Renouée du Japon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La Renouée du Japon ou Renouée à feuilles pointues (Reynoutria japonica aussi nommée Fallopia japonica ou encore Polygonum cuspidatum ) est une espèce de plante herbacée vivace de la famille des Polygonaceae originaire d’Asie orientale, naturalisée en Europe dans une grande diversité de milieux humides[1].

Cette plante herbacée très vigoureuse est originaire de Chine, de Corée, du Japon et de la Sibérie[2]. Elle est cultivée en Asie où elle est réputée pour ses propriétés médicinales. Naturalisée en Europe et en Amérique, elle y est devenue l'une des principales espèces invasives ; elle est d'ailleurs inscrite à la liste de l'Union internationale pour la conservation de la nature des 100 espèces les plus préoccupantes[3].

Synonymes[modifier | modifier le code]

  • Reynoutria japonica Houtt. 1777 = Fallopia japonica var. japonica
  • Polygonum cuspidatum Sieb. & Zucc.
    C'est le terme généralement employé par les biologistes et chimistes (surtout s'ils sont asiatiques)
    • Polygonum cuspidatum var. compactum (Hook f.) Bailey = Fallopia japonica var. compacta
  • Polygonum zuccarinii Small
  • Pleuropterus cuspidatus (Sieb. & Zucc.) Moldenke
  • Pleuropterus zuccarinii (Small) Small

Historique[modifier | modifier le code]

Déjà introduite au Moyen Âge par la route de la soie comme fourragère[4], elle sera réintroduite par Philipp Franz von Siebold, médecin officier de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales en poste à Nagasaki entre 1823 et 1829. Il l'introduira dans son jardin d'acclimatation en 1825, à Leyde en tant que plante ornementale, mellifère et fourragère. Son apparition en France fut constatée pour la première fois en 1939[5].

Description[modifier | modifier le code]

Jeune pousse issue d'un rhizome
Coupe longitudinale d'une jeune tige

Cette grande plante vigoureuse a des tiges creuses érigées, rougeâtres, semblables à des cannes de bambou, de 1 à 3 m de haut. Sa croissance peut être de 1 à 8 cm par jour d’après Brock[6], elle peut donc atteindre sa hauteur maximale de 4 mètres en 2 mois au printemps.

C'est une plante géophyte à rhizome/hémicryptophyte érigée : les tiges aériennes meurent l’hiver et seuls persistent des bourgeons souterrains et/ou au raz du sol.

Les feuilles inférieures largement ovales-triangulaires atteignent 15-20 cm de long et sont brusquement tronquées à la base. Elles sont alternes.

Les petites fleurs blanches apparaissant en septembre-octobre sont disposées en panicules à l'aisselle des feuilles (au niveau de l'ochréa). Elles comportent 5 tépales persistantes, 8 étamines et 3 styles. Le fruit est un akène de 2-4 mm de long. Pollinisées par les insectes, les fleurs fournissent une source intéressante de nectar à une époque de l’année où les fleurs se font très rares. En France, les graines sont peu fertiles et la reproduction se fait surtout par multiplication végétative par l’intermédiaire de longs rhizomes, de fragments de rhizomes dispersés ou de boutures de tiges.

La plante est considérée par Beerling et collaborateurs[7] comme gynodioïque : elle comporte des individus mâles-stériles et des individus hermaphrodites. Aucun individu mâle-fertile n'est connu en Grande-Bretagne pour la var. japonica.

Pour Lambinon et collaborateurs[8], les fleurs de cette renouée (observées en Belgique et nord de la France) « en apparence hermaphrodites dans le jeune âge, se comportent comme unisexuées - et les individus comme dioïques- : les fleurs dites femelles (ou mieux « mâles-stériles ») montrent de petites anthères restant incluses dans le périgone et des stigmates bien développées, tandis que les fleurs dites mâles (ou mieux « mâles-fertiles ») ont leurs anthères exsertes et productrices de pollen. Chaque colonie, s'étendant par voie végétative, est normalement formées d'individus semblables entre eux ».

