Relations entre l'Allemagne et le Japon

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Relations entre l'Allemagne et le Japon
Drapeau de l'Allemagne
Drapeau du Japon
Allemagne et Japon
     Allemagne      Japon
Reconstruite dans les années 1990, l'ambassade japonaise de la rue d'Hiroshima à Berlin, à l'origine construite de 1938 à 1942 est, par conséquent, un symbole des relations entre l'Allemagne et le Japon.

Avec des premiers contacts connus remontant au XVIIe siècle, et traditionnellement amicaux, quoique parfois instables, les relations entre l'Allemagne et le Japon débutèrent en 1860 avec la première visite ambassadoriale du Japon en Prusse, une des nations cofondatrices de l'Empire allemand en 1871. Après une période d'intenses échanges d'étudiants à la fin du XIXe siècle, les politiques impérialistes du Japon et de l'Allemagne ont causé un refroidissement des relations à cause d'aspirations hégémoniques contradictoires, une situation qui a atteint son paroxysme quand les deux États furent ennemis pendant la Première Guerre mondiale.

Dans les années 1930, les deux pays ont de nouveau développé des intérêts mutuels et ont chacun adopté des positions anti-démocratiques et expansionnistes, pour aboutir finalement à un rapprochement et, finalement, à une alliance politique et militaire durant la Seconde Guerre mondiale. Cet « Axe Berlin-Tokyo » fut, cependant, une simple amitié de convenance limitée par la grande distance géographique entre l'Asie orientale et l'Europe. La majorité du temps, le Japon et l'Allemagne ont combattu séparément, et ils se sont rendus séparément.

Après la Seconde Guerre mondiale, les économies des deux nations se sont rapidement rétablies et des relations bilatérales, aujourd'hui centrées sur les questions économiques, ont vite été rétablies. À l'heure actuelle, le Japon et l'Allemagne sont respectivement les troisièmes et quatrièmes plus grandes économies au monde (après les États-Unis et la Chine), et coopèrent grandement dans le domaine politique, universitaire, scientifique et économique.

Premiers contacts et fin de l'isolement japonais (avant 1871)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Période Edo, Expédition Eulenburg et Bakumatsu.
Philipp Franz von Siebold avait l'autorisation de voyager librement dans l'ensemble du Japon pendant les années 1820, contribuant considérablement à la perception par l'Europe de celui-ci.

Les relations entre le Japon et l'Allemagne remontent au Shogunat Tokugawa (1603-1868), lorsque des Allemands au service des Néerlandais sont arrivés au Japon pour travailler pour la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC). Les premiers cas connus sont ceux des médecins Engelbert Kaempfer (1651-1716) et Philipp Franz von Siebold (1796-1866) pendant les années 1690 et 1820 respectivement. Von Siebold avait l'autorisation de voyager librement dans l'ensemble du Japon, malgré la politique d'isolement appliquée par le Shogunat à partir des années 1630. Siebold a écrit Nippon, Archiv zur Beschreibung von Japan (Nippon, Archives pour la Description du Japon), une des sources d'information les plus précieuses sur le Japon jusqu'au XXe siècle[1] ; depuis 1979, ses travaux sont célébrés par une récompense allemande nommée en son honneur, le Philipp Franz von Siebold-Preis, et décernée chaque année à un scientifique japonais[2].

En 1854, le Japon fut poussé à signer la Convention de Kanagawa par les États-Unis. L'isolement du Japon a ainsi pris fin, mais ce fut considéré comme un « traité inégal » par le peuple japonais[3], étant donné que les États-Unis n'avaient pas les mêmes concessions à faire que le Japon pour des privilèges supérieurs. Dans beaucoup de cas, le Japon a effectivement été forcé par un système d'extraterritorialité qui prévoyait la soumission des résidents étrangers aux lois de leurs propres tribunaux consulaires au lieu du système de lois japonais, les ports se sont ouverts au commerce, et plus tard même les missionnaires chrétiens purent entrer dans le pays. Peu de temps après la fin de l'isolement du Japon, pendant la période appelée Bakumatsu (幕末, « Fin du Shogunat »), les premiers commerçants allemands sont arrivés au Japon. En 1860, le comte Friedrich Albrecht zu Eulenburg a mené l'expédition Eulenburg au Japon au service de la Prusse, un des principaux États de la Confédération germanique à cette époque. Après quatre mois de négociations, un autre « traité inégal », officiellement consacré à l'amitié et au commerce, fut signé en janvier 1861 entre la Prusse et le Japon[4].

En dépit d'être considérée comme une des nombreuses négociations injustes forcées du Japon à cette époque, l'Expédition Eulenburg, et les conséquences à court et long termes du traité d'amitié et de commerce, est aujourd'hui célébrée comme le début des relations officielles entre l'Allemagne et le Japon. Pour célébrer le 150ème anniversaire, des cérémonies furent organisées en Allemagne et au Japon d'automne 2010 à automne 2011 dans l'espoir « d'"entretenir les trésors de notre passé commun" afin de construire un pont vers l'avenir[5] ».

Mission diplomatique japonaise en Prusse[modifier | modifier le code]

En 1863, deux ans après l'expédition Eulenburg à Tokyo, une légation du Shogunat arriva à la cour du Roi de Prusse Guillaume Ier et fut reçue par une cérémonie grandiose à Berlin. En outre, juste après la signature du traité, Max von Brandt devint le représentant diplomatique au Japon – le premier de Prusse, puis, en 1866, de la confédération d'Allemagne du Nord et par la suite, en 1871, du nouvel Empire allemand[6].

En 1868, le Shogunat Tokugawa fut renversé et l'Empire du Japon de l'empereur Meiji fut établi. Après ce retour du pouvoir à la dynastie Tennō, le Japon a exigé une révocation des « traités inégaux » avec les puissances occidentales et une guerre civile a suivi. Durant ce conflit, le marchand d'armes allemand Henry Schnell a conseillé et fourni des armes au daimyō de Nagaoka, un seigneur de guerre fidèle au Shogunat[7]. Un an plus tard, la guerre s'est terminée sur la défaite des Tokugawa et la renégociation des « traités inégaux[8] ».

Modernisation du Japon et échanges d'étudiants (1871 à 1885)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Empire du Japon, Ère Meiji et Empire allemand.
Le ministre japonais Hirobumi Itō a étudié les Constitutions européennes à Berlin et à Vienne en 1882 dans le cadre d'un accord entre l'Allemagne et le Japon.

Au début de l'ère Meiji (1868-1912), beaucoup d'Allemands sont venus travailler au Japon comme conseiller auprès de nouveau gouvernement en tant que « Oyatoi gaikokujin » (お雇い外国人, « étrangers engagés ») et ont contribué à la modernisation du Japon, particulièrement dans les domaines de la médecine (Leopold Mueller, 1824-1894 ; Julius Scriba, 1848-1905 ; Erwin Bälz, 1849-1913), du droit (K.F. Hermann Roesler, 1834-1894 ; Albert Mosse, 1846-1925) et militaire (K.W. Jacob Meckel, 1842-1906). Meckel avait été invité par le gouvernement japonais en 1885 pour devenir conseiller de l'État-major du Japon et professeur à l'Académie militaire. Il passa trois ans au Japon, fréquentant des personnes influentes comme Tarō Katsura et Kawakami Sōroku, et contribuant de ce fait de façon décisive à la modernisation de l'armée impériale japonaise. Meckel était très admiré par certains Japonais, qui, après sa mort, ont érigé une statue en bronze à son effigie devant son ancienne académie militaire à Tokyo, qui fut, cependant, enlevée en 1945 après la Seconde Guerre mondiale[9],[10].De façon générale, l'armée impériale japonaise a orienté son organisation sur le modèle prusso-allemand afin de fonder une armée moderne durant les années 1880. Le modèle français l'a finalement supplanté vers la fin du Shogunat, mais le premier gouvernement de Meiji a été graduellement remplacé par le modèle prussien par Tarō Katsura, Maresuke Nogi, et d'autres dirigeants[11].

En 1889, la Constitution de l'Empire du Japon fut promulguée, ce document était considérablement influencée par les experts juridiques allemands Rudolf von Gneist et Lorenz von Stein, et par l'oligarche Meiji et futur premier ministre du Japon Hirobumi Itō (1841-1909) qui s'était rendu à Berlin et à Vienne en 1882. À la demande du gouvernement allemand, Albert Mosse a également rencontré Hirobumi et son groupe de fonctionnaires et d'experts gouvernementaux et a donné une série de conférences sur le droit constitutionnel, convaincant Hirobumi que la monarchie constitutionnelle sur le modèle prussien était la plus adaptée pour le Japon. En 1886, Mosse fut invité au Japon pour un contrat de trois ans en tant qu'« étranger engagé » par le gouvernement japonais pour aider Hirobumi et Kowashi Inoue à rédiger la constitution Meiji. Par la suite, il travailla sur d'autres importants projets juridiques, accords internationaux, et contrats et servi de conseiller au cabinet du ministère de l'intérieur, aidant ainsi le premier ministre Aritomo Yamagata à établir les projets de loi et les systèmes du gouvernement[12]. Vice versa, des douzaines d'étudiants et d'officiers militaires japonais allèrent en Allemagne vers la fin du XIXe siècle pour étudier le système militaire allemand et recevoir l'entraînement des académies militaires allemandes, la plupart du temps prussiennes. Par exemple, le célèbre écrivain Rintarô Mori (Ōgai Mori), qui était à l'origine docteur dans l'armée, a reçu des cours particuliers en allemand entre 1872 et 1874, qui était la langue pour l'éducation médicale à l'époque. De 1884 à 1888, Ōgai a visité l'Allemagne et s'est beaucoup intéressé à la littérature européenne, produisant les premières traductions en japonais des œuvres de Goethe, de Schiller, d'Ibsen, de Hans Christian Andersen, et de Gerhart Hauptmann[13].

