Registres paroissiaux et d'état civil à Paris

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Première page du registre des baptêmes pour l'année 1865 de l'église Saint-Gervais de Paris.

Les registres paroissiaux et d'état civil à Paris sont les documents qui contiennent les actes permettant d'établir la filiation des personnes nées, baptisées, mariées, décédées et inhumées à Paris, dans ses limites administratives qui ont évolué au cours du temps. La capitale disposait depuis au moins le XVIe siècle d’un nombre extrêmement important de registres paroissiaux, du fait de sa taille et du nombre très élevé de paroisses.

L'état civil de Paris et plus généralement l'ensemble des Archives de Paris ont été profondément marqués par la destruction presque totale, lors des incendies de mai 1871 pendant la Commune de Paris, des registres paroissiaux du XVIe siècle à 1792 et des registres d'état civil de 1793 à 1859. Cette perte irréparable rend souvent difficile et lacunaire la recherche historique et généalogique à Paris.

Les registres paroissiaux à Paris pendant l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

Le plus ancien registre paroissial connu à Paris est un registre des mariages de la paroisse Saint-Jean-en-Grève : en format d'agenda et rédigé en latin, il s'étendait d'avril 1515 à novembre 1521[1]. Le premier registre de baptêmes parisiens apparaît en 1525 pour les paroisses Saint-André-des-Arts et Saint-Jacques-de-la-Boucherie ; les premiers registres des sépultures datent de 1527 pour les paroisses Saint-Josse et Saint-Landry[2].

En 1539, le roi de France François Ier promulgue l’ordonnance de Villers-Cotterêts, qui demande aux curés de l’ensemble des paroisses de France de tenir, en langue française, un registre de tous les baptêmes célébrés dans les églises du pays (article 51) :

« Aussi sera faict registre en forme de preuve des baptêmes, qui contiendront le temps et l'heure de la nativité, et par l'extrait dudit registre, se pourra prouver le temps de la majorité ou minorité et fera pleine foy à cette fin[3]. »

Avant cette ordonnance royale, quinze paroisses parisiennes tiennent déjà des registres de baptêmes, trois paroisses des registres de mariages et une paroisse des registres de décès[4].

En 1579, l'ordonnance de Blois étend à tout le pays l'obligation de tenue des registres pour les mariages et les sépultures[5]. Le Code Louis, avec l'ordonnance de Saint-Germain-en-Laye d’avril 1667, impose la tenue de ces registres en double exemplaire, le premier (la minute) restant dans la paroisse et le double (la grosse) étant transmis au greffe du tribunal[6]. À Paris, c'est le greffe du Châtelet qui accueille le deuxième exemplaire[7], dont la collection remonte alors à 1668 pour les plus anciens registres[8].

Sous le règne de Louis XVI (1774-1793), en 1789, Paris compte environ cinquante-cinq paroisses[9]. La loi du 27 juin 1790, votée par l'Assemblée nationale constituante, réorganise la municipalité de Paris et divise la capitale en quarante-huit sections[10].

La Révolution française et la création de l'état civil parisien[modifier | modifier le code]

Un acte d'état civil de Paris pendant la Révolution française : l'acte de décès de Louis XVII en date du 12 juin 1795.

Pendant la Révolution française, l'Assemblée nationale législative, par la loi du 22 juin 1792, décrète comme principe qu'à l'avenir, les municipalités recevraient et conserveraient les actes de l'état civil[11]. Le décret du 20 septembre 1792, voté par l'Assemblée nationale législative, crée l'état civil contemporain en confiant aux maires le soin de rédiger en double exemplaire à partir du 1er janvier 1793 les actes de naissance, de mariage et de décès (titres I à V du décret). Ce même décret impose à toutes les paroisses catholiques de France de déposer en mairie tous les anciens registres paroissiaux, depuis l'origine (titre VI du décret). Le décret du 20 septembre 1792 fait partie des derniers textes votés par l'Assemblée législative, qui laisse place le lendemain, 21 septembre 1792, à la Convention[12].

