Relations entre l'Union européenne et la Russie

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Relations entre l'Union européenne et la Russie
Drapeau de la Russie
Drapeau de l’Union européenne
Russie et Union européenne
     Russie      Union européenne

Les relations entre l'Union européenne et la Fédération de Russie sont établies en 1991 après la dissolution de l'URSS.

Tableau comparatif[modifier | modifier le code]

Drapeau de l’Union européenne Union européenne Drapeau de la Russie Fédération de Russie
Population 501 260 000 hab. 143 030 106 hab.
Superficie 4 324 782 km² 17 098 242 km²
Densité de population 116 hab./km² 8,3 hab./km²
Capitale(s) Bruxelles, Luxembourg et Strasbourg Moscou
Plus grande(s) ville(s) Londres – 7 825 200 hab. (12 300 000 aire métropolitaine)
Paris - 12 400 000 aire métropolitaine
Moscou – 11 629 116 hab.
Gouvernement Association sui generis de vingt-huit États européens République fédérale à régime présidentiel
Langue(s) officielle(s) 23 langues Russe
Religions principales 64 % christianisme, 30 % sans religion
3 % islam, 0,25 % judaïsme, 0,25 % bouddhisme
56,4 % christianisme orthodoxe, 8 à 15 % islam
9 % christianisme protestant, 2 % bouddhisme, 2 % judaïsme
PIB (nominal) $16 414 milliards $1 953 milliards
PIB (nominal) par habitant $32 904 $13 662
Dépenses militaires $286 milliards (1,7 % du PIB 2012) $116 milliards (4,4% du PIB 2012)

Relations économiques[modifier | modifier le code]

L'UE est le partenaire économique le plus important de la Russie (52,3 % de l'ensemble du commerce extérieur russe en 2008). 75 % des investissements étrangers directs (IDE) en Russie proviennent également de l'Union européenne. Elle a ainsi exporté 105 milliards d'€ de marchandises vers la Russie en 2008 et cette dernière a exporté 173,2 milliards d'€ à l'UE. 68,2 % des exportations russes vers l'UE concernent des fournitures d'énergie et de pétrole[1].

Flux commercial Biens Services IDE
UE-Russie 105 milliards d'€ 18 milliards d'€ 17 milliards d'€
Russie-UE 173,2 milliards d'€ 11,5 milliards d'€ 1 milliard d'€

La Russie a rejoint l'Organisation mondiale du commerce (OMC) le 22 août 2012 après avoir négocié avec l'Union européenne. L'UE et la Russie mettent également en œuvre des espaces communs et envisagent de remplacer le Partenariat et Accord de coopération dans le but de renforcer le commerce bilatéral[1].

Problèmes[modifier | modifier le code]

Kaliningrad[modifier | modifier le code]

L'oblast de Kaliningrad.

L'enclave russe de Kaliningrad est depuis 2004 entouré par des États membres de l'Union européenne. Par conséquent, l'oblast est isolé du reste de la fédération de Russie en raison de contrôles plus stricts aux frontières, mis en place lorsque la Pologne et la Lituanie ont rejoint l'UE (devant améliorer leurs frontières extérieures avant leur adhésion et de rejoindre l'espace Schengen). Les nouvelles difficultés pour les Russes de Kaliningrad à atteindre le reste de la Russie constituent une petite source de tension.

En juillet 2011, la Commission européenne présente des propositions visant à classer l'ensemble de Kaliningrad en tant que zone frontalière. Cela permettrait à la Pologne et la Lituanie de délivrer des visas spéciaux pour les résidents de Kaliningrad sans qu'ils aient besoin d'un visa Schengen pour gagner la Russie[2].

Énergie[modifier | modifier le code]

Les gazoducs russes vers l'Europe.

La Russie a un rôle important dans le secteur européen de l'énergie, étant le plus grand exportateur de pétrole et de gaz naturel vers l'UE. En 2007, l'UE a importé de 185 millions de tonnes de pétrole brut russes, représentant 32,6 % de ses importations totales de pétrole et 100,7 millions de tonnes de gaz naturel, soit 38,7 % des importations totales de gaz[3].