Refroidissement des relations et Première Guerre mondiale (1885 à 1920)[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle, les relations entre l'Allemagne et le Japon se sont refroidies à cause des aspirations impérialistes de l'Allemagne, et généralement de l'Europe, en Asie orientale. Le Traité de Shimonoseki à la fin de la première guerre sino-japonaise en avril 1895, comprenait plusieurs cessions territoriales de la Chine au Japon, comme Taïwan et la partie orientale de la baie de la péninsule de Liaodong où se trouvait Port-Arthur. Cependant, la Russie, la France et l'Allemagne s'inquiétaient de l'expansion de la sphère d'influence japonaise et voulaient profiter du mauvais état de la Chine pour agrandir leurs propres possessions coloniales. Les tensions ont culminé lors de la « Triple intervention » le 23 avril 1895, quand les trois puissances ont « invité » le Japon à s'abstenir d'acquérir ses possessions de la péninsule de Liaodong. Les craintes nébuleuses de Guillaume II d'Allemagne d'un « péril jaune » - une Asie unie sous la direction du Japon - a conduit à un éloignement entre les deux pays. Guillaume II a également introduit une réglementation visant à limiter le nombre de soldats de l'Armée japonaise venant en Allemagne pour étudier le système militaire.

Un nouveau palier de stress entre les deux nations fut franchi avec la guerre russo-japonaise de 1904-1905, durant laquelle l'Allemagne a fortement soutenu la Russie, par exemple en fournissant du charbon aux navires de guerre russes. Cette circonstance a décidé le ministère des affaires étrangères japonais de proclamer que toute embarcation livrant du charbon aux navires russes dans la zone de guerre serait coulée. Après la guerre russo-japonaise, l'Allemagne a insisté sur la réciprocité dans l'échange des officiers militaires et des étudiants, et les années suivantes, plusieurs officiers militaires allemands ont été envoyés au Japon pour étudier l'armée japonaise, qui, après que sa victoire sur l'armée du Tsar était devenue une organisation prometteuse. Cependant, la puissance du Japon et son influence croissante ont également provoqué une méfiance accrue du côté allemand.

Lithographie japonaise représentant des troupes japonaises attaquant la colonie allemande de Tsingtao en 1914.

Le début de la Première Guerre mondiale en Europe a montré à quel point les relations entre l'Allemagne et le Japon s'étaient vraiment détériorées. Le 7 août 1914, seulement deux jours après que la Grande-Bretagne eut déclaré la guerre à l'Empire allemand, le gouvernement japonais a reçu une demande officielle du gouvernement britannique de l'aider à détruire les navires allemands de la Kaiserliche Marine dans et autour des eaux chinoises. Le Japon, désireux de réduire la présence des puissances coloniales européennes en Asie du sud-est, particulièrement sur la côte de la Chine, a envoyé à l'Allemagne un ultimatum le 14 août 1914, qui a été laissé sans réponse. Le Japon a alors officiellement déclaré la guerre à l'Empire allemand le 23 août 1914 devenant ainsi un allié de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Empire russe pour s'emparer des territoires coloniaux allemands de l'Asie du sud-est.

La seule bataille importante qui a eu lieu entre le Japon et l'Allemagne fut le siège de Tsingtao dans le baie de Kiautschou. Les forces allemandes ont résisté pendant presque deux mois, d'août à novembre 1914, sous un blocus japonais/britannique total, mais l'infériorité numérique (6 contre 1) fut fatale. Après que les troupes japonaises eurent donné l'assaut de la ville, les cadavres allemands furent enterrés à Tsingtao et les prisonniers furent transportées au Japon où ils furent bien traités et avec respect dans des camps de prisonniers de guerre comme celui de Bandō. En 1919, quand l'empire allemand a officiellement signé le traité de Versailles, tous les prisonniers de guerre ont été libérés et sont retournés en Europe.

Le Japon fut l'un des signataires du traité, énonçant des conditions sévères pour l'Allemagne. Dans le Pacifique, le Japon gagna les îles de l'Allemagne au nord de l'équateur (îles Marshall, Carolines, îles Mariannes, Palau) et Kiautschou/Tsing-Tao en Chine. L'article 156 du traité a également transféré des concessions allemandes du Shandong au Japon plutôt qu'en retour à la Chine, une situation bientôt connue sous le nom de « problème du Shandong ». L'outrage à la Chine a provoqué des manifestations culturelles appelées le Mouvement du 4 mai qui ont décidé la Chine à ne pas signer le traité. La Chine a déclaré la fin de sa guerre avec l'Allemagne en septembre 1919 et a signé un traité séparé avec elle en 1921. Ce fait a poussé l'Allemagne a appuyer la Chine (Coopération sino-germanique (1911-1941)), et non le Japon, en en faisant son partenaire stratégique en Asie orientale.

Ré-approchement, Axe et deuxième guerre mondiale (1920 à 1945)[modifier | modifier le code]

Wilhelm Solf, ambassadeur allemand à Tokyo de 1920 à 1928, a rétabli de bonnes relations entre l'Allemagne et le Japon.

Après que l'Allemagne dut céder la majeure partie de l'ancienne Nouvelle-Guinée allemande et Kiautschou/Tsing-Tao au Japon et avec l'intensification de la coopération sino-germanique, les relations entre Berlin et Tokyo étaient presque mortes. À l'initiative de Wilhelm Solf, ambassadeur allemand au Japon de 1920 à 1928, l'échange culturel a été renforcé, aboutissant au rétablissement de la « société germano-japonaise » en 1926, la fondation de la « société culturelle germano-japonaise » l'année suivante, ainsi que la création de l'« institut de recherche germano-japonais » en 1934.

Après la Première Guerre mondiale, le Japon et l'Allemagne se sont orientés vers des systèmes de gouvernements démocratiques pendant les années 1920 avec des relations entre les deux pays limitées à des échanges culturels. Cependant, le gouvernement parlementaire n'a pas été assez profondément enraciné dans l'un ou l'autre pays et n'a pas pu par la suite résister au Krach de 1929, pendant lequel les opinions anti-démocratiques sont devenus de plus en plus influentes dans les deux pays. Ces changements de pouvoir ont été rendus possibles en partie par l'ambiguïté et l'imprécision de la constitution Meiji au Japon et de la constitution de Weimar en Allemagne, particulièrement en ce qui concerne les pouvoirs de l'empereur japonais et du Reichspräsident allemand par rapport à leurs constitutions respectives. Avec la montée du militarisme au Japon et du nazisme en Allemagne dans les années 1930, les liens politiques entre les deux pays sont devenues encore plus étroit, intensifiant les échanges culturels déjà existants. Du côté japonais, l'officier Hiroshi Ōshima a préconisé un rapport plus étroit avec l'Allemagne et, avec le ministre des Affaires étrangères allemand Joachim von Ribbentrop, a travaillé sur une alliance quand il est devenu attaché militaire à Berlin en 1934. Pendant la décennie suivante, Ōshima servirait alors deux fois (1938-39 et 1941-45) d'ambassadeur à Berlin, et restait toujours l'un des partisans les plus forts de l'association étroite du Japon avec l'Allemagne nazie.

Une tension provisoire a été mise sur les rapprochements entre l'Allemagne et le Japon en juin 1935 lors de la signature du traité naval germano-britannique, tentative d'Adolf Hitler pour améliorer les relations entre les deux nations européennes. Après tout, Hitler avait déjà fixé ses plans dans Mein Kampf, dans lequel il désignait l'Angleterre d'associé prometteur, mais le Japon fut également défini comme une cible de la « Juiverie internationale », et donc, un allié possible :

« Ce n'était pas dans l'intérêt de la Grande-Bretagne d'annihiler l'Allemagne, mais dans l'intérêt juif. Et aujourd'hui la destruction du Japon servirait moins les intérêts politiques britanniques que les intentions de grande envergure de ceux qui espèrent la création d'un empire mondial juif[réf. souhaitée]. »

Beaucoup de politiciens japonais, dont l'amiral Yamamoto Isoroku qui était un critique virulent de l'alliance avec l'Allemagne nazie, furent choqués par le traité naval germano-britannique. Néanmoins, les chefs militaires qui contrôlaient alors Tokyo ont conclu que c'était une ruse conçue par les Nazis pour gagner du temps pour pouvoir concurrencer la Marine britannique.

Consolidation de la coopération[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pacte anti-Komintern.
L'ambassadeur japonais Mushakoji Kintomo et le ministre des Affaires étrangères de l'Allemagne nazie Joachim von Ribbentrop lors de la signature du Pacte anti-Komintern en 1936.

