Rapper's Delight

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Rapper's Delight

Single de The Sugarhill Gang
Sortie Septembre 1979
Enregistré 1979
Sugar Hill Studios
Genre Rap old school, funk
Format 45 tours
Compositeur Nile Rodgers, Bernard Edwards
Producteur Sylvia Robinson
Label Sugar Hill Records

Singles de The Sugarhill Gang

Rapper's Delight est une chanson du groupe américain Sugarhill Gang, bâtie sur la trame du titre Good Times de Chic.

Sorti en septembre 1979, Rapper's Delight est considéré comme le premier titre de rap à avoir atteint une renommée internationale. Les ventes du disque, qui s'est notamment classé 36e du Billboard Hot 100 et 3e du UK Singles Chart, sont estimées à plus de 10 millions d'exemplaires. Le magazine musical Rolling Stone a retenu Rapper's Delight dans sa liste des « 500 plus grandes chansons de tous les temps ». Le morceau figure au Registre national des enregistrements de la Bibliothèque du Congrès américain et est introduit au Grammy Hall of Fame en 2014.

Genèse du morceau[modifier | modifier le code]

La chanteuse de rhythm and blues Sylvia Robinson découvre le rap en juin 1979 dans une soirée new-yorkaise dans laquelle se produit Lovebug Starski[1],[2]. Elle anticipe le potentiel commercial de cette musique et cherche à signer des rappeurs sur son label Sugar Hill Records, mais ne peut convaincre les pionniers du genre d'enregistrer pour elle[3],[4]. Par l'intermédiaire de son fils Joey, Robinson recrute Henry Jackson (Big Bank Hank), Guy O'Brien (Master Gee) et Michael Wright (Wonder Mike), et leur propose de signer un contrat discographique[5],[6]. Le trio d'amateurs assemblé pour l'occasion n'est jamais monté sur scène[7], il est baptisé The Sugarhill Gang en référence au label[1].

Paroles et musique[modifier | modifier le code]

Rapper's Delight est le premier titre du groupe, enregistré pour un budget de 750 dollars[5]. Le morceau reprend la ligne de basse du titre Good Times de Chic. Il n'est pas constitué de samples de la chanson originale, la musique étant réinterprétée en studio par Positive Force, un groupe funk signé sur le label Sugar Hill Records[1],[8],[9]. Ce procédé sera plus tard baptisé « replay »[10]. Rapper's Delight inclut huit mesures de la ligne de basse et huit mesures comportant une guitare rythmique et un clavier. Robinson suggère aux rappeurs d'intervenir à tour de rôle, influençant la structure du titre qui, contrairement à la plupart des chansons populaires, n'alterne pas couplets et refrain[11],[12].

En 2000, Michael Wright (Wonder Mike) décrit les paroles de Rapper's Delight comme « assez légères » (« It wasn't too heavy. ») et affirme que son intention était surtout de dépeindre le groupe prenant du bon temps (« What I wanted to portray was three guys having fun. »). Cette approche leur vaut des critiques du milieu rap, qui déjà à l'époque aborde des thèmes sociaux dans ses paroles[2].

Classements et chiffres de ventes[modifier | modifier le code]

La chanson sort d'abord sous la forme d'un maxi 45 tours. Sa durée dépasse les 14 minutes, ce qui ne dissuade pas les radios spécialisées dans la musique noire de la diffuser. Le label édite néanmoins une version single dont le format est plus adapté au marché grand public[2].

Rapper's Delight atteint la 4e place du classement R&B. Il entre au Billboard Hot 100 en novembre 1979 et se classe 36e en janvier 1980[4], devenant ainsi le premier single de rap à figurer dans le top 40 américain[13],[14]. Le morceau est un succès mondial, il se classe 3e des ventes au Royaume-Uni[15] et en Allemagne[16], et 1er du hit parade canadien établi par le magazine RPM[12]. Il figure dans le top 10 d'autres pays, dont Israël et l'Afrique du Sud[17].

Aux États-Unis, Sugarhill Gang vend plus de deux millions de disques en quelques mois[18]. Rapper's Delight est alors le maxi 45 tours le plus vendu de tous les temps[19]. En 30 ans, les ventes dépassent les 10 millions d'exemplaires dans le monde. Les membres du groupe affirment que les royalties sur ces ventes ne leur ont pas été intégralement versées[11],[20].