Dans la capitale, conformément au décret, les registres paroissiaux sont déposés dans les mairies des douze arrondissements que compte Paris à partir de la loi du 19 vendémiaire an IV (11 octobre 1795)[13]. Les doubles de ces registres sont déposés au palais de justice de l'île de la Cité.

Après avoir perdu en 1792 leur rôle dans l’état civil, les prêtres catholiques continuent toutefois de tenir leurs registres de baptêmes, mariages et sépultures pour leurs églises. Ces cahiers sont appelés des registres de catholicité et ils sont, eux, conservés à partir de 1793 dans chaque paroisse parisienne. La loi du 4 février 1791 ramène à trente-trois le nombre de paroisses de Paris en en supprimant vingt-sept et en en créant neuf (Paris compte actuellement cent treize églises paroissiales)[14]. La grande majorité des registres de catholicité parisiens commencent au début du XIXe siècle à la suite du Concordat de 1801 signé entre Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII, ils sont rédigés en double exemplaire pour les baptêmes et les mariages mais en exemplaire unique pour les sépultures. L'article LV du Titre III du Concordat de 1801 précise que « les registres tenus par les ministres du culte, n'étant et ne pouvant être relatifs qu'à l'administration des sacrements, ne pourront, dans aucun cas, suppléer les registres ordonnés par la loi pour constater l'état civil des Français[15]. » Ce sont pourtant bien ces registres de catholicité qui serviront en grande partie à la reconstitution de l'état civil parisien après la catastrophe de 1871[16].

La réforme territoriale parisienne de 1860 : de 12 à 20 arrondissements[modifier | modifier le code]

L'enceinte de Thiers est construite de 1841 à 1844, sur ordre du roi Louis-Philippe Ier et sur proposition de l'homme politique Adolphe Thiers. En effet, le roi des Français est convaincu que la clé de la défense du territoire consiste à empêcher Paris de tomber aux mains d'armées étrangères comme lors de la bataille de Paris en 1814. Il projette donc de construire autour de la capitale une enceinte de fortifications qui rendrait la ville imprenable. Cette enceinte englobe la totalité de la ville de Paris proprement dite (les douze arrondissements), mais également l'intégralité ou une partie des communes de proche banlieue situées autour de la capitale : ainsi, les habitants de ces communes vivant à l'intérieur de l'enceinte sont séparés du reste du territoire par les énormes fortifications aux cinquante-deux portes ou poternes tandis qu'ils se distinguent des Parisiens par l'absence de droits d'octroi, les barrières des fermiers généraux restant la limite administrative de la capitale[17].

Par le décret du 16 février 1859 et la loi du 16 juin 1859, l’Empereur Napoléon III décide d'agrandir le territoire municipal de Paris jusqu'à l'enceinte de Thiers[17]. Le 1er janvier 1860, la ville passe alors de douze arrondissements à vingt arrondissements en annexant en partie ou entièrement des communes de la proche banlieue[18].

Les communes entièrement annexées sont Auteuil, Passy, Batignolles-Monceau, Montmartre, La Chapelle, La Villette, Belleville, Charonne, Bercy, Vaugirard et Grenelle[17].

Les communes partiellement annexées sont Neuilly-sur-Seine, Clichy-la-Garenne, Saint-Ouen, Aubervilliers, Pantin, Le Pré-Saint-Gervais, Bagnolet, Saint-Mandé, Ivry-sur-Seine, Gentilly, Vanves, Montrouge et Issy-les-Moulineaux[17].

Comme les vingt arrondissements créés sont totalement différents des douze anciens, l’ensemble des registres paroissiaux antérieurs à 1792 et les registres d’état civil pour la période 1793-1859 sont alors placés à l’hôtel de ville de Paris, tandis que les doubles sont entreposés au palais de justice de l'île de la Cité (y compris pour les communes entièrement annexées)[19]. Les communes annexées partiellement gardent en revanche tous leurs registres[19].

Les incendies de la Commune de Paris de 1871 et la destruction des archives parisiennes[modifier | modifier le code]

L'hôtel de ville de Paris après sa destruction par les communards en 1871.