Les chefs militaires de Tokyo ont conçu des plans pour assurer l'approvisionnement de l'Empire en ressources avec la future création de la « Sphère de coprospérité de la grande Asie orientale ». Une expansion a été envisagée - soit au Nord en Union soviétique, selon un plan appelé « Hokushin », soit au Sud vers les colonies françaises, néerlandaises et/ou britanniques, un plan appelé « Nanshin ». Hitler, d'autre part, n'avait jamais renoncé à son plan de conquérir un nouveau « Lebensraum » en Europe de l'Est et par conséquent, les conflits avec la Pologne, puis avec l'Union soviétique semblaient inévitables. La première consolidation des intérêts mutuels germano-japonais s'est produite en 1936 avec la signature du Pacte anti-Komintern dirigé contre l'Internationale communiste (Komintern) et en particulier, l'Union soviétique. Après ce pacte, le gouvernement nazi d'Allemagne a inclus le peuple japonais dans son concept d'« Aryens honoraires ». En 1937, l'Italie fasciste de Benito Mussolini a adhéré au pacte, lançant la formation de ce qu'on a appelé l'axe entre Rome, Berlin et Tokyo (« RoBerTo »).

À l'origine, l'Allemagne était très proche du gouvernement nationaliste chinois, lui fournissant assistance et aide militaire. Les relations se sont détériorées après le déclenchement de la deuxième guerre sino-japonaise le 7 juillet 1937, et lorsque la Chine a plus tard signé le pacte de non-agression sino-sovietique avec l'Union soviétique. Par la suite, Hitler a conclu que le Japon, et non plus la Chine, était l'associé géostratégique le plus digne de confiance, malgré l'importance des relations économiques sino-germanique, et a choisi de mettre fin à l'alliance avec les Chinois pour s'allier avec le Japon, plus moderne et plus puissant. Dans un discours au Reichstag en mai 1938, Hitler a annoncé la reconnaissance allemande du Mandchoukouo, l'État-marionnette du Japon en Mandchourie, et a renoncé aux prétentions allemandes sur ses anciennes colonies dans le Pacifique tenues par le Japon. Hitler a mis fin aux envois d'armes à la Chine, et a rappelé tous les officiers allemands attachés à l'armée chinoise. Cependant, en dépit de ces évolutions, Hitler a conservé sa perception générale que les civilisations japonaises et chinoises n'étaient pas inférieures à celle de l'Allemagne. Dans Le Testament politique d'Adolf Hitler, Hitler a plus tard écrit :

« La fierté de notre propre race – et celle-ci n'implique pas le mépris des autres races – est un sentiment normal et sain. Je n'ai jamais considéré les Chinois ou les Japonais comme inférieurs à nous. Ils appartiennent aux civilisations anciennes, et j'admets librement que leur histoire passée est supérieure à la nôtre. Ils ont le droit d'être fiers de leur passé, comme nous avons le droit d'être fiers de la civilisation à laquelle nous appartenons. En effet, je crois le plus fermement du monde que plus les Chinois et les Japonais restent dans leur orgueil de race, plus il me sera facile d'obtenir quelque chose d'eux. »

Une délégation des jeunesses hitleriennes visite le Sanctuaire Meiji à Tokyo lors d'une visite d'amitié de plusieurs mois en 1938.

Au cours de la fin des années 1930, motivés par la politique et la propagande, plusieurs échanges culturels entre le Japon et l'Allemagne ont eu lieu. L'accent a été mis sur des échanges de la jeunesse, et ainsi de nombreuses visites mutuelles ont eu lieu, comme par exemple vers la fin de 1938, quand le navire Gneisenau a transporté une délégation de 30 membres des jeunesses hitlériennes à Tokyo pour une visite d'étude.

En 1938, la construction d'une nouvelle ambassade japonaise à Berlin a commencé, après que l'ambassade précédente dut être sacrifiée aux plans d'Hitler et d'Albert Speer visant à faire de Berlin la capitale du monde ("Germania"). Un nouveau bâtiment plus pompeux a été érigé dans une zone diplomatique nouvellement établie à côté du Tiergarten. Il fut conçu par Ludwig Moshamer sous la supervision de Speer et fut placé juste en face de l'ambassade d'Italie, proche allié de l'Allemagne, conférant de ce fait une représentation architecturale de l'axe Rome-Berlin-Tokyo.

En dépit des plans expérimentaux pour une attaque commune de l'URSS par l'Allemagne et le Japon, les années 1938 et 1939 furent décisives car le Japon prit la décision de s'étendre vers le Sud et non plus vers le Nord. L'Empire venait de perdre deux batailles décisives aux frontières de l'URSS, les batailles du lac Khassan et celle de Halhin Gol, convaincant de ce fait que l'armée impériale japonaise, manquant de chars lourds, n'était pas en mesure de tenir tête à l'Armée rouge pour le moment. Néanmoins, le sentiment anti-soviétique d'Hitler aboutit bientôt à des rapprochements encore plus importants avec le Japon, puisqu'il croyait qu'il se joindrait à l'Allemagne dans une future guerre contre l'Union soviétique – activement en envahissant la Sibérie du Sud-Est, ou passivement en fixant des grandes parties de l'Armée rouge, qui craindraient une attaque de l'Armée du Guandong du Mandchoukouo, qui comptait 700 000 hommes à la fin des années 1930.

Affiche de propagande japonaise de 1938 illustrant les «trois pays amis». Le premier ministre Fumimaro Konoe est montré au centre du Fuhrer Adolf Hitler et du Duce Benito Mussolini. Officiellement, l'empereur Shōwa ne pouvait être «abaissé» au niveau des autres dirigeants en raison du statut divin que lui accordait le shinto d'État.

Contrairement à ses plans réels, le concept d'Hitler - en combination avec sa frustration de la réticence du Japon en proie à des négociations perpétuelles avec les États-Unis et tendant contre une guerre avec l'URSS - mena à une alliance provisoire avec les Soviétiques avec la signature du Pacte germano-soviétique en août 1939. Ni le Japon, ni l'Italie, n'avait été précédemment informé du pacte de l'Allemagne avec les Soviétiques, démontrant la méfiance constante entre l'Allemagne nazie et ses alliés. Après tout, le pacte stipulait non seulement la division de la Pologne entre les deux signataires dans un protocole secret, mais rendait également le Pacte anti-Komintern plus ou moins pertinent. Afin de prévenir une détérioration des relations entre l'Allemagne et le Japon, l'« accord pour la coopération culturelle entre le Japon et l'Allemagne » fut signé en novembre 1939, quelques semaines après que l'Allemagne et l'Union soviétique eurent envahi la Pologne et que la Grande-Bretagne et la France eurent déclaré la guerre à l'Allemagne nazie.

Au cours de l'année suivante, le Japon a également poursuivi son expansion. L'invasion de l'Indochine française le 2 septembre 1940, contrôlée par le régime collaborationniste de Vichy, et la continuation du conflit sanglant du Japon avec la Chine, ont mis à rude épreuve les relations entre les États-Unis et le Japon. Le 26 juillet 1940, les États-Unis adoptèrent la Loi sur le contrôle des exportations, d'acier, de pétrole et de fer au Japon. Cette politique d'endiguement était vue par Washington comme un avertissement vers le Japon que toute autre expansion militaire aurait comme conséquence d'autres sanctions. Cependant, ce sera cette position qui persuadera Tokyo de prendre des mesures radicales pour améliorer la situation de l'Empire, conduisant de ce fait à un rapprochement avec l'Allemagne.

Formation de l'Axe[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Pacte tripartite et Axe Rome-Berlin-Tokyo.

L'Allemagne nazie était non seulement parvenue à conquérir la majeure partie de l'Europe continentale dont la France, mais avait également réussi à maintenir une fausse impression de défaite imminente en Grande-Bretagne. Tokyo interpréta la situation en Europe comme une faiblesse fondamentale et mortelle des démocraties occidentales. L'État-major du Japon a conclu que l'état de la situation devait être exploité et a cherché à intensifier sa coopération avec Berlin. Hitler, de l'autre côté, craignait non seulement une impasse durable avec la Grande-Bretagne, mais concevait également un plan d'invasion de l'Union soviétique. Ces circonstances, ainsi qu'un manque de matières premières et de nourriture, ont fait monter l'intérêt de Berlin pour une alliance plus forte avec le Japon. Le ministre des affaires étrangères allemand, Joachim von Ribbentrop, a été envoyé en pourparlers pour établir un nouveau traité avec le Japon, dont les relations avec l'Allemagne et l'Italie, qui devaient bientôt s'appeler les « Puissances de l'Axe », ont été cimentées par la signature du pacte tripartite le 27 septembre 1940.

Le but du pacte, qui était dirigé contre une puissance anonyme qui fut clairement identifiée comme étant les États-Unis, était de décourager les Américains de soutenir le Royaume-Uni, de renforcer de ce fait non seulement la cause de l'Allemagne et de l'Italie en Afrique du Nord et en Méditerranée, mais également d'affaiblir les colonies britanniques d'Asie du sud-est avant une invasion japonaise. Le traité a également démontré que les trois pays respecteraient les objectifs stratégiques de chacun en s'occupant de leurs zones d'influence respectives, et seraient obligés de s'aider mutuellement dans le cas où un État membre était attaqué par un tiers. Cependant, les conflits déjà continus en date de la signature du pacte avaient été explicitement exclus. En outre, avec cette position défensive, les mouvements agressifs de la part d'un État membre ne donnaient pas lieu à des engagements du pacte. Après tout, les relations entre les deux membres - Allemagne et Japon - de l'Axe en temps de guerre étaient dirigées par l'intérêt mutuel, influencées à un certain degré par les idéologies militaristes, expansionnistes et nationalistes partagées des deux gouvernements.

