciaires, fiscales et religieuses. Au nombre de 83, ces départements portent des noms liés à leur géographie physique - cours d'eau, montagnes, mers – et ils sont divisés en districts, cantons et communes. Cependant la mise en œuvre de cette réorganisation n'est pas pleinement démocratique : leurs dirigeants ne sont élus que par les citoyens les plus riches appelés citoyens actifs. Au printemps 1790, une commission est chargée par l'assemblée du découpage de la France et de répondre aux litiges occasionnés entre les villes candidates à des chefs-lieux. Les nouvelles administrations élues par les citoyens actifs se mettent en fonction à partir de l'été 1790 jusqu'à 1791.

Libertés économiques[modifier | modifier le code]

Sous l'Ancien régime, les activités économiques dépendaient du bon vouloir du Roi, étaient strictement encadrées par l'État royal ou par des réglementations qui limitaient le nombre de producteurs. Toutes les entraves à la liberté de production, qu'elles soient agricoles, artisanales ou industrielles, sont supprimées. Dans un climat de défiance vis-à-vis des regroupements professionnels, la loi Le Chapelier est votée le 14 juin 1791. Cette loi, restée fameuse dans l'histoire du monde ouvrier, interdit toutes coalitions ou regroupements d'ouvriers sous peine de mort. La grève n'existe pas.

La révolution décide cependant de réglementer sévèrement la Bourse.

La révolution, dans son exaltation des libertés individuelles, met les ouvriers, encore très peu nombreux et disséminés dans l'artisanat, dans l'incapacité de s'organiser pour la défense de leurs droits ou l'enrichissement de leurs salaires pour près d'un siècle.

Question religieuse[modifier | modifier le code]

Dès le 11 août 1789, la dîme est supprimée sous réserve de rachat[Note 6], privant ainsi le clergé d'une partie de ses ressources. Le 2 novembre de la même année, sur proposition de Talleyrand, évêque d'Autun, les biens du clergé sont "mis à la disposition" de la Nation pour l'extinction de la dette publique. Ils deviennent des biens nationaux qui seront vendus par lots pour combler le déficit de l'État. La même année, les assignats, qui deviendront une forme de papier-monnaie, sont introduits. Vu l’urgence de la situation financière, l'Assemblée constituante fait des biens nationaux la garantie d’un papier que ses détenteurs pourront échanger contre de la terre. Utilisés d’abord comme bons du Trésor, ils reçoivent un cours forcé en avril 1790 pour devenir une véritable monnaie. On émet ainsi pour 400 millions d’assignats en titres de 1 000 livres : c’est le début d'une forte période d'inflation.

La nationalisation des biens du clergé amène l'Assemblée constituante à s'intéresser au financement du culte : pour cela, un Comité ecclésiastique est constitué. Le 13 février, les vœux de religion sont abolis et les ordres religieux supprimés sauf, à titre provisoire, les maisons hospitalières et enseignantes. Les municipalités procèdent aux inventaires dans les mois suivants et réclament souvent les bibliothèques qui vont servir à constituer les premiers fonds des bibliothèques municipales. La vente des biens nationaux débute en octobre ; ils sont souvent rachetés par la bourgeoisie qui dispose des fonds importants qui permettent d'acheter vite[21].

La Constitution civile du clergé, adoptée le 12 juillet 1790 et ratifiée par le roi le 24 août 1790[22], transforme les membres du clergé en fonctionnaires salariés par l’État. Les membres du clergé séculier sont désormais élus et doivent prêter un serment dans lequel ils s'engagent à accepter et protéger la nouvelle organisation du clergé[Note 7]. Suivant une tradition gallicane et janséniste bien ancrée dans une partie de la bourgeoisie parlementaire, en accord avec une partie de l'héritage des Lumières favorable à la laïcisation de la société, les députés n'ont pas demandé au pape son avis sur les réformes du clergé catholique. Les premiers clercs commencent à prêter serment sans attendre l'avis du souverain pontife.

Par décret du 27 novembre, le serment est rendu obligatoire pour bénéficier des traitements et pensions versés aux membres du clergé constitutionnel. Les ecclésiastiques doivent choisir : peuvent-ils accepter une réforme opérée sans l'aval des autorités légitimes ? Tous les évêques (ou presque car ces derniers ont été forcés), sauf quatre, refusent de le prêter ; ils entrent en résistance passive et, malgré la suppression de 45 diocèses, ils continuent à agir comme si les nouvelles lois n'existaient pas. Les officiers ecclésiastiques députés à la Constituante doivent le prêter avant le 4 janvier 1791 ; on y dénombre 99 jureurs sur les 250 députés qui y étaient astreints. Mais, dès mars 1791, le pape Pie VI condamne toutes ces réformes visant l’Église de France, ce qui amène un certain nombre de jureurs à se rétracter. Malgré la difficulté à dresser des chiffres globaux, on peut estimer à 52 %[23] la proportion d’ecclésiastiques non jureurs ou réfractaires.

La Constitution civile du clergé a divisé la population en deux camps antagonistes. Pour Michelet, Mignet ou Aulard, elle fut la grande faute de la Révolution française. Le drame de 1792-1793 est en germe. Dès 1790, des troubles entre Protestants et Catholiques avaient éclaté à Nîmes[24]. La question du serment dégénère en affrontement violent dans l'ouest où les villes soutiennent les prêtres jureurs et les campagnes les réfractaires.

Le roi et la Révolution[modifier | modifier le code]

Louis XVI se rendant à l'Assemblée, 4 février 1790. Archives nationales.

Fête de la Fédération[modifier | modifier le code]

La fête de la Fédération, le 14 juillet 1790

Un an après la Prise de la Bastille, la fête de la Fédération donnée le 14 juillet 1790, au Champ-de-Mars, pour célébrer l’avènement de la cité nouvelle[B 2], restera la plus éclatante des fêtes révolutionnaires[25] et constitue le couronnement du mouvement des fédérations provinciales[26]. Il s’agit, pour les élus de la Constituante, d’affirmer la grande fraternité révolutionnaire dans une journée d’union nationale alors que des milliers de cérémonies analogues ont lieu simultanément en province[27].

Après une messe célébrée par Talleyrand, le marquis de La Fayette, suivi par le Corps législatif, jurent fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi, puis Louis XVI et la Reine prêtent serment de fidélité à la Nation et à la Loi[B 3]. Quoique ce moment de communion nationale puisse laisser croire aux observateurs de l'époque que le roi a accepté les changements issus de la Révolution, en fait, il n'en est rien[28] ; Louis XVI, à son habitude, louvoie entre les différents courants. Des voix discordantes se font entendre et l’unité tant recherchée n’existe ni dans la droite absolutiste, qui juge le roi prisonnier, ni même à gauche où Marat jette le trouble en s’attaquant à La Fayette[B 4], et en prophétisant Varennes[29]. Cette fête, qui doit clore la Révolution, se révèle illusoire sur ce plan comme sur celui de l'entente nationale[30]. Le peuple cependant croit toujours à la monarchie et s'est écrié "Vive le Roy !"

Varennes et ses suites[modifier | modifier le code]

Retour de Varennes. Arrivée de Louis XVI à Paris, le 25 juin 1791

Alors qu’à cette période Louis XVI possède d'importantes prérogatives constitutionnelles, que le système monarchique n’est pas contesté[31] et que la figure royale n'est encore que peu attaquée[32], la tentative de fuite du roi, le 20 et 21 juin 1791, est une date clé de la Révolution[33] : elle rompt les liens symboliques unissant le roi à la nation[34], précipite la désacralisation de la personne royale[35] et le renversement de l'opinion à son égard[36] et relance enfin la crainte du complot intérieur préparant l'invasion, provoquant une série de lois d'urgence qui préfigurent la Terreur[37].

Elle entraîne une division entre jacobins monarchistes constitutionnels et jacobins démocrates[38]. Les premiers comme Bailly, La Fayette ou Barnave, pressés de terminer la Révolution, mettent sur pied la thèse de l'enlèvement du roi et par les décrets du 15 et 16 juillet le font innocenter et rétablir dans ses fonctions, ceci devant l’opposition des patriotes républicains et démocrates[A 1] — venus surtout des Cordeliers — bien décidés à réclamer la mise en accusation du roi et l’instauration d’une république[Note 8] en déposant une pétition au Champ-de-Mars. Cette pétition antilégaliste fournit, le 16 juillet 1791, un prétexte aux bourgeois libéraux pour rompre avec le club des Jacobins et fonder celui des Feuillants dont ils prennent le nom[39].

Le lendemain 17 juillet, à la suite d’incidents, la loi martiale est décrétée par la municipalité, néanmoins, les patriotes manifestant malgré tout, la tentative de maintien de l’ordre commandée par La Fayette et Bailly tourne à une répression sanglante lors de la fusillade du Champ-de-Mars[40]. Cette répression[Note 9] crée une rupture durable entre la bourgeoisie modérée constitutionnelle, représentée par les nouveaux Feuillants, et les démocrates révolutionnaires[41], représentés par des hommes comme Danton, Marat ou Robespierre ou des républicains comme Condorcet.

Dès lors, une partie de l'opinion publique doute de la sincérité du roi ; la question religieuse, et la fuite de Varennes le déconsidèrent dans sa volonté d’accepter la Révolution et de jouer le jeu constitutionnel[42]. Journalistes et pamphlétaires, de la partie la plus avancée de l'opinion publique, multiplient les grossièretés à son égard et celui de la Reine[43] alors que les journaux royalistes comme « L'Ami du roi » ou « Les Actes des apôtres » prêchent la résistance ouverte[Note 10]. Cependant, le calme revenu — après la répression[Note 11] qui s’abattit, dès le 17 juillet et l’amnistie de septembre suivant, contre les partisans de changements plus profonds[44] — la très grande majorité des députés veulent croire à la sincérité du roi ainsi qu’à son attachement au nouveau régime et se trouve prête à lui renouveler leur confiance[45]. Ainsi, la crainte des violences, des désordres, la peur des foules et des surenchères démocratiques affermissent la position des alliés des monarchistes constitutionnels[46].

Constitution de 1791[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Constitution de 1791.

La révision de la Constitution de 1791, achevée le 3 septembre, est acceptée le 13 par le roi qui prête serment de fidélité le lendemain[47]. Les Constituants reprennent les idées de Montesquieu, sur la séparation des pouvoirs, et de Rousseau sur la souveraineté populaire ainsi que sur la suprématie du pouvoir législatif[48]. Mais leurs applications trop strictes consacrent une séparation trop rigide entre l’exécutif et le législatif ; ainsi, la Constitution ne prévoit rien pour régler les désaccords entre eux[49] et, plus grave, avec le veto royal, les rédacteurs n’ont pas prévu le cas de guerre[50]. Le roi possède le pouvoir exécutif et, même si son autorité directe est très limitée, il détient le titre de représentant de la Nation, est irresponsable et inviolable devant l’Assemblée, qui ne peut rien contre lui. Le roi dispose d’un veto suspensif — c’est-à-dire qu’un décret rejeté ne peut être représenté pendant les deux législatures suivantes (en tout presque 6 ans)[51] — qu’il peut mettre contre toute loi qui lui déplaît et continue aussi de nommer les ministres, choisis hors de l’Assemblée, les ambassadeurs, les chefs de l’armée et les hauts fonctionnaires[52].

Assemblée législative[modifier | modifier le code]

Le pouvoir législatif, qui siège à partir du 1er octobre 1791, est confié à une assemblée unique de 745 députés élus au suffrage censitaire à deux degrés, l’Assemblée nationale législative. La loi électorale adoptée par la Constituante le 4 décembre 1789 divise les citoyens en deux catégories : les citoyens « actifs » qui, payant le « cens », ont le droit de vote, et les citoyens « passifs » qui, ne le payant pas, ne votent pas[Note 12]. Ainsi, sur une population estimée à 24 millions d'habitants, la France compte environ 4,3 millions de « citoyens actifs » et 3 millions de citoyens « passifs[53] ». Le 16 mai 1791, les Constituants ayant fait décréter qu’aucun de leurs membres ne pourra se représenter à la prochaine législature, les députés sont des hommes nouveaux, pour la plupart expérimentés[Note 13], aisés et plutôt jeunes. Ces nouveaux élus auront en charge la mise en œuvre de la nouvelle Constitution[54]. La droite est désormais représentée par 250 membres des Feuillants, partisans sincères de la monarchie constitutionnelle, dont le but est de terminer la Révolution ; le Centre ou Indépendants, que l’on nomme aussi « parti constitutionnel », avec 345 députés non inscrits, représente le groupe le plus important. La gauche est représentée par 136 membres inscrits au club des Jacobins, essentiellement des futurs girondins, et enfin l’extrême gauche, peu nombreuse, est représentée par les révolutionnaires les plus avancés[Note 14].

Fracture religieuse[modifier | modifier le code]

Louis XVI, qui avait sanctionné tous les décrets touchant les ecclésiastiques, commence à y mettre son veto à partir de 1791.

Les nouveaux évêques, élus dès janvier par les citoyens actifs, sont sacrés à partir de février et s'installent dans leur diocèse. Ils doivent recruter des curés et ordonnent des séminaristes qui n'ont qu'une formation rudimentaire[55]. Les nouveaux curés s'installent à partir de février à Paris ; en province, les élections sont plus tardives et marquées par une forte abstention. Elles se déroulent pour certaines jusqu'en février 1792[56]. Surtout, conformément aux décrets parus entre 1790 et 1792, les circonscriptions paroissiales sont remaniées et un très grand nombre supprimé : or c'est toucher à la cellule religieuse et politique à laquelle les fidèles sont le plus attachés, ce qui déclenche un flot de protestations. Si la fermeture de l'église est décidée, c'est l'émeute, comme à La Fosse-de-Tigné (Maine-et-Loire) où le curé constitutionnel qui doit y procéder est accueilli par des femmes qui le menacent de mort et lui lancent des pierres[57].

Chute de la monarchie[modifier | modifier le code]

Marche vers la guerre[modifier | modifier le code]

Léopold II, empereur du Saint-Empire.
Pancarte alsacienne de 1792 appelant à soutenir la Révolution et portant l'inscription « Freiheit, Gleichheit, Brüderlichk oder Tod. Tod den Tyrannen. Heil den Völkern » (Traduction: « Liberté, Égalité, Fraternité ou la Mort. Mort aux Tyrans. Vivent les Peuples. »)

Pour les patriotes, la question des émigrés est devenue essentielle car ceux-ci, en grande partie regroupés à Coblence autour du Comte d'Artois, maintiennent une agitation permanente aux frontières et font pression sur les souverains étrangers pour qu'ils interviennent dans les affaires françaises. Pour répondre aux émigrés et intimider les Jacobins[A 2], le roi de Prusse et l'empereur d'Autriche font une déclaration commune, la déclaration de Pillnitz[Note 15], le 27 août 1791, où ils manifestent leur inquiétude. Cette déclaration est perçue, à juste titre, comme une menace par l'opinion révolutionnaire[B 5].

