Raymond IV de Toulouse

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Raymond IV de Toulouse
Raymond IV de Toulouse, par Merry-Joseph Blondel. Salles des croisades, Versailles
Raymond IV de Toulouse, par Merry-Joseph Blondel. Salles des croisades, Versailles
Titre
Marquis de Provence
v.10851105
Prédécesseur Bertrand Ier de Provence
Successeur Bertrand de Tripoli
Comte de Toulouse
10921105
Prédécesseur Guillaume IV de Toulouse
Successeur Bertrand de Tripoli
Comte de Tortose (Tripoli)
11021105
Prédécesseur Création
Successeur Guillaume de Cerdagne
Biographie
Date de naissance v.1042
Lieu de naissance Toulouse (France)
Date de décès 28 février 1105
Lieu de décès
près de Tripoli au (Liban)
Père Pons de Toulouse
Mère Almodis de la Marche
Conjoint

Raymond IV (ou VI) [Note 1] de Toulouse, dit Raymond de Saint-Gilles (vers 1042 - † 1105) est un comte de Saint-Gilles (1060-1105), duc de Narbonne, marquis de Gothie, comte de Rouergue[Note 2] (1065-1105), marquis de Provence (v. 1085 - 1105), comte de Toulouse (1094-1105) et comte de Tripoli (de 1102 à 1105, sous le nom de Raymond Ier).

Le seigneur occitan[modifier | modifier le code]

Raymond est le second fils de Pons, comte de Toulouse, et d'Almodis de la Marche. À la mort de son père, son frère aîné Guillaume IV hérite de l’ensemble des biens paternels, Raymond devant se contenter du comté de Saint-Gilles, qui se résume à une moitié de l’évêché de Nîmes, du château de Tarascon, de la terre d’Argence et de la moitié de l’abbaye de Saint-Gilles.

Implanté à proximité de la Provence, il épouse vers 1060 une princesse provençale qui serait soit une fille du comte Bertrand Ier de Provence[1], soit une fille du comte Geoffroy Ier de Provence[2]. À cette époque, le comté de Provence est tenu en indivision par les descendants du marquis Guillaume Ier de Provence et de son frère.

En 1065 sa cousine Berthe, comtesse de Rouergue décède, et Raymond s’empare de ses biens et titres aux dépens du veuf, Robert II d’Auvergne. Seul le comté de Rouergue lui apporte une puissance territoriale, les autres titres de Narbonne et de Gothie sont uniquement des titres théoriques apportant une suzeraineté plutôt théorique sur la Languedoc. Son frère étant particulièrement peu ambitieux, il use des titres de duc de Narbonne, marquis de Gothie et comte de Toulouse, ainsi que l’atteste une charte de 1088[3].

À la fin des années 1070, il prend le parti de l'archevêque d'Arles Aicard contre le comte de Provence et le pape. Il devient comte indivis de Provence vers 1085, à la mort de son oncle Bertrand, et prend le titre de marquis de Provence en 1093, à la mort de son cousin le marquis Bertrand II de Provence.

En 1074, il refuse de répondre à l’appel du pape Grégoire VII pour lutter contre les Normands, et le pape, se souvenant du mariage consanguin de Raymond, l’excommunie à deux reprises, en 1076 et en 1078. Ces excommunications sont levées en 1080, à la mort de la première épouse de Raymond[4].

En 1087 il se rend en Espagne et participe à la Reconquista contre les Musulmans. Son frère Guillaume meurt en 1094 au cours d'un pèlerinage à Jérusalem, et, conformément au testament de son père, il hérite de ses biens, comtés de Toulouse, d'Albi, de l'Agenais et du Quercy. Il épouse peu après Elvire de Castille, qui lui apporte en dot une fortune importante.

Avec toutes ses acquisitions, la création du grand comté de Toulouse est bâtie sur quatre principes : relations cordiales avec l'Église, héritage, mariage et en dernier recours appel à la force[5].

Le croisé[modifier | modifier le code]

Raymond de Saint-Gilles, Adhémar de Monteil et les Provençaux.

En novembre 1095, le pape Urbain II profite du concile de Clermont pour lancer un appel à toute la noblesse d’Occident, afin de combattre les Musulmans, qui menacent Byzance, et de reconquérir les Lieux Saints. Raymond de Saint Gilles est l’un des premiers princes à y répondre. Les raisons qui incitent ce seigneur à abandonner la principauté qu’il a mis tant de temps et d’énergie à constituer pour partir à l’aventure en Terre sainte ne sont pas vraiment connues. La foi l’a évidemment motivé, mais Raymond est trop fin politique pour que l’on puisse admettre cette seule motivation.

Sage administrateur, il se prépare à la croisade en réunissant une importante fortune, sans aliéner ses possessions. Une bonne partie de cette fortune vient de la dot d’Elvire de Castille, qui l’accompagne en Terre Sainte. Pour l’augmenter, il ordonne la dévaluation du denier de Toulouse, et met en gage quelques terres annexes. Ainsi, une partie du Rouergue est donnée aux vicomtes de Rodez. Cette fortune, qu’il reconstitue au fur et à mesure des pillages, lui permet de payer son armée, et même de financer les autres chefs, quand ceux-ci se retrouvent à court d’argent. Il est ainsi le plus riche des croisés, ce qui lui permit mais sans succès de proposer en janvier 1099 aux autres princes croisés de les prendre à sa solde pour commander la croisade[6] : 10 000 sous d'or à Godefroy de Bouillon et Robert de Normandie, 6 000 à Robert de Flandre, 5000 à Tancrède de Hauteville...

