Relations entre le Tibet et la Mongolie

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Relations entre le Tibet et la Mongolie
Drapeau du Tibet
Drapeau de la Mongolie
Tibet et Mongolie
     Tibet      Mongolie

C'est au XIIe siècle que débutent de sérieuses relations entre le Tibet et la Mongolie. Elles s’accroitront avec l'avènement de la dynastie mongole des Yuan en Chine (1271-1368), puis déclineront après le départ des Mongols vers leurs terres d'origine au Nord. C'est au XVIe siècle que les Mongols, par l'intermédiaire d'Altan Khan, renouent avec le Tibet, en invitant Sonam Gyatso, qui avait acquis un grand prestige et reçu des Mongols le titre de dalaï-lama. Rétrospectivement, les précédentes incarnations de Sonam Gyatso furent considéré comme les 2 premiers dalaï-lamas. En 1642, le 5e dalaï-lama s'emparera du pouvoir politique au Tibet avec l'aide des Mongols. Une relation politico-spirituelle originale dite de Chö-yon entre les lamas tibétains et les princes mongols se développe alors[1].

Relation politique de Sakya Pandita et Drogön Chögyal Phagpa avec l’empire mongol[modifier | modifier le code]

Après la mort de Gengis Khan en 1227, les Tibétains arrêtèrent d’envoyer leur tribut aux Mongols. En conséquence, en 1239-1240, le prince Godan, petit-fils de Gengis Khan et deuxième fils de Ögödei Khan, mena un raid dans la région de Lhassa, tuant quelque 500 moines et pillant des monastères, des villages et des villes. Deux monastères Kadampa furent détruits. Poursuivant la politique mongole de contrôle des régions soumises par l'intermédiaire de potentats locaux, et imitant les Tangoutes qui avaient établi avec les lamas tibétains des relations patron-conseiller religieux, Godan demanda à ses commandants de chercher un lama remarquable. Karma Pakshi fut envisagé, mais ce fut finalement à Sakya Pandita, lama considéré, que Godan envoya une lettre d' "invitation" et des présents.

Drogön Chögyal Phagpa (1235-1280), l’un des cinq fondateurs de sakyapa, premier lama vice-roi du Tibet

En 1244, Sakya Pandita fut convoqué par Godan et entreprit le voyage vers le camp royal avec deux de ses jeunes neveux, Drogön Chögyal Phagpa, dix ans et Chhana, six ans, qui a par la suite publié un recueil des écrits de Sakya Pandita.

En chemin, ils s'arrêtèrent à Lhassa, où Phagpa prononça ses vœux de moine bouddhiste novice devant la statue du Jowo installée au Jokhang et offerte par la princesse Wencheng, l'épouse chinoise de Songsten Gampo[2]. Sakya Pandita rejoignit en 1247 le camp de Godan à Liangzhou dans l'actuelle province de Gansu, où les troupes mongoles exterminaient les Chinois Han en les jetant dans un fleuve. Sakya Pandita, horrifié, donna des instructions religieuses, notamment que tuer un être est un des pires actes selon le Dharma du Bouddha[2]. Sakya Pandita impressionna les proches du prince par sa personnalité et ses puissants enseignements ; il aurait aussi guéri Godan d'une maladie de peau tenace. Aidé de Phagpa, il adapta l’écriture ouighour afin que les Écritures bouddhistes puissent être traduites et retranscrite en mongol qui, jusqu'à ce moment, était une langue uniquement orale[3]. En retour, l'autorité temporelle sur les 13 myriarchies [Trikor Chuksum] du Tibet Central lui fut donnée et il fut nommé vice-roi du Tibet central, les provinces tibétaines de Kham et d'Amdo étant sous le contrôle des Mongols[2].

Sakya Pandita passa 4 ans auprès du prince Godan. En 1251, juste avant sa mort, il écrivit une dernière lettre au Tibet faisant de son neveu Chogyal Phagpa son héritier : « Le Prince m'a dit que si les Tibétains, en matière de religion, aidaient les Mongols, ils recevraient en retour un soutien en matière temporelle. De cette façon, nous pourrons répandre notre religion au loin. Le Prince ne fait que commencer à comprendre notre religion. Si je reste plus longtemps, je suis sûr que je pourrai répandre la religion de Bouddha au-delà du Tibet et ainsi, aider mon pays. Le Prince me dit qu'il ne dépend que de lui de faire du bien au Tibet, et que de moi de lui faire du bien à lui. Je deviens vieux, et je ne vivrais plus très longtemps. Que cela ne vous fasse pas peur, car j'ai transmis tout ce que je sais à mon neveu, Phagpa. » Il transmit avant sa mort son autorité religieuse à Phagpa en lui donnant sa conque et son bol de mendiant[4].

Sakya Pandita mourut en 1251, à l'âge de 70 ans, au temple de la Pagode blanche (baitasi 白塔寺) de Liangzhou (Gyu-ma) où ses restes furent conservés[5]. Le prince Godan mourut peu après la même année. Après sa mort, Phagpa resta au camp de Zhibi Timur, fils de Godan. Il avait appris à parler le mongol, et cinq ans plus tard passa au service de Kubilai Khan qui lui demanda notamment de concevoir une nouvelle Écriture pour unifier l'écriture multilingue de l’Empire mongol. En réponse, Chögyal Phagpa modifia l'écriture tibétaine traditionnelle et créa une nouvelle série de caractères appelé l'Écriture Phagspa qui a ét fut achevée en 1268[2].

Ainsi commença une alliance forte et Sakya Dansa, siège du monastère de Sakya, devint la capitale du Tibet. Cette situation dura jusqu'au milieu du XIVe siècle. Pendant le règne du 14e Sakya Trizin Sonam Gylatsen, la province tibétaine Centrale de U fut prise par le myriarche Changchub Gyaltsen, marquant le « commencement de la fin de la période de pouvoir des Sakyapa au Tibet Central »[6],[4].

Rencontre entre Altan Khan et le 3e dalaï-lama[modifier | modifier le code]

Le 3e dalaï-lama, Sonam Gyatso expliqua à la délégation d'Altan Khan qu'il souhaitait rencontrer ce dernier près de la frontière mongolo-tibétaine. Altan Khan en discuta avec les dignitaires Baruun Tumen. Il fut décider que la rencontre aurait lieu à Tsavchaal dans le Kokonor, où, à la demande d'Altan Khan, fut construit le monastère de Thegchen Chonkhor où le dalaï-lama se rendit le 15 mai 1578[7].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Raphaël Liogier, A la rencontre du Dalaï-Lama, Flammarion, Paris, 2008, p. 75-78
  2. a, b, c et d Thomas Laird, Dalaï-Lama, Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, traduction Christophe Mercier, Plon, 2007, (ISBN 2-259-19891-0)
  3. Norbu, Thubten Jigme and Turnbull, Colin. Tibet: Its History, Religion and People, p. 195. Chatto & Windus (1969). Reprint: Penguin Books (1987).
  4. a et b Tsepon W.D. Shakabpa, Tibet: A Political History (1967), Yale University Press, New Haven and London, cf p. 86. et pp. 62-63
  5. Restauration de la Pagode Blanche sur epochtimes.com
  6. Penny-Dimri, Sandra. "The Lineage of His Holiness Sakya Trizin Ngawang-Kunga." The Tibet Journal, Vol. XX No. 4, Winter 1995, p. 71.
  7. (en) L. Chuluunbaatar, Political, economic and religious relations between Mongolia and Tibet, in Tibet and Her Neighbours : A History. McKay Alex (éd.), 2003, Londres, Edition Hansjörg Mayer, p. 149-155