Réting Rinpoché

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Reting Rinpoché)
Aller à : navigation, rechercher
Reting Rinpoche (1938-39)

Reting Rinpoché (tibétain : རྭ་སྒྲེང་རིན་པོ་ཆེ ; wylie : rwa-sgreng rin-po-che, pinyin tibétain : Razheng) est le titre du lama principal du monastère de Reting, ancien siège de l’école kadampa devenu monastère gelugpa, situé au Tibet central, dans la vallée Reting Tsampo au nord de Lhassa. La fonction se transmet par réincarnation. Les Reting Rinpoché ont parfois aidé à reconnaître le nouveau dalaï-lama. Ce fut le cas du 5e, et c’est peut-être la raison pour laquelle les autorités chinoises ont voulu désigner elles-mêmes le 7e Reting Rinpoché[1].

Le 1er Reting Rinpoché, Jigten Ngawang Chokten, fut l'enseignant en lettres classiques du 7e dalaï-lama ; le 4e Reting, Ngawang Lobsang, fut l'enseignant en lettres classiques du 9e panchen lama.

Le 5e Réting Rinpoché[modifier | modifier le code]

Reting Rinpoche (1938-39)
Article détaillé : Jamphel Yeshe Gyaltsen.

Thupten Jampel Tishey Gyantsen (1911-1947), habituellement appelé Gyaltsap (Gyetsap) Rinpoché, est né à Dagpo de parents de condition modeste. Dès son jeune âge, il montra des signes de sagesse et fut identifié comme étant la 5e incarnation de Réting Rinpoché[2]. Il étudia au monastère de Séra, dont il obtint le diplôme de guéshé[3].

En 1934, un an après la mort du 13e dalaï-lama, il fut nommé régent et fut chargé du gouvernement du Tibet[4]. La même année, il ordonna l'arrestation de Lungshar, ancien commandant en chef de l'armée et ancien responsable du ministère des finances sous le 13e dalaï-lama, qui était accusé de conspirer pour renverser le Kashag et projetait d'assassiner le ministre Trimön[5]. L'ancien dignitaire fut condamné à l'énucléation et à la prison à vie.

En 1934, Réting Rinpoché autorisa les membres de la mission chinoise de condoléances à établir à Lhassa un bureau de la commission des affaires mongoles et tibétaines puis à installer une station de radio permanente[6],[7].

En 1935, il se rendit en compagnie de différents dignitaires sur les rives du lac sacré de Lhamo-Latso, le lac des visions, non loin du monastère Chokhorgyal, à la recherche des signes de la réincarnation du dalaï-lama[8]. Il fut à l'origine de la découverte et du choix du 14e dalaï-lama, dont il fut le premier précepteur.

En 1936, il exprima par deux fois le désir de démissionner de sa fonction de régent. On le persuada de rester en fonctions, en l’assurant qu’on ne discuterait pas ses ordres[8].

Lors de l'installation du jeune dalaï-lama, âgé de cinq ans, au palais du Potala, le 22 février 1940, le régent, qui en était le premier précepteur, se tint autour de l'enfant, ainsi que Taktra Rinpoché, le second précepteur[9].

En février 1941, après avoir passé un accord avec Taktra pour lui laisser la place pendant deux ou trois ans[10], Réting Rinpoché démissionna et se retira au monastère de Réting[11].

Selon Kashopa, en 1944, les factions monacales et laïques de l'ancien régent Reting Rinpoché lancèrent des rumeurs dans les trois monastères principaux, Séra, Drepung et Ganden, accusant de conceptions hostiles à la religion bouddhiste du Tibet l'école britannique ouverte cette année par son successeur, le régent Taktra Rinpoché[12].

En 1947, Réting Rinpoché se retrouva accusé de conspiration et de tentative d’assassinat contre Taktra Rinpoché[13]. Il fut enfermé le 18 avril 1947 dans la prison de Sharchen Chog à Lhassa où il mourut le 8 mai[14].

Selon certaines sources[15], sa mort ne serait pas naturelle. Des rumeurs d’empoisonnement ou d’émasculation se sont répandues[16].

En 1947, lors de la répression gouvernementale contre les partisans de Reting, le monastère de Séra fut bombardé par l'armée tibétaine et pris d’assaut, ce qui coûta la vie à 200 moines. Les bâtiments furent entièrement pillés par les soldats, si bien que pendant des semaines des objets précieux réapparurent dans les boutiques de Lhassa[17].,[18],[19],[20]. De même, le monastère de Réting, l'un des plus anciens (XIe siècle) et des plus beaux du Tibet, fut saccagé et pillé par les soldats envoyés par le gouvernement tibétain. À l'instar du temple de Tengyeling trente ans auparavant, tous les bâtiments furent détruits[21],[22].

Pendant son inter-règne, Réting Rinpoché fit bâtir le gros-œuvre du stupa du 13e dalaï-lama[23].