L'ambassade japonaise à Berlin, ornée des drapeaux des trois signataires du pacte tripartite en septembre 1940.

Une autre différence importante dans l'alliance entre l'Allemagne et le Japon était les oppositions fondamentales entre les deux politiques des nations envers les Juifs. Avec l'attitude bien connue de l'Allemagne Nazie et son antisémitisme extrême, le Japon s'était abstenu d'adapter une pareille attitude. Le 31 décembre 1940, le ministre des affaires étrangères japonais et partisan convaincu du pacte tripartite avec le Troisième Reich et l'Italie fasciste, Yōsuke Matsuoka, a dit un jour à un groupe d'hommes d'affaires juifs :

« Je suis l'homme responsable de l'alliance avec Hitler, mais je n'ai jamais promis que nous effectuerions ses politiques antisémitiques au Japon. Ce n'est pas simplement mon avis personnel, c'est l'opinion du Japon, et je n'ai aucune scrupule à l'annoncer au monde. »

En fait, jusqu'en 1945, les deux pays continueraient à cacher mutuellement tous les crimes de guerre commis par l'autre côté, afin d'éviter d'entacher leurs images. L'Holocauste fut systématiquement caché par l'état-major de Tokyo, tout comme les crimes de guerre japonais, par exemple en Chine, furent maintenus secrets de la population allemande. Un exemple célèbre sont les atrocités commises par l'armée japonaise à Nankin en 1937 qui ont été dénoncés par l'industriel allemand John Rabe. Plus tard, l'Allemagne a rappelé Rabe à Berlin, a confisquer tous ses rapports et a interdit toute discussion du sujet.

Après la signature du pacte tripartite, les visites mutuelles politiques et militaires ont augmenté. Après la visite au Japon de l'expert en parachutisme et as allemand, Ernst Udet, en 1939, pour inspecter l'Armée de l'Air japonaise et son rapport à Hermann Göring déclarant que « les pilotes japonais sont certes courageux et volontaires mais n'ont rien d'exceptionnel », le Général Tomoyuki Yamashita donna l'ordre de réorganiser l'Armée de l'Air japonaise vers la fin de 1940. Dans la même période, Yamashita est arrivé à Berlin en janvier 1941, restant presque six mois avec un emploi du temps chargé, inspectant la ligne Maginot brisée et les fortifications allemandes sur la côte française, observant la formation des pilotes allemands et volant même dans une incursion au-dessus de la Grande-Bretagne après avoir décoré Hermann Göring, le chef de la Luftwaffe allemande, de l'ordre du Soleil Levant (Grand Cordon). Le général Yamashita a également rencontré et discuté avec Hitler, qu'il a commenté :

« J'ai senti que l'esprit d'Hitler était préoccupé par des sujets spirituels, dépassant même les plans matériels. Quand j'ai rencontré le Führer, il a dit que dans sa jeunesse il avait été attiré par le Japon. Il avait lu attentivement des récits de la victoire du Japon sur la Russie quand il avait 17 ans seulement et fut impressionné par la force étonnante du Japon. »

Selon Yamashita, Hitler a promis de se rappeler du Japon dans son testament, en chargeant les Allemands « de se lier éternellement à l'esprit japonais. » En fait, le général Yamashita était si excité qu'il a dit : « Dans peu de temps, une grande chose se produira. Observez et attendez. » À son retour au Japon, la délégation japonaise a été accompagnée de plus de 250 techniciens, ingénieurs et instructeurs allemands et bientôt, l'Armée de l'Air du Japon est devenu l'une des plus puissantes au monde.

Le 11 novembre 1940, les relations germano-japonaise ainsi que les plans du Japon à s'étendre en Asie du sud-est ont été décisivement poussés, quand l'équipage du croiseur allemand Atlantis a arraisonné le cargo britannique SS Automedon. 15 sacs de courrier top secret destinés à l'état-major britannique en Extrême-Orient ont été trouvés, y compris les rapports de renseignement navals contenant la dernière estimation de la force militaire de l'Empire japonais en Extrême-Orient, avec des détails des unités de la Royal Air Force, de la Royal Navy, et des notes sur les défenses de Singapour. Le courrier dépeignait un tableau sombre des possibilités navales et terrestres britanniques en Extrême-Orient, et déclarait que la Grande-Bretagne était trop faible pour risquer une guerre avec le Japon. Le courrier a atteint l'ambassade allemande à Tokyo le 5 décembre, et fut alors transporté à Berlin par le chemin de fer Transsibérien. Des copies ont été données au Japon où elles ont fourni les renseignements nécessaires avant le début des hostilités contre les puissances occidentales. Le capitaine de l'Atlantis, Bernhard Rogge, a été récompensé avec un katana ; les seuls autres Allemands ainsi honorés étaient Hermann Goering et le Maréchal Erwin Rommel.

Après la lecture du rapport du chef de l'état-major, le 7 janvier 1941, l'amiral japonais Yamamoto a écrit au ministre de la Marine en expliquant que si le Japon assommait l'Amérique, les forces britanniques et hollandaises restantes seraient suffisamment affaiblies pour que les Japonais puissent leur donner le coup de grâce. De ce fait, le Nanshin-ron, doctrine de la Marine japonaise visant à s'étendre vers le Sud est devenu de plus en plus évident.

Coordination des objectifs militaires[modifier | modifier le code]

Le ministre des Affaires étrangères japonais Yōsuke Matsuoka lors de sa rencontre avec Hitler, en mars 1941.

Hitler terminait ses préparatifs pour l'opération Barbarossa, l'invasion de l'Union soviétique. Afin de soutenir directement ou indirectement son attaque imminente, le Führer avait à plusieurs reprises suggéré au Japon de reconsidérer ses plans pour une attaque sur l'Extrême-Orient soviétique tout au long de 1940 et de 1941. En février 1941, en raison de l'insistance d'Hitler, le Général Oshima est revenu à Berlin comme ambassadeur. Le 5 mars 1941, Wilhelm Keitel, chef de l'Oberkommando der Wehrmacht a émis le « Rapport numéro 24 sur la collaboration avec le Japon », qui énonçait ceci :

  • "1. Le but de la collaboration doit être basé sur le pacte des trois puissances pour induire le Japon, aussitôt que possible, à prendre des mesures actives en Extrême-Orient. Des puissantes forces britanniques seront ainsi fixées là-bas, et le centre de gravité des intérêts des États-Unis se tournera vers le Pacifique. Plus il intervient tôt, plus les perspectives de succès pour le Japon seront grandes en raison de l'état de préparation encore peu avancé à la guerre de ses adversaires. L'opération Barbarossa sera très favorable aux préalables politiques et militaires de ceci.
  • 2. Pour préparer la voie à la collaboration, il est essentiel de renforcer le potentiel militaire japonais avec tous les moyens disponibles. À cet effet, les hauts commandements des forces armées se conformeront de manière globale et généreuse aux désirs des Japonais pour des informations concernant la guerre allemande et l'expérience du combat, et pour l'assistance militaire, économique et technique. La réciprocité est souhaitable, mais ce facteur ne devra pas incommoder les négociations. La priorité devra naturellement être accordée aux demandes japonaises qui en auraient l'application la plus immédiate en faisant la guerre. Dans les cas spéciaux, le Führer décidera.
  • 3. L'harmonisation des plans opérationnels des deux parties est la responsabilité du haut commandement de la Marine. Le tout sera sujet aux principes directeurs suivants :
    • a. La condition du but commun de la conduite de la guerre est d'abattre l'Angleterre rapidement et ainsi de tenir les États-Unis éloignés de la guerre. En dehors de ça, l'Allemagne n'a aucun intérêt politique, militaire, ou économique en Extrême-Orient qui pourrait gêner les intentions japonaises.
    • b. Les grands succès rencontrés par l'Allemagne dans la guerre marchande font apparaître la nécessité d'utiliser les forces japonaises dans le même but. À cet égard, chaque occasion d'appuyer la guerre marchande allemande doit être exploitée.
    • c. La situation des matières premières des puissances du pacte exige que le Japon acquière la possession des territoires dont elle a besoin pour la poursuite de la guerre, particulièrement si les États-Unis interviennent. Des envois de caoutchouc doivent être effectuées même après l'entrée du Japon dans la guerre, car ils sont d'une importance vitale pour l'Allemagne.
    • d. La prise de Singapour, position britannique principale en Extrême-Orient, serait un succès décisif pour la conduite de la guerre des trois puissances. En outre, les attaques sur d'autres systèmes des bases de la puissance navale britannique - étendus à ceux de la puissance navale américaine seulement si l'entrée des États-Unis dans la guerre ne peut pas être empêchée - devrait affaiblir la puissance de l'ennemi dans cette région et aussi, tout comme les attaques sur les communications de mer, fixer des forces importantes de toutes sortes (par exemple celles de l'Australie). Une date pour le commencement des discussions opérationnelles ne peut pas encore être fixée.
  • 4. Dans les commissions militaires constituées en conformité au pacte tripartite, ces questions doivent être traitées également pour les trois puissances participantes. Celles-ci incluront principalement les problèmes de la guerre économique. L'élaboration des détails est la responsabilité de la commission principale, avec la coopération du haut commandement de forces armées.
  • 5. Les Japonais ne doivent faire aucune annonce de l'opération Barbarossa ".
Matsuoka avec le Generalfeldmarschall Wilhelm Keitel (centre) et l'ambassadeur Heinrich Georg Stahmer (droite) à une réception à l'ambassade japonaise à Berlin le 29 Mars 1941.

