Rapper's Delight

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Rapper's Delight

Single par The Sugarhill Gang
Sortie septembre 1979
Enregistré 1979
Sugar Hill Studios
Genre Rap (old school) (sur du funk)
Format 45 tours
Compositeur Nile Rodgers et Bernard Edwards
Producteur Sylvia Robinson
Label Sugar Hill Records

Singles par The Sugarhill Gang

Rapper's Delight est une chanson du groupe américain Sugarhill Gang, bâtie sur la trame du titre Good Times de Chic. Sortie en septembre 1979, elle est considérée comme le premier titre rap à avoir atteint une renommée internationale. Elle s'est vendue à plus de 10 millions d'exemplaires dans le monde.

Genèse du morceau[modifier | modifier le code]

La chanteuse de rhythm and blues Sylvia Robinson découvre le rap en juin 1979 dans une soirée new-yorkaise dans laquelle se produit Lovebug Starski[1],[2]. Elle anticipe le potentiel commercial de cette musique et cherche à signer des rappeurs sur son label Sugar Hill Records, mais ne peut convaincre les pionniers du genre d'enregistrer pour elle[3]. Par l'intermédiaire de son fils Joey, Robinson recrute Henry Jackson (Big Bank Hank), Guy O'Brien (Master Gee) et Michael Wright (Wonder Mike), et leur propose de signer un contrat discographique[4],[5]. Le trio d'amateurs assemblé pour l'occasion n'est jamais monté sur scène[6], il est baptisé The Sugarhill Gang en référence au label[1].

Paroles et musique[modifier | modifier le code]

Rapper's Delight est le premier titre du groupe, enregistré pour un budget de 750 dollars[4]. Le morceau est construit à partir du titre Good Times de Chic. La musique n'est pas constituée de samples de la chanson originale, mais réinterprété en studio par Positive Force, un groupe funk signé sur le label Sugar Hill Records[1],[7],[8]. Rapper's Delight inclut huit mesures de la ligne de basse et huit mesures comportant une guitare rythmique et un clavier. Robinson suggère aux rappeurs d'intervenir à tour de rôle, influençant la structure du titre qui, contrairement à la plupart des chansons populaires, n'alterne pas couplets et refrain[9],[10].

En 2000, Michael Wright (Wonder Mike) décrit les paroles de Rapper's Delight comme « assez légères » (« It wasn't too heavy. ») et affirme que son intention était surtout de dépeindre le groupe prenant du bon temps (« What I wanted to portray was three guys having fun. »). Cette approche leur vaut des critiques du milieu rap, qui déjà à l'époque aborde des thèmes sociaux dans ses paroles[2].

Classements et chiffres de ventes[modifier | modifier le code]

La chanson sort d'abord sous la forme d'un maxi 45 tours. Sa durée dépasse les 14 minutes, ce qui ne dissuade pas les radios spécialisées dans la musique noire de la diffuser. Le label édite néanmoins une version single dont le format est plus adapté au marché grand public[2].

Rapper's Delight atteint la 4e place du classement R&B et la 36e du Billboard Hot 100, devenant le premier single de rap à entrer dans le top 40[11]. Le morceau se classe également 3e du UK Singles Chart[12].

Aux États-Unis, Sugarhill Gang vend plus de deux millions de disques en quelques mois[13]. Rapper's Delight est alors le maxi 45 tours le plus vendu de tous les temps[14]. En 30 ans, les ventes dépassent les 10 millions d'exemplaires dans le monde. Les membres du groupe affirment que les royalties sur ces ventes ne leur ont pas été intégralement versées[9],[15].

Réception et portée historique[modifier | modifier le code]

Avant la sortie de Rapper's Delight, le rap est un genre musical naissant, pratiqué dans l'arrondissement new yorkais du Bronx[3],[4]. Des MC's, connus à l'échelle locale, expérimentent longement lors de soirées, mais n'envisagent pas de décrocher un contrat discographique. Selon Kurtis Blow, le succès soudain de Sugarhill Gang a suscité une certaine animosité à leur égard, les rappeurs du Bronx se sentant « plagiés » par des nouveaux venus, inconnus dans le milieu, et qui plus est originaires du New Jersey (« The guys who had been doing this thing sort of felt like they were being ripped off. »)[2]. Il reconnaît néanmoins que Sugarhill Gang a ouvert la voie du succès commercial à la première génération de rappeurs. Le journaliste musical Harry Allen estime que le disque a bouleversé le paysage musical et rendu possible l'explosion du rap (« It made everything else possible. »)[2].

Le disque de Sugarhill Gang sort peu après le single You're My Candy Sweet du groupe funk Fatback Band (en). Celui-ci comprend en face-B le titre King Tim III (Personality Jock), qui est considéré comme le premier rap jamais édité[3],[16]. Michael Wright (Wonder Mike) ne remet pas en cause ce statut. Il considère que Sugarhill Gang n'a pas inventé le rap, mais est responsable de son tout premier hit (« We didn’t invent rap music. We had the first hit. »)[9].

