René Schwaller de Lubicz

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René Adolphe Schwaller de Lubicz
Égyptologue
Pays de naissance Drapeau de la France France
Naissance 7 décembre 1887[1]
Strasbourg, Alsace
Décès 1961
Grasse, Alpes-Maritimes
Nationalité française
Autres activités Philosophe et hermétiste

René Adolphe Schwaller de Lubicz, né le 7 décembre 1887[1] à Strasbourg et mort en 1961, est un philosophe, métaphysicien, et égyptologue français, spécialiste de la pensée hermétique et de la symbolique de l’Égypte ancienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Il est le fils d'un pharmacien alsacien d'origine suisse allemande, mais il est français du côté de sa mère, Marie Bernard. C'est le poète Oscar Wladislas de Lubicz Milosz (1877-1939) qui adoube René Schwaller au clan Bozawola, en 1919, selon un rite de la chevalerie polono-lituanienne. Il peut ainsi ajouter la marque de noblesse « de Lubicz » à son nom de naissance et porter la chevalière des ancêtres d'O.W. Milosz. Après avoir divorcé d'une première épouse, Marie Hessig, artiste peintre, dont il aura un fils, Guy Schwaller-Hessig, René Schwaller se marie en seconde noce avec Jeanne Germain, veuve du riche armateur normand, Jean Lamy. Elle prendra le pseudonyme d'Isha. Ils formeront dès 1926 un couple d'initiés qui offrira un enseignement spirituel occulte. Isha Schwaller de Lubicz publiera également des ouvrages ésotériques tels que Her Bak, Pois Chiche et Her Bak Disciple (Impr. Schindler, Le Caire, 1951, et éditions Flammarion, Paris, 1956) ou encore La Lumière du Chemin (La Colombe, Paris, 1961), etc.

Formation : chimie et hermétisme[modifier | modifier le code]

Si René Schwaller quitte très tôt sa patrie l'Alsace, dès 1905, encore sous occupation allemande, ayant achevé ses premières humanités au lycée de Strasbourg où il aura comme condisciple le futur dadaïste Jean Arp (1886-1966), c'est pour éviter l'embrigadement dans le service miliaire prussien. Il s'installe dès lors à Paris chez une tante maternelle et parfait bientôt sa formation de chimiste à l’École normale de la rue d'Ulm. Il y obtient ainsi son brevet d'ingénieur chimiste (comme indiqué sur le renouvellement de son passeport français en 1919) et peut enseigner cette matière scientifique. Entre 1907 et 1910, René Schwaller, qui a déménagé à la Villa Hiéra de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, près de Paris, participe aux cours du peintre Matisse, avant de s'attacher dès 1913 au mouvement théosophique français, dont Annie Besant parrainera les débuts, dans les nouveaux locaux aménagés dès 1912 au Square Rapp. René Schwaller sera l'un des plus fidèles rédacteurs du journal Le Théosophe (1909-1917) où il s'occupera de la rubrique des sciences expérimentales, journal dirigé alors par Liévin Revel, puis par son fils Gaston (1880-1939). En compagnie de Carlos Larronde (1888-1940) et de René Bruyès (1886-1969) entre autres, il orchestrera aussi le mouvement des Veilleurs, qui sauveront de la destruction en 1919 la Maison Balzac de Passy, dans le VIe arrondissement de Paris ; maison devenue aujourd'hui le Musée Balzac de la rue Raynouard. L'organe de presse du mouvement des Veilleurs sera le journal L'Affranchi (1917-1919). Ce dernier prendra la défense des artistes et des écrivains, juste après la Grande Guerre, sous la bannière de La Corporation des Artistes réunis en Congrès le 16 octobre 1920.

René Schwaller qui prendra bientôt le numen mysticum d'Aor plaidera pour une ascèse spirituelle en matière d'artisanat, « geste » qui se traduira par l'anonymat d'une retraite dans un phalanstère en Haute-Engadine (Suisse), entre 1922 et 1928. Ce centre de recherches qui rappellerait selon René Guénon (cf. Le Théosophisme, Éditions Véga, 1930) le Goethéanum de Rudolf Steiner à Dornach, sera surnommé « Station scientifique de Suhalia » et financé par le mécène et théosophe de Caen, Louis Allainguillaume (1878-1946). Suhalia, à plus de deux mille mètres d'altitude, sur la colline de Suvretta, près de Saint-Moritz, développera de multiples disciplines (astronomie, tissage, production de vitraux, pharmacopée homéopatique, théâtre idéaliste, jeux de rôles, tarot égyptien, etc.), mais aussi des projets d'ingénierie avec plusieurs inventions dans le domaine automobile (dont un nouveau moteur polycarburant, Magic, licence M), et d'aéronavale (avec un nouveau modèle d'hélice, brevet allemand n.13632). Sortira de cette expérience personnelle très éclectique, à la fois pratique et théorique du maître à penser, une quête du geste essentiel et des lois fondamentales qui gouvernent les forces naturelles, mais aussi une vision initiatique et utopique du surhomme dans un sens nietzschéen. Ces premiers ferments ainsi formulés d'une possible transmutation spirituelle de l'individu et la foi en cette voie de la perfectibilité humaine (par le biais de ce que le maître « Aor » nommait « le sens de l'excès »), seront explicités dans trois ouvrages controversés : L'Appel du Feu (1925) ; Adam L'Homme Rouge (1927) et La Doctrine (1928) ; l'avant dernier ouvrage ayant influencé la quête d'André Breton (1896-1966) concernant la thématique du couple, de l'amour et d'une fusion alchimique possible entre l'homme et la femme, thématique principale de l'Ars Regia.