Pendant la Commune de Paris, le 23 mai 1871, les communards incendient volontairement de nombreux bâtiments publics dont l’hôtel de ville de Paris[20] à l'initiative de l'anarchiste Jean-Louis Pindy[21] : le premier exemplaire de l'état civil et des registres paroissiaux est alors anéanti en quelques heures, de même que la collection complète de la Bibliothèque historique de la ville de Paris, qui avait été transférée à l’hôtel de ville de Paris[22]. L'état civil parisien se trouvait dans une annexe de l'hôtel de ville au 4 avenue Victoria, annexe qui est incendiée en premier[23]. Quelques jours auparavant, le 17 mai 1871 au Club de la Trinité, Louise Michel avait prononcé cette phrase : « Paris sera à nous ou n’existera plus ! »[24].

Le 24 mai 1871, au lendemain de la destruction de l'hôtel de ville, les communards incendient le palais de justice sur ordre du blanquiste Théophile Ferré[25] : le deuxième exemplaire de l'état civil et des registres paroissiaux disparaît à son tour. Outre les bureaux de l'état civil, une grande partie du Palais est détruite : la partie affectée au tribunal de première instance, la police correctionnelle, les archives, le parquet général, le parquet du procureur de la République, les cabinets des juges d'instruction, les deux salles des cours d'assises (achevées seulement deux ans auparavant), une grande partie de la Cour de cassation, la Cour d'appel, la salle des pas-perdus et la grand-chambre[26].

La maison de l'écrivain Prosper Mérimée à Paris totalement détruite par les incendies de 1871.

Pendant ces journées des destructions de la Commune de Paris, de nombreux autres bâtiments parisiens sont incendiés, anéantissant en quelques heures des siècles d'histoire : le palais des Tuileries, la bibliothèque du Louvre (le Musée du Louvre échappe à la catastrophe), le Palais-Royal, le palais d'Orsay avec la Cour des comptes, la préfecture de police, le ministère des finances situé dans le Palais des Finances, le palais de la Légion d'honneur (entraînant la disparition de nombreux dossiers de titulaires de la Légion d'honneur), la maison de Prosper Mérimée rue de Lille (anéantissant une partie de ses livres et toute sa correspondance), les Magasins généraux et la gare de Lyon. Étaient également prêtes à brûler : la Sainte-Chapelle (déjà recouverte de pétrole), la cathédrale Notre-Dame (l'incendie est éteint par les internes de l'Hôtel-Dieu), la bibliothèque de l'Arsenal et même les Archives nationales[27]. Les Archives nationales sont sauvées grâce à l'intervention du communard Louis-Guillaume Debock qui s'oppose à leur incendie volontaire souhaité par d'autres communards[28].

Avant la destruction de l’hôtel de ville de Paris et du palais de justice, les Archives de Paris disposaient, pour la collection municipale, de 4 114 registres paroissiaux antérieurs à 1792 (Ancien Régime) avec 81 registres de répertoires, 47 registres de publications de bans et 15 registres pour l’état civil des Protestants[29], ainsi que de 7 300 registres d’état civil contenus dans 1 002 cartons pour la période 1792-1859[30]. L’ensemble des pertes représente plus de huit millions de documents[31], la mémoire de la population parisienne depuis le XVIe siècle est pratiquement anéantie avec les plus grands moments de l’histoire de France et notamment les naissances, baptêmes, mariages, décès et sépultures des plus grandes personnalités du pays.

