Redgauntlet

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Redgauntlet
histoire du dix-huitième siècle
Image illustrative de l'article Redgauntlet
première édition

Auteur « the Author of Waverley » (Walter Scott)
Genre roman historique
Version originale
Titre original Redgauntlet: A Tale of the Eighteenth Century
Éditeur original Archibald Constable and Co., Édimbourg
• Hurst, Robinson and Co., Londres
Langue originale anglais
Pays d'origine Écosse Écosse
Lieu de parution original Édimbourg, Londres
Date de parution originale 14 juin 1824
Version française
Traducteur « le traducteur des romans historiques de Sir Walter Scott » (Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret)
Lieu de parution Paris
Éditeur Charles Gosselin
Date de parution 1824
Type de média 4 vol. in-12
Série Waverley Novels
Chronologie
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Redgauntlet est un roman historique de Walter Scott, publié en 1824.

L’action est située en 1766, principalement dans le comté de Dumfries (Écosse) et dans le Cumberland (Angleterre), c’est-à-dire « sur les frontières », là où les deux nations sont séparées par le golfe de Solway, là où trafiquent « des espèces de diables amphibies, qui ne vivent ni sur terre ni dans l’eau, qui ne sont ni anglais ni écossais », et qui échappent aux lois.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Depuis 1707, l’Écosse est unie à l’Angleterre en un royaume de Grande-Bretagne. Les Stuarts ont été chassés du pouvoir. Les rébellions jacobites de 1715 et de 1745 ont été écrasées. Après une sauvage répression, le pardon général a été accordé. L’acte de 1748 a aboli le vasselage et les juridictions héréditaires[1]. Le jacobitisme est en déclin. Le gouvernement ferme à présent les yeux sur la survivance de quelques proscrits qui n’ont pas obtenu leur grâce[2].

Certaines provinces sont mécontentes — principalement de l’administration —, ce qui peut encourager les jacobites à recommencer leurs intrigues[3]. Mais, juge l’un des personnages du roman, les conspirateurs ne rallieront pas les mécontents : « toutes ces émeutes, tous ces tapages » n’ont aucun rapport avec leur cause. Et une nouvelle entreprise jacobite serait « la meilleure manière de rétablir l’union dans tout le royaume[4] ».

Le 1er janvier 1766, le prétendant Jacques François Stuart meurt à Rome. Un dernier complot pour soutenir le nouveau prétendant, Charles Édouard, est déjoué à Londres, en 1767.

C’est l’ultime soubresaut jacobite qu’évoque Walter Scott à travers une trame totalement fictive, qu’il situe en 1766[5]. Le livre s’inspire d’une visite de Charles Édouard à Londres, en 1750[6]. Et Scott peut avoir eu vent d’autres visites de Charles Édouard en Grande-Bretagne, en 1761 et en 1763. George III fut informé de cette dernière. Voulant éviter de faire du prétendant un martyr, il aurait ordonné de ne pas l’inquiéter[7].

Résumé[modifier | modifier le code]

Darsie Latimer, étudiant en droit à Édimbourg, est né en Angleterre, pays vers lequel se tournent tous ses vœux, « avec tous les préjugés de l’orgueil national ». Orphelin de mère, il a été conduit en Écosse à l’âge de six ans. Il ignore qui est son père, position affligeante « dans un pays ou grands et petits sont généalogistes de profession ». Son tuteur lui annonce une immense fortune, qui lui appartiendra quand il aura 25 ans. D’ici là, il doit éviter de visiter l’Angleterre, comme d’enquêter sur sa famille.

drapeau rouge comportant un carré blanc au centre
Drapeau jacobite.

Alors qu’il fait du tourisme dans le comté de Dumfries, tout près de l’Angleterre, il est enlevé par un personnage mystérieux. Son ami Alan Fairford, apprenant la nouvelle, se lance à son secours. Après bien des intrigues, Darsie découvre que son ravisseur, Herries de Birrenswork, de son vrai nom sir Hugues Redgauntlet, est son oncle. Darsie fait également la connaissance de sa sœur, Lilias. Il découvre par ailleurs que plusieurs jacobites éminents et le prétendant Charles Édouard Stuart sont réunis dans un cabaret du Cumberland, dans le but d’organiser une révolte. Hugues Redgauntlet est à l’origine de ce nouveau complot jacobite, et il veut que Darsie, fils de son frère aîné et chef légitime de la famille, le rejoigne.