Égyptologie et symbolique pythagoricienne[modifier | modifier le code]

S'installant par la suite à Grasse, dans les Alpes de Haute Provence dès 1932, René Schwaller reviendra à une recherche moins extérieure. Il naviguera en Méditerranée jusqu'en 1937, sur deux yachts ( Peau Brune et L'Aésios II), aux sources de la pensée hermétique des Anciens, de l'Algérie à la Grèce, en passant par une longue halte à Majorque dans le monastère où vécu l'auteur de l'Ars Brevis, Raymond Lulle (1232-1315). Il obtient bientôt pour lui et sa famille un visa pour l’Égypte du roi Farouk, juste avant la seconde guerre mondiale. En villégiature au Winter Palace de Louxor, en Haute-Égypte, René Schwaller y reste jusqu'en 1951. Grâce au Groupe de Louxor (1943-1951) qu'il anime alors par des conférences, avec les contributions respectives de ses collaborateurs, parmi eux, d'anciens égyptologues de l' I.F.A.O., tels qu' Alexandre Varille (1909-1951) ou encore Clément Robichon (1904-2002), il apporte de nouvelles notions fondamentales ayant trait aux arcanes des maîtres d’œuvre de l'Égypte antique où Pythagore vînt puiser une partie de son savoir mathématique. Il s'agira pour René Schwaller et son équipe de produire une série d'invariants cabalistiques issus des temples égyptiens dans le domaine sulfureux de l'égyptologie symboliste et cabalistique (« transparence » des colonnes aux hiéroglyphiques incurvés; réemplois symboliques des tessons; pavements illustrés de certains temples, sous la forme de mosaïques etc.) ; toutes ces découvertes étant encore sujettes à caution parmi les égyptologues contemporains[2],[3]. La prise de position par Jean Cocteau dans son Journal d'une tournée théâtrale, Maalesh (Gallimard, 1949) en faveur de l'égyptologie symboliste, contre l'égyptologie classique, couronnera d'une brève actualité, plus littéraire que scientifique, les efforts du Groupe de Louxor pour faire passer leurs idées dans le grand public.

Installé définitivement au Mas de Cougagno, près de Grasse, dès 1952 et jusqu'à sa mort, René Schwaller y tentera de parfaire, entouré de sa femme, de son gendre (Jean Lamy) et de sa belle fille (Lucie Lamy), sa quête spirituelle. Il participera dans les années 1950 aux premiers congrès de l'Association pour l’Étude Scientifique du Symbolisme, fondée à Genève par le docteur Moïse Engelson. René Schwaller ayant à nouveau rassemblé autour de lui, depuis son retour en France, quelques disciples, dont Pierre Mariel (1900 -1980) ; Mounir Hafez (1911 -1998) ; Arpag Mekitharian (1911-2004) ou encore l'ancien gardien de la Vallée des Rois, Alexandre Stoppelaere, il crée le Groupe Ta-Meri (1954 -1956). Les activités de ce dernier cénacle, faute d'audience suffisante pour l'officialiser, cesseront rapidement.

Postérité[modifier | modifier le code]

La culture profondément philosophique de René Schwaller restera marquée par la pensée des alchimistes allemands du XVe et XVIe siècle. Il ne faut pas négliger aussi sa contribution dans l'entretien du mythe de l'Adepte Fulcanelli par le biais de ses relations aujourd'hui avérées avec Julien Champagne (1877-1932) en matière d'alchimie. René Schwaller relèvera constamment dans ses écrits et ses conférences, l'influence d'une autre mentalité (celle des Anciens) qu'il faudrait pouvoir réveiller à l'orée du XXIe siècle ; mentalité plus intuitive, plus synthétique et moins discursive. C'est ce qu'il nommera toute sa vie « l'intelligence du cœur » — nouvelle forme d'intelligence entée essentiellement sur le courant de pensée traditionnelle, celui du pythagorisme primitif, cher au mouvement originel de la franc-maçonnerie. La doctrine hermétique schwallérienne (influencée également par Paracelse) sera celle dite « de l'anthropocosme » ayant pour base éducative la symbolique et ses « signatures naturelles ». Il s'agira pour René Schwaller de Lubicz d'un retour à une pensée initiatique mise sous le boisseau tout au long des siècles par une lignée d'Adeptes proches du mouvement initiatique des Templiers, pourchassés par l'épiscopat romain. L'œuvre maîtresse de René Schwaller de Lubicz demeurera Le Temple de l'Homme (3 vol., éd. Caractère, Paris, 1957) où l'auteur aura su révéler l'amplitude de sa doctrine anthropocosmique sur un plan philosophique, mais aussi par de savantes démonstrations mathématiques liées au nombre d'Or, avec la thèse d'une Égypte antique s'enracinant dans un mysticisme théocratique basé sur une géométrie sacrée.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b ou le 30 décembre 1887 selon Geneviève Dubois, Erik Sablé, auteurs de Fulcanelli dévoilé et pour ce dernier d'une biographie sur René Schwaller
  2. Roland Barthes, La querelle des égyptologues
  3. La Querelle des égyptologues, Le Figaro et Le Mercure de France, 1951

