Raymonda

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Raymonda
Image décrite ci-après
Variation extraite de Raymonda au Prix de Lausanne 2010

Genre Ballet
Musique Alexandre Glazounov
Texte comtesse Lydia Pachkova et Marius Petipa
Chorégraphie Marius Petipa
Création
Théâtre Mariinsky, Saint-Pétersbourg

Raymonda opus 57 d'Alexandre Glazounov est l'ultime grand ballet du XIXe siècle finissant, symbole d'une époque importante pour cet art. Aujourd'hui encore, les œuvres de ces années de la Russie impériale déterminent l'idée que nous nous faisons du ballet classique.

Genèse de l'œuvre[modifier | modifier le code]

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Alexandre Glazounov (1865-1936), alors âgé de 32 ans, fait ses débuts de compositeur de ballets avec Raymonda, ballet en trois actes et quatre tableaux chorégraphié par Marius Petipa. Le livret est de la comtesse Lydia Pachkova et Marius Petipa sur une musique d'Alexandre Glazounov. Le spectacle est présenté au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg le . Marius Petipa est alors âgé de 80 ans.

Raymonda allie la pureté naissante de la danse classique française à la virtuosité italienne. Petipa y intègre étroitement des danses de caractères issues des traditions folkloriques russes retranscrites dans un style plutôt occidental.

Glazounov n'a travaillé qu'une seule fois sur la scène. C'est à l'époque où il achève, avec son maître Rimski-Korsakov, le fragment d'opéra Le Prince Igor d'Alexandre Borodine. Le compositeur n'a aucune expérience dans le domaine de la danse classique lorsqu'il commence sa collaboration avec le vieux maître du ballet classique. Leur collaboration s'avère très difficile mais Glazounov restera reconnaissant, sa vie durant, envers le chorégraphe et aura beaucoup d'estime pour lui plus tard.

Après la mort aussi brutale qu'inopinée de Tchaïkovski, Petipa contacte le compositeur Glazounov. Bien avant que ce dernier n'ait écrit les premières mesures de Raymonda, Petipa s'en est fait des idées très détaillées du point de vue musical et chorégraphique. Vieux routier de la danse sur une scène de théâtre, Petipa tente d'imposer des limites étroites au compositeur. Malheureusement, ce dernier ne veut pas se soumettre aux nécessités de la danse classique. Il ressent, par exemple, la prescription d'une période de 32 mesures comme un corset dans lequel il n'est pas disposé à se laisser enfermer. Là où le chorégraphe exige des coupes et lutte pour avoir des passages courts, persuasifs, avec une gestuelle décisive, Glazounov ne veut pas toucher à sa brillante partition. Aujourd'hui encore, les nombreuses différences entre la version scénique de la musique et la partition, à l'époque destinée au piano, témoignent de cette lutte obstinée. C'est ce qui empêche souvent que des modifications nouvelles, juste intervenues lors des répétitions, soient intégrées à temps dans la version imprimée. Dans une lettre adressée à un ami, Petipa se plaint en ces termes :

« M. Glazounov ne veut pas changer une seule note, non plus dans la variation pour Mlle Legnani ou au moins un petit trait au galop. C'est horrible de travailler avec un compositeur qui a donné sa musique à une maison d'édition et qui l'a déjà publiée à l'avance. »

C'est seulement après la première représentation que Glazounov reconnaît l'importance décisive des adaptations scéniques dans une musique de ballet. Lors des deux ballets suivants, il tient compte des propositions de Marius Petipa. Le compositeur écrit :

« La nécessité de se tenir aux conditions du chorégraphe m'imposa, il est vrai, une contrainte mais [...] en même temps elle me donna de la force pour les difficultés symphoniques [...] Mais n'est-ce pas peut-être précisément de ces chaînes que jaillit la meilleure école pour le développement et l'éducation du sentiment de la forme. »

Lorsque le vieux maître de ballet tombera en disgrâce, Glazounov, maintenant reconnu pour occuper une position prépondérante en Russie, prendra toujours fait et cause pour lui.

La nouvelle génération de chorégraphes, en rébellion contre le XIXe siècle, empruntent de nouvelles voies mais l'héritage qu'a laissé Petipa constitue encore aujourd'hui la base obligatoire pour tout danseur dans le monde.

Olga Preobrajenska dans le grand pas hongrois, en 1903

Avec son dernier chef-d'œuvre, Petipa se tourne vers la modernité. Il émancipe la danse pour la danse, détachée de l'histoire racontée. Le troisième acte, en particulier, annonce déjà une nouvelle époque. Dans le ballet Raymonda, la danse ne veut plus se présenter que pour elle-même et ne veut plus servir aucun drame. La forme elle-même - à la fois un ensemble de danse classique, de danse de semi-caractère et de caractère - devient le contenu. L'acte final appartient aux pièces de la chorégraphie originale de Petipa qui nous ont été transmises par une tradition de représentation plus ou moins continue. Sa pièce centrale, le Grand Pas hongrois, s'est imposé, au sein du répertoire international, séparément du reste de l'œuvre.

Ce ballet, malgré son grand succès dans son pays d'origine, ne sera présenté pour la première fois en Europe qu'en 1935 : la première représentation est donnée à Londres par le Ballet National de Lituanie, dans une version de Nicholos Zverev.

Pendant plus d'un siècle, Raymonda connaît régulièrement des arrangements scéniques qui témoignent de la confrontation infatigable des chorégraphes avec l'héritage classique de Petipa.

Argument[modifier | modifier le code]

L'action voulue à l'origine par Lydia Paschkova se passe au temps des croisades.

