Second Empire bulgare

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Second Empire bulgare
Втора българска държава

1186 – 1371

Blason
Description de cette image, également commentée ci-après

Le second Empire bulgare et ses états héritiers au XIVe siècle

Informations générales
Statut Tsar
Capitale Tarnovo
Vidin
Sredets
Langue Bulgare (majoritaire), Valaque, Grec (sur les côtes)
Religion Orthodoxe, Bogomile







Tsar

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le Second Empire bulgare était une monarchie médiévale des Balkans, nommée dans les documents de son temps Regnum Bulgarorum et Blachorum (et son souverain rex Bulgarorum et Blachorum : „roi des Bulgares et des Valaques[1]), mais que l’historiographie moderne bulgare et, à sa suite, internationale, désignent comme „Second État Bulgare” ou, plus simplement „Bulgarie”. En fait, cet état multi-ethnique s’étendait non seulement sur l’actuelle Bulgarie (sauf le littoral) mais aussi sur l’actuelle Roumanie (Valachie), en Macédoine, Grèce septentrionale et Serbie orientale.

Prémisses[modifier | modifier le code]

Après avoir conquis la Bulgarie, le basileus byzantin Basile II permit à la noblesse bulgare et valaque de conserver ses privilèges et à l’archevêché d'Ohrid d’être autonome[2]. Selon Anne Comnène, lorsque les Coumans attaquent l’Empire byzantin en 1094, le valaque Pudilă vint à Constantinople avertir l’empereur que les barbares étaient en train de passer les Monts Haemus. En 1166, le basileus, Manuel Comnène recruta ces mêmes valaques pour arrêter une invasion hongroise. Mais ultérieurement, sous le règne d’Isaac II Ange, l’accroissement des impôts, des corvées et de la conscription provoqua, selon Anne Comnène, Nicétas Choniatès et Jean Skylitzès, plusieurs révoltes des Valaques des Balkans, menées successivement par Drăgaș, par Niculiță Delfinul (Νικουλιτζάς Δελφινάς dans les sources) puis, en 1185, par trois frères valaques : Asan, Ioaniţă Caloian et Petru Deleanu (Επανάσταση του Πέτρου Δελεάνου dans les sources[3]) dont les revendications avaient été repoussées avec morgue par l’empereur Isaac II Ange. Ces révoltes valaques sont appelées „Révoltes bulgares contre l’Empire byzantin (1040-1041)” par l’historiographie moderne bulgare et, à sa suite, internationale.

En peu de temps les insurgés prennent le contrôle des régions formant les actuelles Bulgarie, Macédoine et Serbie orientale : seules la Dobrogée et la côte de la Mer Noire demeurent hors de leur portée. La réaction de l’Empire reste faible au début. Toutefois à partir de l’été 1186, après quatre campagnes dont deux dirigées par lui-même, l’empereur Isaac II Ange inflige plusieurs défaites aux Valaques et les repousse parmi leurs semblables de Valachie, au nord du Danube, où Pierre et Assène (Asan) lèvent de nouvelles troupes et obtiennent en plus l'alliance des Coumans. Avec ces armées, ils envahissent la Thrace en 1187. Un premier détachement sous les ordres du boyard Dobromir, beau-frère de Pierre, se dirige ensuite vers la Macédoine et un second vers la Thrace orientale. L’empereur Isaac II Ange qui avait regroupé ses troupes à Serdica en 1188 comprend très vite qu’il ne pourra pas venir à bout des révoltés et commence des négociations. Un accord est signé à Loutch en 1186, à la suite duquel il est détrôné et remplacé par un nouvel empereur : Alexis III[4].