Ainsi, le 31 octobre 1791, l'Assemblée nationale législative vote un décret qui, dirigé directement contre les émigrés[Note 16], exige que ceux-ci reviennent en France dans un délai de deux mois faute de quoi leurs propriétés seront confisquées ; le 29 novembre suivant, deux autres décrets sont votés : un premier invite Louis XVI à sommer l'Électeur de Trèves de disperser l'armée des émigrés[A 3], puis un second, qui impose le serment civique aux prêtres réfractaires, sous peine de privation de pension ou même de déportation en cas de trouble à l'ordre public. Contre l’avis de la droite modérée[Note 17], le roi met son veto aux décrets qui frappent les émigrés et les prêtres réfractaires, mais accepte de sanctionner l’Électeur de Trèves, vassal de l’empereur d’Autriche, ce qui constitue un véritable casus belli[58].

Le vote et le décret qui suivent l'annexion, le 13 septembre 1791, d’Avignon et du Comtat Venaissin[Note 18], jusque-là possessions pontificales, puis l’affaire des Princes possessionnés, particulièrement ceux d'Alsace, qui s’estiment spoliés par l'abolition des droits féodaux dans leurs fiefs, répandent des alarmes dans toutes les Cours d’Europe[59]. Mais le souverain d’Autriche Léopold II reste fidèle à sa politique d’intimidation et supprime, le 21 décembre 1791, le principal prétexte[Note 19] pouvant conduire à une déclaration de guerre[A 4]. De ce fait le décret contre l’Électeur n’a pas plus été suivi d’effet que les annexions d’Avignon et du Comtat Venaissin ; la France en cet automne de 1791 n’est menacée par aucune puissance étrangère[60].

Néanmoins, le roi et ses partisans, conscients de la désorganisation de l'armée, espèrent secrètement l’ouverture des hostilités et une défaite rapide de la France afin de mettre un terme à la Révolution, alors qu'une partie des Jacobins, poussés par Brissot et Vergniaud souhaitent, pour la consolider, vaincre les émigrés et propager les idées révolutionnaires en Europe[B 6]. C'est à ce moment que s'esquisse la confrontation entre Girondins et Montagnards. À partir de décembre 1791 à la gauche du club des Jacobins Robespierre, Billaud-Varenne, Camille Desmoulins, Georges Danton, François Nicolas Anthoine, Philibert Simond, François Amédée Doppet, Antoine Joseph Santerre, Étienne-Jean Panis, soutenus ou entraînés par les journaux, Le Père Duchesnes d'Hébert, Les Révolutions de Paris de Louis Prudhomme et Sylvain Maréchal, L'Ami du peuple de Marat, l'Orateur du peuple de Fréron, La semaine politique et littéraire de Dusaulchoix et, plus modérément, le Journal Universel de Pierre-Jean Audouin, mènent campagne contre la guerre[61] qu'ils jugent contraire à l'esprit pacifique de la révolution, inscrit dans la constitution de 1791[62]. Ils estimaient également que les ennemis intérieurs de la révolution étaient plus dangereux que les émigrés et devaient donc être combattus en priorité. Mais à l'assemblée législative, surtout après la mort de Léopold II, le 2 mars 1792, la solution de la guerre va s'imposer[63].

La guerre modifie les rapports de forces[modifier | modifier le code]

Proclamation de « la Patrie en danger » du 11 juillet 1792, haut-relief en bronze de Léopold Morice, Monument à la République, Place de la République, Paris, 1883

Le 20 avril 1792, sur proposition de Louis XVI et après un vote à une écrasante majorité de l’Assemblée législative, la guerre est déclarée au « roi de Bohême et de Hongrie », c'est-à-dire à l’Autriche seule et non à l’Empire[A 5]. Les Girondins parlent alors d'une guerre des peuples contre les rois, d'une croisade pour la liberté. Mais l'armée française, totalement désorganisée par l'émigration d'une partie des officiers nobles, n'a pas les capacités requises pour mener une campagne et subit ses premières défaites[Note 20] qui laissent les frontières nord et nord-est dégarnies. Ces événements développent chez les patriotes un sentiment de trahison de la Cour, des aristocrates et des prêtres réfractaires. Sous la poussée des Girondins, l’Assemblée vote alors trois décrets de précaution et de défense organisant la déportation des prêtres réfractaires (27 mai), le licenciement de la garde du roi (29 mai) et la constitution d’un camp de gardes nationaux (Fédérés) pour défendre Paris (8 juin)[64].

Le 12 juin, Louis XVI renvoie les ministres patriotes et, le 13, met son veto aux décrets sur les réfractaires et sur les fédérés. Cette situation provoque le 20 juin 1792 une nouvelle journée révolutionnaire qui voit le peuple investir les Tuileries. Mais pour une fois, le roi tient bon et, tout en acceptant l'humiliation de porter le bonnet phrygien devant les sans-culottes, refuse de revenir sur sa décision[65]. L’entrée en guerre de la Prusse aux côtés de l’Autriche (6 juillet) oblige l'Assemblée législative à contourner le veto royal en proclamant « la patrie en danger » le 11 juillet 1792 et en demandant à tous les volontaires d'affluer vers Paris[Note 21].

10 août 1792 : seconde Révolution[modifier | modifier le code]

Suggéré par la Reine et ébauché par Louis XVI, le manifeste de Brunswick[66], rédigé à Coblence le 25 juillet 1792, est connu à Paris le 1er août suivant ; ce texte promettant aux parisiens « une exécution militaire et une subversion totale » s’il est fait la moindre violence à la famille royale, ne laisse plus aucun doute aux patriotes sur la trahison du roi. D’une rare maladresse, ce document, loin d’effrayer les sans-culottes, enflamme les sections parisiennes tout en leur donnant le prétexte recherché pour relancer la Révolution et faire chuter la monarchie[67].

Dirigée autant contre l'Assemblée que contre le roi[68], peu de journées révolutionnaires n’ont été préparées plus longuement et plus méthodiquement que cette journée du 10 août 1792[69] Ainsi, dans la nuit du 9 au 10 août, une Commune insurrectionnelle se forme à l’Hôtel de ville et remplace la municipalité légalement établie. Au petit jour, les insurgés composés de gardes nationaux des faubourg patriotes, et des fédérés se présentent devant les Tuileries que défendent des volontaires nobles, la garde suisse et une poignée de gardes nationaux. Contenus un temps, et malgré de lourdes pertes, les insurgés prennent d’assaut le palais qui est investi et pillé et dont une partie de la garde suisse est massacrée[70]. Cependant, avant l’attaque, le roi accompagné de la famille royale s’est réfugié dans l'enceinte de l'Assemblée législative qui le reçoit avec respect, mais le suspend de ses fonctions après le succès complet du mouvement insurrectionnel[71].

Dans le même temps est décrétée l’élection d’une Convention nationale qui, seule, pourra décider de la déchéance du souverain et aura la charge de rédiger une nouvelle constitution[72]. Le soir du 10 août, l’Assemblée législative désigne par acclamation un conseil exécutif provisoire comprenant six ministres[Note 22] ; mais l’Assemblée législative est devenue une simple chambre d’enregistrement : c’est la nouvelle Commune de Paris qui cumule les pouvoirs[73].

L’entrée en guerre de la Prusse aux côtés de l’Autriche précipite la reprise des opérations militaires et le 19 août, ayant fait leur jonction, les troupes ennemies pénètrent en France faisant tomber les places fortes les unes après les autres[74]. Le danger est extrême et c’est dans ce contexte que Danton déclare le 2 septembre 1792 : « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace et la Patrie sera sauvée ». Le peuple, entre panique et rancœur, rend responsable de la situation les ennemis de l'intérieur et se porte le 2 septembre 1792 sur les prisons de Paris où il massacre, après un jugement sommaire, la plupart de ceux qui s’y trouvent incarcérés : les prêtres réfractaires, les suspects d'activités contre-révolutionnaires, les détenus de droit commun et même des filles publiques[75]. Les tueries dureront jusqu’au 6 septembre à Paris sans que les autorités administratives osent intervenir[76], et les députés ne les condamneront pas avant plusieurs mois[Note 23]. Les massacres de Septembre, point culminant de la « Première Terreur » frappent l'opinion et marquent une radicalisation de la Révolution.

Forces en présence à la Convention[modifier | modifier le code]

Madame Roland, égérie des Girondins

Les élections à la Convention se déroulent pendant les massacres de Septembre, ce qui instaure un climat oppressant. Sur 7 millions d’électeurs, on estime qu’environ 90 % se sont abstenus; on constate une forte progression des Montagnards, car le choix des députés appartient à une minorité décidée à sauver la république[77]. Désormais, le droit de voter concerne tous les Français à partir de vingt et un ans, mais une petite proportion seulement se rend dans les assemblées primaires[Note 24]. Les élus sont presque tous issus de la bourgeoisie dont un tiers vient des métiers de justice. Deux camps antagonistes s'opposent : les Brissotins ou Girondins qui se méfient des Clubs, des sections parisiennes et de la Commune de Paris[Note 25], trouvent leurs appuis en province et parmi la riche bourgeoisie du négoce et des manufactures[Note 26]. Ils sont très attachés aux libertés individuelles et économiques de 1789 mais répugnent aux mesures d’exceptions. Ils sont dirigés par Brissot, Vergniaud, Pétion, Roland ou plus tard Buzot.

Les Montagnards qui siègent sur les bancs les plus hauts — d’où leur nom — s’identifient aux Jacobins ; leur « clientèle » se situe chez les artisans ruraux et les petits exploitants. Capables d’opportunisme, réalistes, ils sont surtout attirés par les initiatives conciliables avec l’intérêt national et leur groupe est politiquement plus homogène que celui de leurs adversaires. Ces défenseurs de la cause populaire sont, comme les Girondins, des bourgeois provinciaux qui se méfient des extrêmes[78]. Ayant compris que pour vaincre, la Révolution ne pouvait se passer du concours du peuple, ils réussissent à gagner à leur cause ce Paris populaire, fait d’ouvriers, d’artisans, de boutiquiers[79], et sont prêts à prendre des mesures d'exception pour sauver la République. Leurs chefs sont, entre autres, Robespierre, Danton, Marat ou Saint-Just.

Au centre, siège une majorité de députés : les « Indépendants », appelés aussi le Marais ou la Plaine qui sont attachés à la Révolution, mais sans hommes marquants ; leurs opinions sont fluctuantes[80]. Ils soutiennent les Girondins pour défendre la propriété et la liberté et les Montagnards quand il s’agit de secourir la nation. Mais, pour tous ces groupes, aucun relevé précis ne peut-être établi pour les définir avec clarté car aucun ne possèdent de lignes politiques limpides ; ils demeurent très instables[81].

Le 20 septembre 1792, avec la bataille et la victoire de Valmy sur les Prussiens, l’armée française, commandée par le général Charles-François Dumouriez, arrête l’invasion. Le 8 octobre, il pénètre en Belgique pour obliger les Autrichiens à lever le siège de Lille et les refouler hors des frontières[82]. Dans le même but, le Général Custine s’empare de Spire (30 septembre), de Worms (5 octobre), puis de Mayence et de Francfort (les 21 et 22 octobre), ce qui lui permet de tenir la rive gauche du Rhin alors que Dumouriez, en remportant la victoire décisive de Jemmapes le 6 novembre 1792, se rend maître de la Belgique. À cette période les troupes françaises occupent aussi la Savoie, possession de la Maison de Savoie[Note 27]. Partout les Français propagent leur idéal révolutionnaire et on commence à parler des frontières naturelles ; mais ce sont surtout les rapports de force militaire et diplomatique qui se trouvent modifiés[82].

Avant de se séparer, le 20 septembre 1792, l’Assemblée législative décide de laïciser l'état civil, qui désormais devra être tenu par les communes, d’autoriser le divorce et décrète le renouvellement complet de la Commune insurrectionnelle de Paris. Le lendemain, 21 septembre, la Convention nationale tient officiellement sa première séance ; disposant provisoirement des pouvoirs législatif et exécutif celle-ci proclame d’emblée l'abolition de la royauté, l'avènement de la République en France et décide que la nouvelle constitution sera ratifiée au suffrage universel. Le lendemain elle décrète qu’à partir de cette date tous les actes publics devront débuter de l’an I de la République[83] : c’est pour la France, le début d'une ère nouvelle.

Première République[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Première République française.

Girondins et Montagnards[modifier | modifier le code]

Procès et mort du roi[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Procès de Louis XVI.

Après le 10 août, puis de l'abolition de la monarchie, la question se pose de savoir de ce que l’on va faire du prisonnier du Temple[84]. À cette période la Convention est dominée par les Girondins où la plupart des élus du Centre leur sont favorables ; ils sont aussi majoritaires au conseil exécutif[A 6]. L’ouverture prochaine du procès du roi les divise sur les mesures à prendre pour régler le sort de celui-ci ; dès lors ils cherchent à en retarder le jugement qu’ils trouvent inopportun[85] alors que les Montagnards, plus radicaux, veulent une rupture définitive avec l’ancien régime pour fonder la République[86]. Mais, déjouant les calculs des uns et des autres, la découverte, le 20 novembre 1792 aux Tuileries, dans « l'armoire de fer » de documents accablants pour le roi rend le procès inévitable : dès lors ne pas statuer sur son sort peut provoquer une nouvelle flambée révolutionnaire. Malgré le principe de la séparation des pouvoirs, c’est la Convention qui va juger le roi ; ainsi, le procès qui commence le 11 décembre 1792 sera le début d’une lutte à mort entre Girondins et Montagnards pour le contrôle de l’Assemblée et de la Révolution[87].

Le roi, qui ne connaît pas encore officiellement les faits qu’on lui reproche, explique qu'il n'a agi que pour le bien de la France[Note 28], mais il ignore encore la découverte de l’armoire de fer et de ses papiers compromettants ; pris au dépourvu, il se défend mal et nie même l’évidence[88]. Cependant, dans ce procès les fautes du roi, même prouvées, comptent peu devant l’utilisation politique de la sanction[87], alors même que Marat a arraché à l’Assemblée « que la mort du tyran » soit votée par appel nominal à haute voix : c’est un grand avantage pour les partisans de la mort car les députés vont devoir voter sous les yeux et sous la pression des tribunes[89]. Ainsi le régicide va devenir une preuve de la sincérité républicaine[90]. Le 15 janvier, à l'issue des débats, le roi est reconnu coupable à une écrasante majorité, 693 voix contre 13, et le 17 janvier il est condamné à mort par une majorité plus étroite, 387 voix contre 334[91]. Philippe l'Égalité, duc d'Orléans et cousin du roi va lui aussi voter la mort, marquant le point de départ de la lutte entre orléanistes et légitimistes qui prendra place le siècle suivant. Le sursis et l'appel au peuple demandés par les Girondins sont repoussés le 20 janvier. Louis XVI est guillotiné le 21 janvier 1793 place de la Révolution.

Son exécution fait une impression profonde dans la population française et frappe de stupeur les souverains d'Europe[92] : elle est aussi un défi à l'Europe monarchique. La déclaration de guerre à la Grande-Bretagne et aux Provinces-Unies, le 1er février 1793, entraîne la formation de la Première Coalition des puissances européennes contre la France révolutionnaire.

Vendée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre de Vendée.

Pour faire face et remplacer les volontaires de 1792, qui ont légalement quitté l’armée, la Convention décrète une levée de 300 000 hommes, le 24 février. Cette levée doit se faire par tirage au sort, ce qui provoque une vaste protestation[Note 29] spontanée, dans tout le pays[93], et particulièrement la paysannerie en Alsace, en Bretagne, dans tout le Massif central et les Pyrénées mais dans la plupart de ces régions les soulèvements armés retombent ou sont étouffés avant d’avoir pu se développer alors qu’en Anjou et dans le Poitou la rébellion s’organise et prend de l’ampleur[94].

