Érosion du littoral

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75 % environ du trait de côte européen régresse significativement et parfois rapidement, parfois naturellement, parfois suite aux activités humaines, ici sur l'île de Heligoland (Allemagne)

L’érosion du littoral est un phénomène naturel et/ou anthropique qui se produit en de nombreux endroits du monde. La légère montée des océans, ou des phénomènes de rééquilibrage isostatique peuvent induire un recul du littoral non compensé par l'engraissement local, de même que la disparition (suite à un nettoyage trop actif) de végétaux stabilisant les vases, dunes ou arrières plages, ou encore qu'une diminution des apports terrigènes en sable suite à la construction de nombreux barrages dans les bassins-versants des fleuves.

Pour répondre aux besoins d'état des lieux et de prospective (face notamment au dérèglement climatique et à la montée de la mer, une Cartographie (normalisée) de l'évolution du trait de côte est en cours [1].

Le phénomène[modifier | modifier le code]

Érosion le long d'une route au sud de Brooklyn.

La mobilité des dunes, des estuaires et du trait de côte est naturelle. Elle résulte de l'action combinée des vagues, du vent, des courants et des flores fixatrices des sables et vases là où elles existent.

Elle est plus importante sur les substrats mous (sable) et il est possible que le nettoyage des plages en détruisant les laisses de mer qui servaient de nourriture aux microorganismes vivant dans le sable y contribuent, de même que le réchauffement climatique en augmentant le niveau de l'eau et la force des aléas climatiques.

  • Les aménagements portuaires ou de digues ont parfois des effets spectaculaires, par les modifications des courants qu'ils induisent.
  • Les gravières sous-marines peuvent aussi avoir des effets différés en termes de mouvements de sédiments.
  • Des pompages ou drainages peuvent aussi indirectement modifier l'érosion de certaines falaises en y produisant des phénomènes de solifluxion ou des effets plus vifs du gel/dégel et des sécheresses (alternances de retraits et gonflements par exemple).
  • Sur les plages, et face aux dunes, certains ouvrages de protection (épis par exemple) se sont eux-mêmes montrés capables de modifier les courants et surcreuser des plages ou des vasières plus en aval.
  • La destruction des mangroves est un des principaux facteurs de ce recul en zone tropicale.
  • Localement des évènements tels que les tsunamis peuvent emporter des portions entières de littoraux.

En France[modifier | modifier le code]

Des blockhaus construits pendant la guerre en haut des dunes sont maintenant atteints par la mer les 2/3 du temps

En 2006, l'IFEN estimait[2] que

  • 25 % du trait de côte reculaient alors que seuls 10 % engraissaient, et ce malgré les ouvrages de défense contre l'érosion des plages et bancs de galets ;
  • 25,9 % des côtes érodées étaient des zones urbanisées ou commerciales ou artificialisées ;
  • 9,7 % étaient des terres labourées ;
  • 17,4 % sont des plages et dunes.

Du point de vue du pourcentage des plages stables, dégraissant ou engraissant, le phénomène semble stables depuis 20 ans sur tout le littoral métropolitain, mais l'ampleur des reculs et avancées semble augmenter[3]. Ainsi en Aquitaine le trait de côte a reculé sur plusieurs zones de 10 mètres ou plus, en raison des vents et d'une houle inhabituellement forte fin 2013-début 2014. Du 14 décembre au 8 janvier la hauteur de houle a atteint ou dépassé quatre mètres 60% du temps, c'est « un phénomène qui ne s'est jamais produit » en Aquitaine selon les spécialistes. Le Conservatoire du littoral et des espaces lacustres a ainsi perdu une quantité significative de terrains.

La Normandie connaît une importante érosion de son littoral, en grande partie liée à l'anthropisation. 60 % des plages normandes tendent à reculer[4]. L'érosion du littoral est la plus active entre la baie du Mont Saint-Michel et le cap de la Hague, à l'ouest du département de la Manche : le recul peut y atteindre cinq mètres par an en moyenne[4]. Sur les falaises de craie de Seine-Maritime, le recul est de 20 cm/an en moyenne[4].