Fleurs mâles
Fleurs femelles, fruits

La renouée du Japon affectionne les zones alluviales et les rives des cours d’eau où l’humidité et la richesse nutritive du substrat lui permettent d’avoir une croissance optimale, conduisant à des peuplements monospécifiques[9]. Elle peut former de larges fourrés denses. On la trouve aussi dans les milieux rudéralisés (bords des routes, alentours des jardins, terrains abandonnés). Plante pionnière acidocline à neutrocline, colonisant les pentes de volcans dans son aire d'origine (code EUNIS : H6), et les monticules de cendres issues des centrales thermiques à charbon dans son aire d'introduction, elle tolère pratiquement tout type de sol. Elle est largement répandue en Europe occidentale et centrale. Elle a colonisé l’ensemble de la France.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

La plupart des graines issues d'individus hybrides ne sont pas viables et le mode essentiel de dissémination des renouées du Japon est végétatif.

  • Habitat et répartition :
    • Habitat type : friches et lisières vivaces médioeuropéennes, eutrophiles, mésohydriques à mésohygrophiles
    • Aire de répartition : introduit (Asie orient.)

données d'après : Julve, Ph., 1998 ff. - Baseflor. Index botanique, écologique et chorologique de la flore de France. Version : 23 avril 2004.

Caractères indicateurs[modifier | modifier le code]

L'envahissement par la renouée du Japon et ses hybrides indique qu'une pollution des sols en métaux, surtout l'aluminium, a peut-être eu lieu ou est en cours. Par conséquent la plante en elle-même est moins inquiétante pour la pérennité des écosystèmes locaux que la pollution qu'elle indique, dans la mesure où il est question d'une dégradation possiblement irréversible des sols. Dans les zones ainsi touchées, la renouée retrouve des conditions de toxicité édaphique similaire à celles de son aire de répartition. Il en va de même pour ses sous-espèces et la renouée des îles Sakhalines. Toutes sont capables de coloniser les coulées de lave récentes. Jusqu'à l'ère industrielle, l'activité volcanique était la seule source massive de dépôts d'éléments-traces métalliques et d'éléments acidifiants. Ce sont des conditions pour lesquelles les renouées sont déjà fortement adaptées contrairement à la flore native de nos régions. Dans leur nouvel habitat, toutes ces renouées colonisent couramment les accotements, les talus des autoroutes et des voies ferrées, les anciennes décharges, les rives des cours d'eau pollués aux métaux. Les transports de terre auxquelles ces zones sont sujettes, notamment le façonnage régulier et possiblement mal conduit des berges et des cours d'eau, finissent de disperser sur tout le territoire les graines, les racines et les tiges à partir desquelles la renouée peut se multiplier. Le caractère de plus en plus invasif des renouées indique une pollution des sols en métaux de plus en plus forte et généralisée. Autrement dit, la décrépitude des biotopes hôtes favorise l'extension de la renouée[4].

L'exemple illustré ci-dessous est typique : une locomotive, près d'anciennes voies ferrées, où l'abrasion continuelle des rails et des pièces d'usure, l'accumulation des résidus de combustion et de lubrifiants, l'usage excessif d'herbicides et bien sûr la contamination par la dégradation des structures et des machines elles-mêmes, ont déposé quantité de particules métalliques et autres polluant dans le sol. De tels endroits sont très susceptible d'être envahis par la renouée.

Les renouées pouvant produire quelques milliers de graines par an et par tige, elles pourraient avoir un fort potentiel de dispersion par voie de reproduction sexuée. Dans la réalité, leur importance dans la dispersion de la plante n'a jamais pu encore être démontré au contraire de la dispersion végétative. Les akènes ailés peuvent être dispersées par le vent et l'eau. Les graines ne vivraient que peu d'années dans le sol.

