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Prostitution

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Prostituée en 1890.
Prostituée en 1890.
 
Prostituée à Tijuana, au Mexique.
Prostituée à Tijuana, au Mexique.

La prostitution (du latin prostitutio) est une activité consistant à échanger des relations sexuelles contre une rémunération. Bien que pratiquée par les membres des deux sexes, elle est majoritairement exercée par les femmes et consommée par les hommes. Le statut légal de la prostitution varie selon les pays et peut également être classé de l'illégalité aux activités légales professionnelles. En 2010, les revenus annuels de la prostitution sont estimés à plus de 187 milliards de dollars[1]. Un à deux millions de femmes dans le monde sont vendues chaque année comme des objets sexuels pour la prostitution par des réseaux internationaux, la majeure partie venant de pays pauvres pour être exploitées dans des pays riches[2].

D'un point de vue législatif, on peut distinguer trois conceptions de la prostitution, produisant trois approches politiques des États sur son exercice : le réglementarisme, l'abolitionnisme et le prohibitionnisme.

La prostitution est régulièrement l'objet de vives controverses entre politiques, intellectuels et féministes qui sont en faveur d'une légalisation de l'activité et ceux qui sont partisans de son interdiction[3]. Ainsi, la philosophe américaine Judith Butler affirme que « toute féministe digne de ce nom devrait s'occuper de la syndicalisation des prostituées » et regrette que les positions abolitionnistes et prohibitionnistes privent « de la capacité de consentir »[4],[5]. À l'inverse, la juriste Catharine MacKinnon affirme que « Judith Butler et les autres sont seulement des voix pour une certaine forme de misogynie et de déni » et souligne le lien entre prostitution, pornographie et violence faite aux femmes[6][7] En France un débat similaire oppose notamment Élisabeth Badinter à Sylviane Agacinski[4].

Histoire

Fresque du lupanar de Pompéi, datant du Ier siècle, montrant une prostituée et son client
Thamar et Juda de Arent de Gelder, 1667. Illustration de la prostitution dans la Bible et dans la Torah (Genèse 38:16)
Article détaillé : Histoire de la prostitution.

À Rome, comme ailleurs dans le bassin méditerranéen, ceux qui possèdent des esclaves peuvent en user à leur guise puisque l'esclave est une propriété privée. La femme esclave est d’ailleurs exclue du champ d’application des lois sur l’adultère : son compagnon ne peut l’accuser, que son amant soit le maître ou un tiers. Par ailleurs, les lois condamnant les maîtres qui prostituent leurs esclaves sont si peu efficaces qu’elles vont être souvent reproclamées du Ier au IVe siècle, de même que les lois assimilant à l’adultère les rapports sexuels entre la maîtresse et son esclave. Cependant, la prostitution reste florissante à Rome où elle se présente sous des formes multiples : les prostitués se trouvent en maison signalée par des bougies allumées pendant les heures d'ouverture[8], dans des auberges, dans des loges, ou dans la rue, devant les arcades (appelées fornix d'où le terme de fornication) comme devant la porte de leurs domiciles. Dans les maisons closes, le client peut échanger un type de jeton, appelé spintria, contre une faveur sexuelle spécifique[9]. Très tôt, dès le IIe siècle av. J.-C., ils sont inscrits sur un registre spécial et doivent être munis d’une licence d’exercice. Civilement, ils sont frappés d’indignité. Leur condition varie, des plus miséreuses, esclaves, aux courtisans et courtisanes de luxe dont les services se monnaient très cher. Leur cheptel est renouvelé par le trafic d’esclaves alimenté par les guerres et la piraterie : à Délos, 10 000 esclaves sont vendus chaque jour, et dans l’empire ce sont des dizaines de milliers d’enfants et d’adolescents qui approvisionnent chaque année ce marché du plaisir.

Les sociétés judéo-chrétiennes connaissent la condamnation prohibitionniste depuis les premiers temps du judaïsme. Cette interdiction s'est imposée dans l'Empire romain en parallèle de l'adoption du christianisme. Les mesures abolitionnistes, malgré leur inefficacité patente, sont maintenues jusqu'au XIIe siècle. À cette date, une relative période de tolérance commence, accompagnée d'une réglementation adaptée. Au XVIe siècle, à la suite des ravages de la syphilis venue du Nouveau Monde qui touche toutes les couches de la société, l’opprobre sur la sexualité hors des liens du mariage réapparaît fortement dans toute l'Europe. Le XIXe siècle voit l’émergence d’une certaine tolérance étatique et d’un encadrement juridique et sanitaire. À la fin du XIXe siècle, avec les combats de Josephine Butler, l'abolitionnisme moderne naît en Grande-Bretagne victorienne.

