Rapport anharmonique

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Le rapport anharmonique ou birapport est un outil puissant dans la géométrie, en particulier la géométrie projective. Le nom de rapport anharmonique a été créé par Michel Chasles mais la notion remonte à Pappus d'Alexandrie.

Rapport anharmonique de quatre points[modifier | modifier le code]

Les divisions sont supposées régulières. Le birapport de C, D par rapport à A, B est : \frac{\frac{-2}{-1}}{\frac{-3}{-2}}=\frac{-4}{-3}
Les divisions sont supposées régulières. Le birapport de C, D par rapport à A, B est : {\frac{-1}{3}}=1-{\frac{4}{3}}

Si A, B, C et D sont quatre points distincts d'une droite (d) on appelle birapport ou rapport anharmonique de (A,B) et (C,D) le rapport des mesures algébriques suivant :

r=\frac{\frac{\overline{CA}}{\overline{CB}}}{\frac{\overline{DA}}{\overline{DB}}}

Il est essentiel de remarquer que le lecteur ne connaît pas nécessairement l'ordre des points sur la droite et que, selon les permutations, le birapport ne prend pas  4!= 24 valeurs mais seulement six[1] : ~r  ;1-r ;\frac{1}{r} ; \frac{1}{1-r};1-\frac{1}{r};\frac{1}{1-\frac{1}{r}}

Propriétés[modifier | modifier le code]

Ce rapport est indépendant du repère choisi sur la droite (d) et de l'unité de longueur choisie.

Il est facile de voir que si l'on permute, en même temps A/B et C/D, on ne modifie pas le rapport anharmonique.

Ce rapport reste invariant pour de nombreuses transformations géométriques : isométrie, similitudes, transformation affine. La dualité par pôles et polaires réciproques conserve aussi le rapport anharmonique de quatre éléments d'une structure unidimensionnelle.

Il reste aussi invariant pour des homographies comme la projection centrale

Si C est le barycentre de (A, a) et (B, b) et si D est celui de (A, a') et (B, b') alors le rapport anharmonique est

\frac{ab'}{a'b}

Ce qui explique d'ailleurs qu'une transformation conservant les barycentres conserve aussi les rapports anharmoniques

Rapport anharmonique de quatre droites concourantes[modifier | modifier le code]

Birapport et projection.png

Un résultat important en géométrie projective stipule qu'une projection centrale conserve le rapport anharmonique. Il permet de dire dans la figure ci-jointe que les rapports anharmoniques de (A, B ; C, D) et (A', B' ; C' D') sont égaux quelles que soient les droites qui portent la série des quatre points. (Une démonstration est réalisable en utilisant plusieurs fois le théorème de Thalès).

Puisque ce rapport est indépendant de la sécante aux quatre droites, ce rapport ne dépend que de la position relative des quatre droites. Il est alors appelé rapport anharmonique des droites

(d_A, d_B ; d_C, d_D)

On montre, en fait, que ce rapport est égal à \frac{\frac{\sin{COA}}{\sin{COB}}}{\frac{\sin{DOA}}{\sin{DOB}}}, ce qui explique que le birapport soit indépendant de la transversale choisie.

Voir Faisceau harmonique

Division harmonique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Division harmonique.

Lorsque le rapport anharmonique est égal à -1, on dit que les quatre points sont en division harmonique. Le point D est alors appelé le conjugué de C par rapport à A et B. On peut prouver que C est aussi le conjugué de D par rapport à ces mêmes points.

Exemple 1: la suite harmonique

Le point d'abscisse \frac13 est le conjugué du point d'abscisse 1 par rapport aux points d'abscisse 0 et \frac12.

le point d'abscisse \frac14 est le conjugué de celui d'abscisse \frac12 par rapport aux points d'abscisse 0 et \frac13.