Utilisations[modifier | modifier le code]

  • En climat tempéré, c'est une plante produisant une grande quantité de biomasse aussi bien racinaire (16 tonnes/hectare) qu'aérienne (13 tonnes/hectare)[10].
  • En Europe, c'est une plante mellifère intéressante pour les apiculteurs car elle fleurit à la fin de l'été, à une époque où peu de fleurs subsistent. Les apiculteurs du nord-est des États-Unis en font un miel monofloral, appelé « miel de bambou » (bamboo honey), de couleur brun foncé, corsé comme le miel de sarrasin (voir Japanese knotweed (en)). Le miel est une substance très particulière et très variable, dont la composition peut être considérablement modifiée en fonction des sources alimentaires florales, animales et même fongiques, de la qualité de l'air et de l'eau utilisée. Ainsi, le miel et les autres produits apicoles peuvent concentrer les éléments traces métalliques qui sont certainement présents dans le substrat des peuplements de renouées, notamment les métaux lourds, nuisant à la qualité du miel et des autres produits, ainsi qu'à la santé des essaims (L. Leita et Al. 1996). L'invasion des espaces naturels par les renouées du Japon fait malheureusement disparaitre de nombreuses plantes à fleurs qui auraient pu produire du nectar pour de nombreux insectes pendant toute la période végétative.

Consommation en Europe[modifier | modifier le code]

Il n'est pas prudent de consommer des renouées récoltées en Europe, car la majorité des massifs s'est développée sur des sols artificiels[11]. La probabilité que ces sols soient pollués et que la végétation qui se développe dessus soit impropre à la consommation humaine, est donc très importante : il faut être « sûr » de la station où s'effectue la cueillette.

Usages alimentaires et médicinaux au Japon[modifier | modifier le code]

(cette section est issue d'une traduction partielle de l'article de Wikipédia en japonais intitulée イタドリ)
Jeunes pousses de F. japonica
Les jeunes pousses sont consommées crues ou cuites. Au printemps, les jeunes pousses, semblables à celles du bambou, sont cueillies avant que la tige et les feuilles ne se séparent. On enlève l'écorce et on les mange crues. Les enfants les ramassent sur les bords des chemins et les mâchent en marchant. Elles ont un goût acide en raison de la présence d'acides organiques et en particulier d'acide oxalique qui leur donne une certaine âpreté. Leur consommation en trop grande quantité à l'état naturel peut avoir des effets néfastes sur la santé.
Un usage mieux approprié consiste à les faire bouillir puis à les passer à l'eau froide. Elles perdent ainsi leur âpreté mais aussi leur saveur agréablement acidulée.
L'hiver quand les tiges commencent à dépérir, on arrache les rhizomes et on les met à sécher. On les appelle kojôkon (虎杖 racine de canne de tigre). Elles servent dans la pharmacopée traditionnelle pour amollir les selles et faciliter l'évacuation urinaire. Les jeunes feuilles malaxées sur des éraflures qui saignent stoppent l'hémorragie et calment la douleur. D'où le nom de la plante itadori (痛取 イタドリ ôte-douleur).
Recette avec les pousses (gonpachi des préfectures de Kôchi et de Wakayama) : enlever la "peau" externe des jeunes pousses du printemps, malaxer avec du sel et faire sauter à la poële. Assaisonner avec du sucre, de la sauce soja, du saké, de l'alcool de riz mirin, de l'huile de sésame. Saupoudrer de bonite séchée râpée et servir.
Recette avec les jeunes feuilles : ébouillanter les jeunes feuilles, les passer sous l'eau froide, puis les laisser mariner une demi-journée dans de la sauce pour les nouilles relevée par quelques épices. C'est alors un légume lisse et d'un goût délicieux.
Pendant la guerre, quand il y a eu pénurie de feuilles de tabac, on a mélangé au tabac des feuilles d'itadori.
En Inde et en Asie du Sud-Est, on utilise les feuilles d'itadori surtout comme rouleau à chiquer.

Usages médicinaux en Chine[modifier | modifier le code]

Le rhizome séché et les jeunes feuilles de cette renouée (appelée 虎杖 huzhang en chinois) sont utilisés comme matière médicale en Chine. Ils sont inscrits à la Pharmacopée Chinoise (1999)[12]. Le rhizome est utilisé comme analgésique, antipyrétique, diurétique, expectorant, dans le traitement de la bronchite chronique, l’hépatite, la diarrhée, le cancer, l’hypertension, l’athérosclérose, la leucorrhée, une brûlure, une morsure de serpent[13],[14].