Lors de la réunion, Hugues Redgauntlet se rend compte que les conspirateurs sont très réticents à se lancer dans l’aventure. Soit prudence légitime, soit prétexte, ils font valoir qu’ils soupçonnent la maîtresse du prétendant d’espionner pour le compte du gouvernement de Londres. Sa présence menace la réussite de l’entreprise. Cette femme doit être renvoyée. Charles Édouard refuse, considérant que ses partisans n’ont pas de condition à mettre à leur ralliement.

Interrompant les discussions, Colin Campbell, lieutenant-général des forces régulières, apparaît soudain. Car le complot a été éventé par le gouvernement. Le roi George III veut bien pardonner aux conspirateurs, s’ils renoncent à leurs projets.

Charles Édouard repart en exil, tandis que ses partisans, trop heureux de s’en sortir à si bon compte, se dispersent. Hugues Redgauntlet, comprenant que la cause jacobite est définitivement perdue, accompagne Charles Édouard dans son exil. Darsie, qui est demeuré fidèle à la cause hanovrienne, est présenté à George III, tandis qu’Alan épouse Lilias.

L’histoire de Willie le voyageur[modifier | modifier le code]

Le roman est écrit sous des formes variées : correspondance, journal, narration classique, confession du capitaine Nanty Ewart. Un moment très fort est le conte narré par Willie le voyageur. C’est une histoire de fantômes, dont la péripétie la plus impressionnante est la rencontre du grand-père de Willie, Steenie Steenson, avec le fantôme de son propriétaire, Robert Redgauntlet (l’arrière-grand-père de Darsie). Tous les événements surnaturels ont certes des explications raisonnables. Mais Willie les rejette avec véhémence. L’histoire de Willie le voyageur est le plus célèbre des contes de Walter Scott[8].

Personnages[modifier | modifier le code]

Le livre compte environ 120 personnages.

