Raymond Malenfant

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Raymond Malenfant, né le à Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup, est un homme d'affaires canadien. Principalement connu au Québec, il a fait fortune, puis faillite, dans le domaine de l'hôtellerie.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

« Mon père ne m'a pas laissé d'argent, mais il m'a montré comment travailler. »

— Raymond Malenfant[1]

École de rang (début XXe siècle).

Raymond Malenfant est né le 6 octobre 1930 à Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup d'Edmond Malenfant et de Rosanna Paré[2]. Fils d'un cultivateur, il est le cinquième d'une famille de 9 enfants. À partir de l'âge de six ou sept ans, il commence à travailler sur la terre familiale sous les ordres de son père, un homme ferme[3],[4].

L'un des frères d'Edmond étant alcoolique, les parents de Malenfant tiennent un discours très strict sur l'alcool[5]. Marqué par cette expérience, Malenfant affirmera plus tard ne jamais avoir bu une goutte de sa vie[6]. La famille Malenfant, pieuse, se rend régulièrement à l'église à pied, à 5 kilomètres de la terre familiale[7].

Raymond Malenfant fait son école primaire à l'école de rang. Il réussit relativement bien malgré qu'il poursuive son travail sur la terre[8],[9].

En 1946, il fait part à sa famille qu'il veut devenir prêtre. L'année suivante, il débute son cours classique au séminaire de Rimouski. Il est victime de mauvais coups de la part des autres étudiants[10],[11]. Il se décrira plus tard comme ayant été un étudiant effacé[12]. Après une année d'étude à cette école, il part étudier au juvénat des pères maristes à Québec[13],[14]. Au début de l'année scolaire 1949-1950, il abandonne ses études[15].

L'armée canadienne et les débuts dans la construction[modifier | modifier le code]

Il rejoint les Forces armées canadiennes, s'entraîne à Québec et revient parfois à Saint-Hubert[16]. À la même époque, il se lie avec Colette Perron, qui deviendra plus tard sa femme[17]. En 1955, il rejoint la base de Shilo, au Manitoba, où il demeurera quelque temps[18]. À cette époque, il aurait commencé sa médecine à l'Université Laval[19][réf. insuffisante].

En janvier 1956, Raymond Malenfant achète une maison inachevée sur un terrain de 27 mètres de façade à Limoilou pour la somme de quatorze mille sept cent cinquante dollars canadiens[20]. En 1957, il acquiert un terrain près de chez lui appartenant au Séminaire de Québec pour la somme de deux mille cinq cents dollars[21]. Le 27 octobre de la même année, il a un premier enfant, Alain[22].

Il commence à acquérir des terrains sur lesquels il fait construire des maisons. À la fin des années 1950, il a déjà fait construire une douzaine de maisons habitées par un même nombre de familles[23].

En 1960, la famille Malenfant part en France, à Lille. Raymond y poursuit des études de médecine à l'Université catholique de Lille. Les Malenfant y habitent un an, durant lequel naîtra Estelle le 10 décembre 1960[24]. Raymond abandonne après la première année d'études et la famille revient au Québec pour poursuivre dans le domaine de la construction en automne 1962. Raymond Malenfant quittera l'armée à la même époque[25],[19].

Le 30 septembre 1962 naît sa fille France[26].

Hôtellerie[modifier | modifier le code]

Motel Universel à Sainte-Foy.

Raymond Malenfant se lance à nouveau dans la construction à Québec. Il a quelques démêlés avec la ville, mais poursuit son œuvre. C'est à la même époque qu'il vit ses premiers affrontements avec le syndicalisme[27].

Après avoir fait des démarches de financement, Malenfant entame la construction de son premier motel. Le motel Universel, situé en face de l'Université Laval sur le Chemin Ste-Foy, ouvre ses portes le 31 juillet 1965[28]. Le 28 décembre naît sa fille Lynn[29].