Toutefois, le conflit gazier avec l'Ukraine en 2009 fait craindre une limitation des exportations russes vers l'UE après qu'une entente ait été conclue entre l'Ukraine et l'UE le 23 mars 2009 concernant les gazoducs ukrainiens[4],[5]. Le premier ministre russe Vladimir Poutine menace en effet de revoir les relations de la Russie avec l'UE : « Si les intérêts de la Russie sont ignorés, nous allons aussi commencer à examiner les fondements de nos relations[6] ». Le ministre russe de l'énergie, Sergei Shmatko, accuse l'UE de vouloir se rapprocher de l'Ukraine, ce qui pourrait nuire aux intérêts de Moscou et le ministre russe des Affaires étrangères a qualifié l'accord d'« acte inamical[7] ».

Vols sibériens[modifier | modifier le code]

Des accords sur le retrait des taxes sur les vols européens vers la Sibérie ont été conclus.

Viande polonaise[modifier | modifier le code]

D'autres problèmes concernent une interdiction par la Russie d'importer de la viande polonaise (en raison d'allégations de mauvaise qualité et de la viande dangereuse[8]), ce qui a conduit la Pologne à faire usage de son droit de veto dans des contentieux UE-Russie sur des questions telles que l'énergie, l'immigration, le blocus pétrolier de la Lituanie, et les préoccupations de la Lettonie et la Pologne vis-à-vis du gazoduc Nord Stream. En 2007, la viande polonaise est de nouveau autorisée à être exportée vers la Russie[9].

Kosovo/Ossétie du Sud[modifier | modifier le code]

Début 2008, les divergences entre la Russie et l'Union européenne sur la question de l'indépendance de la province serbe de Kosovo se sont également exacerbées. La majorité de membres de l’Union européenne soutenaient l’indépendance de la province, alors que Moscou s'y opposait, affirmant que cette indépendance était contraire au principe de l’unité territoriale serbe et à la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies[10].

La présence de troupes russes en Géorgie à la suite du conflit d'août 2008 en Ossétie a conduit Bruxelles à geler les pourparlers sur le nouveau partenariat stratégique avec Moscou[11],[12]. Les Vingt-Sept, et en particulier le Royaume-Uni, la Pologne et les pays baltes, ont condamné « fermement » la décision du président Medvedev de reconnaître unilatéralement l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud[11],[12].

Ukraine[modifier | modifier le code]

Fin 2013, alors qu'un accord d'association doit être signé entre l'UE et l'Ukraine, la Russie essaie de faire pression sur Kiev pour le faire changer d'avis, notamment en restreignant certains produits, en revoyant les prix du gaz et en envisageant d’imposer aux citoyens ukrainiens un passeport étranger. Moscou craint en effet que cette union se fasse à son désintérêt, alors que Vladimir Poutine ambitionne en même temps un rapprochement avec les pays anciennement soviétiques. De l'avis de l'analyste politique Vladimir Fessenko : « en mettant ainsi la pression, la Russie ne fait que pousser l'Ukraine dans les bras de l'Europe »[13]. En novembre 2013, l'Ukraine décide finalement, en raison de pressions russes[14], de refuser l'accord avec l'Union européenne et de « relance[r] un dialogue actif avec Moscou »[15]. Ce revirement entraîne d'importantes manifestations pro-européennes à Kiev rassemblant au moins 100 000 personnes, l'occupation de la place Maidan et de la mairie, avec comme mot d'ordre la démission du président Viktor Ianoukovytch[16].