Dénombrement des registres paroissiaux existants avant l'incendie de 1871
Paroisse Dates extrêmes Registres Paroisse Dates extrêmes Registres
Saint-André-des-Arts (1525-1789) 55 Saint-Laurent (1527-1789) 229
Saint-Barthélemy (1551-1791) 54 Saint-Leu et Saint-Gilles (1533-1790) 53
Saint-Benoît (1540-1790) 56 Saint-Louis-du-Louvre (1603-1791) 4
Bonne-Nouvelle (1628-1791) 53 Saint-Louis-en-l'Île (1623-1789) 189
Cardinal-Lemoine (Collège du) (1628-1791) 3 Sainte-Madeleine-en-la-Cité (1539-1791) 28
Sainte-Chapelle (1541-1790) 10 Sainte-Madeleine-la-Ville-l'Évêque (1598-1789) 81
Saint-Christophe-en-la-Cité (1597-1747) 8 Sainte-Marie-du-Temple (1581-1791) 14
Saint-Christophe au Gros-Caillou (1738-1789) 32 Sainte-Marguerite (1637-1789) 109
Saint-Cosme (1539-1791) 31 Sainte-Marine (1634-1791) 9
Sainte-Croix-en-la-Cité (1548-1791) 11 Saint-Martial (1527-1722) 6
Saint-Denis-de-La-Châtre (1550-1698) 4 Saint-Martin et Saint-Marcel (1546-1791) 36
Saint-Étienne-du-Mont (1530-1790) 161 Saint-Médard (1545-1789) 79
Saint-Eustache (1529-1789) 395 Saint-Merry (1536-1789) 86
Sainte-Geneviève-des-Ardents (1551-1747) 7 Saint-Nicolas-des-Champs (1580-1789) 299
Saint-Germain-l'Auxerrois (1528-1789) 336 Saint-Nicolas-du-Chardonnet (1536-1790) 81
Saint-Germain-le-Vieux (1545-1791) 24 Sainte-Opportune (1541-1791) 16
Saint-Gervais (1531-1789) 143 Saint-Paul (1539-1790) 205
Saint-Hilaire (1574-1791) 20 Saint-Philippe-du-Roule (1697-1790) 10
Saint-Hippolyte (1604-1791) 36 Saint-Pierre-de-Chaillot (1620-1789) 29
Saint-Honoré (1593-1791) 5 Saint-Pierre-aux-Bœufs (1578-1790) 8
Saints-Innocents (1581-1786) 15 Quinze-Vingts (1636-1791) 14
Saint-Jacques-du-Haut-Pas (1567-1790) 45 Saint-Roch (1578-1790) 181
Saint-Jacques-le-Majeur (1525-1789) 113 Saint-Sauveur (1547-1792) 108
Saint-Jacques-l'Hôpital (1616-1791) 6 Saint-Sépulcre (1674-1791) 2
Saint-Jean-en-Grève (1515-1791) 121 Saint-Sulpice (1537-1790) 449
Saint-Jean-de-Latran (1592-1791) 8 Saint-Victor (1594-1791) 2
Saint-Jean-le-Rond (1607-1791) 11 Répertoires 81
Saint-Josse (1527-1791) 9 Publications de bans (1642-1790) 47
Saint-Landry (1527-1791) 15 État civil des protestants (1680-1790) 15
Source : État sommaire des Archives anciennes de la Seine brûlées en 1871[29]
Communes de l'ancien département de la Seine.

Ce qui a survécu tient en peu de choses, 29 articles de la série V.6E des Archives de Paris. Une formulation ambigüe du dernier guide des Archives de Paris [32] laisse penser que de nombreux registres ont été sauvegardés. Par exemple un registre pour la paroisse de Saint-Eustache pour la période 1529-1748. Or, cette paroisse comptait 395 registres pour la période 1529-1789[33].

Les registres mentionnés sont des recueils d'extraits dressés par Abraham Charles Guiblet. Extraits pouvant être très courts, où parfois seul le nom d'un parrain ou d'un témoin est relevé. Ces extraits se rapportent à des personnes nobles ou notables, et sont conservés au Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Certains sont numérisés :

En outre, l’ensemble des communes de la banlieue parisienne, y compris celles se trouvant dans l’ancien département de la Seine (sauf les communes totalement annexées en 1860), ne sont pas concernées, au moins pour leur collection communale, par l’incendie de 1871, et disposent de tous leurs registres depuis l’origine[34]. Il faut toutefois préciser que les communes se trouvant dans l'ancienne Seine ont eu, comme pour Paris, leur collection du greffe détruite dans l'incendie du palais de justice le 24 mai 1871, il subsiste uniquement la collection communale qui se trouve soit aux archives départementales des départements de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne), soit aux archives communales des communes concernées[35]. Notons que les tables décennales de la collection du greffe de l'état civil des communes de la Seine pour la période 1793-1859 ont subsisté[36].