Le 20 mars 1969, il acquiert la compagnie Villeneuve Construction ltée ainsi qu'un terrain au coin de l'autoroute Henri-IV et du Chemin des Quatre-Bourgeois pour 1 385 650 dollars. Il planifie d'y faire construire un centre commercial[30]. Réussissant à y faire changer le zonage, il revend le terrain à la compagnie Steinberg's pour environ 2 800 000 dollars en 1972-1973[31].

Le 15 décembre 1973, il inaugure un deuxième motel à Rivière-du-Loup. Le 30 novembre 1974, il en inaugure un autre à Drummondville et, sept ans plus tard, un autre à Chicoutimi, près du boulevard Talbot, le 19 avril 1981[32],[33],[34]. Au début des années 1980, il ouvre des motels Universel à Alma, Rimouski et Montréal[35].

Manoir Richelieu[modifier | modifier le code]

Article connexe : Manoir Richelieu.
Le Manoir Richelieu

En décembre 1985, Raymond Malenfant fait une offre d'achat du Manoir Richelieu au gouvernement du Québec. Il commence à rénover le bâtiment[36]. Le Manoir lui sera vendu officiellement le 16 avril 1986[37],[38],[39]. À la suite de cette acquisition, Malenfant devient connu auprès du grand public[40].

Malenfant ne reconnaît pas le syndicat des employés du Manoir, affilié à la Confédération des syndicats nationaux (CSN) dirigée par Gérald Larose[39],[N 1],[41]. Un bras de fer s'engage entre Malenfant et la CSN. Les manifestations commencent le 8 mai au motel Universel de Sainte-Foy. Le 9 juillet, deux voitures de Raymond Malenfant sont incendiées devant sa maison à Sainte-Foy. Le 12 juillet, Malenfant obtient 3 injonctions de la cour interdisant, entre autres, l'accès aux environs des propriétés de Malenfant aux syndiqués. Le 17 octobre, plusieurs anciens employés pénètrent dans le Manoir et le vandalisent. 71 d'entre eux sont arrêtés[42].

Le conflit est marqué par la mort du manifestant Gaston Harvey, étouffé par un agent de la Sûreté du Québec au moment de son arrestation lors d'une manifestation au Manoir le 25 octobre[43],[39].

Apogée[modifier | modifier le code]

En août 1987, Raymond Malenfant a été plaignant ou défendeur dans environ 91 procès depuis la fin des années 1960[44]. Sa fortune est estimée à 400 millions de dollars. Il possède la chaîne Universel, composée de neuf établissements hôteliers, 6 tours à bureaux et d'un centre de ski. En haute saison, il emploie environ 1 000 personnes. Il est un modèle pour le patronat, connu comme celui qui a maté ceux qu'il nomme « les capotés » de la CSN[4],[45].

En voyage, il voit l'hôtel Fort Garry la même année, dont il « tombe amoureux ». Malenfant l'achète et commence à le rénover en janvier 1988. Après quatre mois et demi et 10 millions de dollars, l'hôtel ouvre officiellement le 21 mai[46].

En 1989, Malenfant acquiert la station de ski de Pin Rouge, qui lui posera plusieurs problèmes[47].

En novembre 1989, Malenfant lance l'idée, devant la chambre de commerce de Sainte-Foy, d'ouvrir un casino géré par l'État au Manoir Richelieu. L'idée, qui n'est pas nouvelle, sera appuyée par l'Association touristique de Charlevoix[48].

Faillite[modifier | modifier le code]

Selon Alain Malenfant, la seule hausse des taux d'intérêt au début des années 1990 a suffi à mettre en péril l'entreprise familiale. Les Malenfant tentent un sauvetage radiodiffusé, orchestré par André Arthur[49] et comptant sur l'appui de plusieurs intervenants dont Pierre Péladeau, dont l'entreprise aurait fourni 600 000 dollars. Cependant, les dons sont bien insuffisants. L'État québécois réclame des millions à Malenfant, notamment pour fraude. Le , le tribunal met sous tutelle les biens de Malenfant, qui perdra au cours des mois suivants ses propriétés. Le , le tribunal déclare Raymond Malenfant en faillite, décision qui sera confirmée le [50],[51]. Au moment de la faillite, les avoirs de Malenfant sont évalués à 400 000 000 $[52].