Le 18 mars 1941, à une conférence suivie par Hitler, Alfred Jodl, Wilhelm Keitel et Erich Raeder, l'amiral Raeder a indiqué :

« Le Japon doit prendre des mesures pour s'emparer de Singapour aussitôt que possible, puisque l'occasion ne sera plus jamais aussi favorable (rapport avec les courriers britanniques top secret ; impréparation des États-Unis pour la guerre contre le Japon ; infériorité de la flotte du Pacifique des États-Unis en comparaison de celle du Japon). Le Japon fait des préparations pour cette action ; mais selon toutes les déclarations faites par les dirigeants japonais, il l'effectuera seulement si l'Allemagne procède à un débarquement en Angleterre. L'Allemagne doit, donc concentrer tous ses efforts à inciter le Japon à agir immédiatement. Si le Japon prend Singapour, toutes les autres questions asiatiques concernant les États-Unis et l'Angleterre sont de ce fait résolues (Guam, les Philippines, Bornéo, les Indes orientales néerlandaises). Le Japon souhaite, si possible, éviter la guerre contre les États-Unis. Il peut l'espérer s'il prend Singapour le plus vite possible ". »

Dans les entretiens impliquant Hitler, son ministre des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop, son homologue japonais, Yōsuke Matsuoka, et les ambassadeurs respectifs de Berlin et de Tokyo, Eugen Ott et Hiroshi Ōshima, le côté allemand a alors largement laissé entendre, mais n'a jamais ouvertement demandé, une invasion de l'Union soviétique par l'Est ou l'attaque des colonies de la Grande-Bretagne en Asie du Sud-Est, préoccupant et détournant l'Empire britannique de l'Europe et donc de l'Allemagne. Bien que l'Allemagne ait clairement demandé au Japon d'attaquer l'URSS, les échanges entre les deux alliés furent toujours formels et indirects, comme cela est montré dans le rapport suivant par Hitler vers l'ambassadeur Ōshima le 2 juin 1941 :

« Il appartient naturellement au Japon d'agir comme il l'entend, mais la coopération du Japon dans le combat contre l'Union soviétique serait la bienvenue si l'avance [japonaise] au sud rencontrait des difficultés en raison de l'approvisionnement et de l'équipement. »

Matsuoka, Ōshima et certaines parties de l'Armée impériale japonaise étaient des partisans du « Hokushin », la stratégie d'expansion vers le Nord et d'une attaque coordonnée avec l'Allemagne contre l'URSS et la prise de la Sibérie orientale. Mais les officiers qui contrôlaient l'armée japonaise, à savoir les personnes comme le ministre de la guerre Hideki Tōjō, ont constamment été sous pression de la Marine impériale japonaise et, ainsi, une tendance forte vers le « Nanshin » existait déjà en 1940, la stratégie d'expansion vers le Sud en s'emparer des colonies riches en ressources de l'Asie du Sud-Est pour affaiblir les puissances européennes. Afin de sécuriser les arrières du Japon tout en s'étendant vers le sud et dans un effort soviétique pour démontrer les intentions pacifiques avec l'Allemagne, le pacte de non-agression soviético-japonais fut signé à Moscou le 13 avril 1941 par Matsuoka pendant son voyage de retour de Berlin. Hitler, considérant le pacte comme une ruse pour gagner du temps, mal-interpréta la situation diplomatique et pensa que son attaque sur l'URSS apporterait un grand soulagement au Japon en Asie orientale et de ce fait une menace beaucoup plus forte pour les activités américaines. Par conséquent, l'Allemagne nazie a pressé l'opération Barbarossa, son attaque sur l'Union soviétique, qui a commencé deux mois plus tard le 22 juin et sans avertir ses alliés de l'Axe.

Ironiquement, Staline ne croyait pas dans la neutralité du Japon même avant l'attaque allemande, mais il estimait que le pacte était important pour son symbolisme politique, pour renforcer son image populaire en Allemagne. Du point de vue du Japon, une attaque sur la Russie romprait le pacte tripartite dont l'Empire dépendait pour l'aide de l'Allemagne en maintenant de bonnes relations avec Moscou afin d'exclure toute menace de Sibérie. Le Premier ministre Fumimaro Konoe s'était senti trahi parce que les Allemands n'avaient pas averti ses alliés de l'Axe pour l'opération Barbarossa, il craignait le pire depuis qu'il avait reçu un rapport en avril d'Ōshima à Berlin disant que l'« Allemagne est convaincue qu'elle peut vaincre la Russie et elle se prépare au combat. » Le ministre des Affaires étrangères Matsuoka a avec succès essayé de convaincre l'empereur, le cabinet et l'armée d'une attaque immédiate sur l'Union soviétique. Cependant, ses collègues ont rejeté une telle proposition, le surnommant le « garçon de bureau d'Hitler » et soulignaient le fait que l'armée japonaise, avec ses chars légers et moyens, n'avait pas l'intention d'attaquer les chars et les avions soviétiques jusqu'à ce qu'ils pouvaient être sûrs que le Wehrmacht ait brisé l'Armée rouge et que celle-ci était au bord de la défaite. Plus tard, Konoe a retiré son cabinet à Matsuoka et a intensifié les négociations du Japon avec les États-Unis, qui échouaient toujours à cause de la situation en Chine et en Indochine, cependant, les Américains demandaient au Japon de se retirer du pacte tripartite pour espérer négocier. Sans aucune perspective vers Washington, Matsuoka a estimé que son gouvernement devait rassurer l'Allemagne de sa fidélité au pacte. À Berlin, Ōshima a reçu l'ordre de transmettre au ministre des Affaires étrangères allemand Ribbentrop que « le gouvernement japonais a décidé de consolider ses points d'appui en Indochine française pour renforcer encore sa pression sur la Grande-Bretagne et les États-Unis, » et présenter cela comme une « contribution précieuse au front commun » en promettant :

« Nous, Japonais, n'allons pas nous rester les bras croisés tandis que vous, Allemands, combattez les Russes. »

L'espion soviétique Richard Sorge qui a révélé la réticence du Japon à coopérer avec Hitler contre l'URSS en septembre 1941.

Au cours des premiers mois, les avances de l'Allemagne en Russie soviétique étaient spectaculaires et Staline eut besoin de transférer les troupes en Sibérie du Sud-Est contre une potentielle attaque du Japon à la future défense de Moscou. L'Armée du Guandong du Japon en Mandchourie a été constamment maintenue dans des manœuvres et des entretiens avec le ministre des Affaires étrangères allemand Ribbentrop, l'ambassadeur Oshima à Berlin a à plusieurs reprises laissé entendre « une attaque imminente du Japon » contre l'URSS. En fait, l'état-major de Tokyo n'avait nullement changé d'avis et ces actions servaient simplement à créer l'illusion d'une menace de l'Est pour l'Union soviétique pour engager ses divisions sibériennes. Inconnu du Japon et de l'Allemagne, en revanche, Richard Sorge, un espion soviétique déguisé en journaliste allemand travaillant pour Eugen Ott, ambassadeur allemand à Tokyo, a informé l'Armée rouge le 14 septembre 1941, que les Japonais ne comptaient pas attaquer l'Union soviétique jusqu'à ce que :

  • Moscou soit capturé ;
  • l'Armée du Guandong soit trois fois plus grande que les forces d'Extrême-Orient de l'Union soviétique ;
  • une guerre civile ne commence en Sibérie.

Vers la fin de Septembre 1941, Sorge a transmis l'information que le Japon n'allait pas ouvrir les hostilités contre l'URSS à l'Est, libérant de ce fait des divisions de l'Armée rouge postées en Sibérie pour la défense de Moscou. Peu après, en octobre 1941, Sorge a été démasqué et arrêté par les Japonais. Apparemment, il avait obtenu l'entière confiance de l'ambassadeur allemand Eugen Ott, ce qui lui avait permis d'accéder à des câbles extrêmement secrets de Berlin à son ambassade à Tokyo. Par la suite, cette affaire mènera au remplacement d'Ott par Heinrich Georg Stahmer en janvier 1943. Sorge sera exécuté en novembre 1944 et élevé au rang de héros national en Union soviétique.