La reconstitution partielle de l'état civil antérieur à 1860[modifier | modifier le code]

À la suite de ce désastre parisien irréparable, une commission est créée par la loi du 12 février 1872 qui est chargée de la reconstitution de l’état civil parisien antérieur à 1860[37]. Ce travail s'effectue à partir de recoupements avec des papiers de famille (faire-parts notamment), actes notariés, relevés d'actes paroissiaux et d'état civil réalisés avant 1871 par des archivistes comme Auguste Jal (pour certaines grandes personnalités notamment), mais surtout avec les registres de catholicité (1793-1860) conservés dans les paroisses et qui n'avaient pas été détruits par les incendies de 1871[16].

Cette gigantesque opération de reconstitution dure jusqu’en 1897 et s'arrête uniquement par manque de crédit[16]. Elle permet toutefois de reconstituer[38] un peu plus de 2,6 millions d’actes, datant pour la plupart du XIXe siècle (seuls 347 000 actes ont été reconstitués pour l'Ancien Régime dont cinq pour le XVIe siècle) et représentant le tiers de l'ensemble des documents détruits : les actes de naissance sont les plus nombreux : environ 1 422 000 actes allant de 1550 à 1859, contre environ 922 000 actes de décès allant de 1568 à 1859 et 322 000 actes de mariage allant de 1630 à 1859[16]. Mais la grande majorité des données, concernant notamment les familles sans postérité, est perdue à jamais. Les actes reconstitués sont conservés aux Archives de Paris et un double au fort de Montlignon (Val-d'Oise)[16].

L'état civil de Paris de 1871 à nos jours[modifier | modifier le code]

Les « actes bâtonnés »[modifier | modifier le code]

Couverture d'un livret de famille de 1948 à Paris.

Par la loi du 19 juillet 1871, les actes d'état civil enregistrés à partir du 18 mars 1871 pendant la Commune de Paris sont annulés puis refaits entre le 1er août 1871 et le 30 septembre 1871 et dans les années qui suivent : on nomme ces actes des « actes bâtonnés »[39]. Seuls les actes refaits sont référencés dans les tables décennales de l'état civil : leur date peut donc considérablement différer de la date de l'évènement qu'ils transcrivent. Les actes bâtonnés, rendus invalides par la loi, apparaissent toujours dans les registres et leur recherche se fait de façon identique aux autres[40]. Il faut aussi noter qu'un incendie accidentel à la mairie du 12e arrondissement détruit les actes de naissance rédigés entre le 1er janvier 1870 et le 25 mai 1871 : ces actes sont par la suite reconstitués et se trouvent classés à la suite de la reconstitution officielle de l'état civil[16].

Le livret de famille[modifier | modifier le code]

La disparition de l'état civil parisien ancien est aussi pour beaucoup dans l'idée de la création du Livret de famille : ce livret est institué en 1877 par la circulaire de Jules Simon, président du Conseil et ministre de l'Intérieur[41]. Celle-ci précise, en référence à ce qui s'est passé pendant la Commune, que « les livrets de famille constitueront en quelque sorte un troisième dépôt des actes d'état civil confié à la garde des intéressés et seront une source de renseignement précieux pour le cas où les registres viendraient à être détruits. » La loi du 5 avril 1884 relative à l'organisation municipale prévoit l'obligation pour les mairies de prendre sur leur budget la délivrance des livrets de famille[42].

Les mentions marginales[modifier | modifier le code]

L'état civil parisien, comme celui du reste de la France, se complète au cours du temps. La date et le lieu de naissance des parents sont portés sur les actes de naissance à partir du 28 octobre 1922. Sont également progressivement reportées sur l'acte de naissance un certain nombre de mentions marginales : les dates et lieux de mariage à partir de la loi du 17 août 1897 (loi qui demande de reporter également en marge la légitimation des enfants), les divorces à partir du 10 mars 1932, les dates et lieux de décès à partir de l'ordonnance du 29 mars 1945[43].

Transcriptions à la mairie du 1er arrondissement[modifier | modifier le code]

La loi du 10 août 1917 impose, si le dernier domicile est inconnu, de transcrire sur les registres de l'état civil de la mairie du 1er arrondissement de Paris les actes d'état civil suivants : actes de naissance et de décès dressés à bord des bâtiments de mer, jugements déclaratifs de décès, actes de l'état civil concernant les militaires et marins dans certains cas spéciaux, jugements ou arrêts de divorce si le lieu de mariage est dans un territoire occupé par l'ennemi[44].