L'insurrection vendéenne, qui débute à Cholet le 3 mars 1793, est la manifestation intérieure la plus grave que rencontre la Révolution. Le nombre des victimes varie, suivant les historiens, de 117 000 à plus de 250 000, mais cela paraît un minimum et un bilan définitif semble impossible à établir faute de sources fiables.

Son déclenchement est directement lié à l’effort de guerre décidé à l’Assemblée par le décret du 24 février[95]. Mais les causes en sont plus complexes. Les vendéens, qui avaient rédigé des cahiers de doléance, avaient vu d'un bon œil les évènements de 1789 ; mais au cours des années qui suivirent, les frustrations vont s'accumuler. Les paysans vendéens ne profitent pas de la vente des biens nationaux, et sont profondément blessés dans leurs convictions par la tournure anticléricale que prend la Révolution, en particulier après la constitution civile du clergé. L'exécution de Louis XVI ne sera pas comprise par une population assez proche de la petite noblesse locale. Aussi, lorsque arrivent les représentants chargés du tirage au sort des jeunes hommes, ils refusent d'aller se battre loin de leurs villages pour un régime qui heurte leurs convictions et dont ils se sentent délaissés. C'est l'insurrection…

Cette insurrection prend très vite de l’importance quand la Vendée se soulève d’un bloc[A 7]. Pour tenter d’arrêter ces émeutes la Convention vote, le 19 mars 1793, une loi qui met en place une véritable logique de terreur : tous les insurgés pris les armes à la main ou convaincus d’avoir participé aux attroupements seront exécutés[96]. Très vite, à la Convention, les insurgés sont traités de « brigands » et Paris donne le nom de « Guerre de Vendée » à leurs soulèvements[97]. Pour terroriser les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur, la convention crée le Tribunal révolutionnaire le 10 mars et, pour mener à bien cette politique, le Comité de défense générale est transformé en Comité de salut public le 6 avril[98].

Fin des Girondins[modifier | modifier le code]

Les mois qui suivent l’avènement de la République résonnent des affrontements entre Montagnards et Girondins. Les divergences qui sont apparues au printemps de 1792 sur les nécessités de la guerre ont laissé des traces ; ainsi le 10 août 1792, après la victoire de la Commune insurrectionnelle et des sans-culottes, les rivalités entre les deux groupes apparaissent très vite comme un conflit de classe[99] : c’est donc deux façons de concevoir le contenu à donner à la République qui provoque l’affrontement, même si ces différences politiques ne sont pas propres uniquement aux Girondins mais reflètent aussi l’état d’esprit de la province[B 7]. Mais en définitive la Gironde disparaîtra de la scène de la Révolution à la suite de ses incohérences politiques et principalement d’avoir voulu la guerre sans s’être donné les moyens de la mener ; d’avoir voulu abattre la monarchie pour ensuite essayer de la sauver ; d’avoir, par son libéralisme, renforcé la crise sans trouver les solutions pour y remédier ou pour avoir relancé le mouvement révolutionnaire pour ensuite en freiner l’élan[100]. Les journées révolutionnaires des 31 mai et 2 juin 1793, avec l’arrestation des principaux chefs Girondins, mettent fin à leur prépondérance politique.

République en danger (1793)[modifier | modifier le code]

L'assassinat de Marat

L’exécution du roi, la politique de conquête et d’annexion de la Convention, l’agitation des révolutionnaires dans divers pays d’Europe ainsi que les révoltes vendéennes puis « fédéralistes[Note 30] », font rebondir la guerre à l’extérieur[101] et la provoquent à l’intérieur, plaçant la République dans une situation mortelle. Avec la Première Coalition c’est toute l’Europe absolutiste qui s’est liguée contre la France[Note 31]. Au printemps, avec l’offensive des coalisés, toutes les conquêtes qui ont suivi la victoire de Valmy sont perdues et la République se retrouve dans une situation militaire pire qu’en 1792 : très vite les frontières sont franchies par les Autrichiens, les Prussiens, et les Anglais au nord et à l'est, les Espagnols au sud-ouest, les Piémontais au sud-est. À l’intérieur, l'insurrection vendéenne, devenue royaliste après sa reprise en main par les nobles[Note 32], a pris de l’ampleur et s'étend sur plusieurs départements de l'ouest de la France ; Saumur et Angers tombent (9 et 18 juin 1793), mais Nantes résiste (28 juin). Des révoltes royalistes se développent également en Lozère et dans la vallée du Rhône[Note 33]. La Convention nationale prescrivit alors par décrets des 26 février et 12 août 1793, l'amalgame des deux armées françaises composées des régiments d'Ancien Régime et des bataillons de volontaires nationaux et que ces corps prendraient à l'avenir le nom de demi-brigades.

Après le coup de force qui met fin à l’hégémonie girondine[Note 34] les Montagnards se retrouvent seuls au pouvoir et dominent la Convention : avec les Jacobins ils ont désormais la charge de conduire la guerre[B 8] et de régler les problèmes politiques et sociaux engendrés par les circonstances. Après l’insurrection du 2 juin des sections parisiennes contre l’Assemblée, les députés girondins qui ont pu échapper à la répression parisienne appellent à la révolte contre Paris et sont soutenus par les autorités départementales dans de nombreuses régions de France[102]. L’assassinat de Jean-Paul Marat le 13 juillet par Charlotte Corday, une jeune Normande, augmente les tensions politiques. La situation explique la radicalisation des mesures admises entre juin et septembre 1793[103].

Le 24 juin 1793, la Convention adopte une constitution très démocratique et décentralisée, ratifiée par référendum[Note 35]. La Constitution de l'an I cherche à établir une véritable souveraineté populaire grâce à des élections fréquentes au suffrage universel, la possibilité pour les citoyens d'intervenir dans le processus législatif et reconnaît le droit à l’insurrection[Note 36](ce qui légitime après coup les journées du 10 août et du 2 juin)[104]. Cette constitution ne sera finalement jamais appliquée, car la Convention trouve dans la guerre le moyen de se maintenir au pouvoir jusqu’à la paix et en ajourne l’application le 10 août 1793[105]. Il est vrai que mettre en oeuvre cette Constitution aurait exigé que la Convention se sépare et que les Montagnards renoncent au pouvoir qu'ils venaient d'arracher aux Girondins. Saint Just en justifie la suspension en expliquant que : « Dans les circonstances où se trouve la République, la constitution ne peut être établie, on l'immolerait par elle-même. Elle deviendrait la garantie des attentats contre la liberté, parce qu'elle manquerait de la volonté nécessaire pour les réprimer ».

Principal organe de gouvernement, le Comité de salut public est créé le 6 avril 1793 en remplacement du Comité de défense générale ; il est composé de neuf membres élus, issus de l’Assemblée, parmi lesquels figurent Danton et Barère. Le 10 juillet suivant, une crise interne et la gravité des évènements en imposent le renouvellement : Danton jugé trop modéré est écarté ; le 27 juillet, le comité est complété avec la nomination de Robespierre et les 14 août et 6 septembre 1793[Note 37] par les autres membres. Le « Grand Comité de l'an II » qui doit gouverner la France jusqu’à la victoire est né[Note 38]: il est créé pour agir et pour vaincre. Ses membres, au nombre de douze, sont réélus tous les mois par la Convention ; il a l'initiative des lois, le pouvoir exécutif, nomme les fonctionnaires et centralise le pouvoir ; il est dominé par la personnalité de Robespierre qui impose la politique du Comité à la Convention et aux Jacobins. Chaque membre se spécialise dans un domaine particulier, comme Carnot aux armées[106].

Le Comité de Sûreté Générale est le second Comité de Gouvernement ; ses membres, tous Montagnards, sont aussi issus de la Convention. Créé le 2 octobre 1792, et renouvelé le 12 septembre 1793, les députés qui le composent sont au nombre de douze dont Vadier, Amar, ou Voulland[107] qui s’y montrent inexorables. Son rôle est considérable : ce comité a des droits particuliers sur les enquêtes, les arrestations, les prisons ainsi que sur la justice révolutionnaire[108] et trouve son autorité dans la Terreur qu’il cherche à étendre et à perpétuer[A 8]. Une rivalité de compétences l'oppose au Comité de salut public[Note 39]. Pour appliquer les mesures adoptées, la Convention décrète (9 mars 1793)[109] l’envoi systématique, dans les départements et aux armées, de certains de ses membres : les Représentants en mission qui ont des pouvoirs très étendus pour prendre les mesures qui leur paraissent nécessaires, pour rétablir l’ordre partout où il est perturbé et de mettre en arrestation ceux qu’ils jugent suspects. Ils procèdent deux par deux, prennent leurs arrêtés en commun et doivent rendre des comptes à la Convention[109].

Redressement[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Terreur (Révolution française).

Lois, mouvements populaires et renforcement gouvernemental[modifier | modifier le code]

Après le 2 juin, et l’arrestation des principaux chefs Girondins, les Montagnards peuvent gouverner mais doivent tenir compte des sans-culottes[Note 40] et de leurs représentants[110] extrémistes, dont ils ont eu besoin pour vaincre leurs adversaires girondins, mais à qui ils ne comptent pas céder le pouvoir[111], ni accéder à leurs revendications. Ils tentent de les contrôler au travers des jacobins, pour parvenir à couper court aux menaces d’insurrections, que propagent régulièrement dans Paris ces terroristes[Note 41] que sont les Enragés[Note 42], et dont ils craignent d’être finalement les victimes[Note 43]. À leur arrivée au pouvoir, et comme leurs prédécesseurs, les Montagnards se refusent à toucher à la liberté économique. Ils ne veulent pas prendre le risque d’être débordés en affrontant le mouvement populaire — dont ils reconnaissent le bien-fondé des revendications — et essayent plutôt d’en dénigrer les meneurs[112].

Néanmoins, le petit peuple des sans-culottes se préoccupe d’abord de la cherté et de la rareté des denrées ; les Enragés, qui se montrent leurs représentants les plus authentiques, luttent depuis des mois, soutenus par le mécontentement populaire[113], pour obtenir des améliorations sociales[Note 44]. La mort de Marat, le13 juillet, permet au journaliste Jacques-René Hébert, de se présenter comme son héritier tout en reprenant à son compte le programme des Enragés ; il se trouve ainsi en concurrence avec eux pour la succession politique de « l’Ami du peuple[114] ». Dès lors, afin d’attirer à lui la sans-culotterie parisienne, il lutte pour évincer l'ancien prêtre, Jacques Roux, le chef des Enragés, qu’il accable et dénonce aux Jacobins comme responsable des mesures de violences du 31 mai[115]. Candidat au pouvoir, Hébert, à partir du 1er août 1793 s’éloigne des Montagnards et profite de l’instabilité sociale pour attaquer le gouvernement[116].

Toutefois le « prêtre rouge[Note 45] », et son groupe, quoique parfois excessifs, ne représentent pas en eux-mêmes un véritable danger pour le gouvernement car, malgré le soutien du peuple, ils ne jouissent d’aucun appui pour atteindre la sphère où se dispute le pouvoir[117]. En revanche le groupe des Cordeliers[Note 46], dont Jacques-René Hébert est un des membres éminents, se présente autrement plus redoutable : il soutient ce dernier, qui bénéficie déjà d’appuis multiples, même en province et est aussi le chef des « Hébertistes » ainsi que le fondateur du « père Duchesne », seul grand journal populaire, dont les propos, souvent démagogiques et parfois orduriers, sont aussi diffusés grâce à Vincent et à Bouchotte dans les armées de la République[118]; enfin les « « hébertistes ont une grande influence sur la Commune de Paris. Après les journées de septembre, et la disparition des Enragés[Note 47] », Hébert et ses amis s’attaquent ouvertement aux Montagnards, les identifiant à des « nouveaux brissotins » et en demande l’épuration à la Convention[119].

Pour éviter d’offrir aux meneurs sans-culottes un terrain de propagande, tout en calmant le mécontentement du peuple urbain touché par les difficultés d'approvisionnement, la hausse du prix des denrées alimentaires et la dévaluation du cours de l'assignat, le Comité de salut public met sur pied la terreur économique. Dès le 26 juillet 1793, la Convention vote la peine de mort contre les accapareurs, c'est-à-dire contre ceux qui stockent les denrées alimentaires au lieu de les vendre[120]. Cependant, si les Montagnards ont dû faire des concessions, ils résistent encore à la pression sans-culottes[121] en refusant de s’engager davantage dans l’économie dirigée pour ne pas s’aliéner la bourgeoisie et la paysannerie : un refus formel est opposé aux autres exigences sans-culottes[122].

Pourtant le 23 août 1793, sous la pression populaire, la Convention cède et, après des modifications, décrète la levée en masse. Celle-ci permet d'envoyer sous les drapeaux tous les jeunes gens de 18 à 25 ans célibataires ou veufs sans enfants. Tous les Français doivent participer à l'effort de guerre et toute l'économie de la nation est tournée vers la guerre. De septembre au printemps 1794, la levée en masse fournit près de 400 000 hommes portant l’armée à 750 000 soldats. La République se donne les moyens de vaincre en opposant à l’ennemi des forces supérieures sur toutes les frontières[B 9], [123]. (Onze armées sont créées)

La perte de Toulon (27 août 1793) affaiblit considérablement la position gouvernementale et sert de prétexte aux groupes radicaux pour provoquer les journées des 4 et 5 septembre 1793. La Convention envahie est contrainte de céder sur une série de mesures de longtemps réclamées : notamment la levée d'une armée révolutionnaire parisienne[Note 48] pour la réquisition des grains et leur transport sur Paris, ainsi que la rétribution des sans-culottes qui siègent dans les sections, puis, le 11 septembre, le maximum national des grains et des farines. Cependant, l’inertie du gouvernement provoque une nouvelle émeute le 22 septembre, l’obligeant à décréter, le 29 suivant, la loi du maximum général qui bloque les prix au niveau de ceux de 1790 augmentés de 30 %, la loi fixe aussi le maximum des salaires. Enfin le cours forcé de l'assignat est instauré[124]. Mais ces mesures ne permettent pas de mettre fin aux difficultés de ravitaillement des villes. Le pouvoir d'achat des salariés, payés en assignats, ne cessera de s'éroder[125].

Imposée par la rue, à la suite de ces journées révolutionnaires, la terreur est « mise à l'ordre du jour » le 5 septembre 1793 : elle se trouve affermie, avec la dictature, par le renforcement de la centralisation[126]. Le 17 septembre 1793 la terreur légale est instaurée avec la loi des suspects. Le décret donne des suspects une définition très large, ce qui permet de toucher tous les ennemis de la Révolution : les aristocrates, les émigrés, les prêtres réfractaires, les fédéralistes, les agioteurs et leurs familles entrent dans cette catégorie[Note 49]. Ils doivent être emprisonnés jusqu'à la paix[127]. Les sociétés populaires, contrôlées par les sans-culottes, reçoivent des pouvoirs de surveillance et de police. Cependant l’effervescence de ces journées de septembre n’empêche pas le gouvernement de reprendre la situation en main.