Le 6e Reting Rinpoché[modifier | modifier le code]

Tenzin Jigme (1948-1997), né à Lhassa, fut identifié par le gouvernement chinois comme réincarnation du 5e Reting Rinpoché en 1951. Il fut intronisé au monastère de Reting en 1955. Il fut le premier personnage religieux tibétain à occuper un poste au Comité du Tibet de l'Association des bouddhistes de Chine en 1956, à l'âge de 8 ans[24]. Il fut persécuté pendant la révolution culturelle (1966-1976), où il subit des séances de « dénonciation publique » et fut emprisonné pendant un an. Réhabilité à la fin des années 1970, il fut nommé à divers postes officiels[25]. Comme le 10e Panchen Lama, il se maria et mena une vie laïque. Il est décédé le 13 février 1997[24],[26]. Il n'est pas reconnu par tout le monde comme étant la vraie réincarnation du 5e Reting Rinpoché [27].

Controverse concernant le 7e Reting Rinpoché[modifier | modifier le code]

Après le décès du 6e Reting Rinpoché, le gouvernement chinois sélectionna une vingtaine d'enfants et choisit Soinam Puncog (Sonam Phuntsok en tibétain), né dans la région de Lhari le 13 juillet 1997[24]. Il fut reconnu comme étant le 7e Reting Rinpoché par les autorités chinoises en 2000, juste après la fuite du 17e Karmapa, Orgyen Trinley Dorje. Pékin semble vouloir l'utiliser pour la reconnaissance du futur dalaï-lama, tout comme le 5e Reting Rinpoché avait participé à la reconnaissance de l'actuel dalaï-lama. « La Chine s'efforce par tous les moyens possibles d'accroître son contrôle sur les activités religieuses au Tibet et notamment sur les réincarnations », commente à ce propos Richard Oppenheimer, du Tibet Information Network (Londres)[26].

À Dharamsala, en Inde, le gouvernement tibétain en exil a indiqué en 2000 que Reting Rinpoché ne s'était pas encore réincarné[28]. Selon Tashi Wangdi, ministre des affaires religieuses et culturelles, « Le système de réincarnation est unique au bouddhisme tibétain et il y a une procédure établie qui n'a pas été suivie dans ce cas ». Il a ajouté qu'il s'agissait d'une « nomination politique », et expliqué que « Si quelqu'un est nommé politiquement, il n'aura aucune influence sur le peuple car celui-ci ne l'acceptera pas. C'est un exercice inutile. Le choix d'une réincarnation doit être fait avec l'approbation finale des lamas de haut rang, et dans le cas d'importants lamas tels que celui-là, par Sa Sainteté le Dalaï Lama »[29].