Le 23 février 2014, Ianoukovitch fuit en Russie et l'opposition prend le pouvoir. Débute alors une crise entre l'Ukraine et la Russie et l'occupation par des troupes pro-russes de la Crimée et des manifestations dans les villes russophones de l'est de l'Ukraine (telles que Donetsk), la Russie ne reconnaissant pas la légitimité du nouveau gouvernement ukrainien, qualifiant son accession au pouvoir de coup d'État. L'Union européenne, tout comme les États-Unis, a condamné la Russie, l'accusant d'intervenir militairement en Crimée et a ordonné la suspension immédiate des négociations de libéralisation des visas tout en évoquant la possibilité de sanctions économiques (gels d'avoirs)[17]. Le 18 mars 2014, à la suite d’un référendum tenu le 16 mars, le gouvernement russe annonce que la République de Crimée et la ville de Sébastopol, anciennement ukrainiennes, deviennent deux nouveaux sujets fédéraux de la Fédération de Russie. Le rattachement est ratifié le 20 mars 2014 par la chambre basse [18] avec 443 voix pour et une contre[19]. La chambre haute (le sénat russe) fait de même le 21 mars à l'unanimité[20].

Le 21 mars 2014, l'Ukraine signe le volet politique du Partenariat oriental avec l’Union européenne, dont le rejet par Viktor Ianoukovytch avait déclenché les manifestations d’Euromaïdan. À partir du 17 mars 2014, l'Union européenne frappe de sanctions des personnalités russes et ukrainiennes, ainsi que des entreprises ou des industries dans le cadre de la révolution ukrainienne de 2014.

Les quatre espaces communs[modifier | modifier le code]

Lorsque l'Union européenne a dévoilé sa politique européenne de voisinage (PEV), la Russie a choisi de ne pas adhérer et aspire à être un « partenaire égal » de l'UE mais souhaite coopérer dans différents domaines : un espace économique commun (suppression des frontières sur le commerce), un espace commun de liberté, de sécurité et de justice (facilitation des visas, lutte conjointe contre le terrorisme, le trafic de drogues, le blanchiment d'argent etc.), un espace commun de sécurité extérieure (multilatéralisme, non-prolifération des armes nucléaires et la non-ingérence russe dans les conflits dit « gelés » de Transnistrie, d'Ossétie du Sud, d'Abkhazie et du Haut-Karabagh, ce qui n'est en réalité pas respecté) et un espace commun de recherche, d'éducation et de la culture (programme TEMPUS) ont été conclus. La Russie est également signataire du protocole de Kyoto.

Adhésion de la Russie à l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Article connexe : Conseil OTAN-Russie.
Le président russe Dmitri Medvedev lors du sommet UE/Russie qui s'est tenu à Bruxelles le 7 décembre 2010.

Parmi les partisans les plus fervents de l'adhésion russe à l'UE, on peut citer l'ancien président du Conseil italien Silvio Berlusconi. Dans un article publié dans les médias italiens le 26 mai 2002, celui-ci déclare que la prochaine étape de l'intégration croissante de la Russie avec l'Occident devrait être son adhésion à l'UE[21]. Le 17 novembre 2005, il répète en ce qui concerne la perspective d'une telle adhésion qu'il est « convaincu que, même s'il s'agit d'un rêve, il n'est pas trop éloigné et [je pense] que cela arrivera un jour[22]. » Plus récemment, en octobre 2008, il déclare : « je considère la Russie comme un pays occidental et mon plan pour la Fédération de Russie est qu'elle puisse devenir membre de l'Union européenne dans les années à venir » et explique qu'il a cette vision depuis des années[23].

Le représentant permanent russe à l'UE, Vladimir Tchijov, commente cette déclaration en affirmant que « la Russie n'a pas l'intention de rejoindre l'UE[24]. » Le Premier ministre russe Vladimir Poutine considère par ailleurs que l'adhésion de la Russie à l'UE ne serait pas dans l'intérêt de la Russie ni de l'Union européenne, même si ce dernier plaide pour une coopération étroite dans différents domaines, y compris la création de quatre espaces communs entre la Russie et l'UE, mis au point dans les accords de 2003[25],[26],[27].

