Renée de France

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Renée de France, par Jean Clouet, Chantilly, musée Condé.

Renée de France, duchesse de Ferrare, comtesse de Gisors et dame de Montargis, née à Blois le 25 octobre 1510, morte à Montargis le 12 juin 1574 est la fille cadette de Louis XII, roi de France, et d'Anne de Bretagne.

Belle-sœur de François Ier, tante d'Henri II et grand-tante de trois rois François II, Charles IX et Henri III, elle fut mariée à l'âge de 18 ans au duc Hercule II d'Este et passa trente-deux ans de sa vie en Italie à Ferrare.

Princesse évangélique dès les années 1530, elle fut confrontée à l'hostilité de son mari pour les idées nouvelles et dut subir de violentes pressions pour l'abandon de ses opinions religieuses. Après la mort de son époux en 1559, elle s'installa en France à Montargis où elle dressa une église réformée. Elle y accueille nombre de réfugiés protestants durant les guerres de religion. Princesse éclairée de la Renaissance et femme de tempérance, elle se heurta à la misogynie des ministres protestants et s'opposa à la passion et l'intransigeance de ses coreligionnaires.

Sa fille Anne d'Este, grande dame de la cour de France fut l'épouse du duc François de Guise, chef charismatique du parti catholique au moment des guerres de religion.

De la France à l'Italie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et mariage[modifier | modifier le code]

Elle perdit sa mère à quatre ans, son père à cinq, sa sœur à quatorze ans : en effet, Claude de France, qui avait épousé en 1514 François d'Angoulême, mourut en 1524. Elle fut confiée par sa mère à Michelle de Saubonne, mais la Cour écarta celle-ci car elle défendait d'un peu trop près les intérêts de sa pupille et professait déjà des idées proches de la réforme[1]. Certains[Qui ?] affirment sans preuves que Lefèvre d'Etaples aurait présidé à sa formation intellectuelle et religieuse. D'ailleurs la jeune princesse était un peu plus âgée que les enfants royaux dont l'humaniste supervisait l'éducation vers 1525. De même il ne reste que quelques lettres de Renée à Marguerite de Valois-Angoulême, duchesse d'Alençon puis reine de Navarre. Il est difficile d'en déduire qu'à son départ pour l'Italie, Renée était proche du cercle évangélique de Meaux et de sa protectrice, sœur de François Ier .

Elle épousa le 28 mai 1528, à Paris, Hercule II d'Este (1508-1559), duc de Ferrare, de Modène et de Reggio (fils de Lucrèce Borgia), et lui apporta en dot le duché de Chartres, le comté de Gisors et le domaine de Montargis. Le tout se montait à 12 500 écus de rente, soit 25 000 livres tournois, à l'époque du mariage[2].

Cette somme était extrêmement modeste pour une princesse du sang qui aurait dû hériter du duché de Bretagne, et ce d'autant plus que la Couronne, dès 1530, avait pris du retard dans le paiement de la pension. Le contrat de mariage de ses parents, Louis XII et Anne de Bretagne spécifie clairement que le duché de Bretagne devait revenir au deuxième enfant , mâle ou femelle, donc a Renée[3][réf. insuffisante]. À ce sujet, Renée intentera, bien plus tard, un procès contre le roi Charles IX afin de récupérer son héritage de droit, mais sera déboutée[4]

Ils eurent comme enfants :

Persécutions en Italie[modifier | modifier le code]

A Ferrare, elle réunit autour d'elle une foule d'hommes doctes, dont de nombreux protestants, venus d'Italie, d'Allemagne, de France, de Genève; elle employa comme secrétaires Lyon Jamet et Clément Marot, protégea de nombreux coreligionnaires poursuivis pour leurs idées religieuses : Camillo Renato, Lodovico Domenichi, Isabelle Bressegna, etc. Elle rassembla autour d'elle, dans les années cinquante, des réfugiés venus de l'Europe entière, sans manifester pour autant le désir de structurer ce mouvement à la manière des calvinistes de Genève.

L'année-charnière de son séjour italien, celle où se déploie son engagement politique et religieux est 1536 : elle reçut au printemps Jean Calvin qui s'arrêta à Ferrare ; elle défendit avec succès un chantre arrêté pour ses propos blasphématoires au sortir de la messe, le jeudi de la Cène ; enfin elle fit libérer son secrétaire, Jean Cornillau, emprisonné pour n'avoir pas répondu à la convocation ducale. François Ier, par le biais de ses ambassadeurs à Venise Georges de Selve, évêque de Lavaur et Georges d'Armagnac, futur cardinal, intervint en sa faveur et Marguerite de Navarre relaya le bruit, que propageait Michelle de Saubonne, dame de Parthenay, sa dame de compagnie, selon lequel Hercule II cherchait à faire mourir de désespoir et de honte sa femme. Dès 1537, semble-t-il, elle commença à correspondre avec le réformateur de Genève, Jean Calvin, qui signait "Charles d'Espeville" : les derniers éditeurs des œuvres de Calvin (Droz, mars 2006) ont revu la datation de la première lettre du réformateur que l'on plaçait jusque là en 1541. Ses livres de comptes, conservés à Turin, témoignent de son engagement calviniste, et de l'achat de nombreux ouvrages réformés.

L'année 1554 représente une cassure dans cet engagement : admonestée par Matthieu Ory, grand inquisiteur de France envoyé par Henri II, emprisonnée et interrogée par le jésuite Jean Pelletier en présence de l'inquisiteur local de Ferrare, Girolamo Papino, isolée au Castello, elle accepta d'assister à la messe, de communier et de se confesser, reniant ainsi en apparence sa foi. Mais libérée, elle poursuivit son œuvre plus discrètement, à la déception de Calvin qui aurait voulu en faire "l'héroïne" du parti. La correspondance de Calvin témoigne de sa déception à l'égard de celle qui refusait ainsi de devenir la "vitrine" du parti réformé, à l'époque où sont publiés les premiers martyrologes calvinistes.

De l'Italie à la France[modifier | modifier le code]

Au milieu des guerres de religion[modifier | modifier le code]

De retour en France en septembre 1560, après la mort de son époux (3 octobre 1559), elle s'installa à Montargis. Elle y accueillit les réformés qui voulaient s'y réfugier, malgré les menaces de son gendre le duc de Guise et de la Couronne. Agrippa d'Aubigné évoqua le refuge de Montargis où lui-même fut accueilli alors qu'il était en fuite, avec son précepteur. Durant les trois premières guerres de religion, elle sut préserver Montargis grâce à d'habiles négociations avec les armées protestantes et l'armée royale commandée à partir de novembre 1567 par le duc d'Anjou, futur Henri III. Elle imposa l'idée que cette ville, située sur un axe fluvial stratégique, pouvait rester une poche de neutralité n'accueillant ni un parti ni l'autre. L'amitié qu'elle entretenait avec ses voisins les Coligny, ainsi que la proximité de sang avec la famille royale, lui permirent, malgré quelques révoltes des habitants, de conserver cette place.

Proche de son plus jeune fils, le cardinal Louis d'Este, et de sa fille aînée Anne d'Este, Renée ne manifesta pas de désaccord apparent au remariage de ladite fille, en 1566, avec le duc de Nemours ; certaines familles influentes à la Cour manifestèrent au contraire leur mécontentement, parmi lesquelles la famille du précédent époux, le duc François de Guise assassiné en 1563, et la reine de Navarre, Jeanne d'Albret, favorable au remariage d'Anne avec sa cousine Françoise de Rohan[5]. On voit donc que les relations mère-fille ne peuvent s'évaluer à l'aune des différences confessionnelles : Renée était protestante, Anne avait épousé à la suite deux fervents catholiques. Pourtant, Renée manifesta toujours la plus grande solidarité avec sa fille aînée. Au contraire, Renée critique, dans l'une de ses lettres, la reine de Navarre dont elle conteste le fanatisme, dangereux pour le pays, et immoral : elle affirme que Jeanne d'Albret se plaît à répandre des rumeurs, des mensonges, par prosélytisme religieux. Elle critique ainsi un pilier du parti protestant, manifestant son esprit d'indépendance. De la même manière, il nous reste des missives où elle critique Calvin, et en particulier toute tendance à mettre un pays à feu et à sang par conviction religieuse : on peut ranger Renée de France, semble-t-il, dans le parti des moyenneurs, c'est-à-dire de ceux qui voulaient la paix à tout prix, la concorde, au prix de quelques concessions religieuses et politiques à leurs yeux nécessaires. Les relations avec ses enfants furent contrastées durant ce séjour français : un grand amour la liait à Anne et Louis, son cadet, cardinal d'Este, qui lui aussi faisait carrière à la cour de France ; la méfiance et la déception caractérisaient ses relations épistolaires avec son fils aîné, Alphonse ; enfin elle ne semble pas avoir été très proche de ses filles cadettes, Eléonore et Lucrèce.

Une fin de vie discrète, dans la pratique réformée[modifier | modifier le code]

Présente aux noces de Henri de Navarre et de la princesse Marguerite, en 1572, son hôtel fut, semble-t-il, protégé par les gardes de son beau-fils le duc de Nemours, lors du Massacre de la Saint-Barthélemy. Silencieuse, la duchesse quitta Paris sous la protection d'une escorte royale et guisarde, sans doute, car elle est la grand-mère du duc de Guise Henri. Suivit une période de relative discrétion (épistolaire tout au moins) jusqu'à son décès, trois ans plus tard. Il semble que jusqu'à la fin, elle ait poursuivi son travail de protection des réformés, recueillant les ministres persécutés, les errants, dans son château de Montargis, jusqu'à entretenir, dit Brantôme, plusieurs centaines de réfugiés à la fois.

À la fin de sa vie, elle se préoccupa de la succession du duché de Ferrare, cherchant à persuader son fils cadet, Louis, cardinal d'Este, d'abandonner l'état ecclésiastique pour prendre la suite de son frère Alphonse II, qui mourut sans descendance. En vain. À sa demande, sa fille aînée, accourue à sa mort, la fit enterrer sans pompe dans l'enceinte du château, on ne sait où. C'est d'ailleurs Anne d'Este qui reçut Montargis que, depuis son procès avec la Couronne, réglé en 1571, Renée tenait en usufruit.

Recherches sur Renée de France[modifier | modifier le code]

Bibliographie commentée[modifier | modifier le code]

Érudits du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Initiée par les travaux de Jules Bonnet, secrétaire de la SHPF, la meilleure somme d'indications sur Renée de France reste l'ouvrage d'Emmanuel Rodocanachi, Renée de France, une protectrice de la Réforme en Italie et en France[6]. La Bibliothèque de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français (BSHPF), à Paris, conserve les notes manuscrites de cet auteur. Bartolomeo Fontana, au même moment, a publié en Italie un Renata di Francia, duchessa di Ferrara, enrichi de transcriptions de nombreux manuscrits (Rome, 1889-1899) en trois volumes. Ces deux ouvrages, précieux, ont servi de base d'étude à tous les historiens postérieurs, alors même que le premier est d'orientation protestante et le second catholique.

Historiens-biographes contemporains[modifier | modifier le code]

Une biographie agréable à lire, bien informée quoiqu'un peu sentimentaliste, est celle d'Anne Puaux, La huguenote Renée de France[7].

Historiens d'art[modifier | modifier le code]

Dans un ordre plus iconographique, l'on retrouve le portrait de Renée de France jeune par Jean Clouet, peint vers 1524 (tel qu'il se présente en exergue de cette page Wikipédia), dans Les Clouet de Catherine de Médicis, chefs d'oeuvre graphiques du musée Condé, catalogue d'exposition préparé par Alexandra Svereva[8].

État des recherches[modifier | modifier le code]

Le personnage fait l'objet de nouvelles recherches depuis quelques années. L'école anglo-saxonne, derrière Charmarie Jenkins Webb, s'est interrogée sur le sentiment religieux de la duchesse de Ferrare, la considérant comme définitivement calviniste, un calvinisme déchirant qui amenait un conflit de loyauté avec la Couronne[9].

Une thèse récente, Renée de France, duchesse de Ferrare, témoin de son temps, d'Odette Turias (Tours, 2004), a présenté l'édition des lettres de la duchesse, qui fut une princesse du sang poussée par un puissant désir de réforme, et qui, vers 1540 ou même avant, se dirige vers la religion protestante, et plus précisément vers le calvinisme. Renée de France suit néanmoins plusieurs chemins à la fois puisque sa correspondance et sa vie montrent une pratique pleine de croyances "hétéro-calviniennes" en Italie, et une "position" moyenne, entre parti protestant et catholique, durant les guerres de religion.

L'école italienne s'intéresse à la civilisation matérielle des cours ferraraises, et de la Cour de Renée de France, à travers les travaux de Rosanna Gorris Camos et Chiara Franceschini.