En mai 2000, 8 moines du monastère de Reting qui avaient protesté contre la sélection du 7e Reting Rinpoché, avaient été arrêtés et mis en détention par les autorités chinoises[25].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Control of Tibet a Question of Faith, World Tibet News, 19 janvier 2000.
  2. (en) The Fifth Reting Hutuktu Thubden Jampal Yeshe Tenpai Gyaltsen (1912-1947), sur le site HH RETING HUTUKTU : « Already when he was at a very young age, Gyalwa Thudben Gyatso [...] [i.e. the 13th Dalai Lama] had ascertained and resolved that he was the Tulku of the previous incarnation Ngawang Lobsang Yeshe Tenpai Gyaltsen [...] and installed him on the throne of his seat. »
  3. The Fifth Reting Hutuktu Thubden Jampal Yeshe Tenpai Gyaltsen (1912-1947) : « Then he entered the Serje [...] Monastic College, where he brought his studies and contemplation of the textual tradition of the five groupings of the word of the Buddha [...] to full completion and was awarded the title of Lharampa Geshe. »
  4. The Fifth Reting Hutuktu Thubden Jampal Yeshe Tenpai Gyaltsen (1912-1947) : « At the age of 23, in the Wood-Dog year of the 16th cycle, which is the Western year 1934, he became the acting regent of the Kashag [...] government and was in charge of the administration of Tibet for seven years. »
  5. Claude Arpi, Tibet : le pays sacrifié (Livre numérique Google), Bouquineo, p. 165 : « L'un des conspirateurs, Rimshi Kashopa, rapporta ces plans au kalon Trimon, ministre du cabinet, qui en informa le régent. Celui-ci ordonna l'arrestation immédiate de Lungshar. La résidence de Lungshar fut perquisitionnée et des documents compromettants furent trouvés sur place. Il fut également prouvé qu'il avait prévu d'assassiner le kalon Trimon. »
  6. (en) Xiong Ji, Radreng the regent, in Tibet Studies 199001, China Tibet Information Centre, 2005-07-04 : « In April of 1934 the Kuomintang government sent a mission headed by Huang Musong to Tibet to pay homage to the Thirteenth Dalai Lama's memory. Arriving in Lhasa in August, the Huang mission was accorded a warm welcome. Talks between the central government emissary and the Tibetan representative resulted in the decision of establishing a Lhasa office under the Commission for Mongolian and Tibetan Affairs. »
  7. Thomas Laird, avec le Dalaï-Lama, Christophe Mercier Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, de, Plon, 2007, (ISBN 2259198910), p. 293
  8. a et b (en) Thupten Jampel Yishey Gyantsen, sur le site The Tibet Album. British photography in Central Tibet 1920-1950, Pitt Rivers Museum.
  9. Roland Barraux, Histoire des Dalaï Lamas, Albin Michel, 2002, 402 p., p. 315.
  10. Xiong Ji, Radreng the Reting, op. cit. : « At last a decision was made to appoint Tadrag the regent and the chief sutra instructor for the Fourteenth Dalai Lama. When the chief deputies went to have an interview with Tadrag and ask him to take over the post of regent, he expressed that he was so old that he would be in the position as the regent only for two or three years and then return the power to Radreng. This decision of the National Assembly was written down on an official document. »
  11. The Fifth Reting Hutuktu Thubden Jampal Yeshe Tenpai Gyaltsen (1912-1947)] : « At the age of 30, in the Iron-Snake year of the 16th cycle, which is the Western year 1941, on the first day of the first Tibetan lunar month he took leave as acting regent and stayed in retreat at Reting Monastery. »
  12. Claude Arpi, Long and dark shall be the night : the Karma of Tibet, Éditions Auroville Press, Auroville, 2002.[réf. incomplète]
  13. (en) The New York Times: nytimes.com: The Dragon in the Land of Snows: A History of Modern Tibet Since 1947 by Tsering Shakya (Tibet and its Neighbours).
  14. (en) Reting monastery (1950), sur le site The Tibet Album. British photography in Central Tibet 1920-1950, Pitt Rivers Museum.
  15. (en) Notice biographique de Lungshar Kusho, père de Lungshar Orgyen Namdol ; Biographie du 5e Reting Rinpoche.
  16. Gilles Van Grasdorff (en collaboration avec Edgar Tag), Panchen Lama, otage de Pékin, préface de Louis de Broissia et Claude Huriet, Ramsay, 1999, (ISBN 2-84114-283-3) (au sujet de Gendhun Choekyi Nyima).
  17. (en) Heinrich Harrer, Seven Years in Tibet, translated from the German by Richard Graves; with an introduction by Peter Fleming; foreword by the Dalai Lama, E. P. Dutton, 1954, (ISBN 0874778883) : « It was not until the government bombarded the town and monastery of Sera with howitzers and knocked down a few houses that the resistance ceased.(...) The monastery was thoroughly ransacked by the soldiers, and for many weeks afterward gold cups, brocades, and other valuable objects kept turning up in the bazaars ».
  18. (en) Sanderson Beck, Tibet, Nepal, and Ceylon 1800-1950 : « The Tibetan army attacked the Che College again on April 27 and took it over, killing about two hundred monks while 15 soldiers died ».
  19. (en) Dagzha Comes to Power and the Razheng Event.
  20. (en) The Shadow of the Dalai Lama – Part II – 16. Tactics, Strategies, Forgeries, Illusions : « at least 200 monks from the Drepung monastery who wanted to free Reting Rinpoche from prison were killed by the machineguns of the Tibetan army. »
  21. Gyeten Namgyal, A Tailor's Tale. As Recounted by Gyeten Namgyal to Kim Yeshi, extrait dans The Fifth Reting Hutuktu Thubden Jampal Yeshe Tenpai Gyaltsen (1912-1947), op. cit. : « Soldiers were sent in, Reting was looted and all the buildings destroyed, just the way Tengyeling had been thirty years before. »
  22. (en) The Dalai Lama, Freedom in Exile. The autobiography of His Holiness the Dalai Lama of Tibet, London, Abacus, 1990 : « Had I intervened in some way, it is possible that the destruction of Reting monastery, one of the oldest and most beautiful in Tibet, might have been prevented. »
  23. The Fifth Reting Hutuktu Thubden Jampal Yeshe Tenpai Gyaltsen (1912-1947) : « During that time he constructed both the base and the main structure of the wish-granting auspicious golden memorial stupa [...] of the 13th Dalai Lama Thubden Gyatso [...]. »
  24. a, b et c P. Christiaan Klieger, Tibet, self, and the Tibetan diaspora: voices of difference ; PIATS 2000, International Association for Tibetan Studies. Seminar.
  25. a et b (en) Reting monks detained following protest over reincarnation (TIN).
  26. a et b (en) tibet.ca: Beijing Discovers Another "Living Buddha" (AFP).
  27. Site officiel du 6e Reting Rinpoché
  28. (en) China's Lama not true reincarnation, say exile Tibetans (AP).
  29. (en) Tibetans denounce China's ordainment of two-year-old "living Buddha"(AFP).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :