Ran (film, 1985)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Ran (Film))
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ran.

Ran

Réalisation Akira Kurosawa
Scénario Akira Kurosawa
Hideo Oguni
Masato Ide
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau du Japon Japon
Genre Drame
Sortie 1985
Durée 162 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Ran (乱) est un film japonais réalisé par Akira Kurosawa, sorti en 1985. L'intrigue s'inspire de la tragédie Le Roi Lear de William Shakespeare.

Résumé[modifier | modifier le code]

Au XVIe siècle, dans un Japon ravagé par la guerre, le vieux daimyo Hidetora Ichimonji décide de partager son fief entre ses trois fils pour finir ses jours heureux et en paix. Mais les dissensions entre les trois frères plongeront rapidement leurs familles, leurs foyers et la région dans le chaos.

Selon Stephen Prince, Ran est la « chronique impitoyable d'une vile soif de pouvoir, de la trahison du père par ses fils, et de guerres et de meurtres incessants qui finissent par détruire tous les personnages principaux[1] ».

C'est le récit de la chute du puissant clan Ichimonji entraînée par la décision de son patriarche Hidetora de céder le contrôle du royaume à ses trois fils : Taro, Jiro, et Saburo. Taro, l'aîné, reçoit le prestigieux Premier château et devient chef du clan Ichimonji, tandis que Jiro et Saburo reçoivent le Second et le Troisième châteaux. Jiro et Saburo doivent assistance à Taro, et Hidetora se sert d'un faisceau de flèches pour illustrer son propos[2]. Hidetora doit rester le chef nominal et conserver le titre de Grand Seigneur. Saburo critique la logique de ce plan. Hidetora, dit-il, a obtenu sa puissance par la traîtrise, pourtant il espère naïvement que ses fils lui seront loyaux. Hidetora prend cette remarque pour une menace et quand son serviteur Tango prend la défense de Saburo, il les bannit tous deux.

Après l'abdication de Hidetora, la femme de Taro, Dame Kaede, entreprend de persuader celui-ci de prendre le contrôle direct du clan, et fomente un désaccord entre lui et Hidetora. On apprendra plus tard que Kaede est une manipulatrice inspirée par le désir de venger sa famille massacrée par Hidetora et qui a voué son existence à la perte du clan Ichimonji.

Le point critique est atteint quand Hidetora tue l'un des gardes de Taro qui menaçait son bouffon Kyoami. Quand Taro exige ensuite de Hidetora qu'il confirme son nouveau statut et sa puissance en signant un document de son sang, Hidetora accepte à contre-cœur et, furieux, quitte le château. Il se rend au Second château, où il s'entretient d'abord avec Dame Sué, la femme de Jiro. Comme celle de Kaede, sa famille a été massacrée par Hidetora, mais elle est devenue bouddhiste et a pardonné. Discutant avec son fils, Hidetora se rend compte que Jiro est surtout soucieux de l'utiliser comme un pion dans son propre jeu. Expulsé du Second château, Hidetora erre dans les plaines avec ses soldats à la recherche de nourriture. Il se rend finalement au Troisième château lorsqu'il apprend que les forces de Saburo l'ont abandonné pour suivre leur seigneur dans l'exil.

Hidetora et sa suite tombent dans une embuscade tendue par les forces combinées de Taro et de Jiro. Ses gardes du corps sont massacrés, ses concubines se suicident, le château est incendié, et il ne lui reste qu'à commettre le seppuku ou suicide rituel. Cependant il s'aperçoit à son grand désarroi que son sabre est brisé. Au lieu de se suicider il s'enfuit du château en flammes, à demi fou. Au cours de l'assaut, Taro est assassiné par un arquebusier embusqué dans une tour.

Hidetora, au bord de la folie, erre dans la tempête sur les pentes herbeuses de la montagne voisine, où il est retrouvé par Tango et Kyoami, les seuls qui lui soient restés fidèles. Le trio se réfugie dans la hutte d'un paysan, qui n'est autre que Tsurumaru, le frère de Dame Sué. Hidetora avait crevé les yeux de Tsurumaru encore enfant, lors du massacre de sa famille et la destruction de leur château.

De retour de la bataille, Jiro est d'abord agressé puis séduit par Dame Kaede, sa belle-sœur désormais veuve, avec qui il entame une liaison. Poursuivant son entreprise occulte de destruction du clan Ichimonji, celle-ci exige que Jiro quitte Dame Sué, puis qu'il la fasse tuer. Jiro en donne l'ordre à Kurogane, qui désobéit et met publiquement Jiro en garde contre Kaede.

Plus tard, Tango tue deux des conseillers félons de Hidetora. Kyoami et Tango décident que, pour assurer la sécurité de Hidetora, il faut le conduire auprès de Saburo. Mais un profond sentiment de honte empêche Hidetora de se réconcilier avec son fils. Tango part donc chercher Saburo pour le ramener auprès de son père. Kyoami reste en compagnie du Grand Seigneur qui s'enfonce dans la folie, errant dans les ruines du château du père de Dame Sué, château qu'il a lui-même détruit.

Dame Sué fuit le Second château et, rejoignant son frère Tsurumaru, se réfugie dans les ruines du château de leur père. Accompagnés d'un serviteur, ils échappent de justesse aux forces envoyées par Jiro. Soudain Tsurumaru se souvient qu'il a oublié sa flûte : il essaie de convaincre sa sœur qu'il n'en a pas besoin, mais Sué repart malgré tout la chercher, laissant à Tsurumaru un rouleau illustré d'une image du Bouddha. Finalement elle est tuée par les hommes de Jiro, et Tsurumaru reste seul dans les ruines.

L'endroit où se cache Hidetora restant un mystère et ses souffrances étant désormais bien connues, l'armée de Saburo pénètre à nouveau dans le royaume pour le retrouver. Inquiet des entreprises de son frère et attentif à ses alliances avec des seigneurs de guerre rivaux qui cherchent à s'emparer des terres du clan Ichimonji, Jiro rassemble à la hâte son armée, bien plus nombreuse, pour les arrêter. Les forces ennemies s'affrontent dans la plaine de Hachiman. Pressentant l'importance de la bataille, le nouveau protecteur de Saburo, un seigneur de guerre du nom de Fujimaki, fait marche vers la frontière ; un seigneur rival, Ayabe, apparaît aussi avec sa propre armée. Après avoir conclu une trêve avec Jiro, Saburo part avec une escorte de dix soldats à la recherche de Hidetora. Mais Jiro envoie une brigade d'arquebusiers dans le but d'éliminer Saburo par surprise puis ordonne une attaque contre le reste de ses troupes. Malgré sa supériorité numérique, l'armée de Jiro est décimée par le feu des arquebusiers de Saburo, installés sous le couvert des arbres.

Au milieu de la bataille, on apprend à Jiro et à Kurogane que l'armée d'Ayabe fait route vers le Premier château. Jiro comprend que l'armée postée sur la colline n'est qu'un leurre. Sa propre armée se débande rapidement et s'enfuit vers le château. Pendant la bataille contre les troupes d'Ayabe, Kurogane demande à Dame Kaede de rendre des comptes sur ses actes. Elle revendique avoir manœuvré par haine pour que les choses en viennent à ce point, et Kurogane la décapite avec rage.

Saburo finit par retrouver Hidetora, qui reprend ses esprits. Le père et le fils chevauchent côte à côte, lorsque Saburo est tué par les arquebusiers de Jiro. Vaincu par le chagrin, Hidetora meurt sur le corps de son fils, mettant un point final à l'histoire du clan Ichimonji. Pendant ce temps, le Second château est rapidement vaincu, la mort de Jiro et la débâcle de son armée étant suggérées mais non montrées.

Tandis que l'armée de Saburo pleure son chef, le film se termine sur un plan de Tsurumaru, debout seul sur les ruines du château de son père. Il erre en aveugle et, par accident, laisse tomber le rouleau que lui avait donné sa sœur.

Commentaire[modifier | modifier le code]

Nul doute que ce film représentait pour Kurosawa un aboutissement de son œuvre ; il ne reviendra plus à ce genre de films semi-historiques qui ont fait son succès (son dernier projet, Après la pluie, ne pourra être mené à bien de son vivant). La reprise de Shakespeare n'est qu'un prétexte pour laisser libre cours à sa propre vision, devenue de plus en plus pessimiste. Jamais Kurosawa n'a autant opposé la nature et sa contemplation à la folie destructrice de l'homme. Le propos du cinéaste, en parallèle avec son talent de metteur en scène, atteint son paroxysme dans la vision finale de l'homme aveugle et perdu que les dieux ont abandonné, alors que passe la procession funèbre des héros.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • La femme d'Akira Kurosawa est morte pendant la production du film. Akira s'est arrêté une journée avant de reprendre son travail.
  • Il a fallu deux ans pour créer les centaines de costumes nécessaires.
  • Kurosawa a mis dix ans pour faire le storyboard... en peinture !

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Prince, Stephen, The Warrior's Camera, Princeton University Press 1999 ISBN 0-691-01046-3, p.284
  2. Ceci est basé sur une parabole de Mōri Motonari : il donna à chacun de ses fils une flèche et leur dit de la briser. Quand ils l'eurent fait il leur montra trois flèches et leur demanda s'ils pouvaient les briser. Tous échouèrent, et ||Mōri Motonari|Motonari]] leur enseigna comment il est facile de briser une flèche mais non trois ensemble. Toutefois dans Ran Saburo brise le faisceau sur son genou et conclut que la leçon est idiote. Le thème des flèches en faisceau que l'on ne peut briser, a été mentionné aussi par Plutarque lorsque le roi des Scythes Scilurus, invite, lui aussi, ses fils à rester unis.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]