Entrée du Japon dans la Deuxième Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En septembre 1941, le Japon a fait sa première action pour son expansion au Sud en augmentant sa présence militaire en Indochine (« sécurisation des points d'appui ») et a augmenté son personnel et ses avions postés. Ceci, cependant, a provoqué les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres gouvernements occidentaux qui ont gelé les capitaux japonais, tandis que les USA (qui fournissaient 80 % du pétrole au Japon) répondirent en plaçant un embargo total du pétrole sur l'Empire japonais. En conséquence, le Japon fut forcé de choisir entre abandonner ses ambitions en Asie du Sud-Est et poursuivre la guerre contre la Chine, ou s'emparer par la force des ressources naturelles dont elle avait tant besoin. Les militaires japonais n'ont pas tenu compte de l'ancienne option d'attaque contre la Russie soviétique au lieu de s'étendre en Asie du Sud qui était devenue un choix de plus en plus impopulaire à la suite de la défaite humiliante du Japon à la bataille de Halhin Gol en 1939 et le rejet total de toute action à court terme en Sibérie peu de temps après que l'Allemagne eut commencé son invasion de l'URSS. D'ailleurs, beaucoup d'officiers considéraient l'embargo du pétrole de l'Amérique comme une déclaration de guerre tacite. Avec les sanctions sévères appliquées par les États-Unis, les dirigeants japonais étaient maintenant encore plus déterminés à éviter à leur industrie, y compris à sa puissante Marine, de se retrouver sans ressources en capturant les gisements de pétrole des Indes néerlandaises. Comme une telle action était sûre de provoquer une déclaration de guerre américaine, on prit la décision d'une attaque préventive pour priver les États-Unis de leur seul moyen de pression sur le Japon, leur flotte du Pacifique.

Le 25 novembre 1941, l'Allemagne a essayé de cimenter son alliance contre la Russie soviétique en rétablissant officiellement le pacte antikomintern de 1936, et en y ajoutant la Hongrie et la Roumanie. Cependant, avec les troupes soviétiques autour de Moscou maintenant renforcée par des divisions de Sibérie orientale, l'offensive de l'Allemagne a été sensiblement ralentie avec le début de l'hiver russe en novembre et décembre 1941. Face à sa tactique échouée du Blitzkrieg, la confiance d'Hitler dans une conclusion heureuse et rapide de la guerre a diminué, particulièrement avec la présence de la Grande-Bretagne en menace constante à l'arrière du Reich. En outre, le fait que la neutralité des USA ait superficiellement été maintenue allait bientôt changer pour un soutien déclaré et illimité de leur allié britannique contre l'Allemagne. Hitler a ainsi bien accueilli l'entrée soudaine du Japon dans la guerre avec son raid aérien contre la base navale américaine de Pearl Harbor le 7 décembre 1941 et sa déclaration de guerre aux États-Unis et à la Grande-Bretagne, parce que les forces terrestres de l'Allemagne connaissaient leur première défaite militaire aux portes de Moscou. Immédiatement après avoir entendu parler de l'attaque réussie du Japon, Hitler était euphorique et a indiqué : « Avec un allié si capable, nous ne pouvons pas perdre cette guerre. » L'attaque du Japon a donné lieu à de nombreux communiqués entre Berlin et Tokyo. Les Ambassadeurs respectifs Ott et Ōshima ont essayé de rédiger un amendement au pacte tripartite, dans lequel l'Allemagne, le Japon et l'Italie devraient se promettre fidélité mutuelle dans le cas où un des signataires était attaqué par – ou attaquait – les États-Unis. Bien que le protocole ait été fini à temps, il ne sera officiellement signé par l'Allemagne que quatre jours après l'attaque de Pearl Harbor. Une partie des communiqués montre un rejet définitif du Japon de tous les plans de guerre contre la Russie :

« Au cas où l'Allemagne exigerait que nous participions à la guerre contre l'Union soviétique, nous répondrons que nous n'avons pas l'intention d'entrer dans cette guerre pour l'instant. Si ceci doit conduire à une situation dans laquelle l'Allemagne va retarder son entrée dans la guerre contre les États-Unis, elle ne peut pas être aidée. »

Néanmoins, les dirigeants allemands ont publiquement applaudi leur nouvel allié et l'ambassadeur Ōshima est devenu l'un des huit destinataires de la grande croix en or de l'ordre de l'Aigle allemand, qui était décerné par Hitler lui-même, qui aurait dit :

« Vous avez donné la bonne déclaration de guerre. Cette action était la seule appropriée. Le Japon l'a poursuivie autrefois et elle correspond à son propre système, qui est de négocier aussi longtemps que possible. Mais si on voit que l'autre n'est intéressé que par gagner du temps, dans sa honte et son humiliation, et n'est pas disposé à parvenir à un accord, alors il faut frapper aussi fort que possible et ne pas perdre de temps à déclarer la guerre. »

Hitler déclare la guerre aux États-Unis le 11 décembre 1941 à la suite de l'attaque de Pearl Harbor par le Japon.

D'ailleurs, même avec la modification du pacte tripartite mentionnée ci-dessus qui n'était pas encore en vigueur, Hitler a choisi de déclarer la guerre aux États-Unis et l'a annoncé au Reichstag, avec l'Italie, le 11 décembre 1941, trois jours après la déclaration de guerre des États-Unis à l'Empire du Japon. Il espérait que, en dépit des rejets précédents, le Japon attaquerait réciproquement l'Union soviétique, cependant, le Japon restait sur sa stratégie de Nanshin en allant au Sud, et non au Nord, et continuera de maintenir une paix fragile avec l'Union soviétique jusqu'en 1945. Néanmoins, la déclaration de guerre de l'Allemagne a encore renforcé les relations entre l'Allemagne et le Japon et démontrait la solidarité entre les deux pays, qui étaient maintenant décidés à coopérer contre les Britanniques. Dans une certaine mesure, les actions du Japon en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique un mois après Pearl Harbor, comme le torpillage du HMS Prince of Wales et du HMS Repulse et l'occupation des colonies britanniques de Singapour et de Hong Kong ainsi que de la Birmanie britannique, sans compter les raids aériens sur l'Australie, ont non seulement donné un coup énorme à l'effort de guerre du Royaume-Uni, mais ont également préoccupé les Alliés, transférant des troupes britanniques, australiennes et américaines de la bataille de l'Atlantique et de la campagne de l'Afrique du Nord contre l'Allemagne vers l'Asie et le Pacifique contre le Japon. Dans ce contexte, d'importantes forces de l'Empire britannique ont été retirées d'Afrique du Nord pour le théâtre Pacifique avec des remplaçants qui étaient relativement inexpérimentés et dispersés. Tirant profit de cette situation, l'Afrika Korps d'Erwin Rommel a attaqué avec succès, seulement six semaines après Pearl Harbor, repoussant les lignes alliées vers l'Est à El Alamein. En fin de compte, l'Allemagne et le Japon ont envisagé une liaison à travers le sous-continent indien tenu par les Britanniques qui serait utilisée pour le transfert des armes, des ressources et plus encore. Après tout, le choix des partenaires commerciaux potentiels était très limité pendant la guerre et l'Allemagne avait énormément besoin de métaux précieux et de caoutchouc alors que les Japonais désiraient des produits industriels, de l'équipement technique, et des produits chimiques.

Sphères d'influence directes de l'Allemagne et du Japon à leur plus grande extension fin 1942. Les flèches montrent les mouvements prévus vers une ligne de démarcation à 70° Est, qui n'a cependant jamais été atteinte.

Avant que l'Allemagne n'ait attaqué l'Union soviétique, les deux pays pouvaient échanger ces matériaux en utilisant le chemin de fer transsibérien, mais après les attaques des sous-marins japonais (« Yanagi »), les Britanniques et les Américains avaient rendu la haute mer vraiment trop dangereuse pour les navires de cargaison. Cependant, étant données les capacités limitées des sous-marins, les regards se sont bientôt tournés vers la Méditerranée, le Moyen-Orient et l'Inde britannique, tous essentiels à l'effort de guerre britannique. Plus important encore, ces régions offraient une liaison entre le Troisième Reich et le Japon capable d'améliorer les possibilités commerciales et permettaient de potentielles opérations militaires communes. En août 1942, l'avance allemande en Afrique du Nord a rendu faisable une offensive contre Alexandrie et le canal de Suez, qui, à leur tour, avaient le potentiel de permettre le commerce maritime entre l'Europe et le Japon par l'océan Indien. D'autre part, face au désastre à la bataille de Midway en juin 1942 et à la perte de quatre porte-avions essentiels, la Marine japonaise décida de poursuivre toutes les possibilités de gagner des ressources pour reconstruire rapidement ses forces. Par conséquent, l'ambassadeur Ōshima à Berlin a reçu l'ordre de soumettre une « liste d'objectifs » étendue demandant l'achat de vastes quantités d'acier et d'aluminium à embarquer d'Allemagne pour le Japon. Le ministre des affaires étrangères allemand Ribbentrop annonça à Tokyo que ce n'était pas possible car de telles ressources étaient essentielles pour la propre industrie de l'Allemagne. Cependant, afin de gagner le soutien japonais pour un nouveau traité commercial germano-japonais, qui devait fixer les droits des compagnies allemandes en Asie du Sud-Est, il a demandé à Adolf Hitler de subvenir au moins partiellement aux demandes japonaises. Cela devait prendre encore cinq mois pour discuter du taux de change entre le reichsmark et le yen et de faire les discussions supplémentaires avec le troisième signataire, le gouvernement italien, jusqu'à ce que le « traité sur la coopération économique » soit signé le 20 janvier 1943.

Le I-8 arrive à Brest en France en 1943, lors d'une mission du "Yanagi" d'échange de personnel et de matériel avec l'Allemagne Nazie.