  • Darsie Latimer approche de ses 21 ans. Protestant, il n’est « pas très pur du vieux levain de l’épiscopat ». Hanovrien, il aime cependant à entendre les histoires des Highlanders sur les temps de trouble. Il montre peu d’inclination pour la carrière d’homme de loi. Paresseux, de caractère instable, mais d’humeur joviale, agréable compagnon, espiègle, extravagant. Peu de solidité, inconstant, étourdi. Bon et généreux. « Brave garçon, quoique fort léger », selon le père d’Alan. Une envie désordonnée de courir après les aventures et les situations romanesques. Se laisse entraîner, sans réfléchir, par le premier venu.
  • Alan Fairford de Clinkdollar, écuyer-avocat, ami de Darsie. Ses qualités sont moins vives et moins brillantes que celles de son ami. Plus réaliste et plus solide que Darsie. Sérieux, solennel et grave. Rigide et réservé. « Jeune sophiste sec et enfumé », de son propre aveu. « Fat ignare et pédant », selon Herries. Prudent, énergique, sensé, généreux, ferme, calme. Il est privé du patronage personnel dont jouissent les jeunes aristocrates, protégés par les alliances de leurs familles. Il sait donc qu’il lui faut acquérir par de longs efforts les avantages que possèdent les autres « comme par droit de naissance ». Mais, dans une situation dramatique, il n’hésite pas une seconde à faire passer l’amitié avant sa carrière.
  • Saunders (Alexandre) Fairford, père d’Alan, writer to the signet[9]. Whig, hanovrien et presbytérien. Il a combattu du côté hanovrien lors de la rébellion jacobite de 1745. Cependant, il a des clients et des relations d’affaires dans les familles des deux partis. Aussi adopte-t-il un compromis de langage pour satisfaire tout le monde : d’une personne mêlée à « l’affaire » de 1745, il dit qu’elle s’est « absentée » à une certaine époque.
  • William Crosbie, prévôt de Dumfries. Prétend avoir porté les armes contre les jacobites. Affirme abhorrer le papisme et tenir à l’Église réformée. Magnifiques et nombreuses déclarations de zèle pour les principes de la révolution. Prononce de beaux discours contre le prétendant, ainsi qu’en faveur du roi George et du gouvernement établi. Mais ses ennemis affirment qu’ils n’oserait rien avancer de tout cela dans la chambre à coucher conjugale. Prudent, il ne tient pas à mécontenter les jacobites. Nul n’ayant jamais pu découvrir s’il est whig ou tory, il a été nommé trois fois prévôt.
  • Jenny Crosbie, épouse du prévôt. « Proche parente » (cousine au quatrième degré) de Herries. Elle a d’effrayants sourcils, porte la culotte dans le ménage, impose à son mari des vues jacobites, tout en affectant en société un air de profonde soumission.
  • Herries, de Birrenswork, ou le laird des lacs. Darsie n’est jamais à court d’adjectifs pour le définir : triste, sévère, sombre, fier, menaçant, terrible, froid, mélancolique, hautain, dédaigneux, brusque, farouche, sauvage, silencieux, soucieux, grave, taciturne. Dominateur. Méprisant. Arrogant. Alan le trouve désagréable et impoli. Il est en réalité sir Hugues, laird de Redgauntlet, et l’oncle de Darsie. Tory. Mêlé à « l’affaire » de 1745, il a été proscrit et n’a pas obtenu sa grâce. S’obstine dans des intrigues politiques que tout le monde considère comme désespérées. Téméraire, passionné, déterminé, « âme puissante », il possède « une confiance absolue dans sa force et son énergie supérieures ». C’est « un enthousiaste politique du genre le plus dangereux ». Il considère ses neveux comme « Redgauntlet à moitié » : leur métal a « perdu sa force et sa dureté », puisque leur mère n’est pas une Redgauntlet.
  • Cristal Nixon, valet d’écurie et homme de confiance de Herries. Tory, matérialiste. Renfrogné, misanthrope. Paraît d’une fidélité à toute épreuve.
  • La Mante Verte, nièce de Herries, fine, hardie, résolue, calme dans le danger. Il s’agit de Lilias Redgauntlet, la sœur de Darsie. D’opinions libérales : elle éprouve une inclination à devenir whig et protestante.
  • Joshua Geddes, de Mont Sharon, quaker. Franc, calme, bienveillant, cordial, humain, jamais à court de réponse, un peu vain. Selon Herries, il est en réalité un grave et avare hypocrite, cupide, fanfaron et lâche. Plus de vivacité que n’en veulent laisser paraître ses démonstrations de patience : il n’a pas réussi à dompter entièrement un naturel fougueux.
  • Willie Steenson, ou Willie le Voyageur, ménétrier ambulant, aveugle.
  • Peter Peebles. Plaideur égaré depuis vingt ans dans un labyrinthe de procédures. A perdu dans les cours de justice « son temps, sa fortune et sa raison ». S’exprime en termes de prétoire. Devenu un pathétique « vieil épouvantail », il pourrait exciter une certaine sympathie. Mais il ne peut faire oublier qu’il a été un propriétaire cruel. Égoïste forcené, il se comporte en parasite d’une noire ingratitude, insolent et désagréable.