La seconde reconstitution[modifier | modifier le code]

Dans le même temps, une seconde reconstitution de l'état civil disparu est effectuée de 1941 à 1958 à l'instigation de l'archiviste François Jourda de Vaux de Foletier (1893-1988), alors directeur des archives de la Seine : cette collection, appelée « seconde reconstitution » et établie surtout avec des papiers donnés par les familles et des ouvrages et dictionnaires biographiques, comprend plus de 400 cartons répartis selon les trois catégories naissances, mariages, décès, et classés par ordre alphabétique des noms de famille[16]. Il faut noter à ce sujet que les Archives de Paris continuent de recevoir des actes ou des reproductions de documents pour compléter les sources de l'état civil de Paris : ces envois proviennent le plus souvent de découvertes faites par des particuliers au cours de leurs recherches dans les différents services d'archives et constituent la suite de la « seconde reconstitution » de l'état civil parisien[45].

L'époque actuelle[modifier | modifier le code]

Les mairies des arrondissements parisiens placent leurs registres antérieurs à 1903 aux Archives de Paris et conservent donc uniquement les registres d'état civil à partir de cette date. C'est la mairie du 1er arrondissement qui centralise les demandes qui nécessitent des recherches sur tous les arrondissements parisiens mais ne conserve dans ses locaux que ses propres registres[46].

En 1973, la Ville de Paris passe un accord avec les Archives diocésaines de l'archevêché de Paris pour déposer aux Archives de Paris le double des registres de catholicité (baptêmes et mariages catholiques dans toutes les paroisses parisiennes de 1793 à 1899)[47], et même 1909 de nos jours. L'autre exemplaire de ces registres est toujours conservé dans chacune des paroisses.

En juin 1974, le double des actes reconstitués disparaît dans l'incendie du fort de Montlignon (Val-d'Oise) où il avait été entreposé, avec de nombreuses archives judiciaires qui disparaissent également[48].

Paris, dont l'état civil complet couvre donc seulement la courte période de 1860 à nos jours, est ainsi une des rares villes de France où il est très difficile de retrouver ses origines familiales quand elles sont parisiennes. Cette catastrophe de 1871 rappelle l'importance de la conservation et de la protection des archives, avec notamment aujourd'hui leurs numérisations. Les Archives de Paris ont numérisé et mis en ligne le 15 décembre 2009 l'état civil de 1860 à 1902, et les fiches de l'état civil reconstitué antérieur à 1860[49].

Registres paroissiaux et d'état civil parisiens consultables actuellement[modifier | modifier le code]

Le bâtiment des Archives de Paris au 18 boulevard Sérurier dans le 19e arrondissement de Paris.

Autres sources permettant de compenser les pertes des registres[modifier | modifier le code]

Minutier central des notaires de Paris, cour des chevaux du Soleil aux Archives nationales.

La source principale est le « Minutier central des notaires de Paris » aux Archives nationales. Ce minutier a été créé en 1932 en application de la loi du 14 mars 1928 autorisant les notaires du département de la Seine à déposer aux Archives nationales leurs documents de plus de 125 ans. Le minutier central regroupe les minutes (originaux des actes) des 122 études de notaires de Paris, numérotées en chiffres romains de I à CXXII. Les minutes les plus courantes sont bien sûr les contrats de mariage, les testaments, les inventaires après décès, ainsi que de nombreux autres sujets.

L'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) a également conservé de nombreuses archives anciennes et notamment les registres des hospitalisations, dont les plus anciens ont été numérisés et mis en ligne. L'AP-HP conserve des archives remontant parfois au Moyen Âge. Ces documents numérisés représentent environ un million de pages et s'organisent de la façon suivante : répertoires et registres des entrées, sorties, naissances et décès. Outre la compensation des lacunes de l'état civil parisien antérieur à 1860, les registres de population de l'AP-HP intéressent également les chercheurs en histoire locale, sociale, en démographie, en épidémiologie et en histoire de la santé et des hôpitaux. Le répertoire permet de retrouver une personne par son nom de famille. En général il y en a un par année et par hôpital. Le registre contient, dans un ordre chronologique, les informations d’état civil et la cause de l’admission ou du décès. Il y en a également un par année et par hôpital[50].