Fondation[modifier | modifier le code]

L’empire byzantin reconnaît la souveraineté de la famille des Assénides sur la Mésie soit le territoire situé entre le Danube et les Balkans : en contrepartie, le troisième des frères, nommé Caloian est envoyé comme otage à Constantinople. Petru Deleanu (en bulgare Petăr, en français Pierre) ceint la couronne du nouvel état, adoubé par le pape Urbain III qui espère convertir le pays au catholicisme. L'indépendance du royaume est reconnue. Dans l’historiographie bulgare moderne, le prénom de Petăr est présenté comme un hommage au tsar Petăr Ier fils de Siméon Ier, que plus tard son frère Calojean revendiquera comme l’un de ses « ancêtres » dans ses échanges avec le Pape Innocent III[5]. L’étendue territoriale du Second Empire Bulgare dépasse dès son origine la Mésie : à cheval sur le Bas-Danube et les Balkans, le nouvel état va de l’Épire aux Bouches du Danube, des Carpates méridionales au Rhodope, et des Portes de Fer aux portes d’Andrinople (qui reste byzantine), avec une population pluriethnique : les Slaves dominant en plaine, les Valaques sur les piémonts, et les Grecs sur les côtes. De ce fait, l’historiographie roumaine considère cette monarchie comme « bulgaro-roumaine », tandis que l’historiographie bulgare la considère comme un royaume bulgare au sens national actuel du terme[6]. En fait, exceptés ceux de Valachie, de Banat et de Dobrogée, les romanophones du Second Empire Bulgare, dits « Valaques », n’étaient pas des Roumains mais des Aroumains, ou plus précisément ce qu'on appellera Aroumains ensuite (car la différenciation linguistique entre les Roumains et les Aroumains date du tournant des XIIe ‑ XIIIe siècles).

Pierre-Théodore et Ioannice Assène règnent une dizaine d'années, avant de périr assassinés en 1196 et 1197. Jean Calojean leur succède.

Le développement du « Royaume des Bulgares et des Valaques »[modifier | modifier le code]

Le royaume des Bulgares et des Valaques sous Jean Calojean (début du XIIIe siècle)

Durant le règne de Jean Calojean (1197-1207, dit « Joanisse, roi de Blaquie et de Bougrie » par Geoffroi de Villehardouin[7]) la Quatrième croisade détruit la puissance byzantine en 1204 : Constantinople devient le siège d'un Empire latin d'orient. Baudouin VI de Hainaut qui avait été proclamé empereur à Constantinople tente de conquérir le royaume, mais Calojean l'écrase et le fait prisonnier à Andrinople en avril 1205. La rançon n'étant pas payée, Baudouin mourra en captivité. Calojean mourut assassiné en 1207 par un mercenaire couman alors qu'il assiégeait Thessalonique tombée entre les mains des Croisés. Lors de la 3e Croisade, comme son voisin serbe Stefan Nemanja, le tsar Pierre IV offre en vain son aide à l’empereur germanique d’occident Frédéric Ier Barberousse en contrepartie de la reconnaissance de leurs titres. Après le passage des croisés, l’empereur d’orient Isaac II envisage d’attaquer de nouveau le Royaume des Bulgares et des Valaques.

En 1189, Pierre IV proclame son frère cadet Ioan Assène corégent pendant qu’il ne se réserve que le nord-est du pays avec Preslav comme centre. Les deux frères règnent en harmonie bien que le rôle principal incombe désormais à Ioan.

En 1196 Ioan est poignardé à Tarnovo par le boyard Ivanko. À l’automne 1197 Pierre IV est à son tour tué dans des circonstances similaires.

Le royaume des Bulgares et des Valaques sous Ivan Assen/Ioan Asan II.

Sous le règne de son successeur - l'usurpateur Boril - le pope Bogomil prêcha l'hérésie qui lui porte le nom bogomilisme. Boril - qui avait chassé les héritiers légitimes de Calojean : Alexandre et Ivan Assen/Ioan Asan II - réprima durement les bogomiles, s'aliénant tant la noblesse que le peuple. De ce fait il dut faire face à une conjuration de boyards, qu'il vainquit à Vidin grâce à l'aide des Magyars, des Valaques de Transylvanie et des Pétchénègues, dirigés par le voïvode Joachim. En 1217 cependant, ses ennemis appelèrent l'héritier légitime Ivan Assen/Ioan Asan II. Celui-ci, avec l'aide des Brodniks (un peuple slave de l'actuelle Moldavie allié aux Coumans) vainquit, détrôna et aveugla Boril, qui fut enfermé ensuite dans un monastère.