Dans le Nord-Pas-de-Calais, où 70 % environ du trait de côte est en régression, un « Plan littoral d'action pour la gestion de l'érosion » (« P.L.A.G.E ») a été mis en place, avec le Syndicat Mixte de la Côte d'Opale[5].

La Loi littoral est une loi française visant à encadrer l'aménagement de la côte pour notamment la protéger des excès de la spéculation immobilière.

Le Grenelle de la mer en 2009 a estimé qu'elle était insuffisamment appliquée, mais souligne aussi un « manque de coordination entre les communes d’une même partie du littoral concernée par ledit processus physique: la création d’épis ou d’autres ouvrages de défense contre la mer sur une commune ayant des conséquences sur les communes voisines devrait pour être efficace s’inscrire dans une démarche globale et cohérente. Les risques littoraux (érosion, submersion…) ne sont pas pris en compte dans les SCOT. Le risque corrélatif d’ensablement ou d’envasement de certaines zones est également décrit et invite à cette vision globale et de réseaux de suivi pour évaluer ces risques »[6]. Le Centre d'Études Techniques Maritimes et Fluviales (CETMEF) peut aider les collectivités quant aux aspects techniques.

Le Grenelle de la mer suggère aussi de mieux « apprécier de l’impact de l’extraction des granulats sur l’évolution du trait de côte et sur les écosystèmes », soulignant que « compte tenu de la raréfaction des ressources terrestres, cette activité est amenée à se développer (actuellement : 1 % de granulat marin au regard de la production totale de granulats en France, à comparer avec les 20 % en Grande-Bretagne et les 40 % aux Pays-Bas). Les conditions de l’’exploitation doivent être très strictes au regard de l’impact sur les milieux marin et littoral et autorisée sur des zones restreintes afin que son développement économique et durable puisse faire l’objet d’une programmation » [6]

Un guide de la gestion du trait de côte (avec une version numérique) a été élaboré par le ministère chargé de l'écologie, prévu pour fin 2009, publié en 2010[7] pour faciliter l'aide et la décision, via une méthodologie de choix et mise en œuvre d'options de gestion du trait de côte, et une description des techniques de défense contre la mer (et de leurs limites). Il s'inscrit dans un projet de stratégie nationale de gestion du trait de côte, intégrant une gestion plus « naturelle[8] » ou un recul stratégique et une défense contre la mer prenant en compte le changement climatique.

Les méthodes de caractérisation des aléas littoraux ont beaucoup évolué en intégrant les progrès de la modélisation[9] et une caractérisation des zones de vulnérabilité[10].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cartographie normalisée de l'évolution du trait de côte
  2. IFEN, septembre 2006
  3. Anne Lenormand avec AFP (2014) Le trait de côte du littoral aquitain a reculé en de nombreux points de 10 mètres ou plus... ; Localtis/AFP, 12/02/2014 ; d'après un communiqué du 11 février l'observatoire de la côte Aquitaine qui se base sur les relevés du BRGM et de l'ONF faits sur environ 270 km de côtes
  4. a, b et c Christiane Galus, « L'érosion touche plus du quart du littoral français », dans Le Monde du 12-08-2007, [lire en ligne]
  5. Page de l'observatoire du Littoral (IFEN)
  6. a et b Rapport du Groupe I – La délicate rencontre entre la terre et la mer, Grenelle de la Mer, juin 2009 (voir Chapitre "Diagnostic" page 73-74 sur 114)
  7. La gestion du trait de côte ; Ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement durable et de la Mer ; Édition Quae, 2010, 352 p ; ISBN 978-2-7592-0360-4 ; ISSN:1952-1251 ])
  8. Nicholas Grunnet Gestion souple du littoral en harmonie avec la nature (p. 583-592) DOI:10.5150/jngcgc.2010.068-G (Lire en ligne)
  9. Céline Perherin, Amélie Roche, Évolution des méthodes de caractérisation des aléas littoraux (p. 609-616) DOI:10.5150/jngcgc.2010.071-P (Lire en ligne)
  10. Céline Perherin, Amélie Roche, Frédéric Pons, Isabelle Roux, Guy Désire, Céline Boura Vulnérabilité du territoire national aux risques littoraux (p. 617-624) DOI:10.5150/jngcgc.2010.072-P (Lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Lectures approfondies[modifier | modifier le code]