À l'heure actuelle, la perspective de la Russie de rejoindre l'Union européenne à tout moment dans un proche avenir est mince. Les analystes font remarquer que la Russie aura besoin de « plusieurs décennies » pour remplir les critères d'adhésion de l'UE[28]. L'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder déclare par ailleurs que « la Russie doit trouver sa place aussi bien dans l'OTAN que dans l'Union européenne à plus long terme, et que bien que les conditions soient créées pour que cela se produise, une telle chose n'est pas économiquement envisageable dans un avenir proche[29] ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) European Commission : Trade : Russia, consulté le 24 mai 2012
  2. (en) EU to ease travel for residents of Russian enclave, EUobserver.com, 29 juillet 2011
  3. (en) Energy Dialogue EU-Russia, The Tenth Progress Report, consulté le 24 mai 2012
  4. (en) EU moves to secure Ukrainian gas , BBC News, 23 mars 2009
  5. (en) Russia suspicious of EU-Ukraine gas "master plan", Reuters, 23 mars 2009
  6. (en) Putin threatens to review relations with EU, RT.com, 23 mars 2009
  7. (en) Russia raps EU over Ukraine gas talks, Reuters, 26 mars 2009
  8. (ru) Почему Россия отказывается от польского мяса?, echo.msk.ru, 21 mai 2007
  9. (en) EU and Russia tackle thorny issues at Samara summit, EUobserver.com, 18 mai 2007
  10. (fr) RESOLUTION 1244 (1999), Adoptée par le Conseil de sécurité à sa 4011e séance, le 10 juin 1999
  11. a et b (fr) L'Europe gèle son partenariat avec la Russie, Le Figaro, 2 septembre 2008.
  12. a et b (fr) Partenariat UE/Russie : négociations ajournées, RFI, 1er septembre 2008
  13. Pierre Avril, « La Russie tente d'empêcher les noces entre l'Ukraine et l'UE », in Le Figaro, jeudi 7 novembre 2013, page 5.
  14. Jean-Jacques Mével, « Mise en échec, l'UE laisse la porte ouverte à l'Ukraine », in Le Figaro, mardi 26 novembre 2013, page 5.
  15. Arielle Thédrel, « L'Ukraine tourne le dos à l'Union européenne », in Le Figaro, vendredi 22 novembre 2013, page 6.
  16. Au moins 100 000 manifestants à Kiev pour réclamer la démission de Ianoukovitch, Le Monde, 1er décembre 2013
  17. Ukraine : le coût d’une guerre économique UE-Russie, Euronews, 10 mars 2014
  18. http://tempsreel.nouvelobs.com/ukraine-la-revolte/20140320.OBS0640/le-parlement-russe-ratifie-le-rattachement-de-la-crimee.html Le Parlement russe ratifie le rattachement de la Crimée
  19. http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20140320trib000821052/la-douma-ratifie-le-rattachement-de-la-crimee-a-la-russie.html La Douma ratifie le rattachement de la Crimée à la Russie
  20. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/03/21/97001-20140321FILWWW00086-le-traite-rattachant-la-crimee-a-la-russie-a-ete-ratifie.php Le traité rattachant la Crimée à la Russie a été ratifié
  21. (en) EU membership next step for Russia after NATO, Daily Times, 28 mai 2002
  22. (en) Italian PM Berlusconi confident Russia will join EU, EUbusiness, 17 novembre 2005
  23. (en) Berlusconi says he wants Russia to join the EU, AFP, 15 octobre 2008
  24. (en) Russia not planning to join EU, PanARMENIAN.Net, 17 octobre 2008
  25. (ru) Четыре пространства - Евросоюз согласился с Россией по иранскому ядерному досье, RG.ru, 10 novembre 2005
  26. (ru) Интервью официального представителя МИД России А.В.Яковенко по отношениям Россия-Евросоюз, RIA, 25 novembre 2004
  27. (ru) Четыре пространства - Россия и Евросоюз ищут пути друг к другу, TKS.ru, consulté le 25 mai 2012
  28. (en) West or East for Russia?, The Washington Post, 9 juin 2001
  29. (en) Schroeder says Russia must find place in NATO, EU, Paksearch.com, 8 mars 2002

Compléments[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]