Les campagnes militaires d'Ivan Assen/Ioan Asan II.

Sous le règne de Ivan Assen/Ioan Asan II (1218-1241), le royaume es Bulgares et des Valaques parvint à son apogée. Les arts et la culture connaissent un grand essor, comme en témoignent, entre autres, les fresques du monastère de Boiana près de Sofia, de nombreuses églises, ainsi que le palais de Tarnovo sur la colline de Tsarevets. À cette époque le royaume possédait l'accès à trois mers : la mer Noire, la mer Égée et la mer Adriatique[8]. Sur le plan architectural, Ivan Assen/Ioan Asan II conféra à la capitale Tarnovo son aspect monumental en consolidant les fortifications, en construisant des édifices religieux et des églises, dont la plus importante est celle des Quarante martyrs. Sur le plan économique, Ivan Asen II encouragea le commerce, accorda des privilèges à la république de Dubrovnik (vers 1230) et frappa monnaie en or et en bronze.

En 1219/1221, Ivan Assen II épousa Anne-Marie, fille d'André II de Hongrie (qui lui apporta en dot les villes de Belgrade et de Braničevo). Il entretint de bonnes relations avec l'Empire latin de Constantinople et avec la papauté, et déploya une politique habile et équilibrée, en alternant les démarches diplomatiques et les campagnes militaires bien ciblées. C'est à cette époque que lui est conféré par la papauté l'écu fascié de 12 bandes or et gueules frappé de deux pattes de loup croisées signifiant « Amitié et alliance de deux nations »[9].

Vers 1229-1230, il renforça l'influence bulgare sur l'Empire latin de Constantinople, formant le projet d'une alliance matrimoniale, offrant la main de sa fille Hélène à l'empereur Baudouin II de Courtenay. Ce projet contraria le despote d'Épire et empereur byzantin de Thessalonique Théodore Ier Ange Doukas Comnène qui envahit l'État assénide, mais subit une écrasante défaite à Klokotnica/Clocotniţa le 9 mars 1230. Théodore Ange fut fait prisonnier. À la suite de cette victoire, le royaume des Bulgares et des Valaques instaura son hégémonie militaro-politique dans les Balkans. La Serbie entra également sous l'influence du tsar Ivan Asen II, le roi Stefan Vladislav étant son beau-fils.

Mais le projet d'alliance matrimoniale avec Baudouin II de Courtenay échoua, bien que le tsarat se trouvait encore en communion avec l'Église de Rome, qui jugeait cependant le souverain trop tolérant par rapport aux bogomiles. Ivan Asen II se rapprocha alors de l'Empire de Nicée. En réaction, la papauté le déclara schismatique, et initia contre lui des campagnes militaires hongroises et latines en 1230 et 1238. En 1230, Ivan Assen II perdit le contrôle d'une partie de la région d'outre Danube (l'actuelle Olténie), qui fut réorganisée par la Hongrie sous la forme du banat de Sévérin. La région de l'Argeş, en revanche, reste sous contrôle d'Ivan Assen/Ioan Asan II, avec la cité de Târgovişte.

En 1232, Ivan Assen/Ioan Asan II rompit officiellement ses relations avec Rome. En 1235, au concile de Lampsaque, en Asie Mineure, il obtint la reconnaissance du rang patriarcal pour l'Église de Tarnovo de la part du patriarche œcuménique en exil à Nicée. Le tsar installa Joachim Ier à la tête de ce patriarcat. En 1235-1236, le royaume s'allia avec l'Empire de Nicée dirigé par Jean III Doukas Vatatzès afin de combattre l'Empire latin de Constantinople. Après le décès de son épouse Anne-Marie, Ivan Assen II épousa, en secondes noces, Irène Comnène, fille de son captif Théodore Ier Ange Doukas Comnène.