La France, qui a été le pays d'origine du réglementarisme, change d'orientation en 1946 et adopte un régime abolitionniste, à la suite de la loi dite « Marthe Richard »[10].

Lois et politiques

Loi

Prostitution en Europe :
  •      Prostitution légale et encadrée par des lois, maisons closes légale et encadrée par des lois
  •      Prostitution légale et encadrée par des lois, mais les maisons closes sont illégales
  •      Prostitution tolérée mais pas légalisée et donc pas réglementée,les activités organisées (maisons closes ou proxénétisme) sont illégales ; tolérées dans certains pays exemple : Belgique, Espagne et punies en France
  •      Prostitution illégale : les prostituées sont punies par la loi
  •      Prostitution illégale : les clients sont punis par la loi, mais pas les prostituées
  •      Non renseigné

Certaines juridictions interdisent l'acte de prostitution (l'échange de services sexuels pour de l'argent) ; d'autres pays n'interdisent pas la prostitution, mais interdisent les activités typiquement associées avec la prostitution (la sollicitation dans un lieu public, l'exploitation d'un bordel, le fait de fournir des locaux pour la pratique de la prostitution, le proxénétisme, etc), ce qui rend difficile de se livrer à la prostitution sans enfreindre la loi ; tandis que dans un petit nombre de pays la prostitution est légale et réglementée.

Dans les pays qui permettent la prostitution, on peut distinguer deux situations différentes : les pays où la prostitution est légale seulement parce qu'il n'y a pas une loi spécifique qui interdit l'acte (en général ce sont des pays qui interdisent la prostitution organisée), et les pays où la prostitution est légale et réglementée : ici il y a une loi spécifique qui autorise explicitement la pratique si certaines conditions sont respectées (par exemple si la prostituée est enregistrée auprès de l'organisme compétent, si elle subit des contrôles de santé réguliers, etc. ; en général ce sont des pays qui permettent les maisons closes). Les références associées à chaque pays pointent soit sur un article précisant l'existence de la prostitution dans le pays, soit sur des références légales.

En France, la prostitution est tolérée, mais le racolage et le proxénétisme y sont interdits, y compris le racolage passif (depuis 2003[11]), le proxénétisme hôtelier (« permettre régulièrement à une ou plusieurs personnes à se livrer à la prostitution dans tout établissement ouvert au public ou utilisé par le public ») et le proxénétisme de soutien (notamment « l’aide, l’assistance, ou la protection de la prostitution d’autrui ; tirer profit de la prostitution d’autrui »). Cette dernière interdiction est particulièrement critiquée, car elle est susceptible d'incriminer indistinctement tout l'entourage d'une prostituée : compagne ou compagnon, enfants majeurs, amis, collègues[12]. Les revenus des prostituées sont assujettis à l'impôt, ce qui fait parfois qualifier l'État de « premier proxénète de France »[13]. Depuis la loi « Marthe Richard » de 1946, l'abolitionnisme ne lutte plus seulement pour l'abolition de la réglementation de la prostitution mais pour l'abolition de la prostitution dans son ensemble.

La loi sur le proxénétisme est particulièrement sévère lorsque le proxénète agit sur des mineurs, des personnes vulnérables comme les femmes enceintes ou les handicapés.

Politique

Prostitution en Asie :
  •      Prostitution légale et encadrée par des lois
  •      Prostitution (échange d'argent pour des relations sexuelles) légale, mais les activités organisées (maisons closes ou proxénétisme) sont illégales
  •      Prostitution illégale
  •      Non renseigné

La prostitution intéresse les autorités sur les plans fiscal, moral et sanitaire. On peut distinguer globalement trois conceptions de la prostitution, produisant trois approches politiques des États sur l'existence de la prostitution.