Les cimetières parisiens ont aussi des registres qui seront prochainement mis en ligne : les plus anciens datent de 1786[51].

La base Léonore, mettant en ligne une grande partie des titulaires de l'ordre national de la Légion d'honneur, compte, dans les dossiers numérisés, de nombreux actes de naissance antérieurs à 1860 pour les personnes nées à Paris.

De nombreuses copies (parfois intégrales) d'actes d'état civil parisien se trouvent aussi dans les dossiers du personnel militaire, conservés au Service historique de la Défense au château de Vincennes. C'est notamment le cas des dossiers de carrières des officiers (dont les répertoires nominatifs sont consultables en ligne sur le site internet du SHD), mais aussi des registres matricules de l'ensemble des corps d'armée où sont faites pour chaque soldat les mentions de la date et du lieu de naissance, du domicile, du statut marital (nom de l'épouse) et de la filiation (nom des parents).

Aux Archives de Paris, il est possible de consulter les registres matricules militaires regroupant les fiches des états signalétiques et des services militaires pour la période allant de 1868 à 1940[52]. Outre le parcours militaire de l'individu, ces fiches donnent de nombreux renseignements sur l'état civil, la filiation, les domiciles et la description physique. Les tables nominatives de ces registres sont en ligne pour la période 1875-1912[53].

De nombreux actes paroissiaux et d'état civil ont aussi été recopiés dans des ouvrages souvent tout à fait exceptionnels qui sont de véritables sources secondaires, parmi lesquels :

Références[modifier | modifier le code]