Déclin[modifier | modifier le code]

Le temps des boyards et le passage de la Horde d'Or[modifier | modifier le code]

Ivan Assen/Ioan Asan II mourut en 1241. Une conjuration de boyards assassina son fils mineur ainsi que son frère Mihail Assen. En 1242, les raids tatars et mongols frappèrent durement le royaume des Assénides, au retour de leur grande invasion en Occident, et obligent le royaume des Bulgares et des Valaques à payer tribut à la Horde d'or dirigée par Djötchi. La dynastie des Assénides régnera encore une quarantaine d'années, avant d'être remplacée par la dynastie des Terter : dès lors, on ne parle plus de « Royaume des Bulgares et des Valaques » mais de Bulgarie au sud du Danube (voire de Bulgaries au pluriel, lorsque l'état se fragmenta) et de Valachie au nord.

Georges Terter, boyard bulgare d’origine coumane, est élu tsar par ses pairs qui refusent de reconnaître le roi Ivan Assen III, son beau-frère, qui avait été imposé par l’empereur Michel VIII Paléologue. Le nouveau tsar adopte une politique anti-byzantine et soutient Charles d’Anjou dans son offensive contre l’Empire byzantin. Mais lorsque son allié se retire des Balkans, Georges Ier Terter doit faire la paix avec les Serbes puis signer un traité de paix avec Constantinople, en 1284. L’année suivante la Bulgarie doit faire face à un retour offensif des Mongols qui envahissent de nouveau le pays. Georges Ier Terter doit se reconnaitre leur vassal, donner sa seconde fille comme épouse au fils de Nogaï et envoyer son fils Théodore Svetoslav comme otage à la cour du khan. L’impuissance du tsar provoque le démembrement du pays, plusieurs boyards décidant de se proclamer indépendants. Lors d’une nouvelle attaque des mongols en 1291 Georges Ier Terter, qui avait en fait perdu le contrôle de son pays, se réfugie à Constantinople. Après le retrait des Tatars de Nogaï (dits Nogays), l'Empire byzantin reprend le contrôle des côtes de la Mer Noire jusqu'aux bouches du Danube.

La Bulgarie et ses voisins en 1307 à l'époque de Todor Svetoslav.

Le boyard Smiletz qui s'était rendu indépendant, est nommé tsar de Bulgarie (1292-1298) par le Khan des Mongols et des Tatars, Nogaï. Son règne très court correspond à une période pendant laquelle la Bulgarie est vassale de Nogaï. Toutefois, grâce à la parenté de son épouse avec l'empereur byzantin, Smiletz peut maintenir la paix avec ce dernier. À sa mort, sa femme tente de prendre la tête du pays et lutte désespérément pour sauvegarder les droits de son jeune fils Ivan, mais elle doit renoncer face aux prétentions de Tchaka (tsar de 1299 à 1300) et de Théodore Svetoslav.

Fils du tsar Georges Ier Terter, Todor Svétoslav (tsar de 1300 à 1322) a été otage à Constantinople puis à la cour de la Horde d'or : il connaissait donc très bien les deux puissances du sud et du nord, entre lesquelles se jouait le sort de son pays. Un an après le couronnement de son beau-frère Tchaka, il le capture, le fait emprisonner puis étrangler. Il étend ensuite progressivement son pouvoir jusqu'aux rives du Dniestr, sur les « valachies » du nord du Danube, occupant l’espace laissé libre par le reflux des Mongols. Il intervient, également, en Thrace du Nord et occupe les ports byzantins de la Mer Noire et des bouches du Danube. Il signe en 1307 la paix avec Byzance, qui reconnaît ses conquêtes. À sa mort en 1322, son fils Georges II Terter lui succède pour un an (tsar de 1322 à 1323) et meurt sans descendance. À ce moment, la cité Târgovişte, capitale de la marche de l'Argeş au nord du Danube, passe sous contrôle du royaume de Hongrie : la Bulgarie n'a dès lors plus de territoires au-delà de fleuve.

