Raoul Nordling

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Raoul Nordling, né à Paris le 11 novembre 1881 et mort le 1er octobre 1962 à Paris, est un homme d'affaires et consul suédois. Il a joué un rôle important dans la Libération de Paris, en août 1944.

Biographie[modifier | modifier le code]

C'est son père, Carl Gustav Nordling, qui est arrivé de Suède en France à la fin des années 1870 et qui a créé la Société des pâtes à papier Gustav Nordling. Il se marie à une Française. Leur fils Raoul fait ses études au lycée Janson-de-Sailly, entre dans la société de son père, lui succède, est nommé vice-consul de Suède en 1905, à 24 ans, consul en 1917 et consul général en 1926, à la mort de son père.

Il était président du conseil d'administration de la branche française des sociétés suédoises de roulements à billes SKF et de la société Alfa Laval.

Il était certes suédois, mais se sentait surtout « citoyen de Paris ». Il parlait beaucoup plus français que suédois, langue qu'il a dû « apprendre » en allant faire son service militaire en Suède. Il ne parlait pas l'allemand[1].

Son action de rapprochement et de médiateur entre Suédois et Français, puis entre Allemands et Français, est à replacer dans une continuité qui s'étend sur pratiquement toute sa vie[2].

Pendant la Première Guerre mondiale, la suprématie de la marine allemande sur la mer Baltique empêchait la correspondance diplomatique entre la France et la Russie, aussi Nordling organise une voie suédoise via Stockholm par laquelle le courrier est acheminé entre Paris et Moscou.

En 1940, il tentera d'expliquer la neutralité suédoise au gouvernement français mais aussi de le dissuader de participer à l'expédition franco-britannique en Norvège. Selon Henri Amouroux, alors que la bataille de France tourne à l'avantage de l'Allemagne, Nordling fut contacté le 15 mai 1940 par le maréchal Goering afin de proposer à Paul Reynaud une issue honorable à condition que la France réclame immédiatement un armistice. Reynaud n'en fut informé que le 20 mai, mais aucune suite concrète ne fut donnée[3]. Après la défaite, le consulat de Suède est scindé en deux, une légation est à Vichy menée par Gustav Forssius, Thor Hessel auprès des autorités françaises, Nordling lui est à Paris, il dépend du consulat de Suède à Berlin. À partir de 1942, le consulat est regroupé à Paris.

Libération de Paris[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Paris sous l'Occupation allemande.
Plaque commémorative en l'honneur de Raoul Nordling située dans le square jouxtant l'église Sainte-Marguerite, à Paris.

Nordling rencontre l'ambassadeur d'Allemagne Otto Abettz, en mars 1944, qui lui confie les divisions internes du pouvoir allemand à Berlin.

En mai 1944, il se rend à Stockholm pour rencontrer le roi Gustave V de Suède et prendre connaissance du plan de médiation conçu par des pays neutres. De retour, il tente, sans succès, de convaincre le maréchal Pétain d'intervenir auprès de Hitler pour ouvrir des pourparlers[4].

En juillet 1944, après le succès du débarquement allié en Normandie, il conseille à l'ambassade de changer d'attitude dans Paris, puisque sa libération devient inévitable.

À partir du 15 août 1944, Nordling et son équipe[5] du consulat rue d'Anjou, dont Rolf Nordling son frère, Gustav Forssius[6], Thor Hessel[7] ainsi qu'Emil Bender, traducteur de l'administration allemande[8], négocient dans de longues tractations (cinq rencontres et de nombreux coups de téléphone) avec le général von Choltitz, la libération de 3 245 prisonniers politiques, puis le renoncement au projet de faire exploser Paris suivant l'ordre de Hitler[9].

Le 19 août, Nordling entre en contact avec les gaullistes qui ont pris la préfecture de Paris et négocie un cessez-le-feu qui permet aux vingt mille soldats allemands de quitter Paris n'en laissant que deux mille sur place. Le 20 août, Alexandre Parodi, Roland Pré et Emile Laffon, représentant direct du général de Gaulle sont arrêtés par la Gestapo au boulevard Saint-Germain alors qu'ils vont à une réunion du Conseil national de la Résistance. Nordling prévient Von Choltitz de leur arrestation, qui sursoit à leur exécution immédiate et les fait amener à l'hôtel Meurice d'où ils ressortent libres accompagnés de Nordling[10].

Le 22 août, Nordling est victime d'une crise cardiaque ; son frère Rolf rencontre le général Bradley qui autorise Leclerc à entrer dans Paris le 23[11].

Le 25 au matin, il porte l'ultimatum du colonel Billotte, second du général Leclerc, à von Choltitz. Dans l'après-midi, le général Leclerc reçoit la reddition du général von Choltitz à la préfecture de Paris[12]. Les Mémoires de Raoul Nordling, écrits en 1945 et retrouvés en 1995, sont publiés en 2002.

Il reçoit la Croix de guerre avec palme après la Libération en 1949, la Légion d'honneur en 1962.

À partir de 1945, il est l'hôte assidu de Sainte-Maxime, dont il devient citoyen d'honneur, dans sa propriété "Le Mas du Gay Savoir".

Intervention en faveur de Céline[modifier | modifier le code]

Il est intervenu en faveur de l'écrivain Louis-Ferdinand Céline quand celui-ci était en exil au Danemark[13]. Selon ce même auteur, il a joué un rôle déterminant pour que Paris ne soit pas « brûlé » en 1944[14].

Nordling intervient deux fois pour Céline, une première fois en écrivant au ministre des Affaires étrangères du Danemark, Gustav Rasmussen, pour éviter l'extradition de l'écrivain, et une seconde fois lors du procès en transmettant au dossier une lettre d'un universitaire suédois E. Bendz[15].

Postérité[modifier | modifier le code]

Dans le film Paris brûle-t-il ? de René Clément, le consul de Suède Raoul Nordling est joué par Orson Welles.

Dans la pièce Diplomatie de Cyril Gély, créée au théâtre de la Madeleine, à Paris, en janvier 2011, c'est André Dussollier qui interprète le rôle de Nordling, et Niels Arestrup, celui du général von Choltitz. La pièce est portée au cinéma avec les mêmes acteurs principaux, dans un film portant le même titre, sorti en 2014.

Un square du 11e arrondissement de Paris (coté sud de l'église Sainte-Marguerite) rue Saint-Bernard porte son nom ainsi que des rues à Neuilly-sur-Seine, à Bois-Colombes et à Livry-Gargan.

Notes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Gustav Forssius en poste à Paris sous l'occupation, p. 104
  2. voir Source : article du site de l'ambassade suédoise à Paris sur la vie de Nordling
  3. Henri Amouroux, La grande histoire des français sous l'occupation 1940-1944, Robert Laffont, réed. 1997, T1 p. 304-305
  4. in Le Monde, 3 octobre 1962, R N est mort, il avait négocié la trêve entre les Allemands et la Résistance
  5. À l'équipe suédoise de Nordling, il faut adjoindre parmi les négociateurs, le consul de Suisse René Naville, et le traducteur autrichien Erik Poch Pastor …
  6. Gustav Forssius En Poste sous l'occupation, 2008 (ISBN : 2000000131672)
  7. Président de la chambre de commerce et d'industrie franco-suédoise
  8. Ce "traducteur", nécessaire par la méconnaissance de Choltitz de la langue française, est, sous la couverture d'un représentant industriel, agent de l'Abwehr et membre d'un réseau antinazi, et selon Nordling dans ses mémoires sans doute un agent double, travaillant également pour les alliés.
  9. Suivant l'ordre d'Hitler du 23 août 1944 : "destructions de pâtés de maisons, exécution publique, (…) destruction des ponts de la Seine…"
  10. Raoul Nordling, Sauver Paris Mémoires du consul de Suède (1905-1944), p. 130.
  11. Le 26 août 1944, Hitler donnera l'ordre à nouveau au général Alfred Jodl de bombarder Paris, son adjoint le général Hans Spiedel qui a reçu la consigne désobéira délibérément.
  12. Raoul Nordling, Sauver Paris : Mémoires du consul de Suède (1905-1944), Édition établie par Fabrice Virgili, Éditions Complexe, 2002, IHTP CNRS.
  13. « Il m'a déjà drôlement sauvé la mise il y a trois ans. C'est grâce à son intervention ici que je n'ai pas été extradé. » Lettres à Albert Paraz, Gallimard 2009. lettre du 28 mars 1949.
  14. « N'oublie pas bien sûr <SURTOUT> que c'est grâce à lui, à son génial tact, courage, intrépidité que Paris n'a pas été brûlé et ses habitants combustionnés -- TOUS ! Le bonhomme est vieux, vaniteux, mais roublard et de très bon cœur. C'est Ste Geneviève --44-- » Op. cit. Lettre du 28 mars 1949.
  15. Lettre de Raoul Nordling au président Drappier, daté de Paris le 20 février 1950, publié p. 124 dans Le Procès de Céline, 1944-1951 édition du Lerot 2010.

Sources[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Raoul Nordling, Sauver Paris : Mémoires du consul de Suède (1905-1944), édition établie par Fabrice Virgili, éditions Complexe, 2002, IHTP CNRS.
  • Gustav Forssius, En Poste sous l'occupation, 2008 (ISBN 2000000131672)
  • Patrick Imhaus, Les Deux Raoul et les Autobus Blancs, Éditions Espaces et Signes,‎ décembre 2012 (ISBN 978-2-95359-650-2).