Il commande l'une des quatre armées de la première Croisade, celle des Provençaux, qui gagne Constantinople par voie terrestre. Selon une hypothèse qui ne fait pas l’unanimité parmi les historiens, le pape l’aurait nommé chef militaire de la croisade, à côté du légat Adhémar de Monteil, chef spirituel et théoriquement politique. Mais il se comporte toujours en égal des autres chefs[7] et non comme leur supérieur.

Arrivé à Constantinople, Raymond est le seul à refuser le serment d’allégeance qu’exige l’empereur Alexis Comnène, se contentant de promettre de protéger l’empereur et de ne pas lutter contre ses intérêts. Après la prise d’Antioche, il s’oppose à ce que Bohémond de Tarente en devienne le prince, puis voyant que les autres chefs de la croisade s’attardent dans la ville, organise une mise en scène pour relancer l’armée croisée vers Jérusalem : il se joint aux pèlerins non combattants, pieds nus et portant une robe de pèlerins, et part avec eux devant les soldats croisés. Ceux-ci se décident alors à marcher vers Jérusalem, entraînant derrière eux les chefs croisés. Prudent, Raymond longe la côte, tout en organisant des expéditions de razzias pour ravitailler les troupes.

Jérusalem est prise en juillet 1099, et les barons se réunissent pour choisir le seigneur qui en aura la garde et élisent Godefroy de Bouillon au détriment de Raymond IV. Il participe à la bataille d'Ascalon, puis aide les byzantins à défendre Lattakié contre Bohémond de Tarente. Il se rend à Constantinople en mai 1100. En mars 1101, il prend la tête d'une croisade de secours composée de Lombards, mais ne réussit pas à les convaincre de suivre la côte. Les Lombards prennent Ankara, mais se font massacrer le 5 août 1101 par les Turcs. Avec quelques chevaliers, Saint-Gilles parvient à s'échapper vers la mer Noire et à rejoindre Constantinople.

Il se consacre ensuite à se tailler un fief en Orient, et décide de conquérir l'émirat de Tripoli. Il commence par deux points forts, Tortose, qu'il prend le 21 avril 1102[8] et Giblet qu'il prend 28 avril 1104[8]. En 1103, il fait construire une forteresse au Mont-Pèlerin. Tout en maintenant le siège sur Tripoli, il aide le roi Baudouin Ier de Jérusalem à prendre Saint-Jean-d'Acre. Il reprend ensuite le siège de Tripoli, mais est gravement blessé d'une flèche au début du mois de janvier 1105[9]. Retiré au Mont-Pèlerin, il fait rédiger son testament, que signe Bertrand des Porcellets, gentilhomme provençal. Il lègue le comté de Tripoli à son fils aîné Bertrand, plus en âge de le défendre, et ses possessions françaises à son cadet Alphonse-Jourdain, trop jeune pour ce territoire insoumis ; il estime que dans le comté de Toulouse, le jeune héritier aura l'appui des conseillers de son père[10].

Il meurt au bout de deux mois, le 28 février 1105.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Mariages et enfants[modifier | modifier le code]

Il épouse en premières noces vers 1066 la fille d'un comte de Provence, qui peut être soit Bertrand Ier de Provence[1], soit Geoffroy Ier de Provence[2]. De ce mariage est né :

  • Bertrand († 1112), comte de Toulouse, d'Albi, d'Agen, de Rouergue et du Quercy, marquis de Gothie, duc de Narbonne et comte de Tripoli.

Probablement veuf, il se remarie avec Mathilde de Hauteville († av. 1094), veuve de Robert, comte d'Eu[réf. nécessaire] et fille de Roger Ier, comte de Sicile, et de Judith d'Évreux.

Il se marie ensuite pour la troisième fois en 1094 avec Elvire de Castille, fille d'Alphonse VI, roi de Castille et de Léon et de sa maîtresse Jimena Munoz. Elle donna naissance à :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon la généalogie traditionnelle des comtes de Toulouse faite par les Bénédictins dans l’Histoire générale de Languedoc, il serait Raymond IV, mais des études critiques ont établi que deux comtes du prénom de Raymond avaient été omis. Il serait donc Raymond VI  : voir Christian Settipani, La Noblesse du Midi Carolingien, Oxford, Linacre College, Unit for Prosopographical Research, coll. « Prosopographica et Genealogica »,‎ 2004, 388 p. (ISBN 1-900934-04-3), p. 28-35.
  2. Duc de Narbonne est un titre honorifique, la ville étant gouverné par un vicomte qui n’entendait pas céder sa place. De même pour le titre de marquis de Gothie, comprenant les vicomtés d’Agde, de Béziers et d’Uzès, tenus par des vicomtes jaloux de leur pouvoir. Seul le comté de Rouergue lui appartient réellement.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-Luc Déjean, Les comtes de Toulouse (1050-1250), Fayard,‎ 1979 (réimpr. 1988) [détail des éditions] (ISBN 2-213-02188-0), p. 29
  2. a et b Foundation for Medieval Genealogy.
  3. Déjean 1979, p. 26.
  4. Déjean 1979, p. 31-32.
  5. Déjean 1979, p. 28.
  6. Élisabeth Crouzet-Pavan, Le Mystère des rois de Jérusalem (1099-1187), Albin Michel, 2013, p. 111.
  7. Godefroy de Bouillon, Robert Courteheuse, Bohémond de Tarente et Hugues de Vermandois.
  8. a et b René Grousset, L'Empire du Levant : Histoire de la Question d'Orient, Paris, Payot, coll. « Bibliothèque historique »,‎ 1949 (réimpr. 1979), 648 p. (ISBN 2-228-12530-X)
  9. Déjean 1979, p. 78.
  10. Dominique Baudis, Raimond d'Orient, Lgf,‎ octobre 2001, 256 p. (ISBN 2253151246)