  • L’approche réglementariste voit la prostitution comme une activité professionnelle normale.
    Il suffit de la réglementer et de la réguler comme toutes les autres, et de l'encadrer en protégeant les droits des travailleurs et en prévenant les abus des employeurs. Les prostitué(e)s sont considéré(e)s comme des travailleurs du sexe.
    La réglementation s'est souvent faite par le biais de lois et de registres de prostituées. Aujourd'hui, les résultats les plus aboutis de la logique réglementariste se trouvent dans les législations des Pays-Bas[14] et de l'Allemagne. Dans ces deux pays toutes les entreprises de quinze employés et plus, y compris les bordels, doivent obligatoirement « avoir à l'emploi » des apprentis sous peine de pénalités financières. D'autres pays comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Turquie, la Tunisie, la Suisse, la Hongrie, la Grèce et l'Autriche, ont également légalisé la prostitution. Ces politiques ne semblent pas avoir permis de freiner l'exploitation sexuelle, mais au contraire peuvent rendre plus difficile la lutte contre la criminalité organisée [15].
  • Pour les abolitionnistes, la prostitution est une forme d'exploitation et une atteinte à la dignité humaine qui doit être abolie.
    Les personnes prostituées sont des victimes non-punissables et les proxénètes des criminels. Les clients peuvent être sanctionnés au titre de corrupteurs.
    En Suède, en Norvège[16] et en Islande[17] les clients sont punis par la loi mais pas les prostituées.
    Les pays abolitionnistes refusent toute réglementation, laquelle ne peut que cautionner l'existence de la prostitution. Des rapports mentionnent des bilans contrastés concernant l'abolition de la prostitution en Norvège, la précarisation des prostituées n'ayant pas diminué [18].

En Europe d'aujourd'hui, deux tendances s’opposent : l'abolitionnisme et le réglementarisme. Comme les politiques des pays européens vis-à-vis de la prostitution (qui ne sont pas forcément conformes à leur législation officielle) sont différentes et parfois opposées, elles peuvent parfois être contournées par les moyens modernes de communication et les possibilités de tourisme sexuel. Par exemple la Belgique, qui a une législation quasiment identique à celle de la France, permet de fait, contrairement à la France, l'exploitation de maisons de tolérance sur une grande échelle (les maisons sont officiellement des bars et les prostituées des serveuses), et leur publicité dans des médias de presse ou sur internet. Autre exemple, la publicité par internet pour des services dits d'escorte se fait à partir de ces pays plus tolérants, à destination de pays où une telle publicité est prohibée.

En France, une proposition de loi visant à pénaliser les clients de la prostitution déposée en 2011 fait fortement débat. Une nouvelle proposition de loi similaire a été déposée le 10 octobre 2013 par le groupe socialiste à l'Assemblée nationale, suscitant également de vifs débats[3]. Elle est adoptée à l'Assemblée nationale le 4 décembre 2013, et reste actuellement en discussion au Sénat où la Commission spéciale chargée d'étudier le texte a supprimé l'article relatif à la pénalisation des clients, soulignant les « effets délétères » qu'une telle mesure pourrait engendrer[25].

Enjeux contemporains

La prostitution est considérée comme un problème car elle est souvent aux mains de la criminalité organisée. Les prostituées peuvent être victimes d'une forme d'esclavage. Les prostituées sont également concernées par les maladies sexuellement transmissibles et les convoitises que provoquent leurs revenus. Certains usagers de drogues, le plus souvent l'héroïne ou le crack, obtiennent leurs drogues principalement grâce à la prostitution. Ils reçoivent de l'argent pour le sexe, qui est ensuite utilisé pour acheter les drogues. La majorité de ces prostituées toxicomanes prennent part à la prostitution de rue, car elles ne disposent pas généralement des ressources nécessaires pour travailler de façon autonome dans un bordel ou pour être callgirls, et beaucoup de maisons closes ne veulent pas employer des personnes droguées.

Pour les riverains, la prostitution de rue est souvent très mal vécue car, en termes d'image, elle aurait pour conséquence indirecte de dévaloriser les propriétés du quartier.[réf. souhaitée] Les riverains se plaignent parfois de nuisances causées par les prostituées et se montrent favorables à l'option du cantonnement de la prostitution dans des maisons closes ou des zones urbaines spécifiques, mais cette option relève de la logique NIMBY (Not in my back yard - « pas dans ma cour ») et a pour seul but, tout comme la répression du racolage, de chasser la prostitution de l'espace public pour la reléguer dans des lieux clandestins ou des zones isolées où les prostituées seront encore plus vulnérables[26].

Selon Sabine Dusch[27], la prostitution engendrerait un chiffre d'affaires mondial de 60 milliards d'euros. En 1998, l'Organisation des Nations unies[28] estimait que, chaque année, quatre millions de personnes se prostitueraient, ce qui générerait entre 5 et 7 milliards de dollars US de profits aux groupes criminels.

Trafic d'êtres humains

Militante prostituée au Canada
Article détaillé : Trafic d'êtres humains.