En dépit de ce traité, les relations économiques envisagées n'ont jamais pu se développer au-delà de l'état de propagande. Ce fut, du moins en partie, en raison de la perte de l'Afrique du Nord par les Allemands et les Italiens au printemps 1943 puisque les Alliés n'ont jamais abandonné leur politique de « priorité à l'Allemagne » tout au long de la guerre en dépit d'un précédent détour de leur attention. Cette politique stipulait que l'Allemagne nazie devait être défaite avant de se concentrer sur le Japon, et ainsi, grâce à leur réseau de communication supérieur, les Alliés, contrairement à l'Axe, pouvaient coordonner conjointement des contre-attaques massives. Celles-ci concernaient trois mouvements décisifs, tous pendant les trois premières semaines de novembre 1942 : 1) la percée britannique sur les positions de Rommel près d'El Alamein, 2) les débarquements américano-britanniques au Maroc et 3) l'offensive Soviétique à Stalingrad. Au début de 1943, la situation stratégique de l'Allemagne avait dramatiquement empiré, mettant de ce fait un terme aux ambitions d'Hitler sur le Moyen-Orient, particulièrement sur les champs de pétrole d'Iran, car la Wehrmacht ne pourrait plus jamais espérer passer l'Égypte et le Caucase. De plus, le Japon ne pourrait pas récupérer de ses pertes navales à Midway et le plan impérial de conquête des Salomon à la porte de l'Australie s'était transformé en une retraite continue pour les Japonais. Plus tard, l'invasion japonaise de l'Inde était déjà à l'arrêt en Birmanie, ce qui rendait toutes opérations décisives communes visant à une convergence sur le sous-continent indien, hormis la flottille de sous-marins allemande « Monsun Gruppe » coopérant avec la Marine japonaise dans l'océan Indien, impossible. Les sous-marins restant le seul lien entre l'Europe nazie et le Japon, le commerce s'est bientôt concentré sur les marchandises stratégiques comme les plans techniques, les armes et autres. Néanmoins, seules 20 à 40 % des marchandises sont parvenues à atteindre l'une ou l'autre destination et seulement 96 personnes ont voyagé en sous-marin de l'Europe vers le Japon et 89 vice versa pendant la guerre et juste six sous-marins réussirent leurs tentatives du voyage transocéanien : I-30 (avril 1942), I-8 (en) (juin 1943), I-34 (octobre 1943), I-29 (novembre 1943), I-52 (mars 1944), et le sous-marin allemand U-511 (août 1943). L'U-234 d'autre part est l'un des exemples les plus populaires d'une mission avortée de Yanagi en mai 1945.

Hiroshi Ōshima, ambassadeur en Allemagne jusqu'en mai 1945.

Face à leurs échecs, les dirigeants japonais et allemands ont commencé de plus en plus à se tromper aux réunions tactiques en exagérant les victoires mineures et en ignorant les pertes. Dans plusieurs entretiens entre le Generaloberst Alfred Jodl et l'Attaché de la Marine japonaise à Berlin, le vice-amiral Naokuni Nomura, Jodl a réduit la valeur des défaites des forces terrestres de l'Allemagne, en déclarant par exemple que l'offensive soviétique serait bientôt à bout de souffle et que « partout où la Wehrmacht peut être envoyée sur terre, elle est sûre de sa force, mais partout où elle est envoyée sur mer, cela devient légèrement plus difficile. » Le Japon, d'autre part, a non seulement échappé à toute divulgation de sa vraie position stratégique dans le Pacifique, mais a également décliné toute ingérence dans les débarquements américains à Vladivostok, qui envoyaient un grand nombre d'hommes et de matériel de Sibérie orientale au front allemand à l'Ouest. Le fait d'être forcé de regarder le renfort continu des troupes soviétiques de l'Est sans aucune intervention japonaise était une épine dans la chair d'Hitler, compte tenu en particulier de l'ignorance apparente du Japon à l'égard de la récente conférence de Casablanca pendant laquelle les Alliés ont déclaré qu'ils n'accepteraient qu'une reddition inconditionnelle de l'Axe. Pendant une réunion privée le 5 mars 1943, le « Führer » s'est mis dans une colère folle et a fait des remarques sur les Japonais comme :

« Ils mentent horriblement, et à la fin toutes leurs représentations sont calculées sur quelque chose qui s'avère être une supercherie après ! »

Pendant que la guerre progressait et que l'Allemagne commençait à battre en retraite, l'Ambassadeur japonais Ōshima n'a jamais fléchi dans sa conviction que l'Allemagne sortirait victorieuse. Cependant, en mars 1945 il a fait un rapport à Tokyo sur le « danger que Berlin ne devienne un champ de bataille » et indiquant sa crainte « que l'abandon de Berlin peut avoir lieu dans un mois ». Le 13 avril, il a rencontré Ribbentrop – pour la dernière fois – il a juré de rester avec les chefs du Troisième Reich dans leur heure de crise mais a dû quitter Berlin sur un ordre direct d'Hitler. Les 7 et 8 mai 1945, le gouvernement allemand s'est rendu aux puissances alliées, Ōshima et son personnel ont été arrêtés et amenés aux États-Unis. Combattant maintenant dans une guerre désespérée, le gouvernement japonais a immédiatement dénoncé la reddition allemande comme un acte de trahison et a interné les quelques individus allemands au Japon et confisqué toutes les propriétés allemandes (telles que des sous-marins). Quatre mois plus tard, le 2 septembre, le Japon a dû signer ses propres actes de reddition.

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Reconstruction des relations et nouveaux intérêts communs[modifier | modifier le code]

Après leur défaite dans la deuxième guerre mondiale, le Japon et l'Allemagne ont été occupés. Tandis que le Japon a pu regagner sa souveraineté avec le traité de San Francisco en 1952 et adhérait aux Nations unies en 1956, l'Allemagne a été coupée en deux États, qui tous les deux ont été fondés en 1949. La République fédérale d'Allemagne (Allemagne de l'Ouest) a restauré ses liens diplomatiques avec le Japon en 1955, la République démocratique allemande en 1973, l'année où les deux États allemands sont devenus membres de l'ONU.

Rapidement, les échanges universitaires et scientifiques ont été renforcé, et en 1974, la Rép. féd. d'Allemagne et le Japon ont signé un accord intergouvernemental sur la coopération dans les domaines de la science et de la technologie, ré-intensifiant les efforts communs des échanges scientifiques et technologiques. L'accord a eu comme conséquence une importante coopération bilatérale depuis lors, généralement concentrée sur la recherche, les sciences de la Terre, les sciences de la vie et la recherche environnementale.

Cinq des chef d'État du 4ème sommet du G7 en 1978 avec le premier ministre japonais Takeo Fukuda et le chancelier allemand Helmut Schmidt respectivement deuxième et quatrième en partant de la gauche.

Les échanges politiques germano-japonais ont encore été intensifié avec les deux pays participant à la création du groupe des six, ou « G6 », comprenant également les USA, le Royaume-Uni, la France et l'Italie en 1975 en réponse à la crise pétrolière de 1973. Le G6 a été bientôt augmenté du Canada et plus tard de la Fédération de Russie, les sommets du G8 se tiennent chaque année depuis lors.

Au cours des années suivantes, les créations, telles qu'en 1985 du « centre germano-japonais » (JDZB) à Berlin et en 1988 de l'« institut allemand pour les études japonaises » (DIJ) à Tokyo, ont contribué à dépasser les simples échanges universitaires et scientifiques entre le Japon et l'Allemagne.

Vers milieu des années 1980, les dirigeants allemands et japonais ont décidé de reconstruire la vieille ambassade japonaise de 1938 à Berlin. Ses restes étaient restés inutilisés après que le bâtiment fut en grande partie détruit pendant la deuxième guerre mondiale. En plus du complexe original, plusieurs changements et extensions ont été faits jusqu'en 2000, comme le déplacement de l'entrée principale à la rue d'Hiroshima, qui a été appelée en l'honneur de la ville japonaise homonyme, et la création d'un jardin japonais traditionnel.

Néanmoins, les relations d'après-guerre entre le Japon et les deux moitiés de l'Allemagne, ainsi qu'avec l'Allemagne unifiée depuis 1990, ont été généralement concentrées sur des questions économiques, et en soi, l'Allemagne, consacrée au libre échange, continue à être le plus grand partenaire commercial du Japon en Europe jusqu'à aujourd'hui. Cette position générale se reflète également dans les « 7 piliers de la coopération » convenues entre le ministre des Affaires étrangères du Japon Yōhei Kōno et le ministre des Affaires étrangères de l'Allemagne Joschka Fischer le 30 octobre 2000 :

  • Pilier 1 : Contribution pour la paix et la stabilité de la communauté internationale
  • Pilier 2 : Consolidation des rapports économiques et commerciaux, sous l'avantage des impulsions de la globalisation.
  • Pilier 3 : Contribution pour une solution aux problèmes globaux, aux fonctions et aux responsabilités sociales.
  • Pilier 4 : Contribution pour la stabilité dans les régions (péninsule coréenne, République populaire de Chine, ex-Yougoslavie, Russie, Asie du Sud, nouveaux États indépendants, région du Moyen-Orient et du Golfe, Amérique centrale et du Sud, Timor oriental, Afrique)
  • Pilier 5 : Davantage de constitution des relations politiques fidèles entre le Japon et l'Allemagne
  • Pilier 6 : Promotion des relations économiques
  • Pilier 7 : Promotion de compréhension mutuelle et des relations culturelles

En 2000, les échanges culturels bilatéraux ont abouti à l'« année du Japon en Allemagne », qui a été alors suivie par l'« année de l'Allemagne au Japon » en 2005/2006.