La chanson fait partie du NPR 100, qui rassemble les œuvres musicales américaines les plus importantes du XXe siècle selon les animateurs de la station de radio publique National Public Radio[2]. Rapper's Delight apparaît à la 251e place dans la liste des « 500 plus grandes chansons de tous les temps » établie en 2004 par le magazine musical Rolling Stone[17], et en 2de position dans la liste des « 50 plus grandes chansons de hip-hop » publiée par le magazine en 2012[18]. Le titre est sélectionné en 2012 pour figurer au Registre national des enregistrements (National Recording Registry) de la Bibliothèque du Congrès américain[19].

Paternité du morceau[modifier | modifier le code]

Lors de sa sortie, Rapper's Delight est en partie crédité à Sylvia Robinson[9]. Bernard Edwards et Nile Rodgers, les auteurs de Good Times, menacent d'attaquer le label en justice, mais un règlement hors-tribunal est finalement négocié[12]. Ils sont depuis reconnus comme les auteurs du morceau[4],[9].

Les paroles de Rapper's Delight ont provoqué l'une des premières controverses entre artistes du milieu hip-hop[20]. Curtis Fisher (Grandmaster Caz (en), anciennement Casanova Fly), un rappeur old school faisant partie du groupe Cold Crush Brothers, affirme être l'auteur des paroles délivrées par Henry Jackson (Big Bank Hank)[13],[21]. Ce dernier était le manager du groupe Mighty Force, auquel Curtis Fisher appartenait à l'époque[21],[22],[23]. Fisher affirme avoir prêté à Jackson son cahier de rimes avant que celui-ci enregistre Rapper's Delight avec Sugarhill Gang et l'avoir autorisé à utiliser ses paroles en espérant une rétribution. Fisher n'a jamais été crédité[20],[24],[25].

Reprises[modifier | modifier le code]

Rapper's Delight a notamment été repris par Def Squad en 1998. Les Beastie Boys l'ont samplé sur leur titre Triple Trouble (en), sorti en 2004. Il a inspiré Wicked Rapper's Delight de Insane Clown Posse et Goin' Down d'Ol' Dirty Bastard[9]. Le refrain est également repris en yaourt espagnol dans la chanson The Ketchup Song (Aserejé) du groupe Las Ketchup[21].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) Steven Daly, « Hip-Hop Happens », Vanity Fair,‎ novembre 2005
  2. a, b, c, d, e et f [audio](en) Elizabeth Blair, « 'Rapper's Delight' », NPR,‎ 29 décembre 2000
  3. a, b et c Jeff Chang, p. 168
  4. a, b, c et d (en) T. Rees Shapiro, « Sylvia Robinson, producer of Sugarhill Gang’s ‘Rapper’s Delight,’ dies at 75 », The Washington Post,‎ 30 septembre 2009
  5. Ulf Poschardt, p. 203
  6. Jeff Chang, p. 171
  7. Reiland Rabaka, p. 54
  8. [audio]Thomas Blondeau, « Du funk au rap », France Culture,‎ 2 octobre 2013 (Propos de DJ Dee Nasty entre la 9e et la 11e minute de l'émission)
  9. a, b, c, d, e et f (en) Brad Wheeler, « The crew who put rap on the map », The Globe and Mail,‎ 15 février 2012
  10. (en) Matthew Guerrieri, « What you hear is not a chorus », The Boston Globe,‎ 25 octobre 2009
  11. (en) S.H. Fernando Jr, « Up Jumped the Boogie to the Bang Bang Boogie », Spin, vol. 15, no 11,‎ novembre 1999, p. 122-124 (ISSN 0886-3032, lire en ligne)
  12. a et b (en) Matilda Egere-Cooper, « Hip-hop moments that shook the world », The Independent,‎ 7 août 2011
  13. a et b Cheryl Lynette Keyes, p. 69-70
  14. Jeff Chang, p. 170
  15. (en) Erik Larson, « 'Sugarhill Gang' Sues Over Royalties, Stage Names », Bloomberg,‎ 14 novembre 2008
  16. Ulf Poschardt, p. 202
  17. (en) « The 500 Greatest Songs of All Time: Sugarhill Gang's 'Rapper's Delight' », Rolling Stone,‎ 2004
  18. (en) « The 50 Greatest Hip-Hop Songs of All Time: Sugarhill Gang's 'Rapper's Delight' », Rolling Stone,‎ 2012
  19. (en) « Recordings by Donna Summer, Prince and Dolly Parton Named to the National Recording Registry », Bibliothèque du Congrès,‎ 23 mai 2012
  20. a et b Mohanalakshmi Rajakumar, p. 50-51
  21. a, b et c [audio](en) Mandalit del Barco, « 'Rapper's Delight' Turns 25 », NPR,‎ 30 décembre 2004
  22. Jeff Chang, p. 169
  23. (en) Del F. Cowie, « Rapper's Delight? », Toronto Standard (en),‎ 16 février 2012
  24. Vladimir Bogdanov, p. 202
  25. Ulf Poschardt, p. 204