Certaines femmes sont forcées, par le trafic d'êtres humains, à se prostituer. Dans le cadre spécifique de la prostitution forcée, des réseaux criminels peuvent utiliser des techniques de contrainte comme la confiscation de papiers d'identité, le chantage familial, la surveillance par des souteneurs. Il arrive que les prostituées soient l'objet de trafic et soient vendues. Elles peuvent également être droguées de force afin d'être plus faciles à surveiller. Les destinations les plus communes pour les victimes de la traite des êtres humains sont la Thaïlande, le Japon, Israël, la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Italie, la Turquie et les États-Unis, selon un rapport de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime[29]. Beaucoup de femmes, dans le cadre de cette activité, émigrent vers des pays parfois très éloignés[30]. Les principales sources de traite de personnes comprennent la Thaïlande, la Chine, le Nigeria, l'Albanie, la Bulgarie, la Biélorussie, la Moldavie et l'Ukraine[29].

Actuellement, le trafic d'êtres humains en Asie par le crime organisé, décrit comme le plus grand esclavage sexuel de l'histoire[31], est largement composé de femmes et d'enfants.

Prostitution enfantine

La prostitution des enfants est un problème grave dans de nombreux pays. Les enfants sont souvent contraints à la prostitution par les structures sociales et les agents individuels. La pauvreté, les problèmes sociaux, la corruption et la criminalité contribuent à la prolifération de la prostitution des enfants. En Inde, la police fédérale a annoncé qu'environ 1,2 million d'enfants sont soupçonnés d'être impliqués dans la prostitution[32].

Le nombre exact d'enfants prostitués en Thaïlande n'est pas connu, mais le Thailand's Health System Research Institute soutient que les enfants représenteraient 40 % des prostitués thailandais[33]. Aux Philippines, il y a 60 000 à 100 000 enfants prostitués, selon l'UNICEF et des organisations non gouvernementales[34].

En Colombie, on estime qu'il y a 35 000 enfants prostitués, entre 5 000 et 10 000 d'entre eux dans les rues de Bogota[35],[36]. En Suisse, la prostitution est toujours légale pour les mineurs de 16 à 18 ans. Cependant, le parlement légifère actuellement à la suite de plaintes de la Cour européenne des droits de l'homme et des États-Unis[37]. Les prostitués mineurs sont estimés être entre 1 500 et 3 000 sur le territoire helvétique.

Vocabulaire

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Une prostituée urbaine s'adressant à un client potentiel à Turin, en Italie, 2005.

Autour de la prostitution s'est créé un vocabulaire argotique pour décrire l'activité ou la personne l'exerçant. Le plus souvent, ces expressions ont pris un caractère péjoratif. On qualifie par exemple une prostituée - mais aussi une femme libertine - de « femme de mauvaise vie ». Les prostituées peuvent également être appelées « filles de joie », dans un registre plus enjoué et moins péjoratif.

Faire le trottoir : métonymie décrivant la façon dont la prostituée attend un client. Le terme "péripatéticienne" est également utilisé pour désigner les prostituées "faisant le trottoir", renvoyant au terme grec peripatein (se promener)[38]. En créole d'Afrique de l'Ouest, une prostituée est une « trottoire » ou une « cul-boutique », d’où l'expression faire boutique mon cul[39].

La prostitution est parfois appelée « le plus vieux métier du monde » (expression employée pour la première fois par Rudyard Kipling en 1888 dans sa nouvelle Sur le mur de la ville en pleine ère victorienne puis reprise par les professionnels de la santé au début du XXe siècle[40]), ce qu'interroge l'historienne Michelle Perrot. Dans l'Ancien Testament, voir Tamar (Bible) et Rahab. Dans le Nouveau, voir Marie-Madeleine.

Pour des anthropologues ce serait plutôt le chamanisme, avec les guérisseurs, qui aurait droit à cette dénomination[41] tandis que pour d'autres ce serait le métier de sage-femme. D'ailleurs le terme métier eut un sens varié au cours du temps historique.

