Rawa Ruska

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Rava-Rouska
Рава-Руська
Blason de Rava-Rouska
Héraldique
Drapeau de Rava-Rouska
Drapeau
Administration
Pays Drapeau de l'Ukraine Ukraine
Subdivision Flag of Lviv Oblast.png Oblast de Lviv
Maire Alla Zoproun
Code postal 80316
Indicatif tél. +380 3252
Démographie
Population 8 426 hab. (2013)
Densité 809 hab./km2
Géographie
Coordonnées 50° 13′ 16″ N 23° 37′ 54″ E / 50.22111, 23.63167 ()50° 13′ 16″ Nord 23° 37′ 54″ Est / 50.22111, 23.63167 ()  
Altitude 241 m
Superficie 1 041 ha = 10,41 km2
Divers
Fondation 1455
Statut Ville depuis 1939
Localisation

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Rava-Rouska

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Rava-Rouska
Sources
Liste des villes d'Ukraine

Rava-Rouska (en ukrainien : Рава-Руська) ou Rawa Ruska (en polonais ; en allemand : Rawa-Ruska ; en yiddish : ראווע, Rave ; en russe : Рава-Русская, Rava-Rousskaïa) est une ville de l'oblast de Lviv, en Ukraine. Sa population s'élevait à 8 426 habitants en 2013.

Rawa Ruska fut successivement partie de la Pologne, puis annexée par l'Union soviétique en 1939, occupée brièvement par les troupes allemandes durant la Seconde Guerre mondiale, avant de revenir dans l'Union soviétique, et finalement se trouve aujourd'hui en Ukraine.

La ville est tristement célèbre pour son camp de prisonniers de guerre, où périrent de nombreux prisonniers soviétiques, français et belges, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Géographie[modifier | modifier le code]

Rava-Rouska se trouve à la frontière polonaise, à 52 km au nord-ouest de Lviv.

Histoire[modifier | modifier le code]

Rava-Rouska reçut des privilèges urbains (droit de Magdebourg) en 1622. De la première partition de la Pologne en 1772 jusqu'en 1918, Rava-Rouska appartient à l'Autriche puis à l'Autriche-Hongrie avec le statut de chef-lieu d'un arrondissement. En 1880, Rava-Rouska comptait environ 10 500 habitants dont 37,3 % de Juifs, 34,6 % de Polonais, 20,8 % d'Allemands et 7,0 % de Ruthènes. La ville était un important nœud ferroviaire, où les lignes de Lviv, Cracovie et Lublin se rencontraient.

Lors de la bataille de Lemberg, du 26 août au 11 septembre 1914, l'offensive austro-hongroise en Pologne essuie de nouveaux échecs. La Ve armée russe réussit à percer une brèche entre la Ire et la IVe armée austro-hongroise à la bataille de Rawa Ruska. Après la Première Guerre mondiale, la ville est néanmoins rattachée au nouvel État polonais.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En septembre 1939, lorsque l'Allemagne nazie envahit la Pologne, l'Union soviétique, conformément aux dispositions secrètes du pacte signé le 23 août 1939, annexa la partie orientale de la Pologne. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Rava-Rouska fut envahie par l'Armée rouge en septembre 1939, puis annexée par l'Union soviétique au sein de la république socialiste soviétique d'Ukraine. La ligne de démarcation avec la partie occidentale de la Pologne, occupée par l'Allemagne, passait à la limite nord-ouest de la ville. De nombreux Juifs polonais et d'autres personnes cherchant à fuir les persécutions du régime nazi gagnèrent Rava-Rouska. Certains d'entre eux, de même que d'anciens habitants de la ville, furent déportés en Sibérie par le régime stalinien en 1940 et au début de 1941. Toutefois la population juive de la ville augmenta entre 1939 et 1941. Les autorités soviétiques édifièrent une caserne à Rava-Rouska, qui fut transformée en camp d'internement pour les soldats soviétiques faits prisonniers après que l'Allemagne eut lancé son offensive contre l'URSS en juin 1941.

Le 22 juin 1941, dès le début de l'invasion de l'Union soviétique, la ville fut conquise par l'armée allemande et rattachée le 1er août 1941 au Gouvernement général. Dès le premier jour de l'occupation allemande, la ville fut le théâtre d'assassinats de masse commis par les nazis. Dix-huit mille soldats soviétiques trouvèrent la mort dans un camp de prisonniers de guerre, au cours des années 1941 et 1942. En mars 1942, un camp de représailles, le Stalag 325, y fut créé pour des prisonniers de guerre français et belges. Une grande partie des détenus y périrent en raison des conditions de vie.

Camp de représailles[modifier | modifier le code]

Monument commémoratif de Rawa Ruska (Lwow) créé par le sculpteur Marcel Mayer durant sa détention à la Forteresse de Lemberg.
Médaille A CEUX DE RAWA RUSKA 1942-1962 (recto).
Médaille A CEUX DE RAWA RUSKA 1942-1962 (verso).

En mars 1942, un millier de Juifs, principalement des personnes âgées, furent rassemblées au siège de la police, puis conduits au camp d'extermination de Belzec, situé à seulement 15 km au nord-ouest de la ville.

