Renard argenté domestiqué

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Renard argenté domestiqué

Le Renard argenté apprivoisé (vendu sous le nom "renard de Sibérie") est une forme domestiquée du morphe argenté du Renard roux. Sous l’effet d’un élevage sélectif, ces nouveaux renards sont devenus plus dociles et ont développé des traits typiquement canins.

Cet élevage expérimental, résultat de 50 années de recherche, en URSS puis en Russie, a été initié par le scientifique soviétique Dmitri Beliaïev en 1959[1]. Il se poursuit actuellement à Novosibirsk, à l’institut de cytologie et génétique, sous la supervision de Lyudmila Trut.

L'expérience initiale[modifier | modifier le code]

L’expérience avait été lancée par des scientifiques intéressés par le thème de la domestication et le processus par lequel les loups sont devenus des chiens apprivoisés et domestiqués.

Ils avaient remarqué chez les chiens adultes le maintien de traits juvéniles, à la fois morphologiques, comme des crânes plus larges que la normale par rapport à leur longueur, et comportementaux, comme les gémissements, les aboiements et les attitudes de soumission.

À une époque où le Lyssenkisme était une doctrine d’État officielle, l’engagement de Dmitri Beliaïev pour la génétique classique lui coûta son poste à la tête du département pour l’élevage des animaux à fourrure, au laboratoire central de recherche pour la fourrure d’élevage de Moscou en 1948[2]. Durant les années 50, il poursuivit ses recherches en génétique sous le couvert d’études sur la physiologie animale.

Dmitri Beliaïev pensait que le facteur sélectionné lors de la domestication n’était ni la taille ni la reproduction, mais des traits comportementaux, en particulier la propension à la domestication. Il effectua la sélection en fonction de la faible distance de fuite, c'est-à-dire la distance minimale à laquelle l’animal pouvait être approché jusqu’à ce qu’il cherche à fuir. La sélection de ce comportement imitait le processus naturel de sélection qui avait du se produire chez les ancêtres des chiens. Beliaïev pensait que la domesticabilité, plus que n’importe quel autre trait, avait certainement déterminé la capacité d’adaptation d’un animal à la vie avec les humains. Puisque le comportement prend ses racines dans la biologie, sélectionner pour l’apprivoisement et contre l’agressivité revenait à sélectionner des modifications physiologiques des systèmes qui gouvernent les hormones et la neurochimie de l’organisme. Dmitri Beliaïev décida de tester sa théorie en apprivoisant des renards, plus précisément le Renard argenté, une version plus foncée du Renard roux. Il en soumit une population à un processus d'apprivoisement qui impliquait une forte pression sélective pour une domesticabilité innée[3].

Les scientifiques russes possèdent ainsi aujourd’hui une population de renards domestiqués dont le tempérament et le comportement diffèrent fondamentalement de ceux de leurs ancêtres sauvages. On peut constater d’importants changements physiologiques et morphologiques, tels que des pelages marbrés ou tachetés. D’après de nombreux scientifiques, ces changements liés à la sélection pour la domesticabilité sont dus à une production plus faible d’adrénaline chez la nouvelle race, ce qui provoquerait des changements physiologiques en très peu de générations et génèrerait ainsi de nouvelles combinaisons génétiques, inédites chez les espèces d’origine. Ceci montre que la sélection pour la domesticabilité (c'est-à-dire la faible distance de fuite) produit des changements qui influencent également l’apparition d’autres traits typiquement canins, tels que la queue dressée et le fait d’être en chaleur deux fois plutôt qu’une seule fois par an.

Le centre de recherche a également tenté l’élevage de renards féroces pour étudier les comportements agressifs. Ces renards ont tendance à mordre les hommes et ne montrent par ailleurs aucun signe de peur.

Situation actuelle du projet de recherche[modifier | modifier le code]

Suite à la chute de l’Union Soviétique, le centre a rencontré de sérieuses difficultés financières. On comptait en 1996 sept cents renards apprivoisés, mais en l’absence de fonds pour la nourriture et les salaires ce nombre a du être réduit à 100 en 1998. La plupart des dépenses du centre sont couvertes par la vente de renards comme animaux domestiques ; cependant la situation financière reste délicate et de nouvelles sources de financement externes sont recherchées.

Un article portant sur les différences génétiques entre deux populations de renards, publié dans Current Biology[4] , décrit une expérience où, à l’aide de puces à ADN, l’expression différentielle de gènes a été étudiée dans trois groupes : des renards domestiqués, d’autres non domestiqués mais élevés dans la même ferme et des renards sauvages. Quarante gènes différaient entre les renards domestiqués et ceux non domestiqués élevés dans la même ferme, alors que 2700 gènes différaient entre ces deux groupes et les renards sauvages. Les auteurs n’ont pas analysé les implications fonctionnelles de ces différences dans l’expression des gènes.

Une autre étude publiée dans Behavior Genetics[5] présente un système de mesure du comportement du renard dont on espère qu’il sera utile pour établir une carte des LCQ (locus de caractères quantitatifs) et ainsi établir les bases génétiques des comportements dociles et agressifs chez cette espèce.

Voir également[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Lyudmila Trut, « Early Canid Domestication: The Farm-Fox Experiment », American Scientist, vol. 87, no 2,‎ 1999, p. 160 (DOI 10.1511/1999.2.160, lire en ligne)
  2. Ratliff, Evan. "Animal Domestication: Taming the Wild", "National Geographic", March 2011.
  3. (en) J. Adams, « Genetics of dog breeding », Nature Education, vol. 1, no 1,‎ 2008 (lire en ligne)
  4. (en) Julia Lindberg, Susanne Björnerfeldt, Peter Saetre, Kenth Svartberg, Birgitte Seehuus, Morten Bakken, Carles Vilà et Elena Jazin, « Selection for tameness has changed brain gene expression in silver foxes », Current Biology, vol. 15, no 22,‎ 2005, R915–6 (PMID 16303546, DOI 10.1016/j.cub.2005.11.009, lire en ligne)
  5. (en) Anna V. Kukekova, L. N. Trut, K. Chase, D. V. Shepeleva, A. V. Vladimirova, A. V. Kharlamova, I. N. Oskina, A. Stepika et S. Klebanov, « Measurement of Segregating Behaviors in Experimental Silver Fox Pedigrees », Behavior Genetics, vol. 38, no 2,‎ 2007, p. 185–94 (PMID 18030612, PMCID 2374754, DOI 10.1007/s10519-007-9180-1)

Liens externes[modifier | modifier le code]