Michel III Chichman Assen est alors élu tsar de Bulgarie (1323-1330). Il est le fils d'un boyard de la région de Vidin et, par sa mère, il se rattache à la dynastie des Assénides. Il prend part au conflit entre Andronic III Paléologue (son beau-frère, qu'il soutint en échange de son aide contre les Serbes) et Andronic II Paléologue. Après la mort de ce dernier, Michel Chichman renie ses engagements et envahit la Thrace du nord, en juin 1328, avec une armée de Bulgares et de Mongols. Finalement, Michel Chichman jugea prudent de signer à Andrinople, en 1330, un traité de non agression avec Byzance, mais il est tué la même année, lors de la défaite bulgare de Kyoustendil (23 juillet 1330) contre les armées serbes de Stefan Uroš III Dečanski. Byzance en profite pour reprendre une dernière fois le contrôle des ports de la Mer Noire et des bouches du Danube, tandis que la marche d'Argeş devient indépendante de la Hongrie à la bataille de Posada, réunissant à elle le banat de Sévérin et la rive droite du Danube de Silistra à Vicina. Stefan Uroš III Dečanski chasse la reine Théodora Paléologue du trône bulgare et impose comme tsar son neveu Ivan Stefan (1330-1331), fils de Michel IV Chichman et de Anna Neda. Celui-ci ne reste au pouvoir que huit mois, avant le coup d'État des boyards de Tarnovo.

Ivan Alexandre était le fils d'un boyard et de la sœur de Michel III Chichman. À son arrivée au pouvoir, il était des relations pacifiques avec le nouveau roi des serbes Stefan Uroš IV Dušan. Bien qu'affaibli par la domination tatare, le royaume connaîtra une dernière période brillante sous le long règne (1331-1371) de ce tsar. La première période de son règne (1331-1364) est une réussite avec la reconquête des territoires qui avaient été perdus en Thrace, le long du Danube et de la Mer Noire, et dans les Rhodopes. La seconde période (1365-1371) est marquée par les défaites contre Amédée VI de Savoie qui se dirige vers la Mer Noire (1366-1367), où le despotat de Dobrogée s'émancipe, et contre le Royaume de Hongrie qui envahit la région de Vidin (1365-1369). Les relations avec l'Empire byzantin continuent à être belliqueuses. Tout à la fin de son règne, le royaume d'Ivan Alexandre est touché par l'expansion de l'Empire ottoman face auquel il perd une partie importante de ses possessions dans les Rhodopes et en Thrace.

La dislocation en petits royaumes[modifier | modifier le code]

Les États bulgares au milieu du XIVe siècle
La Bulgarie après 1371.

Conformément aux dispositions prises par leur père Ivan Alexandre, royaume est partagé entre ses fils, Ivan Stratzimir héritant du petit tsarat de Vidin, et Ivan Chichman de celui de Tarnovo. Après la chute de la dynastie des Terter, en 1322, le boyard bulgare Balko, issu de cette dynastie, s'était progressivement approprié le pouvoir en Dobrogée. Il fonde le despotat de Dobrogée (en bulgare Dobroudja, en roumain Dobrogea). Son frère Dobrotitch se comporte comme un égal des tsars de Bulgarie et Ivan Alexandre le reconnaît comme souverain de la Dobrogée. Ivanko et Dobrotitsa, fils et successeurs de Dobrotitch, sont confrontés aux coups de l'Empire ottoman qui s'empare du sud de leur pays en 1394, tandis que le joupan Démétrios constitue une principauté de Vicina au nord, vassale, puis partie (1401) de la principauté de Valachie, qui contrôlait déjà le nord des bouches du Danube (bras de Chilia) depuis 1328. Pour finir, l'Empire ottoman conquiert l'ensemble de la Dobrogée en 1421-1428[10]. Ainsi, le Royaume des Bulgares et des Valaques finit fragmenté en plusieurs petits états en 1371, certains à majorité bulgare (tzarats de Vidin et de Tărnovo), d’autres à majorité valaque (voïvodats de Valachie), d'autres multiethniques (despotats de Macédoine, de Grèce septentrionale et de Dobrogée). Trop faibles pour opposer une résistance réelle, ces petits états tombent l'un après l'autre sous la domination de l'Empire ottoman à la fin du XIVe siècle.