  1. Maurice Barroux (1862-1939), archiviste de la Seine, Les sources de l'ancien état civil parisien, Paris, Honoré Champion Éditeur, 1898, p. 9.
  2. Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de Paris, Paris, éditions Robert-Laffont, 1996, p. 859.
  3. Paul Delsalle, Histoires de familles, les registres paroissiaux et d'état civil, du Moyen Âge à nos jours, démographie et généalogie, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, 2009, p. 32.
  4. Alfred Fierro, op. cit., p. 859.
  5. Paul Delsalle, op. cit., p. 35.
  6. Paul Delsalle, op. cit., pp. 38-40.
  7. Sur les traces de vos ancêtres à Paris, Archives de Paris, 2007, p. 46.
  8. Maurice Barroux, op. cit., p. 10.
  9. Les anciennes paroisses parisiennes
  10. Félix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris, Paris, Revue municipale, 1855, p. 102.
  11. Abbé Migne, Encyclopédie théologique, tome 36, Paris, 1849, p. 105.
  12. Extrait du procès-verbal de la Convention nationale, séance du 21 septembre 1792.
  13. Histoire de l'arrondissement.
  14. Abbé Odon Jean Marie Delarc, L'église de Paris pendant la Révolution française, 1789-1801, Volume 1, Paris, Desclée de Brouwer et Cie, 1884-1887, p. 405-410.
  15. Texte intégral du Concordat de 1801
  16. a, b, c, d, e, f et g Sur les traces de vos ancêtres à Paris, Archives de Paris, 2007, p. 29.
  17. a, b, c et d Alfred Fierro, op. cit., p. 277.
  18. Alfred Fierro, op. cit., p. 328.
  19. a et b Laurence Abensur-Hazan, Recherche ses ancêtres à Paris, Paris, Autrement généalogies, 2011, pp. 11-13.
  20. Jean Favier, Paris deux mille ans d'histoire, Paris, éditions Fayard, 1997, p. 897.
  21. Article sur Jean-Louis Pindy dans le Dictionnaire des militants anarchistes.
  22. Jean Dérens, Constitution d'un patrimoine parisien: la Bibliothèque historique depuis l'incendie de 1871, catalogue de l'exposition, Hôtel de Lamoignon du 12 juin au 31 juillet 1980.
  23. Frédéric Fort, Paris brûlé : l'hôtel de ville, les Tuileries..., Paris, Lachaud Éditeur, 1871, p. 37.
  24. Laure Godineau, La Commune de Paris par ceux qui l'ont vécue, Paris, Parigramme, 2010, p. 204.
  25. Laure Godineau, op. cit., p. 197.
  26. Palais de justice de Paris
  27. Maurice Griffe, Paris, 20 siècles d'histoire, Tableaux synoptiques de l'histoire, 2007.
  28. Georges Bourgin, Comment les archives nationales ont été sauvées en mai 1871, Bibliothèque de l'école des chartes, 1938, vol. 99, pp. 425-427.
  29. a et b E. Welvert, [État sommaire des Archives anciennes de la Seine brûlées en 1871 dressé par l'archiviste de la Préfecture Aubert], Archives historiques, artistiques et littéraires, 1889-1890, tome 1, pp. 465-489.
  30. Maurice Barroux, ‘‘op. cit.’’, pp. 8-9.
  31. Alfred Fierro, ‘‘op. cit.’’, p. 859.
  32. Sur les traces de vos ancêtres à Paris, Archives de Paris, 2007, pp. 56-57.
  33. E. Welvert, op. cit., p. 474.
  34. Maurice Barroux, ‘‘op. cit.’’, p. 1.
  35. Gildas Bernard, Guide des recherches sur l'histoire des familles, Paris, Archives nationales, 1981, p. 243.
  36. Gildas Bernard, op. cit., p. 243.
  37. Eugène Bornot, Loi du 12 février 1872 sur la reconstitution des actes de l'état civil, Paris, Lachaud, 1872.
  38. Voici un exemple d'acte de mariage reconstitué
  39. Jean-Baptiste Duvergier, Collection complète des lois, décrets, règlements et avis du Conseil d'État, tome 71, Paris, 1871, p. 139.
  40. Comment retrouver un acte qui s'est déroulé pendant les évènements de la Commune entre le 18 mars et le 28 mai 1871 ?
  41. L'original de cette circulaire est conservé aux Archives nationales sous la cote : Fla 3539.
  42. Loi du 5 avril 1884, art. 136, §4 (JO du 6 avril 1884 - BO no 835, p. 369 et suivantes)
  43. Paul Delsalle, op. cit., p. 20.
  44. Les actes de l'état civil ou jugements obligatoirement transcrits à la mairie du 1er arrondissement de Paris
  45. Sur les traces de vos ancêtres à Paris, Archives de Paris, 2007, p. 33.
  46. La recherche d'état civil et la consultation des registres
  47. Sur les traces de vos ancêtres à Paris, Archives de Paris, 2007, p. 48.
  48. Gildas Bernard, op. cit., p.240.
  49. Les archives de Paris sont en ligne
  50. Les archives de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris sur Internet
  51. Les registres des cimetières parisiens bientôt en ligne
  52. Comment utiliser les tables des états signalétiques et des services militaires de la Seine (1868 - 1940) ?
  53. Tables des états signalétiques et des services militaires de la Seine (1875-1912) sur le site de la ville de Paris.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sur les traces de vos ancêtres à Paris, Paris, Archives de Paris, 2007.
  • Laurence Abensur-Hazan, Recherche ses ancêtres à Paris, Paris, Autrement généalogies, 2011.
  • Maurice Barroux, Les sources de l'ancien état civil parisien, Paris, Honoré Champion Éditeur, 1898 (consultable en ligne, voir les liens externes)
  • Henri de Blaignerie et Édouard Dangin, Paris incendié pendant la Commune - 1871, Paris, Les Éditions du Mécène, 2009.
  • Yolande de Brossard, Musiciens de Paris 1535-1792, actes d'état civil d'après le fichier Laborde de la Bibliothèque nationale, Paris, Éditions Picard, 1965/
  • Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de Paris, Paris, éditions Robert-Laffont, 1996.
  • Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, éditions Plon, 1872 (1re édition en 1867) (consultable en ligne, voir les liens externes)
  • Eugène Piot, État civil de quelques artistes français, Paris, Librairie Pagnerre, 1873 (consultable en ligne, voir les liens externes)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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