Relations entre l'Allemagne et l'Autriche

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Relations entre l'Allemagne et l'Autriche
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Il a existé, pendant plusieurs siècles, une longue rivalité entre la Prusse et l'Autriche, les deux plus grands États au sein du Saint-Empire romain germanique, pour prendre le contrôle de celui-ci. Si la monarchie autrichienne tend à imposer, de plus en plus souvent, un Habsbourg comme empereur du Saint-Empire, c'est le Royaume de Prusse qui parviendra à réaliser l'unité allemande.

Des territoires en expansion[modifier | modifier le code]

Les territoires de la Confédération germanique en 1820.
C'est sous Charles VI que le territoire des Habsbourg s'agrandit le plus

À partir de 1740, les deux plus grands complexes territoriaux de l'Empire — à savoir les possessions héréditaires des Habsbourg et le Brandebourg-Prusse — se détachent de plus en plus de l'Empire[1]. Après sa victoire sur les Turcs, l'Archiduché d'Autriche conquiert de grands territoires en dehors de l'Empire, ce qui a automatiquement repoussé le centre de la politique habsbourgeoise vers le sud-est, ce qui sera surtout visible sous le règne des successeurs de Léopold Ier. Il en va de même pour le Brandebourg-Prusse dont une grande partie du territoire se trouve en dehors de l'Empire. En plus de la rivalité croissante, il existe cependant des changements de pensée.

Si un titre ou une position dans la hiérarchie de l'Empire et dans la noblesse européenne étaient importants pour le prestige d'un souverain avant la Guerre de Trente Ans, cette situation change par après. Seul un titre royal est important au niveau européen[1]. D'autres facteurs entrent à présent également en jeu comme la grandeur du territoire ou la puissance économique et militaire. Désormais le pouvoir qui compte vraiment est celui qui peut être quantifié grâce à ces nouveaux facteurs. D'après les historiens, ceci est une conséquence à long terme de la Guerre de Trente Ans pendant laquelle les titres et les positions juridiques n'ont presque plus joué de rôle, en particulier pour les états impériaux les plus petits. Seuls les impératifs guerriers ont compté.

Le Brandebourg-Prusse et l'Archiduché d'Autriche n'entrent donc plus dans le cadre de l'Empire et cela non seulement du fait de leur grandeur territoriale mais aussi du fait de leur constitutionnalité. Les deux territoires sont devenus des États. Il est par exemple difficile dans le cas de l'Autriche de ne pas la différencier du Saint-Empire[2]. Tous deux ont réformé leurs pays et brisé l'influence des états provinciaux. Les territoires conquis se doivent désormais d'être administrés et protégés de manière judicieuse et une armée doit être financée. Les plus petits territoires restent exclus de ces réformes. Un souverain qui aurait voulu mettre des réformes de cette ampleur en œuvre serait inéluctablement entré en conflit avec les tribunaux impériaux, étant donné que ceux-ci soutenaient les états provinciaux dont les privilèges auraient été attaqués par le souverain en question. En tant que souverain autrichien, l'empereur n'a naturellement pas à craindre le Conseil aulique comme les autres souverains peuvent le craindre puisqu'il le préside. À Berlin, on ne se préoccupe pour ainsi dire pas des institutions impériales. L'application des jugements aurait été effectivement impossible. Ces deux modes de réaction face aux institutions contribuent également à l'isolement par rapport à l'Empire.

Des territoires en conflit[modifier | modifier le code]

Soldats prussiens à la bataille de Mollwitz lors de la première guerre de Silésie

La rivalité que l'on appelle dualisme austro-prussien donne lieu à plusieurs guerres[3]. La Prusse remporte les deux Guerres de Silésie et obtient la Silésie tandis que la guerre de Succession d'Autriche s'achève en faveur de l'Autriche. C'est Charles VII, membre de la famille des Wittelsbach, qui avec l'appui de la France monte sur le trône après cette guerre de succession en 1742[4]. Toutefois, ce dernier ne parvient pas à s'imposer et à sa mort en 1745, les Habsbourg-Lorraine montent de nouveau sur le trône en la personne de François Ier, l'époux de Marie-Thérèse.