Historiographie[modifier | modifier le code]

Le « Regnum Bulgarorum et Valachorum », qui selon toutes les sources primaires, byzantines ou latines, était un état multi-national aux souverains d'origine valaque mais bulgarisés et hellénisés, où l'on utilisait comme linguae francae aussi bien la latin, le grec que le slavon, est peu présent dans l'historiographie moderne. Ce sujet d'étude, instrumentalisé à l'époque communiste dans le cadre de la promotion de la Grande amitié prolétarienne bulgaro-roumaine sous le nom de Tzarat bulgaro-roumain, a souffert de la désaffection des chercheurs depuis la chute du communisme. Il est aujourd'hui occulté sous la pression des nationalismes. Côté roumain, où l'historiographie est engagée dans la démonstration d'une origine principalement nord-Danubienne des Valaques, le royaume, situé en grande partie au sud du Danube, est peu étudié et le plus souvent passé sous silence dans les ouvrages de vulgarisation et les programmes scolaires. Côté bulgare, où l'historiographie est engagée dans la démonstration d'une origine exclusivement iranienne et slave des Bulgares, le royaume est appelé "Second empire bulgare" (ou "Second tzarat Bulgare"), les noms de personnes et de lieux sont slavisés, et leur origine valaque est niée ou mise en doute, au mépris des sources[11]. Avec l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l'Union européenne et l'ouverture des frontières, les recherches historiques pourront se dégager progressivement des points de vue exclusifs et nationalistes, d'autant qu'aucun des deux pays n'a de revendications sur le territoire de l'autre, et que les ouvrages récemment publiés[12] reconnaissent tant l'importante composante bulgare et slavonne de l'histoire de la Roumanie, que l'importante composante valaque de l'histoire de la Bulgarie. Pour les y encourager, une Commission mixte inter-académique bulgaro-roumaine d'histoire a été instituée le 5 juillet 2001[13]).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dimitrina Aslanian, Histoire de la Bulgarie, de l'antiquité à nos jours Trimontium, 2004 (ISBN 2951994613).
  • Jean-Michel Cantacuzène, Mille ans dans les Balkans, Éditions Christian, Paris, 1992. (ISBN 2-86496-054-0).
  • Georges Castellan, Histoire des Balkans : XIVe-XXe siècle, Fayard, Paris, 1999.
  • Florin Constantiniu : Une histoire sincère du peuple roumain, Univers, Bucarest 2002.
  • Barbara Jelavich, History of the Balkans, Cambridge University Press, 1983.
  • Ernest Weibel, Histoire et géopolitique des Balkans de 1800 à nos jours, Ellipses, Paris, 2002.
  • Pierre du Bois de Dunilac, La question des Balkans in « Relations internationales », no 103, 2000, p. 271-277.
  • R. L. Wolff, "The Second Bulgarian Empire. Its origin and history to 1204". Speculum 24 (1949): 167-206. http://www.kroraina.com/bulgar/wolff.html, ouvrage qui contient une recension des controverses autour du « Regnum Bulgarorum et Valachorum »).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Lettres et diplômes des papes Innocent III et Grégoire IX, récits d’Anne Comnène, Nicétas Choniatès et Jean Skylitzès, ainsi que dans l’armorial Wijnbergen: voir Grigori Jitar : « Contributions about the coats of arms of the Assenid and Bassarab dynasties », in Annales of the Moldovan national Museum of History, Chișinău, I, pp.: 27-36 (1992) and II (1995) p. 19-40.