Pistes, problématiques et mots clés[modifier | modifier le code]

  • principes éducatifs, éléments matériels de l'éducation des princesses du sang (sources : livres de compte de la duchesse de Ferrare, Renée de France, Archives d'Etat de Turin)
  • liberté de conscience et liberté de culte ; des "nicodémites" aux "moyenneurs" (Mario Turchetti, Concordia o tolleranza?)
  • Renée de France entre Réforme italienne et Réforme française (calviniste)
  • l'émergence des martyrologes réformés ; le procès d'inquisition de 1554, ou la procédure inquisitoriale adaptée à une princesse du sang ; la place de Renée de France dans l'Histoire vue par les protestants

Documents épistolaires[modifier | modifier le code]

Renée de France dans le texte : quelques passages marquants de ses lettres...lesquelles sont principalement conservées à la Bibliothèque Nationale de France et aux Archives d'État de Modène (Italie). On retrouve à la Bibliothèque de Genève (anciennement Bibliothèque Publique et Universitaire) quelques lettres de Calvin à la duchesse, et une lettre (au moins) de Renée à Calvin.

[A son chevalier d'honneur, Antoine de Pons, juillet 1539] : "Voyant que Nostre Seigneur conduit touttes choses si tant felicement pour vous, et fera encore pour l'avenir, loué soict-il eternellement. Cant il fait plus de graces aulx siens, c'est à l'eure qui ce faut plus humilier, et le prier que nous ne perdons sa grace. Et que ce dous visage de pere begnin qui vous a montré ne tourne en fureur."

[Au même, ibid.], sur le nouveau-né d'Antoine de Pons : "Mais je vous assure qui resamble tout à fait principalement de la bouche et du manton tout comme vous. Je l'en ay baisé deulx ou trois bonne fois mais il a de plus unne douceur au visage et à ce manton si grande que chescun preant plaisir à le regarder. Y ne mine point comme faisaient les aultres, il a plicé aucune fois sa bouche qui samble qui ni entroit pas un gren de coriandre, mais c'est tant doucetement comme le petit Cagnol" [note:un petit chien]

[A Marguerite de Navarre], printemps 1536, évoquant l'inquisiteur de Ferrare qui a arrêté ses serviteurs : "N'a gardé auculne forme de justice en sa façon de proceder, n'ayant regard ne à Dieu ne au devoir, mais à l'appetit seullement de ceulx à qui il a voulu complaire. De sorte que tant que telle auctorité demourera entre mains d'ung si dengereulx homme, beaucoup de gens de bien sur qui il a la dent ne pourront vivre en paix"

[A Calvin, 21 mars 1564] : "Monsieur Calvin, je suis marrye que vous ne sçavez pas comme la moitié du monde se gouverne en ce royaulme, et les adullations, envyes qui y regnent, et jusques à exorter les simples femmellettes dire que de leurs mains elles voudroient tuer et estrangler. Ce n'est poinct la reigle que Jesus Christ et ses apostres nous ont baillee, et je le diz avec tout le grant regret de mon cueur, pour l'affection que je porte à la Religion et à ceux qui en portent le nom, dont je ne parle pas de tout mais d'une grande partye de ceux que je y congnoys".

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Geneviève-Morgane Tanguy : Les jardins secrets d'Anne de Bretagne.
  2. La valeur de la livre varia au long du siècle, le poids des monnaies aussi, mais de manière infime. La monnaie de compte, la livre tournois, valait vers 1570 trois écus d'or soleil, mais la rente de Renée n'augmenta pas en conséquence : on considéra toujours que c'était le libellé le plus favorable au roi qui devait être pris en compte. Soit, ici, la somme en écus mentionnée sur le contrat de mariage
  3. http://fr.wikisource.org/wiki/Contrat_de_mariage_entre_Anne_de_Bretagne_et_Louis_XII
  4. Procès de Renée de France, dame de Montargis, contre Charles IX, par le Bon de Girardot.
  5. Henri Pigaillem, Les Guises, Pygmalion 2012, p.211
  6. 3 vol., Paris, Paul Ollendorff, 1896. Réédité en 1 vol. chez Slatkine Reprints à Genève, 1970
  7. Paris, Hermann, 1997
  8. Somogy, éd. d'art, Paris, 2002, p. 63
  9. Royalty and Reform : the predicament of Renee de France, thèse dactylographiée, 1969