De manière générale, le point d'abscisse \frac{1}{n+2} est le conjugué du point d'abscisse \frac{1}{n} par rapport aux points d'abscisse \frac{1}{n+1} et 0

On définit ainsi la suite de nombres 1, \frac12, \frac13, \frac14… appelée suite harmonique que l'on retrouve en musique pour définir la gamme harmonique

Suite harmonique.png

Exemple 2 : moyenne harmonique

Le conjugué de 0 par rapport à x et y est la moyenne harmonique de x et de y :

\frac{2}{\frac{1}{x}+\frac{1}{y}}

Exemple 3 : barycentre

Si C est le barycentre de (A, a) et (B, b) alors son conjugué par rapport à A et B est le barycentre de (A, -a) et (B, b)

Pour d'autres exemples :

Article détaillé : Division harmonique.

Rapport anharmonique, longueurs, aires et angles[modifier | modifier le code]

Schéma de triangles liés par un rapport anharmonique

Outre sa signification en termes de birapport de longueurs orientées, le rapport anharmonique concerne aussi les angles et les aires orientés. Par exemple sur le schéma ci-contre l'aire des divers triangles peuvent s'exprimer de deux manières.

Par exemple pour OAB on a \frac{1}{2}\times OH\times AB  = \frac{1}{2}\times OA\times OB\times sin( \widehat{AOB} ). D'où, après simplifications de OH^2 ou de OA\times OB\times OC\times OD l'égalité des 3 birapports: de longueurs, d'aires et de sinus.

Rapport anharmonique sur un cercle[modifier | modifier le code]

La propriété du birapport des sinus a une conséquence pour 6 points cocycliques ABCDMP. Les angles  \widehat{AMB} et  \widehat{APB} étant égaux ou supplémentaires, leurs sinus sont égaux. Le birapport des droites M(ABCD) est égal à celui des droites P(ABCD). En conséquence on peut parler du birapport de 4 points sur un cercle. On démontre, sans les sinus, en géométrie projective que cette propriété est vraie pour une conique quelconque (étant donnée une conique, si ABCDM sont fixes et si P parcourt la conique, alors le birapport des droites P(ABCD) est constant).

Birapportcercle.PNG

On peut en déduire que l'inversion de quatre points alignés, EFGH, de centre M, conserve leur birapport sur leurs images cocycliques ABCD.

Division harmonique, théorèmes de Ceva et de Ménélaüs[modifier | modifier le code]

Le théorème de Ceva et le théorème de Ménélaüs sont reliés par un rapport harmonique. Cevamenelaus.PNG

Les deux théorèmes impliquent deux relations :

 \frac{\overline{BD}}{\overline{DC}}\frac{\overline{CE}}{\overline{EA}}\frac{\overline{AF}}{\overline{FB}} = 1 et \frac{\overline{D'B}}{\overline{D'C}}\cdot\frac{\overline{EC}}{\overline{EA}}\cdot\frac{\overline{FA}}{\overline{FB}} = 1.

qui, après simplification, mènent à : \frac{\frac{\overline{DB}}{\overline{DC}}}{\frac{  \overline{D'B} }{\overline{D'C}}}=-1, ce qui exprime que les points D et D' divisent le segment [BC] selon une division harmonique.

En passant cette propriété donne une construction du conjugué de D par rapport à BC, en prenant un point arbitraire A hors de (BC) et un point arbitraire M sur (AD).

Article détaillé : Quadrilatère complet.

Complexes[modifier | modifier le code]

Déf : Soient \alpha,  \beta,  \gamma,  \delta des complexes deux à deux distincts. On définit leur birapport, ou rapport anharmonique, [\alpha,  \beta,  \gamma,  \delta] = \frac{(\alpha - \gamma)(\beta-\delta)}{(\alpha - \delta)(\beta-\gamma)}\cdot
Prop : Quatre points (d'affixes) \alpha, \beta, \gamma, \delta sont cocycliques ou alignés ssi [\alpha, \beta, \gamma, \delta]  \in \mathbb{R}.

Prop : Il existe une relation de Chasles multiplicative dans l'ensemble des rapports anharmoniques mettant en jeu cinq nombres a, b, c, d et e. [a,  b,  c,  d] \times [a,  b,  d,  e] = [a,  b,  c,  e]  . Les nombres a et b ne changent pas, le nombre d sert d'intermédiaire entre c et e. Un simple développement de l'expression permet de la vérifier.

Prop : on trouvera dans "Géométrie analytique classique", cité en bibliographie, la spectaculaire "formule des six birapports" énoncée par Daniel Perrin.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]