  2. (en) Averil Cameron, The Byzantines, Blackwell Publishing,‎ 2006 (ISBN 978-1-4051-9833-2 et 1405198338, liens OCLC? et LCCN?, résumé), p. 170
  3. Outre Anne Comnène et Jean Skylitzès, Geoffroi de Villehardouin et son contemporain Robert de Clari citent aussi « Joanisse, roi de Blaquie et de Bougrie », « Johans rois de Blaquie » (Villehardouin : chapitres 78 et 79) ou encore « Jehans li Blakis ».
  4. Louis Bréhier Vie et mort de Byzance l’Évolution de l’Humanité Albin Michel Paris (1946) réédition de 1969 pages 286-287.
  5. Christian Settipani, Continuité des élites à Byzance durant les siècles obscurs. Les princes caucasiens et l'Empire du VIe au IXe siècle, Paris, de Boccard,‎ 2006, 634 p. (ISBN 978-2-7018-0226-8), p. 282.
  6. П. Динеков, К. Куев, Д. Петканова : "Христоматия по старобългарска литература", "Наука и изкуство", София, 1967
  7. Geoffroi de Villehardouin, chapitres 78 et 79 ; de son côté, Robert de Clari nomme Ioniţă Caloian : « Jehans di Blakis » tandis que Guillaume de Rubriquis en 1253 nomme le pays : « Valaquie d'Assène ».
  8. Christian Settipani, Continuité des élites à Byzance durant les siècles obscurs : les princes caucasiens et l’empire, page 282
  9. Grigori Jitar, « Contributions about the coats of arms of the Assenid and Bassarab dynasties », in Annales of the Moldovan national Museum of History, Chisinau, I, pp.: 27-36 (1992) and II (1995) p. 19-40
  10. Andrei Oțetea : Istoria lumii în date ("Histoire du monde par dates), éd. Enciclopedică română [2-e édition], Bucarest 1969
  11. Ernest Weibel, Histoire et géopolitique des Balkans de 1800 à nos jours, Ellipses, Paris, 2002, et Pierre du Bois de Dunilac, La question des Balkans in Relations internationales, No.103, 2000, p. 271-277
    • Dimitrina Aslanian, Histoire de la Bulgarie, de l'antiquité à nos jours, Bulgarie, Trimontium,‎ 2004, 2e éd. (ISBN 978-2-9519946-1-4, lien LCCN?);
    • Florin Constantiniu, Une histoire sincère du peuple roumain, Bucarest, Roumanie, Univers enciclopedic,‎ 2008 (ISBN 9789736371790);
    • Adrian Rădulescu et Bitoleanu, Ion, Histoire de la Dobrogée, Constanţa, Editura Ex Ponto,‎ 1998, 2e éd. (ISBN 9789739385329, lien LCCN?);
    • (de) Josef (ed.) Sallanz, Die Dobrudscha. Ethnische Minderheiten, Kulturlandschaft, Transformation; Ergebnisse eines Geländekurses des Instituts für Geographie der Universität Potsdam im Südosten Rumäniens, Potsdam, Allemagne, Universitätsverlag Potsdam,‎ 2005, 2e éd., poche (ISBN 978-3-937786-76-6);
    • (en) R. L. Wolff, The Second Bulgarian Empire. Its origin and history to 1204, Speculum 24: contenant une appréciation et des critiques des controverses autour du « Regnum Bulgarorum et Valachorum » pp. 167-206, Sofia, Bulgarie, Kroraina,‎ 2008.
  12. Commission mixte inter-académique bulgaro-roumaine d'histoire sur [1]