Si les journées des 4 et 5 septembre 1793 sont une victoire des organisations populaires les plus combattives, elles sont aussi — non sans ambiguïtés — un succès des instances dirigeantes qui ont contourné les demandes des groupes radicaux à l’Assemblée tout en poussant les plus extrémistes dans l’illégalité[128],[129] : leur autorité en sort renforcée mais ils ont dû se renouveler (13 septembre) et admettre des représentants des sans-culottes[Note 50]; les Enragés évincés, les violences contre l’organisation révolutionnaires du Comité de salut public ont pris fin. C’est une nouvelle avancée vers un affermissement du gouvernement révolutionnaire[130]. À partir de l’automne les organisations populaires portent ombrage aux autorités et marquent le divorce naissant entre le gouvernement révolutionnaire et le mouvement populaire[131]. C’est à cette période que la France change de forme de gouvernement[132].

Victoires et répressions[modifier | modifier le code]

La politique volontariste impulsée par le Comité de salut public permet de faire face et de redresser la situation tant à l’intérieur qu’à l’extérieur ; les premières mesures — favorisées par la mésentente des coalisés — sauvent la République et la Révolution. Dès le 8 septembre 1793, les armées républicaines remportent leurs premiers succès à Hondschoote puis le 16 octobre suivant à Wattignies : succès qui, sans être décisifs[133], permettent de ralentir l’invasion[Note 51], et justifient le redressement militaire français[134].

Les victoires de décembre (Wissembourg le 26 et Landau le 28) contre les Austro-prussiens et les Saxons, et ceci malgré l’échec à Collioure et Port-Vendre contre les Espagnols, (décembre) mettent les coalisés, contenus sur l’ensemble des fronts, sur la défensive[135] ; ainsi l’entrée en guerre des Anglais, des Hanovriens et des Hollandais n’est pas parvenue à modifier les rapports de force en Europe. Mais sur le fond, pour la République, la situation militaire ne changera pas avant que les grandes mesures et l’effort de guerre décidés lors de la levée en masse ne se fassent pleinement sentir[136] avec la grande offensive et les victoires du printemps 1794 qui rejetteront l’ennemi au-delà des frontières et permettront à la France de se retrouver dans une situation proche de celle qui était la sienne à la fin de l'année 1792[137].

Sur le plan intérieur, la révolte « fédéralistes » s’essouffle ; par chance pour la Convention, les départements frontaliers lui étaient restés fidèles et, comme le soulèvement est plus développé en surface qu’en profondeur, le pouvoir parisien ne tarde pas à recommencer de s’imposer dans les grandes villes[138] : Marseille est reprise le 25 août 1793, Bordeaux le 18 septembre, Lyon le 9 octobre, alors que Toulon livrée aux Anglais le 27 août ne sera reconquise que le 19 décembre. Dans la plupart des villes reconquises, une répression brutale s’organise[Note 52]. Toutefois la Corse, soulevée par Paoli dès le mois de mai, est perdue ; les Français, hormis quelques ports, n’y possèdent plus que Bastia[138]. Le 19 janvier 1794, appelés par Paoli, les Anglais commencent à occuper l’île.

Fin de la Vendée[modifier | modifier le code]

Après les revers du printemps et de l’été 1793, les troupes républicaines reprennent le dessus en automne et infligent une première défaite à l'Armée catholique et royale à la bataille de Cholet (17 octobre) sans toutefois la détruire, ce qui permet à son nouveau chef, Henri de La Rochejacquelein, de tenter de prendre le port de Granville, dans le Cotentin, pour réaliser une jonction avec les Anglais et les émigrés qui doivent y débarquer. Cette expédition, connue sous le nom de Virée de Galerne, se solde par un échec (14 novembre 1793)[Note 53] mais témoigne de la force et de la détermination des Vendéens. Après ce revers, les restes de l’armée royale se dirigent vers Le Mans où ils sont écrasés (16-19 décembre) ; le restant est massacré à Savenay (22-23 décembre 1793)[139]. La Grande Armée Catholique et Royale n’existe plus.

Les républicains reprennent le contrôle de la Vendée et des départements voisins insurgés et y organisent une répression terrible : les décrets des 1er août et 1er octobre 1793 ont décidé de la destruction de la Vendée[Note 54]. Entre décembre 1793 et février 1794, avec une extrême barbarie, le représentant en mission Jean-Baptiste Carrier fait exécuter plusieurs milliers de personnes à Nantes où les noyades et les fusillades collectives sont restées sinistrement célèbres[139]. À Angers, près de 2 000 femmes sont exécutées ; la répression s’abat aussi sur Saumur[140]. Le 17 janvier 1794 sont organisées les colonnes infernales commandées par le général Louis Marie Turreau ; dans le bocage vendéen, celles-ci brûlent les villages et massacrent la population sans faire de différence entre patriotes et rebelles, et en pratiquant, en plus des meurtres, le viol, et l'infanticide[141]. Ces répressions, d’une grande sauvagerie, entraînent la réaction des Vendéens. Ce nouvel aspect de la lutte, sous forme de guérilla, permet encore au printemps de 1794, aux insurgés vendéens, sous le commandement de Stofflet ou de Charette, de remporter quelques succès ponctuels. Néanmoins ces combats prendront fin, pour la plupart, en 1795 et 1796, après l'arrestation et l'exécution de ces deux chefs. Il faudra pourtant attendre le Concordat de 1801 pour que la Vendée soit plus durablement pacifiée.

Stabilisation gouvernementale et crise populaire[modifier | modifier le code]

Gouvernement révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Le principe de ce gouvernement est fixé, dans ses grandes lignes, dès avril 1793; sa charte basée sur le rapport de Saint-Just du 10 octobre 1793 — qui déclare « le gouvernement révolutionnaire jusqu’à la paix » — est nettement renforcé par le décret du 4 décembre 1793 (14 frimaire an II)[142]. Ce gouvernement — le plus révolutionnaire et le plus républicain de la Révolution — sera le seul dont les statuts lui permettront de faire exécuter ses volontés[143]. C’est un gouvernement de guerre qui doit revenir à un régime constitutionnel « régime de la liberté victorieuse et paisible », dès que les ennemis seront vaincus[142].

Il s’agit, pour le pouvoir constitué, de contrôler principalement le processus anarchisant vers lequel tend la sans-culotterie parisienne[Note 55]; ainsi le décret du 14 frimaire an II est le premier effort pour coordonner les mesures révolutionnaires afin de bloquer les décisions désordonnées des comités et des sections parisiennes[144]. En conséquence, une constitution provisoire est mise en place pour la durée du gouvernement révolutionnaire. Ce décret en organise les moindres détails : il s’agit de mettre un terme aux initiatives désordonnées des Représentants en mission, de renforcer la centralisation, de supprimer aussi les « armées révolutionnaires départementales[Note 56] » ainsi que les tribunaux révolutionnaires locaux : désormais le seul Tribunal révolutionnaire se tiendra à Paris. La Convention devient le « centre unique de l’impulsion du Gouvernement » et élit les deux Comités de gouvernement (Salut public et Sûreté générale) dont la loi fixe les compétences ainsi qu’aux autres organismes de la République[145].

Déchristianisation[modifier | modifier le code]

Les multiples fractures apparues dès les débuts de la Révolution entre le clergé et les révolutionnaires ont créé une dynamique de crise qui s’est progressivement envenimée avec la radicalisation des évènements[146]: ainsi, la déchristianisation précède la terreur et finit par se confondre avec elle. Née en province, où les premières manifestations se développent visiblement en août 1793[147], la déchristianisation a un démarrage relativement tardif à Paris. Organisé, mais non imposé[Note 57], ce mouvement s'étend dans de nombreux départements[148]. Iconoclasme, vandalisme et blasphèmes anti-chrétiens vont être officiellement encouragés par les représentants en mission et par les sociétés populaires, accélérant ainsi l’écroulement de l’Église constitutionnelle patiemment mise en place depuis 1791[149].

Les hébertistes utilisent ce mouvement pour déstabiliser le gouvernement[B 10] et développent le culte des martyrs de la Révolution alors que la Convention — surprise puis conquise dans un premier temps[pas clair] — adopte le calendrier républicain le 5 octobre 1793. La fête de la Raison est célébrée le 10 novembre suivant dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, transformée en temple de la Raison pour l’occasion : l’hébertisme semble alors maître de la ville et de la Révolution[150]. Le 23 novembre, la Commune ordonne la fermeture des églises. Mais le Comité de Salut public, autant que les robespierristes, sont hostiles à la déchristianisation et voient les dangers que fait courir ce mouvement à la République tant à l’intérieur qu’à l’extérieur[Note 58]. L’intervention de Danton, appuyé par Robespierre, donne à réfléchir aux dirigeants de la Commune et, dès lors, le mouvement reflue. Mais le Comité de salut public, s’il rappelle la liberté des cultes (6 décembre 1793), ne peut pas le faire observer normalement et n’obtient là qu’un succès de principe[151]. Contenu à Paris le mouvement balaiera le pays pendant des mois encore.

La lutte des factions[Note 59][modifier | modifier le code]

Si, en décembre 1793, la situation militaire a commencé à s’améliorer, celle des sans-culottes n’a guère progressé et le mécontentement populaire demeure. Avec la disparition des Enragés, Hébert et les Cordeliers se retrouvent au premier plan des républicains « Exagérés » et profitent de la situation sociale pour demander des mesures toujours plus extrêmes[B 11]. Cette surenchère des ultra-révolutionnaires indispose les « Indulgents » qui supportent mal les discours enflammés des partisans de la Terreur[152]. Pour les Indulgents, la guerre intérieure terminée, l’invasion contrôlée, la Terreur et son cortège de contraintes économiques et sociales n’ont plus de raison d’être ; dès lors, ils se lancent dans une campagne pour l’indulgence et Danton réclame « l’économie du sang des hommes » (2 frimaire - 22 novembre 1793) alors que, de son côté, son ami Desmoulins, dans son nouveau journal Le Vieux Cordelier, (15 frimaire5 décembre) s’attaque aux Exagérés et demande un comité de clémence[153] . Face à la faction des Ultras (Hébertistes ou Exagérés), celle des Indulgents (Dantonistes ou Citras) s’est formée.

Drame de germinal[modifier | modifier le code]

En luttant contre les factions des Ultra-révolutionnaires et des Indulgents, le Comité de salut public poursuit son objectif de stabilisation de la Révolution[B 11]. Lors de la lutte contre la déchristianisation, le Comité a imposé son point de vue au mouvement populaire et donné des garanties aux modérés tout en faisant croire aux uns et aux autres qu’il est favorable à leurs revendications[154]: Robespierre, pour sa part, s’étant un temps rapproché des Indulgents[Note 60]. Or, il n’en est rien, car pour le gouvernement il ne s’agit pas seulement de vaincre mais d’anéantir l’ennemi, le coalisé comme le royaliste et pour imposer la paix, la Terreur est un outil qui lui paraît indispensable[155]. L’hiver 1793-1794, extrêmement dur pour le peuple touché par le froid et la faim, est l’allié des extrémistes ; Hébert en profite, une nouvelle fois, pour pousser les sans-culottes dans la voie de la violence : on pouvait craindre alors un nouveau 31 mai ainsi qu’un renouvellement des massacres de Septembre[153]. Provisoirement, les divers groupes de la Montagne et de la Commune s'entendent pour clamer au nom de l'égalité et du genre humain l'émancipation des Noirs dans les colonies : le 15 pluviôse an II-3 février 1794 trois nouveaux députés de Saint-Domingue, dont deux de couleur, sont admis à l'assemblée nationale. Le lendemain 16 pluviôse-4 février l'esclavage colonial est aboli après interventions de Levasseur, Lacroix, Grégoire, Cambon, Danton, Bourdon de l'Oise[156]. Les trois députés de Saint-Domingue sont accueillis chaleureusement le soir même au club des jacobins par Simond, Momoro, Maure[157]. La mesure abolitionniste est également saluée par La feuille de salut public organe officieux du comité de salut public[158]. Enfin le 30 pluviôse-18 février le décret fait l'objet d'une cérémonie au Temple de la Raison (Notre-Dame de Paris) sous la houlette de Chaumette, qui suscitera quelques jours après chez Hébert "la grande joie" du Père Duchesne[159].

Les décrets de ventôse (26 février et 3 mars 1794) — manœuvre du gouvernement pour couper les sans-culottes de leurs chefs ultra-révolutionnaires[160] — légalisent la séquestration des biens des personnes reconnues ennemies de la République ; ces biens doivent servir à soulager les malheureux [B 12]. Mais ces mesures ne suffisent pas à calmer l’agitation sans-culottes et Jacques-René Hébert a beau jeu de dénoncer la faction des « Endormeurs » de la Convention, ceux qui veulent mettre sur un même pied les « vrais patriotes » et les Indulgents[161], « qui veulent détruire les échafauds parce qu’ils craignent d’y monter »

La situation étant explosive, le pouvoir révolutionnaire redoute le pire. Des révélations concernant les factions vont confirmer Robespierre et Saint-Just dans leurs appréhensions. En effet depuis l’automne 1793, dénoncée par deux Montagnards (Fabre le 27 septembre et Chabot le 14 novembre) auprès des Comités[pas clair], la « faction hébertiste » est soupçonnée de tremper dans une vaste « conspiration de l’étranger[162] » que le pouvoir ne veut cependant pas ébruiter de crainte de discréditer et de rompre l’unité de la Montagne[Note 61] ; à cette période, Robespierre ne veut pas s’attaquer à la Commune de Paris, forteresse sans-culotte, soutenue par certains membres des Comités de gouvernement soucieux de protéger Hébert[163].

Pourtant, au printemps suivant, le renforcement du gouvernement, l’affaiblissement des factions rivales ainsi que l’entente entre les deux Comités a modifié la situation et lui permet d’agir d’autant que les ultras, qui recommencent à s’agiter, en fournissent l’occasion. Un plan d’insurrection contre la Convention, imprudemment proclamé par Ronsin puis repris par Vincent et Hébert (4 mars 1794), précipite la décision[164]. Après une vaine tentative de conciliation de Collot d’Herbois, sous l’impulsion de Robespierre, qui veut abattre la faction qu’il juge la plus dangereuse, le rapport de Saint-Just du 10 mars suivant à la Convention[165] conduit à l’arrestation des principaux chefs hébertistes Jacques-René Hébert, Momoro, Ronsin et Vincent dans la nuit du 23 au 24 ventôse an II. Quelques jours plus tard ils sont traduits devant le Tribunal révolutionnaire[Note 62]. Amalgamés à des agents du « complot de l’étranger », à la suite d’un procès truqué, ils sont condamnés à mort et exécutés le 24 mars 1794 (4 germinal an II)[B 13].

Après s’être débarrassés des hébertistes, Robespierre et Saint-Just, sous la pression de Vadier et ses alliés du Comité de sûreté générale, épaulés par Collot d’Herbois et Billaud-Varenne, reprennent à leur compte le combat contre les Indulgents[166]. Cependant, l’Incorruptible hésite à se joindre à ceux qui demandent la mise en accusation de Danton, mais cède définitivement après l’échec des entrevues de la fin de ventôse et de début germinal[Note 63].