Composition chimique[modifier | modifier le code]

La renouée du Japon est la plante connue pour être la plus riche en resvératrol, une molécule trouvée aussi dans le vin rouge, qui n’a cessé de susciter depuis les années 1990 un intérêt toujours renouvelé de la part des biologistes et des revendeurs de compléments alimentaires[15]. Les rhizomes accumulent de 20 à 50 fois plus de resvératrol que les autres parties. Pour Bae et Pyee[16] (2004), les rhizomes contiennent environ 197 μg/g MS de resvératrol alors que les tiges n’en ont que 9 et qu’aucune trace n’a été détectée dans les feuilles. Une trentaine de constituants ont été isolés dans les rhizomes. Les composés ayant un intérêt pharmacologique peuvent être regroupés dans les cinq classes suivantes : les anthraquinones, les stilbènes, les flavonoïdes, les lignanes et les composés phénoliques[17].

Constituants du rhizome de Fallopia japonica (Polygonum cuspidatum)
Famille Composés
Anthraquinones Emodol (émodine) et ses glucosides, glucoside d’émodine-8-O-(6′-O-malonyl), physcione
Stilbènes Resvératrol, glucoside de galloyl resvératrol, picéide
Flavonoïdes Catéchine et ses dérivés, gallate de dimère procyanidol
Composés phénoliques Acide gallique, acide benzoïque

Les anthraquinones, aux doses thérapeutiques habituelles, sont des laxatifs stimulants[18]. L’émodol a aussi des propriétés oestrogéniques. Les flavonoïdes comportent quelques puissants antioxydants.

Les stilbènes comportent le resvératrol et ses dérivés, aux propriétés pharmacologiques prometteuses. Le resvératrol est présent à des doses suffisamment importantes pour permettre une extraction par l’industrie pharmaceutique[19],[20]. La quantité de constituants de la racine « de P. cuspidatum ramassé dans diverses régions de Chine varient considérablement suivant les conditions de culture, le procédé de séchage, les conditions de stockage etc. ». (Zhang et al.[17]). Ces auteurs donnent la fourchette suivante : de 6 à 29 μg/g MS de resvératrol (par chromatographie en phase inverse RP-HPLC). Par une autre méthode (chromatographie sur couche mince HPTLC), Zhao et collaborateurs (2005)[21] trouvent 1810 μg/g MS.

L’industrie chinoise traiterait actuellement 6 000 tonnes de rhizomes de F. japonica et proposerait 60 tonnes d’extraits plus ou moins purs sur le marché[22]. De nombreux compléments alimentaires riches en resvératrol sont apparus sur le marché. Ils associent en général aux polyphénols du raisin, des extraits de renouée du Japon, fournissant un resvératrol abondant et meilleur marché.

La plante serait donc une source de revenu importante dans son pays d'origine, mais elle n'y est pas invasive et ne provoque pas de dommages aux milieux naturels comme dans les régions où elle a été introduite.

Impacts de la plante hors de son aire d'origine[modifier | modifier le code]

Considérée comme une plante très décorative, elle a longtemps été introduite dans beaucoup de jardins et vendue par des jardineries. Dépourvue de prédateurs locaux et de compétiteurs, elle s'est avérée très invasive et donc défavorable à la biodiversité. D'un développement très rapide, sa progression se fait au détriment de la flore locale (comme l'angélique des estuaires, Angelica heterocarpa Lloyd, endémique de quelques estuaires), mais aussi de la diversité en vertébrés et surtout d'invertébrés (abondance totale diminuée en moyenne d’environ 40 % sur les cours d'eau inventoriés, avec un nombre de groupes d’invertébrés diminué de 20 à 30 %). Ceci expliquerait que comme d'autres plantes invasives, la renouée fasse reculer les populations d’amphibiens, reptiles, et oiseaux ainsi que de nombreux mammifères des habitats ripicoles, car ces derniers dépendent directement ou indirectement des espèces herbacées autochtones et/ou des invertébrés associés pour leur survie[23]. La renouée est fréquente sur des néo-sols et milieux dégradés et pauvres en biodiversité du fait de son mode de propagation par transport de fragments de rhizomes[9] (rivière, engins de chantier et agricoles, autres véhicules...). Il est très difficile de l'éliminer (persistance des rhizomes). Sa vigueur et la rapidité de sa propagation sont tel qu'un petit foyer peut rapidement coloniser les abords jusqu'à former des massifs de plusieurs dizaines de mètres carrés, prenant le pas sur la végétation locale basse - même bien implantée. Se développe aussi à sa suite, l'espèce de fourmis tout aussi invasive, Lasius neglectus, provenant de l'ouest de la Mer noire. Elle y trouve une nourriture abondante grâce aux nectaires à la base des feuilles de renouée. On trouve là un problème tout particulier d'hémérochorie, où deux espèces, l'une animale, l'autre végétale, concourent pour changer le biotope.