  • Matthieu Foxley de Foxley Hall, dans le Cumberland, juge de paix ignare, stupide et poltron.
  • Maître Nicolas Faggot (Nick), Anglais, clerc de Foxley. Ayant un assez joli emploi dans le comté, il se croit tenu à montrer du zèle pour le gouvernement. Vénal et pleutre.
  • Pate Maxwell, de Summertrees, surnommé Tête-en-Péril pour avoir échappé à la potence. Vieux gentilhomme campagnard, « jacobite aussi noir que le vieux levain peut les faire ». Il est sarcastique, ce qui désigne un homme mécontent. Prétentieux, fanfaron, bavard, arrogant, mais aimable convive, joyeux compagnon. Ami du jacobite Henry Redgauntlet qui fut exécuté à Carlisle. Herries le traite parfois d’imbécile, mais le consulte néanmoins. Élevé pour le barreau, il n’a jamais pris la robe, car il a refusé de prêter serment. Se montre donc très méprisant vis-à-vis des hommes de loi d’extraction plébéienne, qu’il appelle « les nouveaux parvenus, les nouveaux seigneurs ».
  • Peter MacAlpin, vieil horloger jacobite de Dumfries, porté sur la bouteille. A fait jouer au carillon d’Édimbourg, un 10 juin[10], l’hymne jacobite Over the water to Charlie.
  • Tom Trumbull, dit Tam Turnpenny (« grippe-sou »), « homme très respectable », « jouissant d’une certaine considération dans le monde », vieux trafiquant d’Annan, dévot démonstratif, donneur de leçons et, en parallèle, ivrogne. Spécialisé dans l’exportation du whisky, qu’il met à la mode en Angleterre. Selon le capitaine Nanty Ewart, c’est un « diable sordide et hypocrite » qui boit toujours aux frais d’autrui, qui croit commettre un péché quand il lui faut payer ce qu’il a bu, et qui a « le plus clair des profits sans courir aucun risque ».
  • Nanty (Antony) Ewart, contrebandier et proscrit, capitaine du brick Jenny la Sauteuse, (la Sainte Geneviève, de son vrai nom), ancien pirate. Ivrogne haut en couleurs, débordant d’une jolie verve. Fils d’un ministre presbytérien, il a fait des études avant de sombrer dans l’alcool : il a une « poignée de latin » et une « petite pincée de grec ». Lit Salluste dans le texte, cite la Bible, Juvénal et Virgile. Il n’apprécie guère les jacobites, ni ceux qui font « la contrebande de papisme ». Aime le roi George, « mais pas assez pour payer les droits de douane ».
  • Jess Cantrips, fille aux yeux noirs, bien dégourdie. Abandonnée par Nanty, elle tombe dans la prostitution et l’escroquerie. Déportée aux colonies.
  • Le père Crackenthorp (Joe), Anglais du Cumberland, trafiquant et cabaretier, « le plus jovial compagnon qui soit au monde », « un gentilhomme, des pieds à la tête ». Dans les meilleurs termes avec les autorités, avec les contrebandiers et avec les conspirateurs jacobites. Ne boit que du rhum, jamais de whisky.
  • Séraphine Arthuret, de Fairladies, vieille fille charitable, « damnée papiste[11] » d’un esprit un peu étroit, fortement entraînée vers une dévotion superstitieuse.
  • Angélique Arthuret, sœur cadette de Séraphine, vieille fille comme elle.
  • Dick (Richard), jardinier des sœurs Arthuret. Garçon hardi et causeur. Feint de se rendre en pèlerinage, pour échapper au travail.
  • Ambroise, vieux domestique des sœurs Arthuret, « moitié médecin, moitié aumônier, moitié sommelier » — et tout à fait gouverneur des âmes, le père confesseur étant souvent absent.
  • Le révérend père Bonaventure, solennel, majestueux, sérieux, triste. Il s’agit en réalité de Charles Édouard Stuart, figure historique déjà croisée dans Waverley. Autoritaire, condescendant, voire méprisant, inflexible. Dans l’introduction, Scott évoque l’éclatant Charles Édouard de 1745, vaillant, infatigable, remportant trois batailles sur des forces régulières[12]. Il n’a rien à voir avec cet homme vieilli avant l’âge, imbu de son importance, buté d’une façon si prévisible qu’il offre à des partisans irrésolus un prétexte pour se défiler[13].
  • La maîtresse de Charles Édouard. Scott ne la nomme pas dans le récit, mais il dit s’inspirer de Clementina Walkinshaw[14]. Beauté fière et superbe, aucune modestie. Les conspirateurs la présentent comme une espionne, pensionnée du gouvernement hanovrien, ayant une sœur à la cour « de l’électeur de Hanovre » (le roi George III). La pression que les conspirateurs exercent à son sujet sur le prétendant a un fondement historique : un certain MacNamara avait été dépêché à Paris pour obtenir de Charles Édouard la mise au couvent de la suspecte[15].
  • Colin Campbell le Noir, lieutenant-général de l’armée régulière.