Le rapport du 23 mars 1794 (3 germinal an II) de Saint-Just sur « les factions de l’étranger » est présenté le lendemain à la Convention qui accorde ce qu'on lui présente comme une ultime purge parlementaire[pas clair][167], alors que Vadier, grand ennemi du Tribun, emporte la décision de faire arrêter les modérés avant le vote du décret d’accusation[168]. Danton, qui a refusé de fuir, (« On n’emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers ! ») est arrêté dans la nuit du 9 au 10 germinal an II avec ses amis : Camille Desmoulins, pourtant proche de Robespierre, Fabre d'Églantine, compromis dans l’affaire de la Compagnie des Indes, ainsi que treize autres dantonistes ou suspects[Note 64]. Mis en jugement le 2 avril (13 germinal) suivant, ils sont mis dans le même sac que des affairistes accusés de spéculation puis sont condamnés à mort[Note 65] et guillotinés, le 5 avril suivant (16 germinal), après un procès tout aussi truqué[Note 66] que celui des hébertistes. L'aile droite des Montagnards n’existe plus.

Le 4 avril 1794 (16 germinal an II), en plein procès des dantonistes, éclate un « complot des prisons[169] ». Révélée par un prisonnier, Alexandre de Laflotte, « la conspiration du Luxembourg[Note 67] », dont le but est de faire évader les inculpés à la faveur d’un soulèvement des prisons, paraît plausible à Robespierre et à Saint-Just qui, dès lors, en admettent la réalité[170]. Ce complot serait tramé par le général Dillon et un autre détenu, le député du Bas-Rhin Simond ; accusée de financer l’opération, Lucile Desmoulins est incarcérée à Sainte Pélagie[Note 68]. Le 13 avril (24 germinal) suivant, sous le motif d’avoir voulu « … massacrer les représentants du peuple et replacer sur le trône le fils du tyran… » ils sont, après un jugement sommaire, condamnés à mort. Amalgamés à Pierre-Gaspard Chaumette, oublié du procès hébertiste, à Gobel, évêque abdicataire de Paris, à la veuve d’Hébert[Note 69], ainsi qu’à vingt-trois autres accusés, cette nouvelle fournée, de vingt-neuf condamnés, est amenée à l’échafaud dès le lendemain[171]. La purge de germinal aura fait, en trois phases, près de soixante victimes dont onze députés[172].

Aboutissement et conséquences[modifier | modifier le code]

Le dénouement et les suites des événements de germinal sont d’une grande importance car ils signifient que le pouvoir a la volonté de refermer la période de « guerre civile », qu’entretenaient les continuelles journées populaires, en se lançant dans la fondation de la nouvelle société attendue depuis les débuts de la Révolution[173]. Mais, si dans l’immédiat le contrôle de la vie politique, en ce printemps 1794, marque une victoire politique et tactique du Comité de salut public et de Robespierre[174], leur antagonisme croissant avec les mouvements populaires scelle le divorce avec les masses[175] car, au lendemain de l’exécution des principaux fondateurs de la Terreur, le désarroi de nombreux sans-culottes est manifeste alors que les liens de « fraternité républicaine », qui les associaient aux autorités, se distendent et se rompent : la Révolution se trouve à l’arrêt[B 14]. Ainsi, de Germinal à Thermidor, les relations entre le gouvernement révolutionnaire et le mouvement populaire ne cesseront de se dégrader[176].

Robespierre et la Terreur[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Terreur (Révolution française).

Alors que la Terreur se ralentit en province, elle s'accentue à Paris après le vote des lois de Prairial. Le tribunal révolutionnaire peut seul juger des crimes politiques. La définition d'ennemi de la Révolution est élargie à tous « ceux qui cherchent à anéantir la liberté par la force ou par la ruse ». Il n'y a plus d'avocat et seuls les témoins à charge sont entendus. Deux sentences sont possibles : la liberté ou la mort pour les coupables. La loi de Prairial donne naissance à la Grande Terreur. Dans les semaines qui suivent, plus de 1 400 personnes sont guillotinées à Paris.

Au début de l'été 1794, l'effort de guerre consenti par la nation porte enfin ses fruits. La victoire de Fleurus, le 26 juin 1794 permet aux troupes françaises de reprendre la Belgique. Des vivres commencent à être réquisitionnés dans les régions occupées pour être envoyées en France.

Robespierre, en luttant contre les factions, en faisant revenir les terroristes les plus zélés, s'est fait beaucoup d'ennemis. Il est devenu l'homme politique le plus influent. Lorsqu'il préside la Fête de l'Être suprême, le 8 juin 1794, ses adversaires murmurent qu'il veut accaparer le pouvoir. Son retrait temporaire de la scène politique permet la constitution d'un groupe d'opposants autour du Comité de sûreté générale et d'anciens représentants en mission, comme Tallien ou Fouché.

Quand il se décide enfin à réapparaître à la Convention, il brandit la menace d'une nouvelle épuration, y compris contre certains députés qu'il a la maladresse de ne pas nommer. Le complot se noue avec le soutien du Marais. Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), il est accusé par l'Assemblée et arrêté. Une action de la commune de Paris le délivre contre son gré et l'emmène à l'Hôtel de Ville. Mais les sans-culottes, démoralisés par la mise au pas des sections après l'élimination des Hébertistes, et mécontents de la stricte application du maximum des salaires, ne se joignent pas aux amis de Robespierre. La Convention qui l'a mis immédiatement hors la loi, envoie les troupes qui prennent d'assaut le bâtiment. Il est guillotiné le lendemain, le 28 juillet 1794, avec Georges Couthon, Saint-Just et ses principaux partisans. Les conventionnels thermidoriens rappellent les députés girondins et mettent fin à la Terreur.

C'est peu de temps après la fin de la Terreur, le 11 octobre 1794, que les cendres de Jean-Jacques Rousseau sont transférées au Panthéon, au cours d'une cérémonie grandiose[177].

La nouvelle Constitution de l’an III est votée par la Convention le 29 messidor (17 août 1795) et ratifiée par plébiscite en septembre. Elle est effective à partir du 4 vendémiaire (26 septembre) de la même année et fonde le nouveau régime du Directoire.

Directoire (26 octobre 1795 - 9 novembre 1799)[modifier | modifier le code]

Le conseil des Cinq-Cents
Bonaparte au pont d'Arcole

Le Directoire dure du 4 Brumaire an IV au 18 Brumaire an VIII, selon le calendrier révolutionnaire. Il s'agit de la seconde[réf. nécessaire] tentative pour créer un régime stable reposant sur une base constitutionnelle. La pacification de l'ouest, la fin de la Première Coalition permettent l'établissement d'une nouvelle constitution. Pour la première fois en France, le pouvoir législatif repose sur un parlement bicaméral : le Conseil des Cinq-Cents (500 membres) et le Conseil des Anciens (250 membres). Le pouvoir exécutif est un directoire de cinq personnes nommées par le conseil des Anciens sur une liste fournie par le Conseil des Cinq-Cents. Les ministres et les cinq directeurs ne sont pas responsables devant les assemblées, mais ils ne peuvent non plus les dissoudre. Comme en 1791, aucune procédure ne permet de résoudre les conflits[178].

Les Thermidoriens ont imposé que les deux tiers des élus soient issus de la Convention. Les régions de l'ouest, de la vallée du Rhône et de l'est du Massif Central élisent des députés royalistes. Pendant toute la durée du Directoire, l'instabilité politique est incessante. Les « réseaux de correspondance », royalistes, mêlent le renseignement, la propagande et l'action politique. Ils quadrillent le pays avec le soutien des frères de Louis XVI et de puissances étrangères. Les partisans du retour à la monarchie remportent les élections de mars 1797. Les Républicains modérés organisent en septembre 1797 un coup d'État qui chasse deux des cinq directeurs et destitue ou invalide l'élection de 177 députés. En 1798, les élections semblent donner la faveur aux Jacobins. Les conseils s'octroient alors le droit de désigner les députés dans la moitié des circonscriptions. Les Thermidoriens se maintiennent au pouvoir mais sont totalement discrédités.

La situation économique contribue aussi à détourner les Français du régime. Les impôts ne rentrent plus. L'assignat, qui a perdu toute sa valeur, est remplacé par un autre papier monnaie, le mandat territorial, qui subit en un an le même sort que l'assignat. À partir de 1797, l'État demande aux contribuables de payer les impôts en numéraire. Or, avec la crise financière, la monnaie métallique s'est raréfiée. Après les années d'inflation liées à l'assignat, la France connaît une période de baisse des prix qui touche principalement le monde rural. Incapable de faire face à l'énorme dette accumulée par la monarchie absolue et huit années de révolution, les assemblées se résignent à la banqueroute des « deux tiers ». La France renonce à payer les deux tiers de sa dette publique mais consolide le dernier tiers en l'inscrivant dans le grand livre de la dette. Pour paraître crédible aux yeux des créanciers, un nouvel impôt sur les portes et fenêtres est créé en 1798. Les gendarmes sont réquisitionnés pour recouvrer l'impôt.

Grâce aux efforts du gouvernement de salut public, les armées françaises sont passées à l'offensive. Au printemps 1796, la France lance une grande offensive à travers l'Allemagne pour contraindre l'Autriche à la paix. Mais c'est l'armée d'Italie, commandée par le jeune général Napoléon Bonaparte, qui crée la surprise en volant de victoire en victoire et en forçant l'Autriche à signer la paix par le traité de Campo Formio du 17 avril 1797. Entre 1797 et 1799, presque toute la péninsule italienne est transformée en république sœur avec des régimes et des institutions calquées sur la France. Si les victoires soulagent les finances du Directoire, elles rendent le pouvoir de plus en plus dépendant de l'armée. Bonaparte devient l'arbitre des dissensions politiques intérieures. L'expédition en Égypte a comme objectif de couper la route des Indes au Royaume-Uni, mais les directeurs ne sont pas mécontents d'éloigner l'encombrant soutien du Corse qui ne cache pas son appétit de pouvoir. Par ailleurs, la multiplication des républiques sœurs inquiète les grandes puissances, Russie et Royaume-Uni en tête, qui craignent la contagion révolutionnaire et une trop forte domination de la France sur l'Europe. Ces deux États sont à l'origine de la formation de la Deuxième Coalition en 1798. Les offensives anglaises, russes et autrichiennes sont repoussées par les armées françaises dirigées par Brune et Masséna.