À la même date, les autorités allemandes décidèrent de déporter à Rawa Ruska, transformé en camp de représailles (stalag 325), les prisonniers de guerre français internés en Allemagne qui avaient tenté de s'évader ou refusaient de travailler. Le premier convoi arriva à Rawa-Ruska le 13 avril 1942. En juin 1942, les prisonniers français et belges étaient environ 10 000, et l'on commença à les répartir dans des « sous-camps » créés dans la région.

Le 27 juillet 1942, deux mille Juifs furent déportés à Belzec. Au cours des mois suivants, un grand nombre de convois de Juifs de Galicie orientale à destination de Belzec passèrent par la gare de Rava-Rouska. En septembre 1942, les Allemands enfermèrent dans un ghetto, non seulement les Juifs restants de Rava-Rouska, mais aussi les Juifs des villages voisins, de sorte que bientôt 15 000 personnes s'y entassèrent. En janvier 1943, les détenus dans les différents camps étaient au nombre de 24 000, dont près de la moitié à Rawa-Ruska même. Au cours de plusieurs « Aktionen », entre décembre 1942 et juin 1943, les Allemands et leurs auxiliaires ukrainiens vidèrent le ghetto. Une partie des Juifs furent assassinés sur place et les autres furent déportés à Belzec ou dans le camp de concentration de Janovska, près de Lviv.

Les conditions de vie étaient particulièrement pénibles, en raison du climat d'abord, les températures de –20° à –30 °C étaient fréquentes pendant les cinq mois d'hiver, et la chaleur torride en été, d'une nourriture insuffisante et du travail forcé auquel étaient contraints les prisonniers. À Rawa Ruska, les robinets d'eau étaient rares et bien insuffisants pour quelque 10 000 hommes, ce qui devait amener ultérieurement Winston Churchill à décrire dans un discours le camp de Rawa Ruska comme celui « de la goutte d'eau et de la mort lente ».

Dans une lettre édifiante au procureur général du procès de Nuremberg, le chef du camp, le lieutenant-colonel Borck, écrivait peu avant son exécution : « Rawa-Ruska restera mon œuvre, j'en revendique hautement la création, et si j'avais eu le temps de la parachever, aucun Français n'en serait sorti vivant. Car je peux bien le dire maintenant, puisque je vais mourir, j'avais reçu des ordres secrets de Himmler d'anéantir tous les terroristes français ».

Devant l'avance de l'Armée rouge, Rawa Ruska fut abandonné par les prisonniers le 19 janvier 1944 et ses occupants transférés par les Allemands dans divers camps, dont la citadelle de Lvov. Le 20 juillet 1944, la ville fut libérée par l'Armée rouge. Ceux que l'Armée rouge libéra furent retenus jusqu'à ce qu'ils puissent être rapatriés en France ou en Belgique, le 2 juillet 1945.

Une commission d'enquête, qui œuvra du 24 au 30 septembre 1944, estime que 18 000 soldats soviétiques furent fusillés ou périrent de mauvais traitements ou de maladie à Rawa Ruska et aux alentours en 1941-1942, tandis qu'une dizaine de milliers de juifs, au moins, résidant dans la région, à Lwow[1] notamment, étaient eux aussi exécutés.

Époque contemporaine[modifier | modifier le code]

En mémoire des combattants qui sont passés par le camp de Rawa-Ruska durant la Seconde Guerre mondiale, l'association « Ceux de Rawa-Ruska » a vu le jour. Cette association regroupe l'ensemble des anciens combattants, qui se sont retrouvés déportés dans ce camp et leurs descendants. En 2007, seuls deux pour cent des anciens déportés vivaient encore, soit environ 500 personnes sur 25 000 initialement.

Après la guerre, Rava-Rouska fut à nouveau soviétique. Depuis 1991, elle appartient à l'Ukraine indépendante. Un point de passage frontalier avec la Pologne se trouve au nord-ouest de la ville.

Population[modifier | modifier le code]

Recensements (*) ou estimations de la population[2] :

Évolution démographique
1880 1931 1959* 1970* 1979*
10 500 11 000 6 544 7 195 8 177
1989* 2001* 2011 2012 2013
8 777 8 070 8 328 8 355 8 426


Transports[modifier | modifier le code]

Rava-Rouska se trouve à 53 km de Lviv par le chemin de fer et à 60 km par la route européenne 372.

Personnalité[modifier | modifier le code]

  • Emil-Edwin Reinert (1903-1953), réalisateur, scénariste et ingénieur du son français, né dans la ville.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lwów en polonais, Lviv en ukrainien, naguère Lemberg en allemand.
  2. « Recensements et estimations de la population depuis 1897 », sur pop-stat.mashke.org(uk) « Office des statistiques d'Ukraine : population au 1er janvier 2010, 2011 et 2012 », sur database.ukrcensus.gov.ua« Office des statistiques d'Ukraine : population au 1er janvier 2011, 2012 et 2013 », sur database.ukrcensus.gov.ua

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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