Personnages de l’histoire de Willie le Voyageur[modifier | modifier le code]

  • Sir Robert Redgauntlet de Redgauntlet.
  • Steenie Stenson, grand-père de Willie le Voyageur.
  • Le vieux Dougal MacCallum, sommelier.
  • Lawrie Lapraik, voisin et créancier de Steenie, un fin matois, whig ou tory suivant le côté d’où vient le vent.
  • Le major Weir (du nom d’un sorcier brûlé à Édimbourg), singe de sir Robert.
  • Sir John, fils de sir Robert.
  • Le vieil Hutcheon.
  • La mère Tibbie Faw, grande diablesse de femme tenant un petit cabaret solitaire, à l’entrée du bois de Pitmurkie.
  • Un cavalier étranger.
  • Fantômes de seigneurs sanguinaires.
  • Fantômes de leurs exécuteurs de basses œuvres.

Analyse[modifier | modifier le code]

En 1824, avec Redgauntlet, Scott délaisse un moment l’exotisme et le passé lointain (Ivanhoé, Kenilworth, Quentin Durward) pour revenir à l’inspiration de ses débuts romanesques : l’Écosse du XVIIIe siècle, veine qui aurait fourni, selon certains, le meilleur de sa production[16]. On parle parfois de « cycle jacobite[17] », d’une trilogie qui réunirait Rob Roy (évoquant la rébellion jacobite de 1715), Waverley (évoquant la rébellion jacobite de 1745) et Redgaunlet (s’inspirant des derniers complots jacobites).

Le livre contiendrait des références autobiographiques. Le père d’Alan évoquerait le père de l'auteur, et les personnages d’Alan et de Darsie seraient deux facettes du propre caractère de Scott[18], à la fois homme de loi réaliste et poète rêveur.

Thèmes principaux[modifier | modifier le code]

Respect des lois[modifier | modifier le code]

Le respect des lois est au centre de ce livre qui défend vivement la bourgeoisie. Le récit fait apparaître que les survivances du passé ne permettent pas toujours d’assurer la protection des biens et des personnes : le prévôt de Dumfries ne voulant pas mécontenter les gentilshommes campagnards (catholiques et jacobites), la pêcherie des quakers est détruite sans que les coupables soient inquiétés ; Darsie est enlevé par un proscrit sans que des recherches soient entreprises ; un plaideur fou obtient d’un juge de paix fantoche un mandat d’amener contre son avocat… Toutes ces anomalies appartiennent à un temps révolu, au temps de la noblesse, où la force primait sur le droit, où la justice était confiée à des incompétents. Les hommes de loi issus de la bourgeoisie, tel Alan, incarnent le présent[19]. Ils sont là pour défendre « la liberté et le droit de propriété ».

Changement de société[modifier | modifier le code]

« Scott est un fils des Lumières », dit James MacCearney. Il a appris chez David Hume, chez Adam Ferguson et chez Adam Smith[20]. Et ses romans historiques ont pour objet de démontrer comment une société passe d’un état de civilisation à un autre. Dans Redgauntlet, on trouve bien entendu le thème scottien récurrent d’une catégorie sociale réaliste, qui prend le pas sur des féodaux égarés dans des valeurs désuètes (honneur, bravoure), armes inadaptées à ce combat d’un type nouveau. Les vertus chevaleresques sont mortes avec Charles Édouard, dit Scott[21].

Courage civil[modifier | modifier le code]

Le thème du courage est souvent évoqué[22]. Par opposition au courage militaire (exalté dans les rêveries romanesques de Darsie), le courage civil est vigoureusement défendu par l’avocat Alan[23] et par le quaker Joshua Geddes[24].

Destin[modifier | modifier le code]

Une discussion sur le libre-arbitre (« la liberté des Anglais ») et la prédestination oppose Darsie à son oncle[25].

Comme dans une tragédie grecque, le destin semble punir les Redgauntlet d’un crime commis par un aïeul : cette famille n’embrasse que des causes qui vont échouer[26]. Les Redgauntlet sont résolus, ils luttent vigoureusement, ils font preuve du courage le plus désespéré, mais ils ne peuvent jamais avancer d’un seul pas[27].

De même un conspirateur, désespéré de l’opiniâtreté du prétendant, va jusqu’à soupçonner la famille Stuart de subir quelque vengeance de Dieu (parole qui aurait été réellement adressée au prétendant par MacNamara[28]).

Grande cause perdue[modifier | modifier le code]

On trouve dans le livre de Scott « le thème cher entre tous au romantisme, le chant funèbre d’une grande cause perdue[29] ».

Fantômes du passé[modifier | modifier le code]

Des critiques interprètent l’histoire de Willie le Voyageur comme une parabole renvoyant au roman. Steenie serait Darsie. Le cavalier étranger (en qui certains voient le diable[30]) serait le mystérieux cavalier qui sauve Darsie de la noyade. Le refus d’obéir à un ordre déraisonnable venu d’outre-tombe (jouer d’une cornemuse rougie à blanc) correspondrait au refus de Darsie de venger la mort de son père en adhérant à une cause perdue d’avance. Scott semble nous dire que les fantômes du passé sont à respecter, mais que nous ne devons pas pousser trop loin la dévotion. Nous devons savoir garder notre libre-arbitre[31].