Le Directoire prend fin par le coup d'État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) de Napoléon Bonaparte qui déclare : « Citoyens, la révolution est fixée aux principes qui l’ont commencée, elle est finie ». Le Consulat est mis en place. Il s'agit d'un régime autoritaire dirigé par trois consuls, dont seul le premier détient réellement le pouvoir : la France entame une nouvelle période de son histoire en s’apprêtant à confier son destin à un empereur.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Notamment E. Le Roy Ladurie[réf. souhaitée]
  2. C'est ce qu'on appelle l'imputation au politique
  3. Les cahiers de doléances évoquant l'amour paternel évoquent « un roi juste et bienfaisant comme un père au milieu de ses enfants », « un père chéri de ses enfants est bien assuré de leur secours », « le père du peuple et régénérateur de la France »; cité par Pierre Goubert et Michel Denis, 1789, Les Français ont la parole, extraits des cahiers de doléances, éd. Julliard, coll Archives, 1964
  4. Il s'agit d'une construction a posteriori, destinée à en faire le symbole d'une conscience politique populaire.
  5. Procédure criminelle instruite au Châtelet de Paris sur la dénonciation des faits arrivés à Versailles dans la journée du 6 octobre 1789, 1790, Archives nationales.
  6. Elle est supprimée sans compensation en avril 1790.
  7. Différent du serment de fidélité à la Nation à la loi et ou roi.
  8. Lors de la fuite du roi le pays avait vécu sans lui et s’était aperçu qu’un roi n’était pas indispensable ; dès lors un autre régime était envisageable. - Bernardine Melchior Bonnet, La Révolution française (1789-1799), – Librairie Larousse 1988, p. 34
  9. La fusillade du Champ-de-Mars s’avère être un évènement très important car, le 17 juillet pour la première fois, des citoyens sortent des principes de 1789 en réclamant avec force la déchéance du roi et une République. - Bernardine Melchior Bonnet, La Révolution française (1789-1799), op. cit. p. 34
  10. Après les Élections législatives, la droite absolutiste ainsi que les Noirs (la droite dure), ayant perdu tout crédit depuis Varennes, disparaîtront de la scène politique. - Dictionnaire historique de la Révolution française Albert Soboul (dir.) - « Assemblée nationale constituante », op. cit. p. 48
  11. Ordonnée par l’Assemblée Constituante, une répression suit la fusillade. Le club des Cordeliers doit fermer et des journaux sont interdits ; Danton, Momoro, Santerre, Hébert s’enfuient en Angleterre et Marat se cache dans une cave. Jean-Clément Martin, La France en Révolution (1789-1799) Édition Belin, 1990 p. 115
  12. Les recherches menées par Jacques Godechot - admises par de nombreux historiens - ont démontré que le suffrage censitaire, même s’il resserre le corps électoral, s’est montré loin d’être restrictif et démobilisateur. Jacques Godechot, Les Révolutions (1770-1799), PUF 1965, p. 306-309 – Voir Élections législatives françaises de 1791
  13. La majorité de ces nouveaux élus ne sont pas des néophytes. Depuis 1789 ils ont fait leur apprentissage politique dans les assemblées communales et départementales. Albert Soboul, Histoire de la révolution française, volume 1 op. cit., p. 256
  14. Tels que Merlin de Thionville, Bazire et Chabot, « le trio cordelier », et quelques démocrates partisans du suffrage universel comme Robert Lindet, Couthon, et Carnot. Leur influence sur l’Assemblée est presque nulle, mais, en revanche, leur ascendant sur les clubs et les sociétés populaires est incontestable. Bernardine Melchior Bonnet, La Révolution française (1789-1799) op. cit., p. 47 - Albert Soboul, Histoire de la révolution française, volume 1 op. cit., p. 272
  15. La déclaration de Pillnitz, ne s’accompagne d’aucune mesure précise, se limitant à désigner le danger qui menace le trône de Louis XVI en invitant les autres souverains à joindre leurs forces aux leurs : « alors et dans ce cas » ils passeraient à l’action ; mais tout ceci était soumis à une entente éventuelle avec d’autres puissances européennes. François Furet Denis Richet, La Révolution française Fayard 1973, p. 146
  16. Le comte de Provence, notamment, est sommé de rentrer en France dans les deux mois, sous peine de perdre ses droits lors d’une régence éventuelle.
  17. C’est-à-dire des Feuillants qui sont au ministère et conseillent le roi ; ils sont divisés avec les Feuillants laméthistes (ou fayettistes) partisans d’une guerre limitée qui permettrait à Lafayette victorieux de renforcer sa position tout en renforçant la monarchie constitutionnelle en chassant les Jacobins.
  18. Après avoir longtemps hésité, les Constituants décrètent un référendum. Le vote étant positif ces états sont rattachés à la France.
  19. Léopold II ne s’oppose pas à ce que Louis XVI demande à l’Électeur de Trèves de chasser les émigrés de ses possessions.
  20. L’armée est aussi en proie au conflit politique et social qui oppose la troupe et le commandement aristocratique ; la confiance n’existe plus et la discipline s’en ressent Albert Soboul Histoire de la révolution française, tome 1. Collection Idée - Gallimard 1962, p. 284.
  21. Cette proclamation, qui ne sera annoncée à Paris que les 22 et 23 juillet, a pour but de provoquer de nouveaux enrôlements dans les volontaires nationaux et de pousser les autorités à organiser elles-mêmes la défense. Jacques Godechot La révolution française op. cit., p. 108
  22. C’est en fait pratiquement l’ensemble du gouvernement patriote (Girondin) du mois de mars 1792 qui est reconduit : Roland à l’Intérieur, Clavière aux Finances, Servan à la Guerre, auxquels on ajoute Danton à la Justice Monge à la Marine et Lebrun-Tondu aux Affaires étrangères.
  23. Après le 9-Thermidor (27 juillet 1794) et, malgré l’amnistie décrétée par la Convention avant sa séparation, l’instruction des massacreurs suivra son cours et trente neuf seront jugés en mai 1796. Trois seulement seront condamnés à vingt ans de fers. Frédéric Bluche op. cit. p. 210
  24. Par rapport au précédent, ce référendum permet aux français de 21 ans, domiciliés et vivant de leur travail, y compris les domestiques et les citoyens « passifs » (citoyens qui ne paient pas d’impôts) de voter. C’est du coup trois à quatre millions de « passifs » qui obtiennent la citoyenneté, mais pourtant seulement 700 000votants sur 7 millions que comptait le corps électoral se rend aux urnes ; chiffre proche de ceux de la monarchie censitaire, mais pour la première fois le petit peuple s’y manifeste. La nomination des députés appartient donc à une majorité dérisoire. Marc Bouloiseau La République jacobine (10 août 1792-9 thermidor an II) Seuil 1972, p. 56-57
  25. Après avoir relancé la Révolution avec la déclaration de guerre le 20 avril 1792, les Girondins, après le 10 août sont hostiles à tout nouveau bouleversement politique. Bernardine Melchior Bonnet La Révolution française op. cit. p. 61
  26. Pour eux la richesse foncière et le capital commercial sont les seuls facteurs de consolidation sociale. Comme les Montagnards, ils sont attachés au principe de la propriété et voient dans toute restriction autoritaire une menace pouvant déclencher une escalade désastreuse. Marc Bouloiseau op. cit. p. 60
  27. Le 27 novembre 1792 la Savoie est réunie à la France et forme le département du Mont-Blanc.
  28. Comme la plupart des princes de cette époque, Louis XVI et Marie-Antoinette n’ont pas le sentiment de la « Patrie ». Pour eux, le pays est leur propriété et les souverains européens formant une grande famille, ce n’est pas faire preuve de trahison que de faire appel à eux pour remettre le pays à la raison. André Castelot, G. Lenotre Les grandes heures de la Révolution française – L’agonie de la royauté, tome I, Perrin 1962, p. 330-331
  29. La protestation est dirigée contre le tirage au sort — déjà le plus détesté des campagnes sous l’ancien régime — qui exonère les notables alors que ceux-ci sont considérés comme les grands bénéficiaires de la Révolution. Pour le peuple c’est à eux d’aller défendre la nation qui les favorisent. Roger Dupuyop. cit. p. 58
  30. Le député Girondin François Buzot esquisse le mot « fédéralisme » en réclamant à l’Assemblée, le 24 septembre 1792, une force publique départementale pour protéger les députés de la Convention ; il servira de prétexte aux Montagnards pour accuser les Girondins de vouloir faire des 83 départements autant de républiques indépendantes. Jeanne Grall Girondins et Montagnards – Les dessous d’une insurrection (1793) Éditions Ouest-France, 1989 p. 23. En définitive ces « fédéralistes » — qui refusent tous une fédération — sont des républicains modérés favorables à la Révolution ; ils ne veulent que la fin de la domination parisienne et montagnarde. Jean-Clément Martin La France en Révolution 1789-1799 op. cit. p. 155
  31. Seuls en Europe la Suisse, les États Scandinaves et certains États italiens restent en paix avec la France ; mais la Russie alliée de l’Autriche et de la Prusse est aussi officiellement en guerre contre la France qui se bat non seulement pour son indépendance, mais aussi pour sa dignité nationale, son droit à se gouverner elle-même, et les immenses avantages qu’elle a retirés de la Révolution. Albert Mathiez La Révolution française op. cit., p. 350
  32. En Vendée, les nobles n’ont pas provoqué le mouvement insurrectionnel : ils n’arrivent qu’après et uniquement parce qu’on est allé les chercher, et parfois se sont fait prier. Jacques Solé Révolutions et révolutionnaires en Europe 1789-1918 Gallimard 2008, p. 544
  33. Les soulèvements provinciaux qui font suite aux 31 mai et 2 juin 1793 trop souvent enfermés dans la contre-révolution, ne sont souvent que la suite de luttes locales qui confrontent révolutionnaires modérés, Jacobins, et sans-culottes. Jean-Clément Martin La France en Révolution 1789-1799 op.cit. p. 153-154-155
  34. Encore sensibilisés par les massacres de Septembre, les départements perçoivent mal les troubles qui agitent l’Assemblée et y voient des menaces pour la représentation nationale ce qui entraîne de violentes protestations. Jeanne Grall op. cit. p. 25. Ainsi le coup de force est mal perçu en province et, à sa nouvelle, de nombreux départements se soulèvent, en Normandie et en Bretagne notamment. De fait, ce sont les trois-quarts du pays qui se trouvent en rébellion contre la dictature montagnarde.Bernardine Melchior Bonnet La Révolution française op. cit. p. 76-77
  35. Pourtant les sans-culottes les plus avertis (les Enragés) ne sont pas enthousiastes de cet acte constitutionnel dont ils perçoivent les lacunes. Ils réclament la répression de l’agiotage, de l’accaparement et l’arrêt de la hausse des prix, etc. Jean-Paul Bertaud op. cit. p. 208
  36. Initialement conçue par les Girondins (surtout par Condorcet) cette constitution arrive en pleine violence entre ces deux groupes et est donc le fruit d’un compromis ; après le coup de force du 31 mai et 2 juin 1793 elle subit quelques remaniements (hostilité au libéralisme girondin) et est adoptée très vite par l’Assemblée dominée par la Montagne. Le droit d’initiative prôné par les Girondins a disparu, et les Montagnards s’y taillent la part du lion car la Constitution s’efforce de les maintenir au gouvernement puisqu’ils se sont emparés du pouvoir par la force. Son principal mérite tient surtout dans les principes qu’elle a proclamés pour la première fois (droits sociaux) et dans les problèmes qu’elle a posés. Même si elle n’a jamais été appliquée, elle garde une importance capitale. Jacques Godechot Les Constitution de la France depuis 1789 op. cit. 2006, p.  69 à 77
  37. Après les journées des 4 et 5 septembre contre l’Assemblée, les sans-culottes imposent Collot d'Herbois et Billaud-Varenne, membres (ou proches) des Cordeliers.
  38. Le Comité de salut public est conçu comme un régime provisoire qui, logiquement, après la victoire doit laisser la place à la constitution de 1793. Marc Bouloiseau Le Comité de salut public PUF 1968 p. 5. Cependant il ne possède la réalité du pouvoir qu’après le décret du 13 septembre qui lui donne la prééminence sur tous les autres comités. Albert Mathiez op. cit. p. 425
  39. La rivalité des deux Comités est réelle ; quelques-uns de ses membres sont liés aux ultra- révolutionnaires — notamment Collot d’Herbois et Billaud-Varenne — abattus par le Comité de salut public en germinal. Mais la loi du 16 avril 1794 porte un premier coup en confiant au Comité de salut public l’inspection des autorités et des administrateurs ; pour appliquer ces mesures un bureau de police générale est institué dans lequel le Comité de Sûreté Générale voit un concurrent. Marc Bouloiseau Le Comité de salut public op. cit. p. 101-102-103
  40. Le rapprochement entre les Montagnards et la sans-culotterie parisienne ne s’est pas fait sans difficultés, car le petit peuple a peu bénéficié de la Révolution du 10 août 1792 et, s’ils y a participé activement, cette journée n’est pas sa création. George Rudé La foule dans la Révolution française Librairie Maspero 1982, p. 135
  41. Ici, le terme de terroriste veut dire partisan de la Terreur révolutionnaire et économique.
  42. La presque totalité des sans-culottes parisiens se retrouve à cette période (février – septembre 1793) sensibilisée par les Enragés qui se composent de trois hommes dominants : Jacques Roux, Jean-François Varlet et Théophile Leclerc, et d’une femme, Claire Lacombe ; qui est la présidente du Club des Citoyennes républicaines révolutionnaires. François Furet et Mona Ozouf Dictionnaire critique de la Révolution française – Acteurs – Flammarion 2007,p. 331
  43. On retrouve des rumeurs de « complots aristocratiques » peu de temps avant le 10 août 1793 pour le premier l’anniversaire du 10 août 1792. Le grand rassemblement pour cette fête peut faire craindre à de nouveaux massacres de Septembre — que des affiches conseillent — et peut donner l’occasion aux extrémistes de tenter leur chance. Albert Soboul Mouvement populaire et Gouvernement révolutionnaire en l’an II (1793-1794) op. cit., p. 79. Ailleurs, les sections souhaitent un effort encore plus grand et parlent d'un nouveau 2 juin - Jacques Solé op. cit. p. 554
  44. La situation est sérieuse : les départements révoltés ont interrompu leurs livraisons vers la capitale. Le pain manque, ce qui entraîne de nombreuses manifestations populaires. Albert Mathiez La Révolution française op. cit. p. 399. La sécheresse du mois d’août viendra aggraver la conjoncture
  45. Pour des historien comme Albert Soboul ou François Furet et Denis Richet, Jacques Roux s’activait avec désintéressement et sincérité à soulager la vie du petit peuple sans-culottes. Albert Soboul Mouvement populaire et Gouvernement révolutionnaire en l’an II (1793-1794) op. cit., p. 101 - François Furet et Denis Richet op. cit. p. 215
  46. Le but du groupe Cordeliers est de se servir du mécontentement du peuple pour éliminer l’équipe dirigeante qui conduit l’Assemblée et les Comités. Chez eux l’extrémisme est avant tout tactique. François Furet et Denis Richet op. cit. p. 216-217
  47. Le 5 septembre 1793 Jacques Roux est arrêté ; (il se suicidera le 10 février 1794) Leclerc et Varlet sont en fuite ainsi que Claire Lacombe dont la société est dissoute le 20 octobre. (Par la même occasion les clubs féminins sont interdits) Les Enragés n’existent plus.
  48. Cette armée forte de 6 000 hommes et de 1 200 canonniers, qui sera à l’origine de nombreuses exactions, notamment pendant la période de déchristianisation, sera supprimée après l’exécution des hébertistes en germinal.
  49. Réclamés par les groupes les plus radicaux, c’est aussi le début des grands procès devant le tribunal révolutionnaire et les exécutions de Philippe-Égalité, (6 novembre 1793) Marie-Antoinette, (16 octobre) des Girondins, (31 octobre) de Madame Roland, (8 novembre) Bailly, (10 novembre) (Barnave (28 novembre), etc. La terreur est aussi appliquée en province par les représentants en mission. - Frédéric Bluche, Stéphane Rials, Jean Tulard op. cit. p. 96
  50. Habilement, le 6 septembre, ils ont fait entrer au Comité de salut public deux membres importants des Cordeliers proches des sans-culottes, c’est-à-dire des « hébertistes » : Collot d’Herbois et Billaud-Varenne. Jean-Clément Martin La France en Révolution 1789-1799 op. cit. p. 159
  51. À la même période les espagnols envahissent la plus grande partie du département des Pyrénées-Orientales, (22 septembre) l’armée autrichienne envahit Maubeuge (30 septembre) puis menace Strasbourg (13 octobre) et l’armée prussienne investit Landau, place forte qui défend le nord de l’Alsace (27 octobre).
  52. Par le décret du 12 octobre 1793, Lyon est condamnée à la destruction : Collot d’Herbois et Fouché y font exécuter, début novembre 1793 et sur plusieurs mois, près de deux mille victimes. À Toulon, dénoncés par les Jacobins relâchés, huit cents rebelles sont fusillés sans jugement, puis, à la demande des représentants en mission, trois cents autres sont condamnés le mois suivant, alors qu’à Marseille la répression ne fait pas trois cents victimes. Si à Bordeaux on ne compte, au début, qu’une centaine de victimes, en juin et juillet 1794, l’arrivée du jeune représentant en mission Jullien (de Paris) provoque un regain de répression qui en encouragera deux fois plus. Jacques Solé op. cit. p. 555-556
  53. À la suite de la première défaite se profilent, avec les difficultés d’une armée battue, désorganisée et à bout de souffle, des mésententes entre chefs empêchant toute intelligence concertée avec les coalisés. Pascal Dupuy et Claude Mazauric op. cit. p. 227
  54. Toutefois ces décrets demandent de respecter les femmes, les enfants et les vieillards mais aussi les hommes sans armes. Jean-Clément Martin La Vendée et la Révolution, Perrin 2007 p. 93
  55. Robespierre et ses proches n’acceptent plus l’anarchie vers laquelle tend le mouvement sans-culottes de Paris. Jacques Godechot, Les Révolutions (1770-1799) – PUF 1965, p. 336
  56. Ces armées révolutionnaires départementales (ou provinciales) se sont rendues coupables de nombreux excès ; mais, en licenciant ces armées, le pouvoir porte un coup fatal aux ultra-révolutionnaires (hébertistes) dans les départements dont l’assise militante se trouve réduite à néant. Françoise Brunel Thermidor La chute de Robespierre Édition Complexe, 1989 p. 16-19
  57. La déchristianisation n’est pas non plus un mouvement spontané comme l’avait été la grande peur. Michel Vovelle La Révolution contre l’église op. cit. p. 17
  58. Le danger est réel de voir, à l’intérieur, le mouvement pousser les nombreux Français qui sont restés fidèles à leur religion de rejeter la Révolution et, à l’extérieur, d’effrayer les états étrangers qui sont restés neutres et en paix avec la République.
  59. Cet épisode de la Révolution, qui oppose uniquement des Montagnards, se noue en septembre-octobre 1793 — alors que la déchristianisation fait rage en France puis à Paris — entre les modérés appelés, suivant les cas, Citra-révolutionnaires, Dantonistes ou Indulgents et les Hébertistes, appelés Ultra-révolutionnaires ou Exagérés ; ces derniers étant des membres du club des Cordeliers. - Françoise Brunel op. cit. p. 19
  60. Le 20 décembre (30 frimaire) Robespierre a obtenu de l’Assemblée un Comité de justice destiné à revoir les cas des individus incarcérés à tort. Mais les Indulgent veulent un Comité de clémence, c’est-à-dire l’ouverture des prisons prélude évident à une politique de paix ; cette proposition est contraire à la politique du gouvernement qui la rejette. Billaud-Varenne fera rapporter le décret le 6 nivôse an II (26 décembre 1793). - Frédéric Bluche Danton Perrin 1984, p. 413-414-417 - Jacques Solé op. cit. p. 561 – Robespierre encouragera, dans un premier temps, le journal de Desmoulins « Le Vieux Cordelier » en qui il voit un rival du journal d’Hébert « Le père Duchêne » et restera, plusieurs mois en bonne relation avec Danton.
  61. Fabre d'Églantine, le 27 septembre, résume à Robespierre le plan supposé d’Hébert. Il s'agit dans un premier temps d’organiser la famine, d’épurer la Convention, d’exécuter les Girondins arrêtés (les 75), puis d'appréhender Danton, Lacroix et Robespierre. Dans un deuxième temps, de prendre le pouvoir avec l’aide de l’armée révolutionnaire, du ministère de la guerre et de la majorité des jacobins. Quant à Chabot il a été pris à partie à la Convention à propos de son mariage avec la jeune sœur d’un riche banquier autrichien (Junius Frey) et pour ses relations avec des étrangers véreux. Suspect d’agiotage et après avoir essayé de trouver des appuis, aux abois, il se lance dans la délation. Le 14 novembre, il dénonce à Robespierre puis au Comité de sûreté générale, un chantage financier, partie visible d’un complot contre-révolutionnaire : c’est l'affaire de la Compagnie des Indes, ourdie par le fameux baron de Batz, pour ruiner la République. L’affaire de la Compagnie des Indes n’en étant qu’une ramification. Même si Danton ne trempe pas personnellement dans cette affaire il se trouve compromis par certains de ses amis, mais il en est de même pour les Ultras où Hébert et quelques-uns de ses compagnons sont compromis. Frédéric Bluche Danton op. cit. p.  391 à 394
  62. En tout vingt accusés : des contre-révolutionnaires comme Pierre Quétineau et son épouse Jeanne, un aristocrate le général Laumur ; des étrangers et agents de l’étranger : Anacharsis Clootz, Kock, Proli, Desfieux, Pereira, Dubuisson ; des patriotes comme Mazuel, Bourgeois, Leclerc, Ancard, Ducroquet, Descombes, et un indicateur : Laboureau le seul qui sera gracié. L’acte d’accusation dressé contre les quatre dirigeants cordeliers confirme aux sans-culottes que le procès de germinal est bien leur procès et constitue bien l’aboutissement de la lutte amorcée par les Comités dès septembre 1793. - Albert Soboul "Mouvement populaire et Gouvernement révolutionnaire en l’an II (1793-1794)" op. cit.,p. 362
  63. Plusieurs entrevues sont organisées (fin ventôse et la dernière le 1er germinal) afin de rencontrer Danton et Robespierre accepte de s’y rendre ; peut-être pense-t-il que Danton peut se justifier, s’expliquer ou changer de conduite ; après la dernière entrevue Robespierre dira : « Il y a un trait de Danton qui prouve une âme noire : il avait hautement préconisé les dernières productions de Desmoulins ; dans la dernière visite dont je parle il me parla de Desmoulins avec mépris : il attribua ses écarts à un vice privé et honteux, mais absolument étranger à la Révolution. Cet homme a pour principe de briser lui-même les instruments dont il s’est servi. »Jean Massin op. cit. p. 242. Mais il était tout aussi impossible de sauver Desmoulins qui a dans son journal développait les thèmes de la propagande dantoniste (preuve accablante pour le tribunal) et dont les écrits sont repris par les contre-révolutionnaires et les modérés. Robespierre lui reprochait, entre autres, son amitié avec le ci-devant général Dillon : la raison d’état l’emporta sur l’amitié. - Jean-Paul Bertaud Camille et Lucile Desmoulins – Un couple dans la tourmente Presse de la Renaissance 1986, p.  274 et 276
  64. Chabot, Hérault de Séchelles, Claude Basire, Delaunay d’Angers, Philippeaux, Lacroix, l'Abbé d'Espagnac, les autrichiens Junius Frey, et son frère Emmanuel, le danois Deisderichen, l’espagnol Guzman, le procureur Lullier et le général Westermann sont guillotinés.
  65. Sous l’accusation « d’avoir trempé dans la conspiration tendant à rétablir la monarchie et détruire la représentation nationale et le gouvernement républicain ». Frédéric Bluche Danton op. cit. p. 462.
  66. Le procès des Indulgents est un procès politique : on craint l’éloquence de Danton, or si ceux-ci sont acquittés (comme Marat en avril 1793) le coup sera fatal pour tout le gouvernement révolutionnaire ; dans ce cas il faut les condamner, mais cela implique que les débats soient de pure forme. Le procès tournant mal, un décret demandé par Herman et Fouquier-Tinville, obtenu par le Comité de salut public, stipule que : « Tout prévenu de conspiration qui résistera, ou insultera à la justice nationale, sera mis hors des débats et jugé sur le champ. » Comme le dira Fouquier-Tinville à la réception du décret : « Ma foi nous en avions bien besoin ». Pierre Labracherie Fouquier Tinville - Accusateur public Fayard 1961, p. 157-159
  67. Réels, supposés voire inventés (manipulations policières) les complots et notamment les « complots des prisons » sont un thème répétitif que l’on retrouve tout au long de la Révolution : dès les massacres de Septembre comme pour l’épisode consécutif à la loi du 22 prairial an II (10 juin 1794). Dans le cas du « complot » du 4 avril 1794 (16 germinal an II), ils permettent de guillotiner les épouses de Camille Desmoulins et de Jacques-René Hébert (Dictionnaire et Histoire de la Révolution française Jean Tulard, Jean-François Fayard, Alfred Fierro op. cit. p. 674 et Dictionnaire Historique de la Révolution française Albert Soboul op. cit. p. 280) et de se défaire de personnes gênantes telles Chaumette ou Gobel… C’est aussi un moyen de vider les prisons de Paris, bondées à la suite de la fermeture des tribunaux de province par la loi du 27 germinal an II – 16 avril 1794.
  68. Lucile Desmoulins, qui n’est pas politisée — contrairement à Madame Roland, Charlotte Corday ou Olympe de Gouges — niera face à ses juges toute implication dans ce « complot ». Il est cependant vrai qu’elle a tenté d’ameuter tous les amis de son mari afin de demander sa grâce ou sa libération et a écrit aussi des lettres à Robespierre qu’elle connaissait bien (son témoin de mariage) lettres où, aux demandes de grâce, se mêlaient des critiques acerbes. - Jean-Paul Bertaud Camille Desmoulins op. cit. p. 289-312-313. Le « mouton » Laflotte, détenu au Luxembourg, a déclaré que : « Le général Dillon et un autre détenu, Simond, avaient ourdi un complot pour sauver les accusés, assassiner les patriotes et les membres du Tribunal révolutionnaire. La femme de Camille Desmoulins leur aurait envoyé de l’argent à cet effet. » - Pierre Labracherie op. cit. p. 158
  69. Françoise Hébert, comme Lucile Desmoulins n’est pas « politisée ». Si l’on en croit Michelet : « Madame Hébert, ex-religieuse, spirituelle, intrigante, avait tripoté avec des agioteurs, mais nullement conspiré. » - Jules Michelet Histoire de la Révolution française Tome II volume 1 - Gallimard 1952, réédition 2007, p. 826