Réception et portée historique[modifier | modifier le code]

Avant la sortie de Rapper's Delight, le rap est un genre musical naissant, pratiqué dans l'arrondissement new yorkais du Bronx[3],[5],[21]. Des MC's, connus à l'échelle locale, expérimentent longement lors de soirées, mais n'envisagent pas de décrocher un contrat discographique. Selon Kurtis Blow, le succès soudain de Sugarhill Gang a suscité une certaine animosité à leur égard, les rappeurs du Bronx se sentant « plagiés » par des nouveaux venus, inconnus dans le milieu, et qui plus est originaires du New Jersey (« The guys who had been doing this thing sort of felt like they were being ripped off. »)[2]. Il reconnaît néanmoins que Sugarhill Gang a ouvert la voie du succès commercial à la première génération de rappeurs. Le journaliste musical Harry Allen estime que le disque a bouleversé le paysage musical et rendu possible l'explosion du rap (« It made everything else possible. »)[2].

Le disque de Sugarhill Gang sort peu après le single You're My Candy Sweet du groupe funk Fatback Band (en). Celui-ci comprend en face-B le titre King Tim III (Personality Jock), qui est considéré comme le premier rap jamais édité[3],[22]. Michael Wright (Wonder Mike) ne remet pas en cause ce statut. Il considère que Sugarhill Gang n'a pas inventé le rap, mais est responsable de son tout premier hit (« We didn’t invent rap music. We had the first hit. »)[11].

Lors de sa sortie, la chanson est nommée « disque de l'année » par la National Association of Recording Merchandisers (NARM)[23]. Elle fait partie du NPR 100, qui rassemble les œuvres musicales américaines les plus importantes du XXe siècle selon les animateurs de la station de radio publique National Public Radio[2]. Rapper's Delight apparaît à la 251e place dans la liste des « 500 plus grandes chansons de tous les temps » établie en 2004 par le magazine musical Rolling Stone[24], et en 2de position dans la liste des « 50 plus grandes chansons de hip-hop » publiée par le magazine en 2012[25]. La même année, le titre est sélectionné pour figurer au Registre national des enregistrements (National Recording Registry) de la Bibliothèque du Congrès américain[26]. Il fait partie des morceaux introduits au Grammy Hall of Fame par la Recording Academy en 2014[27].

Paternité du morceau[modifier | modifier le code]

Lors de sa sortie, Rapper's Delight est en partie crédité à Sylvia Robinson[11]. Bernard Edwards et Nile Rodgers, les auteurs de Good Times, menacent d'attaquer le label en justice, mais un règlement hors-tribunal est finalement négocié[15]. Ils sont depuis reconnus comme les auteurs du morceau[5],[11].

Les paroles de Rapper's Delight ont provoqué l'une des premières controverses entre artistes du milieu hip-hop[28]. Curtis Fisher (Grandmaster Caz (en), anciennement Casanova Fly), un rappeur old school faisant partie du groupe Cold Crush Brothers, affirme être l'auteur des paroles délivrées par Henry Jackson (Big Bank Hank)[18],[29]. Ce dernier était le manager du groupe Mighty Force, auquel Curtis Fisher appartenait à l'époque[29],[30],[31]. Fisher affirme avoir prêté à Jackson son cahier de rimes avant que celui-ci enregistre Rapper's Delight avec Sugarhill Gang et l'avoir autorisé à utiliser ses paroles en espérant une rétribution. Fisher n'a jamais été crédité[28],[32],[33].

Reprises[modifier | modifier le code]

Dès le début des années 1980, Rapper's Delight est reprise par différents interprètes. Elle est notamment adaptée en espagnol par l'humoriste vénézuélien Perucho Conde (La Cotorra Criolla) et par l'acteur mexicain Memo Ríos (Memo Cotorreo)[34]. En Allemagne, un trio d'animateurs de radio baptisé G.L.S.-United l'adapte sous le titre Rapper's Deutsch[16].