Réconciliation[modifier | modifier le code]

Le livre est écrit deux ans après la première visite d’un souverain de la maison de Hanovre à Édimbourg. Scott, grand ordonnateur de cette venue, est aussi dans ses romans « le pacificateur ». S’il répète, livre après livre, qu’il convient de se soumettre aux verdicts de l’Histoire, il prend soin de respecter les vaincus. Dans Redgauntlet, il donne à l’épopée stuart « une dignité sereine et solennelle qu’elle était loin d’avoir dans les faits ». Il apprivoise les démons du passé, « qui sont aussi ceux de nos passions, car qu’est-ce que le progrès, pour l’homme des Lumières qu’il était, sinon la subordination des pulsions humaines à l’empire de la raison[32] ? »

Influence[modifier | modifier le code]

La réunion des nobles conspirateurs prépare celle que Balzac met en scène dans les Chouans. Le récit du capitaine Nanty Ewart et la terrible figure de Herries annoncent Le Maître de Ballantrae de Stevenson.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Walter Scott, Redgauntlet : histoire du XVIIIe siècle, coll. « Motifs », Privat/Le Rocher, 2007, t. II, p. 268.
  2. T. II, p. 54.
  3. T. II, p. 9 et 267.
  4. T. II, p. 165-167.
  5. Darsie Latimer, personnage né en 1745, va sur ses 21 ans. T. II, p. 232, 243 et 247. De plus, Charles Édouard est présenté comme le prétendant (« le roi », disent les jacobites), ce qu’il n’est devenu qu’à la mort de son père, le 1er janvier 1766.
  6. Walter Scott, « Introduction », op. cit., t. I, p. 28.
  7. (en) « Redgauntlet », Walter Scott, Edinburgh University Library.
  8. Henri Suhamy, Sir Walter Scott, Fallois, 1993, p. 352.
  9. Writer to his majesty’s signet ou writer-signet : « écrivain du sceau de sa majesté », sorte de procureur ou d’avoué à la cour de justice, à Édimbourg. Équivalent du procureur du roi dans la France de l’Ancien Régime. Il a plus de privilèges que le simple writer (avoué en première instance). L’advocat plaide seulement. Albert Montémont, in Walter Scott, op. cit., p. 191.
  10. Jacques François Édouard Stuart, dit « le Vieux Prétendant », est né le 10 juin 1688.
  11. T. II, p. 175.
  12. Walter Scott, « Introduction », op. cit., t. I, p. 21 et 22.
  13. Walter Scott, « Introduction », op. cit., t. I, p. 31.
  14. Walter Scott, « Introduction », op. cit., t. I, p. 29.
  15. Walter Scott, « Introduction », op. cit., t. I, p. 29 et 30.
  16. « Le génie de Scott s’exprime surtout dans ses romans écossais. » James MacCearney, « Préface » de Walter Scott, op. cit., t. I, p. 10. Voir aussi Robert Louis Stevenson, « Rosa Quo Locorum », Essais sur l’art de la fiction, Payot & Rivages, 2007, p. 85 et 86. Voir aussi Laffont, Bompiani, Le Nouveau Dictionnaire des auteurs de tous les temps et de tous les pays, coll. « Bouquins », Robert Laffont, 2002, t. III, p. 2920.
  17. Henri Suhamy, op. cit., p. 349. James MacCearney, parle de « romans jacobites ». James MacCearney, op. cit., t. I, p. 10.
  18. Henri Suhamy, op. cit., p. 350.
  19. Henri Suhamy, op. cit., p. 350 et 351.
  20. James MacCearney, op. cit., t. I, p. 16.
  21. Walter Scott, « Introduction », op. cit., t. I, p. 35.
  22. T. I, p. 67, 73 et 74.
  23. T. I, p. 67 et 111.
  24. T. I, p. 131 et 355.
  25. T. II, p. 21-23.
  26. T. II, p. 18 et 19.
  27. T. II, p. 245.
  28. Walter Scott, « Introduction », op. cit., t. I, p. 30. MacNamara est l’émissaire chargé par les jacobites d’obtenir de Charles Édouard la mise au couvent de Clementina Walkinshaw.
  29. a et b James MacCearney, op. cit., t. I, p. 9.
  30. a, b et c (en) « Wandering Willie’s Tale (Characters) », Answers.com.
  31. Henri Suhamy, op. cit., p. 351-353. Il cite Edgar Johnson.
  32. James MacCearney, op. cit., t. I, p. 19.
  33. La quittance du diable, passion-theatre.org.
  34. La Quittance du Diable, 18 avril 2008, Théâtre de l’Ante.

Article connexe[modifier | modifier le code]