Acte I[modifier | modifier le code]

Raymonda fête son anniversaire dans le château de sa tante aux côtés de son fiancé, le chevalier Jean de Brienne. Les deux amoureux doivent se séparer avant que la fête se termine car le chevalier doit rejoindre l'armée du roi André II de Hongrie sur le chemin de la guerre. La comtesse Sibylle, tante de Raymonda lui parle de la statue de la vieille Dame Blanche, située dans les jardins du château. Celle-ci reprend vie la nuit et est une protectrice de la famille. La nuit venue, Raymonda tombe dans un sommeil agité au cours duquel la Dame Blanche lui apparaît et l'enlève dans un jardin magique plein de secrets. Elle y rencontre son amant. Soudain, Jean de Brienne se transforme en un cheik arabe qui lui fait une déclaration d'amour pressante. Effrayée, Raymonda est contrainte d'accepter et s'évanouit. Elle se réveille à l'aube, seule, avec les souvenirs de son cauchemar.

Acte II[modifier | modifier le code]

De nouvelles festivités sont organisées au château avec des invités venus de contrées lointaines. À sa grande frayeur, Raymonda reconnaît le cheik Abderamane qu'elle a vu dans son rêve. Ce dernier l'assaille avec sa demande en mariage que Raymonda refuse. A la fois désespéré et blessé dans son amour propre Abderamane la fait enlever. C'est à ce moment que Jean de Brienne et le roi de Hongrie rentrent de la bataille par surprise. Le roi, ne voyant pas d'issue à la situation, ordonne un duel entre les deux rivaux. Brienne sort vainqueur avec l'aide de la Dame Blanche. Grièvement blessé, Abderamane déclare une nouvelle fois sa flamme à Raymonda avant de mourir.

Acte III[modifier | modifier le code]

Le couple, à nouveau réuni, célèbre ses noces dans le palais du roi.

Personnages[modifier | modifier le code]

Les principaux rôles sont tenus pas Pierina Legnani (Raymonda), Pavel Gerdt (Abderakhman), Serge Legat (Jean de Brienne) et Olga Preobrajenska (Henriette).

Personnage Rôle Interprète de la création
Raymonda Personnage central Pierina Legnani
Jean de Brienne amoureux de Raymonda Serge Legat
Abderamane Cheik arabe Pavel Gerdt
Henriette - Olga Preobrajenska
La Dame Blanche - -
Comtesse sybille - -
Roi de Hongrie - -
Clémence - -
Bernard - -
Béranger - Nicolas Legat

Livret[modifier | modifier le code]

Acte III de la production originale de Raymonda sur la scène du Théâtre Mariinsky. Au centre se trouve Pierina Legnani, créatrice du rôle titre.

Acte I

  • Scène 1 : La fête de Raymonda
1. Introduction
2. Jeux et danses
a. Scène première
b. La traditrice
c. Arrivée de Sybille
d. Reprise de la danse
e. Scène mimique
f. Récit de Sybille
g. Les moqueries de Sybille
3. Entrée
a. Annonce de l'arrivée de Raymonda
b. Préparation de l'arrivée de Raymonda
c. Entrée de Raymonda
4. La lettre de Jean de Brienne
Interpolation : Entrée d'Abderakhman
5. Entrée des vassaux et des esclaves
6. Pas d'ensemble
a. Valse provençale
b. Pizzicato - Variation de Raymonda
c. Reprise de la valse
7. Départ des invitées
8. La Romanesca
a. Prélude
b. La Romanesca
c. Une fantaisie - Variation de Raymonda
9. Scène de Clémence et le luth
10. Apparition de la Dame Blanche
11. Entracte symphonique
  • Scène 2 : Visions
12. Le rêve fantastique
13. Entrée de la vision de Jean de Brienne
14. Grand Pas d'action
a. Grand adagio
b. Valse Fantastique
c. Variation I
d. Variation II
e. Variation de Raymonda (coupée par Petipa dans la production originale)
Interpolation : Variation pour Mlle Pierina Legnani (Valse tirée des Scènes de Ballet de Glazounov)
Interpolation : Variation pour Sergeyev
f. Grand coda
15. Scène dramatique
16. Ronde des follets et des farfadets
  • Scène 3 : L'aurore
17. Scène et final

Acte II : Cour d'amour

18. Ouverture
19. Marche
20. Arrivée d'Abderakhman
21. Pas d'action
a. Grand adage
b. Variation I
c. Variation II
d. Variation de Raymonda
e. Grand coda
Grand Divertissement
22. Scène mimique
23. Entrée des jongleurs
24. Pas des garçons arabes
25. Danse sarrasine
26. Grand Pas espagnol
27. Danse orientale (coupée par Petipa dans la production originale)
28. Bacchanale générale
29. L'arrivée de Jean de Brienne et André II
30. Le combat
31. Hymne

Acte III : Le festival des noces

32. Entracte
33. Grand cortège hongrois
34. Rapsodie (Danse des enfants)
35. Palotás) (Danse hongroise)
Interpolation : Mazurka (tirée des Scènes de Ballet de Glazounov)
36. Pas classique hongrois
a. Entrée
b. Grand adage (soit Pas de dix)
c. Variation I
d. Variation II
e. Danse pour quatre danseurs
f. Variation de Raymonda
Interpolation : Variation pour Sergeiev
g. Coda
37. Galop général
38. Apothéose

Autres versions[modifier | modifier le code]

Frederick Ashton chorégraphiera lui aussi des extraits de Raymonda, en 1959 et 1960, pour le Royal Ballet.

Captations vidéos[modifier | modifier le code]

À noter également le documentaire Dancer's dream : Raymonda, consacré au travail de Rudolf Noureev sur la reprise du ballet à Paris (avec les danseurs Manuel Legris, Noëlla Pontois...).

Liens externes[modifier | modifier le code]

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