Ouvrages en français[modifier | modifier le code]

  • André Guilcher, 1954. Morphologie littorale et sous-marine, PUF, Collection Orbis.
  • Alain Miossec, 1998. Les littoraux entre nature et aménagement. Sedes.
  • Alain Miossec, « Les processus littoraux » in Veyret Y., L'érosion entre nature et société, Sedes, p. 161-178.
  • Roland Paskoff, 1992. Côtes en danger. Masson.
  • Roland Paskoff, 1998. Les littoraux. Impacts des aménagements sur leur évolution. Masson, 3e édition.
  • Roland Paskoff, 2001. L'élévation du niveau de la mer et les espaces côtiers, le mythe et la réalité. Institut océanographique.
  • Jean-Pierre Peulvast et Jean-René Vanney, 2001 et 2002. Géomorphologie structurale. Tomes 1 & 2. Gordon & Breach (chapitres sur l'océanographie)
  • Jean-Pierre Pinot, 1998. La gestion du littoral : littoraux tempérés. Côtes rocheuses et sableuses, tome 1, Institut océanographique.
  • Jean-Pierre Pinot, 2000. La gestion du littoral : littoraux tempérés. Littoraux vaseux et embouchures, tome 2, Institut océanographique.
  • Paolo Pirazzoli, 1993. Les littoraux', Nathan Université, Collection Géographie d'aujourd'hui.
  • Jean-René Vanney, 2002. Géographie de l’océan global. Gordon & Breach
  • Meur-Férec C. et al, 2006, Vers une stratégie de gestion à long terme de l’érosion côtière : l’apport de l’évaluation de la vulnérabilité, La Baule, Interaction Nature, Société, Analyses et modèles, UMR 6664 LEGT, 5 p

Ouvrages en anglais[modifier | modifier le code]

  • Davis R.A. & Fitzgerald D.M. 2003. Beaches and Coasts, Blackwell Science
  • Carter R.W.G. 1988. Coastal environments, AP.
  • Kelletat D.H. 1995. Atlas of coastal geomorphology and zonality. CERF, special issue no 13.
  • Sunamura T. 1992. Geomorphology of rocky coats, Wiley.
  • Viles H. 1988. Biogeomorphology, Blacwell, Oxford. (Chapitre Coastal biogeomorphology par T. Spencer)
  • Viles H. & Spencer T. 1995. Coastal problems. Geomorphology, ecology and society at the coast.

Numéros spéciaux de revues et articles spécialisés[modifier | modifier le code]

  • Mappemonde, no 1-1993.
  • Hommes et Terres du Nord, no 3-1992, no 1/2-1995.
  • Norois, no 165-1995.
  • Cahiers nantais, no 41/42 – 1994.
  • Cahiers nantais, no 47/48 – 1997.
  • Finkl, C. (2004). Coastal classification: systematic approaches to consider in the development of a comprehensive scheme. Journal of Coastal Research, 20, p. 166-213.
  • Trenhaile, A. S. (2002). Rocky coasts, with particular emphasis on shore platforms. Geomorphology 48, p. 7-22.
  • Trenhaile, A. S. (2002). Modeling the effect of weathering on the evolution and morphology of shore platforms. Journal of Coastal Research, 17, p. 398-406.
  • Meur-Férec, C., & Morel, V. (2004). L'érosion sur la frange côtière: un exemple de gestion des risques. Natures Sciences Sociétés, 12(3), 263-273 (résumé).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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