À la suite de cette faillite, les Malenfant se retirent de la vie publique pour quelques années[53].

Motel resto-bar Le Vicomte de Laval[modifier | modifier le code]

En 1997, Raymond Malenfant s'implique avec son fils Alain dans la reprise du motel resto-bar Le Vicomte de Laval[54]. L'établissement a une réputation douteuse. Alain Malenfant et plusieurs employés du Vicomte sont arrêtés par la police en mars 1998[55]. Alain aurait commencé à avoir des fréquentations douteuses dès 1993. Il entreprit une thérapie et fut condamné à une sentence en société[56].

Péripéties municipales[modifier | modifier le code]

En février 1999, Raymond Malenfant passe plusieurs jours en prison à Saint-Jérôme suite au refus de payer une amende municipale[57].

En juin 2000, un problème électrique entraîne un incendie au Vicomte, causant pour plusieurs dizaines de milliers de dollars de dommages[58].

Le , Raymond Malenfant est happé par une voiture à Laval en traversant la rue. Admis à l'hôpital dans un état grave, il passera plusieurs jours dans le coma[59]. Le 24 juillet, il quitte l'hôpital et fera sa convalescence au centre François-Charron (maintenant l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec)[60]. Il fait une première apparition publique lors d'une entrevue avec Paul Arcand sur le Réseau TVA le 24 octobre 2001[61].

En novembre 2006, Malenfant est accusé de construire une maison luxueuse à Québec sans avoir obtenu de permis de la ville[62].

En mai 2008, il est condamné à une amende de 900 dollars pour quatre infractions au règlement d'urbanisme[63].

Héritage[modifier | modifier le code]

« J'ai tiré les vaches à quatre ans, on n'avait pas le choix. On était neuf enfants à la maison. Le plus vieux est mort écrasé par un tracteur. J'ai eu beaucoup de misère dans ma vie. »

— Raymond Malenfant (2003)[64]

En décembre 2009, la chaîne de télévision Séries+ annonce qu'elle diffusera une minisérie sur Raymond Malenfant à l'hiver 2011[65]. Réalisée par Ricardo Trogi, le rôle de Raymond Malenfant a été joué par Luc Picard[66] et Francis Cantin (Raymond Malenfant jeune adulte).