Ouvrages principaux[modifier | modifier le code]

  • Du Symbole et de la Symbolique, La Colombe, Paris, 1960.
  • Étude sur les nombres, Librairie de l'Art Indépendant, Paris 1917. Réédition, Axis Mundi, (ISBN 2905967080).
  • Jeu de tarot égyptien, Gutenberg Reprint, J.C.Bailly, Paris, 1988 (ISBN 2865540154).
  • La Doctrine, édition privée Montalia, Saint-Moritz, 1928. Réédition, Axis Mundi, (ISBN 290596703X).
  • L'Appel du Feu, Montalia, Saint-Moritz, 1926. Réédition, La Table D'émeraude, (ISBN 2914946007).
  • Le Miracle Égyptien, coll. Homo Sapiens.Flammarion, Paris, 1963. Réédition, coll. Champ, éd. Flammarion, (ISBN 2080810316).
  • Le Roi de la théocratie Pharaonique, coll. Homo Sapiens, Flammarion, 1961. Réédition Champ, éd. Flammarion, (ISBN 2082102149).
  • Dissertation sur une Stèle Pharaonique, impr. Schindler, Le Caire, 1946. Réédition coll. Mundus Imaginalis, éd. du Tricorne, Genève, 2004 (ISBN 9-782829-302770)
  • Le Temple dans l'Homme volumes, impr. Schindler, Le Caire, 1949. Réédition Dervy Livres, (ISBN 2844540856).
  • Le Temple de l'Homme, 1957, (3 vol. en coffret) Édition Caractère, Paris, 1957. Réédition Dervy Livres, (ISBN 2844540325 et 2844540335[à vérifier : ISBN invalide]).
  • Les Temples de Karnak, contribution à l'étude de la pensée pharaonique, (2 vol.) Éditions Dervy, (ISBN 2850761532).
  • Lettres à un disciple, A.M.O.R.C. Diffusion traditionnelle, (ISBN 2908353016).
  • Notes et Propos inédits, Tome 1, La Table d'Émeraude (2006), (ISBN 2914946201).
  • Notes et Propos inédits : Tome 2, La Table d'Émeraude (2007), (ISBN 2914946287).
  • Propos sur Ésotérisme et Symbole, 1960, Réédition, Dervy Livres, (ISBN 2844543308).
  • Verbe Nature, en annexe in Aor, sa Vie son Œuvre, par Isha Schwaller de Lubicz, La Colombe, Paris, 1963. Réédition Axis Mundi Paris.
  • Adam L'Homme Rouge, Montalia, Saint Moritz (1927). Réédition Slatkine (2014) Nouvelle Bibliothèque Initiatique. Contribution aux études schwallériennes (ISBN 978-2-05-102608-6)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joscelyn Godwin, « Schwaller de Lubicz, les Veilleurs et la connexion nazie », Politica Hermetica, no 5, Éditions L'Âge d'Homme, 1991, p. 101-108 ;
  • Emmanuel Dufour-Kowalski (dir.), Dossier H, Schwaller de Lubicz : L'œuvre au rouge, Éditions L'Âge d'Homme, 231 p., (ISBN 2-8251-3681-6) ;
  • Emmanuel Dufour-Kowalski, La Quête Alchimique de R.A. Schwaller de Lubicz : Conférences (1913-1956), Éditions Archè Milano Paris, 2006, 288 pages, (ISBN 8872522773)
  • Erik Sablé, La vie et l'œuvre de René Schwaller de Lubicz, Éditions Dervy, Paris, 2003 (ISBN 2-84454-173-9);
  • Isha Schwaller de Lubicz, "Aor", sa vie son œuvre, Paris, 1963.
  • André Vandenbroeck, Al-Kemi: A Memoir. Hermetic, Occult, Political and Private Aspects of R. A. Schwaller de Lubicz, New York, 1987.
  • Massimo Marra, R.A.Schwaller de Lubicz, la politica, l'esoterismo, l'egittologia, Edizione Mimesis, Italia, 2008 (ISBN 978-88-8483-644-1);
  • Aaron Cheak, The Light broken through the Prisme of Life, René Schwaller de Lubicz et le Problème Hermétique du Sel. Queensland University, Australia, 2011.

Liens externes[modifier | modifier le code]