En Europe[modifier | modifier le code]

Cette ancienne locomotive à Beekbergen (Pays-Bas) est envahie par la Renouée du Japon. Il y a quelques années, ce lieu était encore sans Renouée, voir google maps.

Introduite en Europe au XIXe siècle, notamment aux Pays-Bas, comme plante ornementale des jardins, les renouées du Japon se sont naturalisées à la fin du XIXe siècle siècle mais n’ont commencé leur colonisation exponentielle qu’au milieu du XXe siècle. Elles se sont répandues sur les terrains remaniés, le long des axes routiers et des voies ferrés et surtout le long des cours d'eau posant de graves problèmes écologiques. Les activités humaines, surtout par le déplacement de terres contaminées par des rhizomes, à l’occasion de travaux de génie civil et rural, et les crues, qui arrachent ces rhizomes (ou des tiges vertes) aux berges, sont les vecteurs essentiels de dispersion de la plante. En raison de problème de fertilité, la dispersion des graines reste assez anecdotique[9].

En Belgique, cette espèce est considérée comme invasive et sa plantation est interdite en Région wallonne depuis le 1er janvier 2013[24].

En Grande-Bretagne, la loi interdit de disperser volontairement la plante et impose de l'éradiquer des terrains constructibles[25].

Il existe aussi en France une loi[9] contre les introductions, volontaires ou non, d'espèces invasives (L411-3[26]) mais elle ne s'applique pour l'instant qu'aux Jussies.

En Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

Elle a aussi été introduite en Amérique du Nord d'abord sur la côte ouest et sur la côte est des États-Unis et en 2005 les deux vagues de colonisation se sont rejoints à l'intérieur du pays. Sa progression vers le nord est jusqu'au nord du fleuve Saint-Laurent au Canada a été observée pour la première fois vers 1942 dans le quartier de Limoilou de la ville de Québec. Elle est maintenant présente à l'orée de la forêt boréale canadienne. Partout où elle s'installe, plus rien d'autre ne pousse. La province de l'Ontario lui attribue une certaine importance[27]

Les renouées du Japon bloquent les successions végétales naturelles en empêchant la régénération des autres plantes par semis ou rejets. Elles constituent donc une réelle menace pour l'équilibre biologique et physique des ruisseaux, des rivières et des ripisylves[28].

Méthodes de lutte[modifier | modifier le code]

Les méthodes de lutte associent des mesures préventives et des mesures d'élimination ou compensatoires.

Les techniques préventives regroupent toutes les mesures permettant d'éviter la dispersion volontaire ou involontaire de la plante, ou son implantation sur un site (destruction précoce de la plante avant son enracinement). Avant de s'engager dans des programmes de lutte, il est indispensable d'évaluer à quel stade d'invasion se trouve la plante[29].

Éradication mécanique[modifier | modifier le code]

La plante est très difficile à éradiquer, notamment en période végétative, car elle est capable de réparer très rapidement (en quelques jours) ses tissus endommagés[30]. S'attaquer à sa partie aérienne (tiges et feuilles) n'empêche pas la survie de la partie vivace enterrée dans le sol. De plus, les fauches peuvent favoriser la dispersion de la plante puisque les tiges coupées se bouturent très facilement. L'extraction de tous les rhizomes est fastidieuse et illusoire, car leur densité dans le sol est très importante. De plus, il suffit d'un fragment de rhizome portant un bourgeon pour régénérer la plante.

Il n'existe donc pas encore de moyens mécaniques totalement fiables pour éradiquer la plante, mais des essais sont en cours en France pour détruire la partie vivace et souterraine de la plante, notamment par un traitement par godets-cribleurs-concasseurs qui semblent efficaces pour traiter sans produits chimiques des alluvions infestées et pour détruire les rhizomes en les broyant (selon 2 essais faits en région Rhône-Alpes en 2005/2006 et 2007/2008[31]. Cependant, les matériels et engins doivent ensuite être très soigneusement nettoyés afin qu'ils ne dispersent pas de propagules[31].