Ces conflits comme la guerre de Sept Ans sont désastreux pour l'Empire. Les Habsbourg, contrariés par l'alliance de nombreux états impériaux avec la Prusse et par l'élection d'un empereur n'étant pas un Habsbourg, misent encore plus qu'avant sur une politique concentrée sur l'Autriche et sa puissance. Les institutions de l'Empire sont devenues les scènes secondaires de la politique de puissance et la constitution de l'Empire est loin d'être en phase avec la réalité. À travers l'instrumentalisation de la Diète d'Empire, la Prusse essaie d'atteindre l'Empire et l'Autriche. L'empereur Joseph II se retire alors presque entièrement de la politique impériale[5]. Joseph II avait essayé de mettre en place une réforme des institutions de l'Empire, en particulier de la Chambre impériale de justice, mais il rencontre vite la résistance des états impériaux qui se détachent de l'Empire. En faisant cela, ils empêchent la Chambre de s'immiscer dans leurs affaires intérieures. Joseph II abandonne.

Cependant, on peut souligner le fait que Joseph II agit de manière malheureuse et brusque. La politique de Joseph II, centrée sur l'Autriche pendant la Guerre de Succession de Bavière en 1778 et 1779, et la solution de paix de Teschen, lancée sur l'initiative des puissances étrangères comme la Russie, se révèlent désastreuses pour l'Empire. En effet, lorsque la lignée bavaroise des Wittelsbach s'éteint en 1777, Joseph voit la possibilité d'incorporer la Bavière aux territoires des Habsbourg et ainsi de renforcer son pouvoir[6]. Sous la pression massive de Vienne, l'héritier de la lignée palatine des Wittelsbach, le prince-électeur Charles Théodore de Bavière, consent à un traité cédant des parties de la Bavière. On suggère alors à Charles Théodore qui avait accepté l'héritage contre son gré l'idée d'un futur échange avec les Pays-Bas autrichiens[6]. Joseph II occupe à la place les territoires bavarois afin de mettre Charles Théodore devant le fait accompli et s'arroge en tant qu'empereur un territoire d'Empire. Frédéric II s'y oppose, passant ainsi pour le protecteur de l'Empire et des petits états impériaux et se hissant ainsi au rang de « contre-empereur ». Les troupes prussiennes et saxonnes marchent sur la Bohême.

Lors du traité de Teschen du 13 mai 1779 préparé par la Russie, l'Autriche reçoit certes l'Innviertel, une région au sud-est de l'Inn, qui lui était promis mais l'empereur fait figure de perdant[6]. Pour la seconde fois depuis 1648, un problème interne à l'Allemagne est réglé grâce à l'aide de puissances extérieures. Ce n'est pas l'empereur qui apporte la paix dans l'Empire mais la Russie qui, parallèlement à son rôle de garante de la paix de Teschen, avait été la garante des traités de Westphalie et était ainsi devenue l'un des protecteurs de la constitution de l'Empire. L'Empire s'était désassemblé de lui-même. Même si Frédéric II fait figure de protecteur de l'Empire[7], il n'a pas pour projet de le protéger et de le consolider mais au contraire d'affaiblir l'empereur et à travers lui la structure de l'Empire, ce à quoi il parvient[8]. Le concept d'une tierce Allemagne né de la crainte des petits et moyens états impériaux de devenir l'instrument des plus grands échoue à cause de l'éternelle opposition confessionnelle entre les différents états. Quelques années plus tard, Napoléon donne le coup de grâce à un Empire qui ne présente plus de force de résistance.

Lutte d'influence au sein de la Confédération germanique[modifier | modifier le code]

Carte de la Confédération germanique en 1820 ; les deux puissances principales, le royaume de Prusse (en bleu) et l'empire d'Autriche (en jaune), n'étaient pas totalement encloses dans les frontières de la Confédération (en rouge).
Article détaillé : Confédération germanique.