Le morceau de Sugarhill Gang a notamment été repris par Def Squad en 1998. Les Beastie Boys l'ont samplé sur leur titre Triple Trouble (en), sorti en 2004. Il a inspiré Wicked Rapper's Delight de Insane Clown Posse et Goin' Down d'Ol' Dirty Bastard[11]. Le refrain est également repris en yaourt dans la chanson The Ketchup Song (Aserejé) du groupe espagnol Las Ketchup[29].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) Steven Daly, « Hip-Hop Happens », Vanity Fair,‎ novembre 2005
  2. a, b, c, d, e et f [audio](en) Elizabeth Blair, « 'Rapper's Delight': The One-Take Hit », NPR,‎ 29 décembre 2000
  3. a, b et c Jeff Chang, p. 168
  4. a et b (en) Joe Lynch, « 35 Years Ago, Sugarhill Gang's 'Rapper's Delight' Made Its First Chart Appearance », Billboard,‎ 13 octobre 2014
  5. a, b, c et d (en) T. Rees Shapiro, « Sylvia Robinson, producer of Sugarhill Gang’s ‘Rapper’s Delight,’ dies at 75 », The Washington Post,‎ 30 septembre 2009
  6. Ulf Poschardt, p. 203
  7. Jeff Chang, p. 171
  8. (en) Reiland Rabaka, The Hip Hop Movement : From R&B and the Civil Rights Movement to Rap and the Hip Hop Generation, Lexington Books,‎ 2013, 516 p. (ISBN 9780739181171, lire en ligne), p. 54-55
  9. [audio]Thomas Blondeau, « Du funk au rap », France Culture,‎ 2 octobre 2013 (Propos de DJ Dee Nasty entre la 9e et la 11e minute de l'émission.)
  10. (en) Kembrew McLeod et Peter DiCola, Creative License : The Law and Culture of Digital Sampling, Duke University Press,‎ 2011, 325 p. (ISBN 9780822348757, lire en ligne), p. 60
  11. a, b, c, d, e et f (en) Brad Wheeler, « The crew who put rap on the map », The Globe and Mail,‎ 15 février 2012
  12. a et b (en) Matthew Guerrieri, « What you hear is not a chorus », The Boston Globe,‎ 25 octobre 2009
  13. (en) S.H. Fernando Jr, « Up Jumped the Boogie to the Bang Bang Boogie », Spin, vol. 15, no 11,‎ novembre 1999, p. 122-124 (ISSN 0886-3032, lire en ligne)
  14. (en) Noam S. Cohen, « An Entertainment Industry That Started Out in an Englewood Pizzeria », The New York Times,‎ 15 juin 1997
  15. a et b (en) Matilda Egere-Cooper, « Hip-hop moments that shook the world », The Independent,‎ 7 août 2011
  16. a et b (de) « GLS-United, Rapper's Deutsch (1980) », Bayerischer Rundfunk,‎ 20 juillet 2010
  17. (en) John Bush, « The Sugarhill Gang: Rapper's Delight », Allmusic
  18. a et b (en) Cheryl Lynette Keyes, Rap Music and Street Consciousness, University of Illinois Press,‎ 2002, 302 p. (ISBN 9780252072017, lire en ligne), p. 69-70
  19. Jeff Chang, p. 170
  20. (en) Erik Larson, « 'Sugarhill Gang' Sues Over Royalties, Stage Names », Bloomberg,‎ 14 novembre 2008
  21. Laurent Rigoulet, « “Rapper’s Delight” : le premier tube de rap de la planète », Télérama,‎ 25 juillet 2014
  22. Ulf Poschardt, p. 202
  23. (en) Emmett George Price, Hip Hop Culture, ABC-CLIO,‎ 2006, 348 p. (ISBN 9781851098675, lire en ligne), p. 81
  24. (en) « The 500 Greatest Songs of All Time: Sugarhill Gang's 'Rapper's Delight' », Rolling Stone,‎ 2004
  25. (en) « The 50 Greatest Hip-Hop Songs of All Time: Sugarhill Gang's 'Rapper's Delight' », Rolling Stone,‎ 2012
  26. (en) « Recordings by Donna Summer, Prince and Dolly Parton Named to the National Recording Registry », Bibliothèque du Congrès,‎ 23 mai 2012
  27. (en) Kyle McGovern, « Grammy Hall of Fame 2014 Inductees: U2, Neil Young, Run-D.M.C., Rolling Stones, and More », Spin,‎ 3 décembre 2013
  28. a et b (en) Mohanalakshmi Rajakumar, Hip Hop Dance, ABC-CLIO,‎ 2012, 121 p. (ISBN 9780313378454, lire en ligne), p. 50-51
  29. a, b et c [audio](en) Mandalit del Barco, « 'Rapper's Delight' Turns 25 », NPR,‎ 30 décembre 2004
  30. Jeff Chang, p. 169
  31. (en) Del F. Cowie, « Rapper's Delight? », Toronto Standard (en),‎ 16 février 2012
  32. (en) Vladimir Bogdanov, All Music Guide to Hip-Hop : The Definitive Guide to Rap & Hip-Hop, Backbeat Books,‎ 2003, 646 p. (ISBN 9780879307592, lire en ligne), p. 202, 458-459
  33. Ulf Poschardt, p. 204
  34. (en) Sujatha Fernandes, Close to the Edge : In Search of the Global Hip Hop Generation, Verso Books,‎ 2011, 224 p. (ISBN 9781844678273, lire en ligne), p. 1