Élimination chimique[modifier | modifier le code]

L'utilisation de produits chimiques est très souvent compliquée (respect de conditions strictes d'application, suivi sur plusieurs années) et parfois impossible en raison de la réglementation. Par exemple, en France, l'application d'herbicides est interdite à moins de 5 m des bords de cours d'eau[32].

Mesures compensatoires[modifier | modifier le code]

Elles regroupent toutes les mesures visant à compenser les impacts de la plante, comme les plantations, semis et fauches pluriannuelles afin de permettre à d'autres plantes de se développer. Les fauches présentent toutefois le risque de propager la plante sur d'autres sites, par l'intermédiaire de tiges coupées qui se bouturent très facilement.

Lutte biologique[modifier | modifier le code]

Dans le cadre de la lutte biologique, il a été envisagé de trouver un prédateur naturel de la renouée, dans son aire d'origine. La Grande-Bretagne a ainsi annoncé le « mardi 9 mars [2010], que des insectes seraient lâchés sur deux puis six sites, tenus secrets, avant une éventuelle généralisation[33] ». Ces insectes sont des Aphalara itadori, une petite Psyllidae elle aussi originaire du Japon, et qui, testée en laboratoire, n'a « montré aucune appétence pour les plantes indigènes du Royaume-Uni[33] ». En France, le Parc de Saint Périer à Morigny-Champigny en Essonne s'apprête à développer une nouvelle méthode encore méconnue dans l'hexagone : l'écopastoralisme, soit la lutte contre la Renouée avec l'aide de chèvres des fossés[34].

Bâchage du sol[modifier | modifier le code]