La confédération a été créée à la suite du congrès de Vienne, le 9 juin 1815, après la chute de Napoléon Ier. Suite à la répression des révolutions de 1848 et à l’effondrement du parlement national de Francfort, Frédéric-Guillaume IV de Prusse propose une union allemande reposant sur un collège des princes dont il assurerait la présidence. Certains États dont l’Empire d'Autriche et le Royaume de Bavière vont s’y opposer. En mars 1849 se tient la première réunion de l’union allemande. L’ancienne diète de la Confédération germanique, sans les représentants des États de l’union, sera convoquée par l’Autriche en septembre de la même année.

L’époque est marquée par une tension croissante entre les deux grandes puissances allemandes de l'époque, l'Empire d'Autriche et le Royaume de Prusse, quant à la domination sur la Confédération. Cette tension mène les deux puissances au bord du conflit, mais la Prusse recule et signe le traité d'Olmütz, en 1850, Frédéric-Guillaume IV de Prusse, malgré les mouvements nationalistes allemands qui le poussent à prendre la tête de l’Allemagne unifiée, y renonce face à l’opposition de l’Autriche. Qualifié de « reculade », ce traité d’Olmutz voit la Prusse renoncer à son rêve d’union nationale et accepter l'hégémonie de l’Autriche au sein de la Confédération germanique et l’abrogation des Libertés fondamentales[9].

Plusieurs guerres auront lieu entre la Confédération et le Danemark sur la question de la souveraineté des duchés du Slesvig et d’Holstein, qui appartiennent au Danemark mais dont la population est majoritairement composée d’allemands. La Prusse va intervenir en 1848. Des armistices seront finalement signés sous les pressions russes, françaises et britanniques[10].

Une constitution commune au Danemark et aux duchés du Slesvig et d’Holstein va être adoptée. Une force austro-prussienne va intervenir le premier février 1864. À la suite de leur victoire, les deux puissances ne vont pas se mettre d’accord malgré la proposition de Bismarck de mettre le Slesvig sous administration prussienne, l’Holstein sous administration autrichienne. Le Lauenburg sera incorporé à la Prusse moyennant indemnité à l’Autriche.

Les Prussiens n’abandonnent pas pour autant leur projet d’union nationale centrée autour de la Prusse. De nombreux nationalistes allemands estiment que seule la Prusse, le plus grand et le plus puissant État de la Confédération, pourra réaliser l’unité allemande : l’Autriche, perçue comme nettement plus conservatrice, ne faisait, en plus, pas partie du Zollverein et seule sa partie allemande faisant partie de la Confédération germanique.

Grâce à la puissance du militarisme prussien et au génie diplomatique de Bismarck, la Prusse finira par réaliser l’unité allemande. Bismarck était convaincu que l’unité nationale devait se faire en excluant l’Autriche de son projet. Il fit tout pour exclure l’Autriche sur le plan international. Après s’être assuré de la neutralité de la France et du soutien passif de la Russie, Bismarck accumule les provocations pour pousser l’Autriche à la guerre. Presque tous les États se rangent aux côtés de l’Autriche, seuls quelques États du nord de l’Allemagne s’allient à la Prusse, mais les Autrichiens sont écrasés par l’armée prussienne à la bataille de Sadowa. L’Autriche accepte la dissolution de la Confédération germanique et son éviction d’Allemagne[11]. La Prusse obtient sa revanche de l’humiliation d’Olmutz. L’Autriche va laisser à la Prusse les duchés danois et accepter le démantèlement de la Confédération. L’Union de l’Allemagne du nord sera créée en 1866 et se dotera d’une constitution le 26 juillet 1867.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean Schillinger, op. cit., p.142.
  2. Jean Schillinger, op. cit., p.136.
  3. Jean schillinger, op. cit., p.132.
  4. Jean Schillinger, op. cit., p.131.
  5. Fred E. Schrader, L'Allemagne avant l'État-nation. Le corps germanique 1648-1806, Paris, 1998, p.33.
  6. a, b et c Joseph Rovan, op. cit., p.415.
  7. Jean schillinger, op. cit., p.143.
  8. Jean Schillinger, op. cit., p.144.
  9. Ernest Weibel, Mille ans d’Allemagne. Histoire et géopolitique du monde germanique, Ellipses, Paris, 2007, p. 486-489.
  10. Ibid., pp. 490-492.
  11. Ibid., pp. 492, 496-499.