Prix et nominations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. Raymond Malenfant et Gérald Larose auront plusieurs confrontations via les médias québécois. Malenfant intentera une poursuite de 250 000 $ contre Larose pour atteinte à la réputation le 6 mai 1999.
Références
  1. Cardwell et Juster 2003, p. 25
  2. Cardwell et Juster 2003, p. 14
  3. Cardwell et Juster 2003, p. 27
  4. a et b Michel David, « Le dinosaure », Le Devoir,‎ 28 janvier 2010 (consulté le 28 janvier 2010)
  5. Cardwell et Juster 2003, p. 43-44
  6. Germain 1987, p. 38
  7. Cardwell et Juster 2003, p. 46-47
  8. Cardwell et Juster 2003, p. 48
  9. Cardwell et Juster 2003, p. 60
  10. Cardwell et Juster 2003, p. 66-67
  11. Cardwell et Juster 2003, p. 78-79
  12. Germain 1987, p. 42
  13. Cardwell et Juster 2003, p. 71
  14. Cardwell et Juster 2003, p. 79
  15. Cardwell et Juster 2003, p. 84
  16. Cardwell et Juster 2003, p. 87
  17. Cardwell et Juster 2003, p. 102
  18. Cardwell et Juster 2003, p. 104
  19. a et b Germain 1987, p. 43
  20. Cardwell et Juster 2003, p. 110
  21. Cardwell et Juster 2003, p. 111-112
  22. Cardwell et Juster 2003, p. 124
  23. Cardwell et Juster 2003, p. 115
  24. Cardwell et Juster 2003, p. 128
  25. Cardwell et Juster 2003, p. 131
  26. Cardwell et Juster 2003, p. 135
  27. Cardwell et Juster 2003, p. 137-138
  28. Cardwell et Juster 2003, p. 158
  29. Cardwell et Juster 2003, p. 161-162
  30. Cardwell et Juster 2003, p. 186
  31. Cardwell et Juster 2003, p. 194-198
  32. Cardwell et Juster 2003, p. 211
  33. Cardwell et Juster 2003, p. 219
  34. Cardwell et Juster 2003, p. 285
  35. Chapleau 2004, p. 21
  36. Rhéaume 1986, p. 30
  37. Jacques Rouillard, « Le Mouvement syndical », Université de Montréal,‎ 2010 (consulté le 28 janvier 2010)
  38. Serge Gauthier, « L’histoire du Manoir Richelieu. Deuxième époque : un hôtel de prestige (1928-2002) », sur http://www.encyclobec.ca,‎ 8 juillet 2002 (consulté le 28 janvier 2010)
  39. a, b et c « Décès de Gaston Harvey lors d'une manifestation », Université de Sherbrooke,‎ 2010 (consulté le 28 janvier 2010)
  40. Chapleau 2004, p. 28-31
  41. Chapleau 2004, p. 141
  42. Chapleau 2004, p. 50
  43. Chapleau 2004, p. 55
  44. Germain 1987, p. 40
  45. Germain 1987, p. 38
  46. Chapleau 2004, p. 98 et 108
  47. Chapleau 2004, p. 113-115
  48. Jean Forest, « Du travail, non des jeux », VO : le magazine de Vie ouvrière, no 224,‎ mai-juin 1990, p. 33
  49. Stéphane Baillargeon, « Médias - Le «capoté» de La Malbaie », Le Devoir,‎ 19 février 2011
  50. Chapleau 2004, p. 116-120
  51. Jean-Louis Boudou et Christine St-Pierre, « Tout le monde en parlait - Le Manoir Richelieu », Société Radio-Canada,‎ 12 juin 2007 (consulté le 28 janvier 2010)
  52. Chapleau 2004, p. 125
  53. Chapleau 2004, p. 126
  54. Chapleau 2004, p. 128
  55. Chapleau 2004, p. 129-132
  56. Chapleau 2004, p. 138-139
  57. « Raymond Malenfant passera 24 jours en prison », Société Radio-Canada,‎ 16 février 1999 (consulté le 28 janvier 2010)
  58. Chapleau 2004, p. 143
  59. Maxime Landry, « Raymond Malenfant survivra », Le Canal Nouvelles,‎ 29 juin 2001 (consulté le 28 janvier 2010)
  60. Chapleau 2004, p. 153
  61. Chapleau 2004, p. 157
  62. Régys Caron, « 5 constats d'infraction émis par la ville - Malenfant se construit une grosse maison sans permis », Le Journal de Québec,‎ 15 novembre 2006 (consulté le 28 janvier 2010)
  63. « Québec - D'autres ennuis pour Raymond Malenfant »,‎ 5 mai 2008 (consulté le 28 janvier 2010)
  64. Chapleau 2004, p. 160
  65. Richard Therrien, « Une série sur Raymond Malenfant », Cyberpresse,‎ 1er décembre 2009 (consulté le 28 janvier 2010)
  66. Richard Therrien, « Luc Picard jouera Raymond Malenfant », Le Soleil,‎ 23 février 2010 (consulté le 1er mars 2010)
  67. Chapleau 2004, p. 57
  68. Chapleau 2004, p. 111

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Georges-Hébert Germain, « Le « toffe » de La Malbaie », L'actualité, Maclean Hunter Limitée,‎ août 1987, p. 38-43Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Normand Rhéaume, « La ruade de l'éléphant », Revue commerce, Publications Les Affaires inc.,‎ août 1986, p. 27-34Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Mark Cardwell et Robert Juster, Raymond Malenfant - L'ascension, Trait d'Union,‎ 2003, 286 p. (ISBN 2922572730)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • André Chapleau, Raymond Malenfant - Le courage de continuer, Trait d'Union,‎ 2004, 221 p.Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]