Références[modifier | modifier le code]

  • Georges Lefebvre, Raymond Guyot, Philippe Sagnac, La Révolution française, Librairie Félix Alcan,‎ 1930 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
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  • Jean-Paul Bertaud, La Révolution française, Perrin,‎ 2004 Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  1. p.  18
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  • Autres références
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  2. Réflexions sur la Révolution de France
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  4. Jean-Luc Chappey, Bernard Gainot, Guillaume Mazeau, Frédéric Régent & Pierre Serna, Pour quoi faire la Révolution, Agone,‎ 2012 (ISBN 978-2-7489-0161-0), p. 208
  5. voir Le Roy Ladurie Histoire Humaine et Comparé du Climat tome 2
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  7. François Furet et Denis Richet, La Révolution française, Hachettes littératures, 2008, tome 1, p. 70
  8. Joël Cornette, L'image qui tue : du père du peuple au « roi-cochon », in L'Histoire no 303, 11/2005
  9. "Vive la Banqueroute" par François Ruffin et Thomas Morel, page 90, Fakir Éditions [1]
  10. Albert Soboul, La Révolution française, Gallimard, Paris, 1982, p. 138
  11. Pascal Perrineau, Dominique Reynié, Sandrine Lefranc (collectif), Dictionnaire du vote, Presses universitaires de France, 2001, p. 426.
  12. Moniteur Universel, 25 juin 1789, « Extrait des débats », p. 48 ; Sur la construction de cette phrase historique voir l'article de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale.
  13. Histoire constitutionnelle de la France de 1789 à 1879
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  45. Frédéric Bluche, Stéphane Rials, Jean Tulard op. cit., p. 67 - Dictionnaire historique de la Révolution française Albert Soboul (dir.), op. cit. p. 46
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  50. Jacques Godechot Les Constitutions de France depuis 1789, Éditions Flammarion, 1979 ; Éditions corrigée et mise à jour 2006, p. 69 - En fait, dès le 25 novembre 1791, la Constitution est attaquée à l’Assemblée au travers de la personne du roi, accusé de vouloir, avec son veto, protéger les ennemis de la Révolution. Michel Winock, op. cit., p. 161)
  51. Jacques Godechot, Les Constitutions de la France depuis 1789, Flammarion 2006, p. 53
  52. Michel Vovelle, La chute de la monarchie 1787-1792, op. cit.,p. 176
  53. Jacques Godechot Les Révolutions (1770-1799), PUF 1965, p. 307. – Celui-ci met en garde contre ces chiffres qui, selon lui, n’ont jamais été sérieusement vérifiés.
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  62. Jean-Daniel Piquet, « La déclaration constitutionnelle de paix à l'Europe grand sujet de débat entre 1791 et 1794 », Monique Cubells (dir), La Révolution française, la guerre et la frontière, Paris, CTHS, 2000.
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  64. Albert Mathiez, Le dix août, Les Éditons de la Passion, 1989, p. 18-19
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  66. Ernest Lavisse Histoire de France contemporaine – La Révolution – Tome I, Hachette 1920, p. 376
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  69. Jean Massin Robespierre Club français du livre 1956, p. 123
  70. Les blessés sont achevés alors que la plus grande partie des serviteurs du palais sont massacrés et que seules les femmes sont épargnées. Quelques gentilshommes, habillés en civil, arriveront à s’échapper en se mêlant à la foule.
  71. Michel Vovelle La Chute de la monarchie (1787-1792) op. cit. p. 262
  72. Roger Dupuy La République jacobine - Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire - Seuil 2005, p. 12
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  74. Michel Vovelle La Révolution française tome III Éditions Messidor 1986, p. 157
  75. Bernardine Melchior Bonnet La Révolution française – 1789-1799 – Librairie Larousse 1988, p. 57
  76. Frédéric Bluche Septembre 1792 : logiques d’un massacre Laffont 1986, p. 93-94-95
  77. Jacques Godechot Les Constitution de la France depuis 1789 Flammarion 2006, p. 70
  78. Marc Bouloiseau op. cit. p. 60-61
  79. Albert Soboul op. cit. p. 299. C’est ainsi que le peuple, grâce à la guerre, fait irruption sur la scène politique.
  80. Albert Soboul, op. cit. p. 272
  81. Jean-Clément Martin op. cit. p. 142
  82. a et b Roger Dupuy, op. cit. p. 34
  83. Jacques Godechot La révolution française op. cit. p.  115 à 121
  84. Bernardine Melchior Bonnet La Révolution française op. cit. p. 64
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  90. Bernardine Melchior-Bonnet Les Girondins op. cit., p. 194-195-203.
  91. Albert Soboul, La Révolution française, op. cit., p. 273
  92. Albert Soboul op. cit. p. 332-333
  93. Roger Dupuy op. cit. p. 108
  94. Marc Bouloiseau La République jacobine (10 août 1992 - 9 thermidor an II) Seuil 1972, p. 70
  95. Pascal Dupuy et Claude Mazauric La Révolution française Librairie Vuibert 2005, p. 225
  96. Roger Dupuy op. cit., p. 58-59
  97. Jean-Clément Martin La France en Révolution 1789-1799 op. cit. p. 147
  98. Jacques Godechot La révolution française op. cit., p. 131
  99. Albert Soboul op. cit. p. 327
  100. Frédéric Bluche, Stéphane Rials, Jean Tulard La Révolution française PUF 1989, p. 86
  101. Jacques Godechot La révolution française op. cit. p. 165
  102. Jeanne Grall op. cit. p. 67 et suivantes.
  103. Jean-Clément Martin La France en Révolution 1789-1799 op. cit. p. 157
  104. Jean-Marc Schiappa La Révolution française 1789-1799 Librio 2005 p. 50
  105. Dictionnaire historique de la Révolution française op. cit. p. 283
  106. Albert Soboul Histoire de la révolution française, tome II. Collection Idée - Gallimard 1962, p. 21-22-23. Voir aussi de Marc Bouloiseau Le Comité de salut public op. cit..
  107. Marc Bouloiseau La République jacobine op. cit. p. 107
  108. Marc Bouloiseau Le Comité de salut public op. cit. p. 101
  109. a et b Ce décret transforme le recours aux envoyés en mission en véritable institution et définit aussi leur pouvoir. À partir du mois d’avril suivant, pour les missions aux armées, la Convention revoit le rôle de chacun des représentants appelés à travailler pour la défense nationale, et, pour limiter leurs missions dans le temps, porte à trois le nombre des représentants aux armées qui sont désormais renouvelés par tiers tous les mois. Michel Biard Missionnaires de la République – Les représentants du peuple en mission (1793-1795) - Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques 2002, p. 190-191
  110. Jean-Clément Martin La France en Révolution 1789-1799 op. cit. p. 152
  111. Albert Soboul Mouvement populaire et Gouvernement révolutionnaire en l’an II (1793-1794) Flammarion 1973, p. 23
  112. Dictionnaire historique de la Révolution française op. cit. p. 418
  113. Dictionnaire historique de la Révolution française op. cit. p. 416 – Jacques Solé op. cit. p. 552
  114. Albert Mathiez La Révolution française op. cit. p. 399.
  115. Albert Soboul Mouvement populaire et Gouvernement révolutionnaire en l’an II (1793-1794) op. cit., p. 167-168
  116. François Furet et Mona Ozouf Dictionnaire critique de la Révolution française – Acteurs – Flammarion 2007, p. 382
  117. François Furet et Denis Richet op. cit. p. 215
  118. Roger Dupuy op. cit. p. 238
  119. François Furet et Mona Ozouf Dictionnaire critique de la Révolution française – Acteurs – Flammarion 2007, p. 384
  120. Jean-Clément Martin Violences et révolution op. cit. p. 188
  121. François Furet et Denis Richet op. cit. p. 229
  122. François Furet et Denis Richet op. cit. p. 228-234
  123. Jacques Godechot Les Révolutions, 1770-1799 op. cit.p. 170
  124. Albert Soboul Histoire de la révolution française, tome II. op. cit. p. 38
  125. Voir Marc Bouloiseau La République jacobine op. cit. p. 89-90
  126. Albert Soboul Histoire de la révolution française, tome II. op. cit. p. 36-38
  127. Albert Soboul Histoire de la révolution française, tome II. op. cit. p. 37
  128. Jean-Clément Martin, Violences et révolution op. cit., p. 189
  129. Diane Ladjouzi, « Les journées des 4 et 5 septembre 1793 à Paris. Un mouvement d’union entre le peuple, la commune de Paris et la convention pour un exécutif révolutionnaire », in Annales historiques de la Révolution française, no 321, octobre-décembre 2000, p. 27-44, [lire en ligne].
  130. Albert Soboul Histoire de la révolution française, tome II. op. cit. p. 35
  131. Albert Soboul Mouvement populaire et Gouvernement révolutionnaire en l’an II (1793-1794) op. cit., p. 197
  132. Jean-Clément Martin La France en Révolution 1789-1799 op. cit. p. 161
  133. François Furet et Denis Richet op. cit. p. 238-239
  134. Jean Tulard, Jean-François Fayard, Alfred Fierro Histoire et dictionnaire de la Révolution française (1789-1799) Robert Laffont 1987, p. 1145
  135. Roger Dupuy op. cit. p. 226
  136. François Furet et Denis Richet op. cit. p. 248
  137. Jacques Godechot, Les Révolutions (1770-1799) – PUF 1965, p. 173
  138. a et b Albert Mathiez, La Révolution française – Librairie Armand Colin 1922, p. 391
  139. a et b Pascal Dupuy et Claude Mazauric, La Révolution française – Librairie Vuibert 2005, p. 228 - Jacques Solé op. cit. p. 556-557
  140. Jean-Clément Martin Violences et révolution op. cit. p. 203
  141. Jacques Solé op. cit. p. 556
  142. a et b Albert Soboul, Histoire de la Révolution française tome II – Collection Idée - Gallimard 1962, p. 87.
  143. Paul Sainte-Claire Deville La Commune de l’An II – Vie et mort d’une assemblée révolutionnaire Plon 1946 p. 130-131
  144. Jacques Godechot, op. cit., p. 336
  145. Jacques Godechot La Révolutions française op. cit. p. 154
  146. Michel Vovelle La Révolution contre l’église - De la raison à l’Être suprême. Éditions Complexe 1988 p. 29
  147. Jean Jaurès Histoire socialiste de la Révolution française – Le gouvernement révolutionnaire – Tome VI – Édition revue et annotée par Albert Soboul - Messidor 1986, p. 304
  148. Roger Dupuy op. cit. p. 231
  149. Frédéric Bluche, Stéphane Rials, Jean Tulard op. cit. p. 102.
  150. Jean Jaurès op. cit., p. 306
  151. Albert Soboul Mouvement populaire et gouvernement révolutionnaire en l’an II (1793-1794) op. cit. p. 226-228
  152. Roger Dupuy op. cit. p. 241
  153. a et b Bernardine Melchior-Bonnet, La Révolution 1789-1799 Larousse 1988, p. 95.
  154. Albert Soboul, Mouvement populaire et Gouvernement révolutionnaire en l’an II (1793-1794) op. cit., p. 230-233
  155. Jean-Paul Bertaud, Camille et Lucile Desmoulins – Un couple dans la tourmente Presse de la Renaissance 1986, p. 237
  156. Yves Benot, « Comment la Convention a voté l'abolition de l'esclavage dans les colonies », Annales historiques de la Révolution française 3e et 4e trimestres 1993 ; Florence Gauthier, Triomphe et mort du droit naturel en révolution, 1789-1795-1802, Paris, PUF, 1992
  157. Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la révolution française (1789-1795), Paris, Karthala, 2002
  158. Yes Benot, art. cit.
  159. Père Duchesne no 347 texte cité par Aimé Césaire, Toussaint-Louverture, La révolution française et le problème colonial, Paris, Présence africaine, 1961.
  160. François Furet et Denis Richet, La Révolution française op. cit. p. 245 - Jacques Godechot, Les Révolutions op. cit. p. 172
  161. Roger Dupuy op. cit., p. 266
  162. Bernardine Melchior Bonnet La Révolution 1789-1799 op. cit. p. 95 - Jacques Solé op. cit. p. 562
  163. Frédéric Bluche Danton op. cit., p. 396-397
  164. François Furet et Denis Richet op. cit., p. 245
  165. Roger Dupuy op. cit., p. 252
  166. Roger Dupuy op. cit. p. 255
  167. Jacques Solé op. cit. p. 561
  168. Frédéric Bluche Danton op. cit. p. 453)
  169. Bernardine Melchior-Bonnet La Révolution – 1789-1799 op. cit. p. 97
  170. Jean-Paul Bertaud Camille et Lucile Desmoulins – Un couple dans la tourmente op. cit. p. 288
  171. Jean-Paul Bertaud Camille et Lucile Desmoulins – Un couple dans la tourmente op. cit. p.  288 à 291
  172. Dictionnaire Historique de la Révolution française op. cit. p. 432
  173. Jean-Clément Martin Violences et révolution op. cit. p. 214-216
  174. François Furet et Denis Richet op. cit. p. 246
  175. Albert Soboul, Mouvement populaire et Gouvernement révolutionnaire en l’an II (1793-1794), op. cit., p. 352
  176. Albert Soboul La Révolution française, tome II op. cit. p. 86.
  177. Apothéose de Jean-Jacques Rousseau, translation au Panthéon : le 11 octobre 1794
  178. Institutions et vie politique, la documentation française, 2003