La pose d'une bâche sur le sol empêchant les tiges aériennes de pousser ne permet pas de détruire les rhizomes présents dans le sol. Des essais ont été conduits pendant plusieurs années, sans succès.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il existe un usage local du terme de « renouée du Japon » au sens large pour désigner les deux espèces Fallopia japonica et Fallopia sachalinense, et leurs hybrides (F. × bohemica). Mais au sens strict, la renouée du Japon ne représente que F. japonica. et la renouée de Sakhaline désigne F. sachalinense
  2. Flora of China
  3. Liste établie à partir de la Global Invasive Species Database, établie par le groupe Invasive Species Specialist Group (ISSG) de l'UICN [(en) lire en ligne]
  4. a et b Gérard Ducerf, L'encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales -guide de diagnostic des sols volume 2, éditions Promonature,‎ 2008, 351 p. (ISBN 2-9519258-6-7)
  5. Pelt J.M., Müller S., Dutartre A., Barbe J., « Biologie et écologie des espèces végétales proliférant en France. Synthèse bibliographique », Les études de l'Agence de l'eau, vol. 68,‎ 1997
  6. (en) Brock, J., Child, L., Waal, L., and Wade, M, The invasive nature of Fallopia japonica is enhanced by vegetative regeneration from stem tissues. Plant invasions: general aspects and special problems, Workshop held at Kostelec nad Cernymi lesy, Czech Republic,‎ 16 septembre 1993
  7. (en) D. J. Beerling, J. P. Bailey, A. P. Conolly, « Fallopia japonica (Houtt.) Ronse Decraene », Journal of Ecology, vol. 82,‎ 1994, p. 959-979
  8. J. Lambinon et al., Nouvelle flore de la Belgique, du G.-D. de Luxembourg, du nord de la France et des régions voisines, édition du Jardin botanique national de Belgique,‎ 6e éd. 2012, 1195 p. (ISBN 978-90-72619-88-4)
  9. a, b, c et d Serge Muller (coord.), Plantes invasives en France, Publications scientifiques du MNHN,‎ 2004 (réimpr. Muséum national d’Histoire naturelle), 168 p.
  10. Flore exotique envahissante
  11. (fr) Typologie des secteurs envahis par les renouées du Japon.
  12. (zh) China Pharmacopoeia Committee, Pharmacopoeia of the People’s Republic of China, Beijing: China Chemical Industry Press,‎ 1999
  13. (en) Bin Shan, Yi-Zhong Cai, John D. Brooks and Harold Corke, « Antibacterial properties of Polygonum cuspidatum roots and their major bioactive constituents », Food Chemistry, vol. 109, no 3,‎ 2008
  14. (en) Y.S. Kim, C.S. Hwang and D.H. Shin, « Volatile constituents from the leaves of Polygonum cuspidatum S. et Z. and their anti-bacterial activities », Food Microbiology, vol. 22, no 1,‎ 2005
  15. (fr) Les drogues rajeunissantes arrivent !
  16. (en) K. Bae, J. Pyee, « A New Process for Mass Production of Resveratrol (I): Analysis of Resveratrol Content and Expression Profile of a Gene Encoding Resveratrol Synthetase in Various tissues of Polygonum cuspidatum Sieb. et Zucc. », Food Engineering Progress, vol. 8, no 4,‎ 2004, p. 272-275
  17. a et b ,(en) Wenting Zhang, Ying Jia, Qinwei Huang, Qing Li, Kaishun Bi, « Simultaneous Determination of Five Major Compounds in Polygonum cuspidatum by HPLC », Chromatographia, vol. 66, no 9/10,‎ 2007
  18. Bruneton, J., Pharmacognosie - Phytochimie, plantes médicinales, 4e éd., revue et augmentée, Paris, Tec & Doc - Éditions médicales internationales,‎ 2009, 1288 p. (ISBN 978-2-7430-1188-8)
  19. (en) JENNIFER BURNS, TAKAO YOKOTA HIROSHI ASHIHARA,MICHAEL E. J. LEAN, ALAN CROZIER, « Plant Foods and Herbal Sources of Resveratrol », J. Agric. Food Chem., vol. 50,‎ 2002
  20. d'après Burns et al (réf. ci-dessus) la racine de F. japonica contient 1000 fois plus de resvératrol que le vin decépage Merlot
  21. (en) Rui-zhi Zhao, Shaojun Liu and Li-lin Zhou, « Rapid Quantitative HPTLC Analysis, on One Plate, of Emodin, Resveratrol, and Polydatin in the Chinese Herb Polygonum cuspidatum », Chromatographia, vol. 61, no 5-6,‎ 2005
  22. (en)[PDF]The wild west of resveratrol and other polyphenol supplements
  23. (en) Esther Gerber, Christine Krebs, Craig Murrell, Marco Moretti, Remy Rocklin, Urs Schaffner, « Exotic invasive knotweeds (Fallopia spp.) negatively affect native plant and invertebrate assemblages in European riparian habitats », Biological Conservation, vol. 141,‎ 2008, p. 646-654
  24. Service public de Wallonie : Circulaire relative aux plantes exotiques envahissantes
  25. Wildlife and Coubtryside Act 1981, voir wikipedia anglais
  26. article L 411-3 du code de l'environnement, issu de la loi de février 1995 relative au renforcement de la protection de l’environnement, mais en 2004 le décret d’application n’était pas paru
  27. (fr) Gouvernement canadien
  28. (fr) Les renouées du Japon au bord des rivières
  29. Boyer M., Cizabuiroz E., 2013 - De l'installation d'une plante exotique dans un écosystème à son invasion : quand et comment agir efficacement ? Exemple des renouées asiatiques
  30. Brock J. H. & Wade M.(1992): Regeneration of Japanes knotweed (Fallopia japonica) from rhizome and stems: Observation from greenhouse trials. In: Proc. 9th Intern. Symp. on the biology of weeds, Dijon, p. 85-94.
  31. a et b Mireille Boyer, Une nouvelle technique d'éradication mécanique des renouées du Japon testée avec succès au bord de l'Ain et de l'Isère. Revue Ingénieries-Eau-Agriculture-Territoires, n°57-58, op.17-31.
  32. (fr) Le Round Up Aqua est retiré de la vente depuis la fin de 2008
  33. a et b (fr) « En Grande-Bretagne, le duel à mort entre un insecte et une plante invasive venues du Japon », Le Monde du 12.03.10.
  34. [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :