Rainbow Bridge (album)

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Rainbow Bridge - Original Motion Picture Sound Track

Album de Jimi Hendrix
Sortie octobre 1971
Enregistré 1968-1970
Genre Rock, Funk, Blues
Producteur Jimi Hendrix, Mitch Mitchell, Eddie Kramer, John Jansen
Label Reprise

Albums de Jimi Hendrix

Rainbow Bridge est un album posthume de Jimi Hendrix.

Les titres[modifier | modifier le code]

Face 1

  1. Dolly Dagger
  2. Earth Blues
  3. Pali Gap
  4. Room Full Of Mirrors
  5. Star Spangled Banner

Face 2

  1. Look Over Yonder
  2. Hear My Train A Comin'
  3. Hey Baby (New Rising Sun)

Rainbow Bridge - Original Motion Picture Sound Track[modifier | modifier le code]

La mention Original Motion Picture Sound Track (bande originale du film) accolée au titre de l'album, Rainbow Bridge, n'est pas à prendre au pied de la lettre. C'est en effet uniquement pour des raisons contractuelles que le second album studio post mortem de Jimi Hendrix porte cette mention. La musique présentée ici n'a d'ailleurs rien d'une musique de film. Afin d'obtenir une rallonge de la Warner (pour financer les studios Electric Lady)[1], Mike Jeffery avait eu l'idée de proposer une bande originale de film à la maison de disques : le contrat initial ne mentionnant pas ce cas, c'était un moyen astucieux d'arriver à ses fins, tout en obligeant Jimi Hendrix à s'impliquer dans Rainbow Bridge, le film, concurrent sérieux au titre de plus grand navet de tous les temps.

Tous les titres de Rainbow Bridge, l'album, ne se figurent donc pas dans le film et, inversement, la musique que l'on entend au cours du film ne retrouve pas forcément sur le disque. Il n'y a ainsi dans la bande originale du film aucune trace des deux concerts donnés par le trio Hendrix/Cox/Mitchell à Maui le 30 juillet 1970, dont sont extraits les seuls moments dignes d'intérêt du film.

Il ne faut pas non plus confondre l'album Rainbow Bridge sorti fin 1971 avec The Rainbow Bridge Concert, le double album officieux publié en 2002 par Purple Haze Records, qui retrace les deux concerts en question.

Désormais retiré du catalogue, et jamais réédité en CD, Rainbow Bridge est pourtant un album historique, que la plupart des amateurs qui ont découvert Hendrix du temps où il fallait encore se lever pour changer de face appréciaient autant que les albums publiés du vivant du guitariste. Ce ne sera pas le cas des albums studio présentant du matériel inédit publiés par la suite.

Rainbow Bridge est pourtant presque miraculeux. L'album est en effet aussi fort que The Cry of Love alors que le matériel présenté est globalement loin d'être aussi avancé que celui de son aîné. Sur les 8 titres de Rainbow Bridge, il n'y a que trois titres qui auraient pu raisonnablement figurer sur le quatrième album studio de Jimi Hendrix. Dolly Dagger et Room Full Of Mirrors, retenus dans un premier temps pour figurer sur The Cry of Love, et Earth Blues, le morceau qui cristallisait tout ce que Mike Jeffery détestait dans l'évolution musicale de Hendrix[2].

Le reste est composé de démos plus ou moins avancées (une version très brute de Hey Baby (New Rising Sun), jouée live en studio et un exercice de style : Star Spangled Banner), d'une jam améliorée (Pali Gap), d'un titre Live (Get My Heart Back Together, baptisé ici Hear My Train A Comin') et d'un titre du dernier album studio avorté de l'Experience (Look Over Yonder).

Pourtant, la magie opère, grâce au subtil équilibre trouvé par les producteurs de l'album (outre Hendrix) : Eddie Kramer, John Jansen et Mitch Mitchell. Selon Eddie Kramer, le travail de production post mortem fut toutefois considérable sur certains titres[1]. Il est parfois difficile à évaluer : aucun pirate ne retrace la fameuse session du 1er juillet 1970 à l'Electric Lady Studio.

Le détail des titres[modifier | modifier le code]

Dolly Dagger[modifier | modifier le code]

C'est lors de cette séance que le basic track de Dolly Dagger a été enregistré, mais le titre fera l'objet de nombreuses séances d'overdubs lors des semaines suivantes. Le trio Hendrix/Cox/Mitchell est renforcé par Juma Sultan aux congas et les Ghetto Fighters (qui s'appelaient encore Arthur et Albert Allen) aux chœurs.

Dolly Dagger fait partie des quelques titres que Jimi Hendrix a terminé de son vivant : il avait prévu de le sortir comme single, avec Night Bird Flying en face B. Hendrix a même procédé avec Eddie Kramer à son mastering le 26 août 1970. Il en existe deux versions live[3], soundboard toutes les deux. La femme décrite par les paroles n'est nulle autre que Devon Wilson, la muse noire de Hendrix.

Musicalement, Dolly Dagger est un rock funky, radicalement différent de ce que proposait The Jimi Hendrix Experience. La basse y joue un rôle nettement plus important. L'exposé du riff d'introduction qui revient tout le long du morceau est édifiante à cet égard : on y entend Billy Cox doubler le thème que Jimi Hendrix joue à la guitare (exceptionnellement avec une basse dont le son est saturé via une fuzz box). L'héritage du Band of Gypsys, où guitare et basse sont régulièrement à l'unisson, est ici manifeste. Contrairement à Noel Redding, il joue régulièrement des transitions aux moments clés du titre, jouant un rôle similaire aux breaks de batterie. Au-delà du style, notons enfin que "Dolly Dagger" montre aussi le regain de créativité de Jimi en termes de songwriting.

Earth Blues[modifier | modifier le code]

Earth Blues est dans une veine similaire, plus Noire encore. Le basic track a été enregistré le 19 décembre 1969 au Record Plant : c'est donc à l'origine un titre du Band of Gypsys, même s'il ne subsiste ici de la prestation de Buddy Miles que les chœurs qu'il a enregistré. Selon le site officiel, c'est le 26 juin 1970 que Mitch Mitchell l'aurait remplacé à la batterie : le jeu de toms de l'introduction est toutefois directement inspiré du style de Buddy Miles. Outre Juma Sultan aux percussions, on entend les Ronettes, invitées de marque aux chœurs. Là encore, le rôle de Billy Cox est à souligner car c'est la basse, véritable moteur, qui donne la pulsion rythmique du titre. Notons enfin la qualité de la performance vocale de Jimi Hendrix, qui dans un style vocal pas si éloigné que ça de celui de Buddy Miles s'en sort remarquablement.

Pali Gap[modifier | modifier le code]

Pali Gap, enregistré le 1er juillet 1970 fut le grand oublié de First Rays of the New Rising Sun. Alors que Dolly Dagger s'achevait, Billy Cox a lancé la ligne de basse de Gimme Some Loving. Au bout de trois minutes, Hendrix a, selon les dires de John Jansen, créé ce que Mike Jeffery baptisera plus tard Pali Gap. Les trois accords de Pali Gap (dont la structure, très simple, est basée sur un cycle de deux mesures, avec un contretemps sur le Sol : I Em (7) G I Bm (7) I) permettent un jeu modal. Les accords servent donc autant de couleurs que de véritable parcours obligé. Hendrix rajouta par la suite une guitare solo, avec son amplificateur Marshall poussé au maximum.

Room Full of Mirrors[modifier | modifier le code]

Ecarté de The Cry of Love au dernier moment, c'est presque naturellement que Room Full Of Mirrors trouve ici sa place, d'autant que c'était un titre régulièrement joué par Jimi Hendrix en concert (il en existe 18 versions documentées depuis la jam du Royal Albert Hall jusqu'au dernier concert du trio Hendrix/Cox/Mitchell, la majeure partie lors du Cry of Love Tour[3]). Enregistré le 17 novembre 1969 au Record Plant par le Band of Gypsys augmenté d'un percussionniste, il semble toutefois que ce ne soit pas Billy Cox à la basse, mais bien Hendrix lui-même, tel que c'était d'ailleurs indiqué sur les notes de pochettes de Voodoo Soup. Le style de la basse enregistrée ici est très différent de celui de Billy Cox, dont le jeu est plus en rondeur, moins agressif. Un certain nombre de séances à l'Electric Lady Studio seront consacrées à Room Full Of Mirrors en juin et juillet 1970 : il semblerait que Hendrix n'arrivait pas à obtenir un résultat à la hauteur des espérances qu'il plaçait en ce titre. Le mixage proposé ici ne serait d'ailleurs pas en accord avec ses dernières indications : la partie jouée en slide avec sa bague, en l'absence de bottleneck, serait mixée trop en avant.

Star Spangled Banner[modifier | modifier le code]

Enregistrée le 18 mars 1969 au Record Plant, la version studio de l'hymne américain présentée ici est totalement différente des versions Live, dont la meilleure reste indéniablement celle jouée à Woodstock. Cette version est intéressante pour d’autres raisons, à savoir ses arrangements et pour le lyrisme de ses contrepoints. Mais aussi pour la maîtrise du studio dont Hendrix fait preuve : enregistrée entièrement en re-recording, certaines parties furent couchées sur bande en divisant par deux la vitesse de celle-ci, afin d’obtenir ce timbre si particulier (une octave au-dessus) lorsque la bande est jouée normalement.

Look Over Yonder[modifier | modifier le code]

La face deux s'ouvre avec Look Over Yonder, un inédit de l'Experience enregistré le 22 octobre 1968 aux TTG Studios. Bien qu'enregistré après la publication d'Electric Ladyland, ce titre semblait destiné aux oubliettes : on ne le retrouve sur aucune des listes de Jimi Hendrix. Ni dans ses interviews. Et le titre n'a fait l'objet d'aucune tentative en concert. Pour autant, c'est un titre solide de The Jimi Hendrix Experience, très rock. Le style est plus proche des débuts de l'Experience, ce qui n'est pas véritablement surprenant, dans la mesure où ses origines remontent à 1967 (Cf. M. Bad Luck, aussi connu sous le titre de M.. Lost Soul, un moment officiel sur Live and Unreleased: The Radio Show).

Hear My Train A Comin'[modifier | modifier le code]

Le titre suivant est un extrait du premier concert donné à Berkeley le 30 mai 1970 par le trio Hendrix/Cox/Mitchell. Le climat change radicalement, dans la mesure où l'on entend les imperfections du live, mais le choix se justifie par l'intensité exceptionnelle de cette version de Hear My Train A Comin', pour beaucoup d'amateurs du guitariste la meilleure jamais enregistrée professionnellement.

Hey Baby (New Rising Sun)[modifier | modifier le code]

Hey Baby (New Rising Sun) a lui aussi été enregistré le 1er juillet 1970 à l'Electric Lady Studio. En termes de créativité, c'est sans nul doute une des séances les plus brillantes de la carrière de Jimi Hendrix. Régulièrement joué par le trio Hendrix/Cox/Mitchell en concert (il en existe 12 versions Live[3]), c'était l'un des titres les plus prometteurs du nouvel album de Hendrix. Le groupe est ici augmenté de Juma Sultan aux percussions. La version reste malheureusement inachevée : c'est ce qui explique la décision d'Eddie Kramer et de John Jansen de laisser le passage où Jimi demande si « le microphone est branché ? » Pour autant, bien que ce ne soit qu'une simple démo du groupe en studio, Hey Baby (New Rising Sun) est un titre phare du répertoire Hendrixien. Outre un superbe solo de guitare qui suit l'introduction du titre, l'interprétation ne souffre ici d'aucun souci majeur : combien d'auditeurs ne se sont jamais rendu compte du caractère inachevé du titre ? Il faut dire que le chant de Jimi Hendrix sert parfaitement cette composition, dont on peut mesurer l'évolution considérable depuis le Gypsy Boy enregistré l'année précédente[4].

Postérité discographique[modifier | modifier le code]

Pour ceux qui voudraient reconstituer l'album à partir des CD proposés par Experience Hendrix LLC :

Le mastering de George Marino opéré sur ces rééditions, approuvé par Eddie Kramer, est toutefois loin de faire l'unanimité[5].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Hendrix: Setting The Record Straight de John McDermott avec Eddie Kramer
  2. Jimi Hendrix : Sessions de John McDermott avec Billy Cox & Eddie Kramer
  3. a, b et c Just ask the Axis
  4. Une version altérée est disponible sur Midnight Lightning
  5. Certains amateurs de Hi-Fi trouvent que Marino a cédé à la loudness war (http://www.youtube.com/watch?v=3Gmex_4hreQ), privant ainsi les rééditions de la dynamique des versions originales : http://hendrix.aceboard.fr/264448-2565-1318-0-Prof-Stoned-anglais.htm