En 2004, le chancelier allemand Gerhard Schröder et le Premier ministre japonais Jun'ichiro Koizumi sont convenus d'une coopération dans l'aide pour la reconstruction en Irak et en Afghanistan, la promotion des activités d'échange, de la jeunesse, des sports, économiques et la coopération en science, en technologie et universitaire.

Relations actuelles[modifier | modifier le code]

Vers la fin des années 1990 et le début des années 2000, l'Allemagne et le Japon, étant respectivement les deuxièmes et troisièmes plus grands bailleurs de fonds des Nations unies, ont exigé une réforme du Conseil de sécurité et une augmentation du nombre de ses membres permanents. À cette fin, les deux nations se sont organisées avec le Brésil et l'Inde pour former le Groupe des quatre. Le 21 septembre 2004, le G4 a publié un rapport commun soutenant mutuellement la réclamation de chacun aux sièges permanents, ainsi que celle de deux pays africains. Cette proposition a trouvé l'opposition d'un groupe de pays unis pour faire consensus. En janvier 2006, le Japon a annoncé qu'il allait retravailler sa réclamation.

Certaines inefficacités en ce qui concerne la coopération bilatérale entre l'Allemagne et le Japon ont également été reflétées en 2005, quand l'ancien Premier ministre japonais Kiichi Miyazawa a écrit ceci pendant une commémoration du 20e anniversaire du Centre germano-japonais à Berlin :

« Les relations entre l'Allemagne et le Japon sont généralement bonnes et il n'y a aucun problème bilatéral particulier. Il en résulte une certaine indifférence, qui peut être considérée à ce jour comme un problème. »

Le premier ministre japonais Yukio Hatoyama rencontre le président exécutif du Forum économique mondial, l'Allemand Klaus Schwab, en septembre 2009.

Néanmoins, en 2008, le Japon était toujours le deuxième plus grand partenaire commercial de l'Allemagne en Asie après la Chine. En 2006, les importations allemandes en provenance du Japon se sont élevées à 15,6 milliard € et les exportations d'Allemagne vers le Japon à 14,2 milliard € (15,4 % et 9 % respectivement de plus que l'année précédente). En 2008, cependant, les exportations et les importations japonaises vers et de l'Union européenne sont tombées de 7,8 à 4,8 % après une hausse de 5,8 % en 2007 à cause de la crise financière globale. Le commerce bilatéral entre l'Allemagne et le Japon a également diminué en 2008, avec des importations en provenance du Japon ayant chutées de 6,6 % et des exportations d'Allemagne vers le Japon ayant diminuées de 5,5 %. En dépit du fait que le Japon soit le premier partenaire commercial principal de l'Allemagne en Asie après la Chine en 2008, mesuré en termes du total du commerce extérieur allemand, la part du Japon dans les exportations et les importations est relativement faible et bien en deçà du potentiel entre la troisième et la quatrième économie du monde.

Les 14 et 15 janvier 2010, le ministre des affaires étrangères allemand Guido Westerwelle a effectué sa première visite à l'étranger au Japon, se concentrant sur des entretiens avec son homologue japonais, Katsuya Okada, sur les relations bilatérales et les questions globales des deux nations. Westerwelle a souligné ceci :

« Nous voulons apporter notre contribution commune en vue d'assurer que cette décennie soit la décennie du désarmement – pas la décennie de l'armement. »

et les deux ministres ont demandé à leurs ministères d'élaborer les initiatives et les stratégies de désarmement que Berlin et Tokyo pourraient présenter à la communauté internationale ensemble. Surtout en ce qui concerne le programme nucléaire civil iranien, on a également noté que le Japon et l'Allemagne, tous les deux techniquement capables mais qui s'abstiennent à posséder n'importe quelle arme de destruction massive, devraient assumer un rôle principal en réalisant un monde exempt des armes nucléaires et que les sanctions internationales sont considérées comme un instrument approprié de pression. En outre, Westerwelle et Okada ont accepté d'augmenter leur coopération en Afghanistan et d'intensifier le commerce bilatéral en stagnation entre les deux pays. La visite a été conclue par un entretien avec le premier ministre japonais Yukio Hatoyama, avant que le ministre des affaires étrangères allemand ne visite le célèbre sanctuaire Meiji au cœur de Tokyo

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Eberhard Friese: Philipp Franz von Siebold als früher Exponent der Ostasienwissenschaften. = Berliner Beiträge zur sozial- und wirtschaftswissenschaftlichen Japan-Forschung Bd. 15. Bochum 1983 ISBN 3-88339-315-0
  2. « Siebold-Preis », Tokyo.daad.de (consulté le 9 February 2010)
  3. Bert Edström, Bert. (2000). The Japanese and Europe: Images and Perceptions, p. 101.
  4. Louis M. Cullen. A history of Japan 1582–1941: internal and external worlds (2003 ed.). Cambridge University Press. ISBN 0521529182
  5. Gernman Consulate General Osaka-Kobe: 150 Years Germany-Japan: Friendship with Future
  6. Masako Hiyama: „Max von Brandt (1835–1920)“. In: Brückenbauer. Pioniere des japanisch-deutschen Kulturaustausches. iudicium, Berlin 2005. ISBN 3-89129-539-1
  7. Adachi Yoshio 阿達義雄. Kaishō Suneru to Boshin Niigata kōbōsen 怪商スネルと戊辰新潟攻防戦. Niigata: Toyano Shuppan 鳥屋野出版, 1985.
  8. Keene, Donald (2005). Emperor of Japan: Meiji and His World, 1852–1912. Columbia. ISBN 0-231-12340-X; p. 142
  9. Georg Kerst: Jacob Meckel. Sein Leben, sein Wirken in Deutschland und Japan. Musterschmidt, Göttingen 1970
  10. Welch, Claude Emerson. (1976). Civilian Control of the Military: Theory and Cases from Developing Countries. Albany: State University of New York Press. 10-ISBN 0-873-95348-7; 13-ISBN 978-0-873-95348-1, p. 161
  11. Lone, Stewart (2000). Army, Empire, and Politics in Meiji Japan: The Three Careers of General Katsura Taro. Palgrave Macmillan. ISBN 0312232896
  12. Sims, Richard. Japanese Political History Since the Meiji Renovation 1868–2000. Palgrave Macmillan. ISBN 0312239157
  13. Mori Ôgai. A Bibliography of Western-Language Materials. Compiled by Harald Salomon. Incorporating the Findings of Rosa Wunner in Japonica Humboldtiana 2 (1998), Wiesbaden: Harrassowitz Verlag, 2008. 178 S., 1 Abb. (Izumi 10)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • Hübner, Stefan (2009) Hitler und Ostasien, 1904 bis 1933. Die Entwicklung von Hitlers Japan- und Chinabild vom Russisch-Japanischen Krieg bis zur "Machtergreifung" [Hitler and East Asia, 1904 to 1933. The Development of Hitler’s Image of Japan and China from the Russo-Japanese War to the "Coming to Power"], in OAG-Notizen 9/2009, 22–41.
  • Ishii, Shiro et al. (ed.): Fast wie mein eigen Vaterland: Briefe aus Japan 1886–1889. [Almost as my own Motherland: Letters from Japan]. München: Iudicium 1995.
  • Kreiner, Josef (ed.). (1984) Deutschland – Japan. Historische Kontakte [Germany – Japan. Historical Contacts]. Bonn: Bouvier.
  • Kreiner, Josef (ed.). (1986) Japan und die Mittelmächte im Ersten Weltkrieg und in den zwanziger Jahren [Japan and the Central Powers in World War I and the 1920s]. Bonn: Bouvier.
  • Kreiner, Josef and Regine Mathias (ed.). (1990) Deutschland–Japan in der Zwischenkriegszeit [Germany – Japan in the inter-war period]. Bonn: Bouvier.
  • Pantzer, Peter und Saaler, Sven: Japanische Impressionen eines Kaiserlichen Gesandten. Karl von Eisendecher im Japan der Meiji-Zeit/明治初期の日本 - ドイツ外交官アイゼンデッヒャー公使の写真帖より (A German Diplomat in Meiji Japan: Karl von Eisendecher. German/Japanese). München: Iudicium, 2007.
  • Presseisen, Ernst L. (1958) Germany and Japan – A Study in Totalitarian Diplomacy 1933–1941. The Hague: Martinus Nijhoff.
  • Martin, Bernd and Gerhard Krebs (eds.). (1994) Formierung und Fall der Achse Berlin–Tôkyô [Construction and Fall of the Berlin–Tôkyô Axis]. Munich: iudicium.
  • Martin, Bernd. (2001) Deutschland und Japan im Zweiten Weltkrieg 1940–1945, Vom Angriff auf Pearl Harbor bis zu deutschen Kapitulation Nikol Verlagsgesellschaft mdH & Co. KG, Hambourg.
  • Spang, Christian W. et Rolf-Harald Wippich (eds.). (2006) Japanese–German Relations, 1895–1945. War, Diplomacy and Public Opinion (ISBN 0-415-34248-1). Londres, Routledge.

Articles conenxes[modifier | modifier le code]