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sur la période[modifier | modifier le code]

  • Elie Allouche (préf. Jean-Clément Martin), La Révolution française, CRDP Languedoc-Roussillon, coll. « 99 questions sur... »,‎ 2006, 239 p. (ISBN 978-2866260538)
  • Jean-Paul Bertaud, Initiation à la Révolution française, Paris,‎ 1989
  • Michel Biard, Philippe Bourdin, Silvia Marzagalli et Joël Cornette (dir.), Révolution, Consulat, Empire : 1789-1815, vol. 9, Paris, Belin, coll. « Histoire de France »,‎ 2009, 715 p. (ISBN 9782701133669)
  • François Furet et Denis Richet, La Révolution française, Paris, Fayard,‎ 1973
  • Jacques Godechot, La Révolution française : chronologie commentée, suivie de notices biographiques sur les personnages cités, Paris, Perrin,‎ 1988
  • Georges Lefebvre, La Révolution française, Paris, PUF,‎ 1989
  • Jean-Clément Martin, La Révolution française, Paris, Le Seuil,‎ 1996
  • Jean-Clément Martin, La Révolution française, Le Cavalier Bleu, coll. « Idées reçues »,‎ 2008 (ISBN 2846701873)
  • Albert Mathiez, La Révolution française, Paris, Bartillat,‎ 2012, 658 p. (ISBN 978-2841005079)
  • Philippe Pichot-Bravard, La Révolution française, Versailles, Via Romana, 2014, 293 p.
  • Jean-Marc Schiappa, La Révolution française, 1789-1799, Paris, Librio,‎ 2005
  • Albert Soboul, Histoire de la Révolution française, Paris, Gallimard,‎ 1962
  • Valère Staraselski, Une histoire française - Paris - janvier 1789, Le cherche midi, 2006 (ISBN 978-2-7491-0811-7) et L'Adieu aux Rois - Paris - janvier 1794, Le cherche midi, 2006 (ISBN 978-2-7491-3291-4)
  • Michel Vovelle, La Révolution française expliquée à ma petite-fille, Paris, Le Seuil,‎ 2006 (ISBN 2020812452)

Instruments de travail[modifier | modifier le code]

  • Atlas de la Révolution française, EHESS
  • Marc Bouloiseau, La République jacobine (10 août 1792-9 thermidor an II), Paris, Le Seuil,‎ 1972
  • Roger Dupuy, La République jacobine. Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire, t. 2, Paris, Le Seuil, coll. « Nouvelle histoire de la France contemporaine »,‎ 1972
  • François Furet et Mona Ozouf (dir.), Dictionnaire critique de la Révolution française, Paris,‎ 1988
    édition poche avec compléments, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1992
  • François Furet, La Révolution française, t. 1, Paris, Hachette,‎ 1988, 544 p.
  • François Furet, Histoire de France, t. III : La Révolution, Hachette,‎ 1989
  • Jacques Godechot, Les Révolutions, Paris, PUF, coll. « Nouvelle Clio »,‎ 1986
  • Claude Manceron et Anne Manceron, La Révolution française : dictionnaire biographique, Paris, Renaudot,‎ 1989
  • Michel Perronnet, Les 50 mots-clés de la Révolution française, Toulouse, Privat,‎ 2005
  • Albert Soboul (dir.), Jean-René Suratteau et François Gendron, Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF, coll. « Quadrige » (réimpr. 2005) (1re éd. 1989)
  • Jean Tulard, Jean-François Fayard et Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de la Révolution française. 1789-1799, éd. Robert Laffont, coll. « Bouquins », Paris, 1987, 1998 [détail de l’édition]
  • Michel Vovelle, Nouvelle histoire de la France contemporaine, t. 1 : La Chute de la monarchie, Paris, Le Seuil,‎ 1972
  • Georges Walter, Répertoire de l’histoire de la Révolution française, travaux publiés de 1800 à 1940, t. I : Personnes, Paris,‎ 1941 - 1945
  • Georges Walter, Répertoire de l’histoire de la Révolution française, travaux publiés de 1800 à 1940, t. II : Lieux, Paris,‎ 1941 - 1945
  • Denis Woronoff, Nouvelle histoire de la France contemporaine, t. 3 : La République bourgeoise de Thermidor à Brumaire, Paris, Le Seuil,‎ 1972

Grandes problématiques[modifier | modifier le code]

  • Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, vol. 2, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 1979
    2 volumes
  • Jean Jaurès (préf. Madeleine Rébérioux), Histoire socialiste de la Révolution française, Paris, Éditions Sociales,‎ 1968
    5 volumes
  • Daniel Guérin, La lutte des classes sous la première République, 1792-1797, Paris,‎ 1946
    2 volumes
  • Jean-Pierre Jessenne, Histoire de la France : Révolution et Empire, Paris,‎ 1993
  • Jean-Clément Martin, La Révolution française, une histoire sociopolitique [« La France en Révolution »], Paris,‎ 2004 (1re éd. 1990)
  • Albert Mathiez, Contributions à l'histoire religieuse de la Révolution française, Paris,‎ 1907 Albert Mathiez, Contributions à l'histoire religieuse de la Révolution française, Paris, 1907.
  • Albert Mathiez, La vie chère et le mouvement social sous la terreur, Paris, Armand Colin,‎ 1927
  • Michel Biard et Pascal Dupuy, La Révolution française : Dynamiques, influences, débats, Paris,‎ 2004
  • Frédéric Bluche, Stéphane Rials et Jean Tulard, La Révolution française, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? »,‎ 2004
  • Aimé Césaire, Toussaint-Louverture : La révolution française et le problème colonial, Paris,‎ 1961
  • Yves Benot, La Révolution française et la fin des colonies 1789-1794, Paris, La Découverte,‎ 2004
  • Raymonde Monnier (dir.), Révoltes et révolutions en Europe et aux Amériques de 1773 à 1802, Paris, Ellipses,‎ 2004
  • Anne Jollet (dir.), « Des révoltes de l'Europe au temps de la Révolution française 1773 à 1802 », Cahiers d'Histoire, revue d'histoire critique, no 94-95,‎ janvier-mars 2005
  • Jacques Godechot, La grande Nation, Paris, Aubier-Montaigne,‎ 1983
  • Monique Cubells (dir.), La révolution française : la guerre et la frontière, Paris, Éditions du CTHS,‎ 2000
  • Hervé Leuwers, La Révolution française et l'Empire, Paris, PUF, coll. « Licence Histoire »,‎ 2011 (ISBN 978-2130568520)
  • Claire Fredj, La France au XIXe siècle, Paris, PUF, coll. « Licence Histoire »,‎ 2009, 256 p. (ISBN 978-2130570271)
  • Pol-Erwan Le Tannou, Guerre et Génocide de Vendée, Brest, Stellamaris, 2014
  • Patrice Gueniffey, Histoires de la Révolution et de l'Empire, Paris, Perrin, coll. « Tempus »,‎ 2011 (ISBN 978-2262033330)

Aspects historiographiques[modifier | modifier le code]

  • François Furet, Penser la Révolution française, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire »,‎ 1978 (réimpr. 1985) (1re éd. 1978)
  • François Furet, Mona Ozouf et al., Dictionnaire critique de la Révolution française, t. 5 : Interprètes et historiens, Paris, Flammarion, coll. « Champs »,‎ 2007
  • Jean-Clément Martin, Violence et Révolution. Essai sur la naissance d'un mythe national, Paris, Le Seuil,‎ 2006 (ISBN 2020438429)
  • Jean-Clément Martin, La Révolution française, historiographie dans l’Encyclopédie Universalis.
  • Albert Soboul, Comprendre la Révolution française, Paris,‎ 1981
    recueil d’articles
  • Olivier Bétourné et Aglaïa I. Hartig, Penser l’histoire de la Révolution française, deux siècles de passion française, Paris, La Découverte,‎ 1989
    Une lecture critique des écrits de François Furet et une étude des travaux marquants sur la Révolution
  • Jacques Godechot, Un jury pour la Révolution, Paris, Robert Laffont,‎ 1974
    L'auteur analyse les ouvrages de quatorze écrivains, formant ce jury, traitant de la Révolution française. Il s'agit de : Alphonse de Lamartine, Thomas Carlyle, François-Auguste Mignet, Adolphe Thiers, Jules Michelet, Edgar Quinet, Alexis de Tocqueville, Louis Blanc, Heinrich von Sybel, Hippolyte Taine, Alphonse Aulard, Jean Jaurès, Albert Mathiez et Georges Lefebvre
  • Alice Gérard, La Révolution française, mythes et interprétations, 1789-1970, Paris, Flammarion, coll. « Questions d'histoire »,‎ 1970
    Somme historiographique en 140 pages
  • Jacques Solé, La révolution en questions, Paris, Le Seuil, coll. « Points »,‎ 1988
  • Alfred Fierro, Historiographie de la Révolution française, in « Jean Tulard, Jean-François Fayard et Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de la Révolution française. 1789-1799 », (opus citatum).
  • Guy Antonetti, Histoire contemporaine politique et sociale,‎ 1999, 8e éd., chap. 1, 2
    Une bonne introduction avec des sources commentées
  • Yves Benot, « Dans le miroir truqué des historiens » in La Révolution française et la fin des coloniesop. cit. Chapitre consacré à l'occultation de la question coloniale par les historiens de la Révolution française.

La Révolution et les arts[modifier | modifier le code]

  • François Souchal, Le vandalisme de la Révolution, Paris, Nouvelles Éditions Latines,‎ 1993
  • Philippe Bourdin et Gérard Loubinoux, Les Arts de la scène & La Révolution française, Clermont-Ferrand, Vizille, Presse Universitaire Blaise-Pascal, Musée de la Révolution française de Vizille,‎ 2003
  • Alessandro Di Profio, La Révolution des Bouffons : l'opéra italien au Théâtre de Monsieur (1789-1792), Paris, CNRS Éditions,‎ 2003
  • La Révolution par l'écriture, les Tableaux de la Révolution française une entreprise éditoriale d'information (1791-1817), Clermont-Ferrand, Vizille, Presse Universitaire Blaise-Pascal, musée de la Révolution française de Vizille,‎ 2005 (ISBN 2-7118-4928-7)

La Révolution et les sciences[modifier | modifier le code]

  • Guy Barthélémy, Les savants sous la Révolution, Éditions Cénomane,‎ 1988
  • Nicole Dhombres, Les savants en Révolution. 1788-1789, Éditions Calmann-Lévy,‎ 1989
  • Frédéric Lenormand, Les savants de la Révolution, Éditions Milan,‎ 2006

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Articles généraux[modifier | modifier le code]

Listes[modifier | modifier le code]


Liens externes[modifier | modifier le code]