Seule entre toutes les cités, Sparte est réputée en Grèce pour n'abriter aucune pornê. Plutarque[42] l'explique par l'absence de métaux précieux et de véritable monnaie — Sparte utilise une monnaie de fer qui n'est reconnue nulle part ailleurs : aucun proxénète ne trouverait d'intérêt à s'y installer. De fait, on ne trouve pas de trace de prostitution commune à Sparte à l'époque archaïque ou classique. À cela, nous pouvons ajouter ce commentaire de Martine Costes-Péplinski : « La première trace de vie humaine retrouvée à ce jour remonte à 6 millions d'années, le premier outil date de 2,5 millions d'années alors que la prostitution apparaît, comme la guerre, seulement à la fin du néolithique, soit 5000 avant Jésus Christ au grand maximum. C'est dire si hommes et femmes ont partagé mille autres occupations et préoccupations avant de s'adonner à celle-ci… » La fille à soldat est une prostituée qui opère autour des armées en campagne et des casernements. On parle aussi de bordel militaire de campagne.

Camionnettes dans lesquelles exercent des prostituées, à Lyon, France.

L’abattage consiste à se prostituer un grand nombre de fois par jour avec des prix très bas. Les maisons d'abattage furent le plus souvent fréquentées par les clients peu fortunés : militaires (voir femmes de réconfort), marins et migrants. Depuis[Quand ?][réf. nécessaire] quelques années cette pratique fait un retour en force par le biais des « tours » : des escortes des pays de l'est s'installent pour une courte période dans un hôtel d'une grosse ville européenne et reçoivent un grand nombre de clients par jour (souvent plus de 10)[43]. En France, il faut dire que ce fut jusqu'à plus de 50 clients pour certaines filles dans le quartier de la Goutte d'Or à Paris, avant la loi dite « rattachement des familles ». Les passes étaient alors pratiquées sans aucune hygiène : ni savon, ni préservatif. De nos jours, la prostitution dans les camionnettes ou autocaravanes du bois de Vincennes, s'apparente à l'abattage : quotidiennement, plus d'une trentaine de fellations pour telle ou telle fille aux heures de « sortie des bureaux »[réf. souhaitée]. Dans certains cas, une maquerelle (ou mama-san (en) s'il s'agit d'une asiatique) racole auprès d'un van qui contient les filles. Quand un automobiliste s'arrête les prostituées sortent du van pour lui permettre de choisir [réf. nécessaire].

Une call girl ou escort se prostitue sur un appel téléphonique. La prostituée peut recevoir le client à domicile ou se déplacer. Les numéros sont diffusés par petites annonces dans des journaux ou de plus en plus par Internet. La dame peut être indépendante ou exercer par le biais d'une agence. Certaines escort-girls dites « de luxe » peuvent, moyennant finance prendre l'avion et ainsi avoir une activité et une renommée planétaire. On retrouve aussi des hommes dans cette activité, et, parfois, des actrices du cinéma pornographique.

Une tapineuse en pleine négociation.

La prostitution de rue, le tapin, consiste à racoler les clients en marchant sur la voie publique, en prétendant faire de l'auto-stop, ou assise (chaise personnelle, escaliers d'entrée d'immeuble, etc.), mais généralement dans une tenue aguichante. La forme la plus voyante est limitée par la police à certaines rues et certains horaires, dits du quartier chaud mais certaines prostituées à l'allure discrète opèrent dans les quartiers passants. Les premiers prix pour une « passe » se situent autour de 40 euros[réf. nécessaire]. En 2004, dans l'ouest de l'Europe, des filles proposaient généralement des services dans la voiture à 30 et 50 euros pour dix minutes[réf. nécessaire]. Dans certains pays cette prostitution a lieu le long des routes passantes et sur les aires d'autoroute.

La prostitution de vitrine est typique des pays froids où la prostituée s'expose en tenue légère dans une vitrine. La négociation se fait par gestes à travers la vitre ou à travers une fenêtre prévue à cet effet. C'est une forme de prostitution particulièrement répandue aux Pays-Bas et en Belgique. La maison close, aussi appelée club, boudoir, studio, cabaret ou sauna, permet aux filles de recevoir leurs clients. Ces maisons vont du bouge à l'établissement grand standing avec sabot de paiement par carte. Le client qui y rentre peut demander à voir les filles pour en choisir une après une revue de détail.

La prostitution peut avoir lieu dans tout endroit fréquenté par de potentiel(le)s client(e)s. Cela peut être une discothèque comme une rave party. Le flirty-fishing est une forme de « prostitution missionnaire » mise au point dans la secte des Enfants de Dieu et pratiquée entre 1975 et 1987 : les jeunes et jolies fidèles usaient de leur charme pour fournir de nouveaux adeptes à leur gourou, David Berg (dit Moïse-David)[réf. souhaitée]. Officiellement cette pratique n'a plus cours, la secte ayant été dissoute en 1978.

Dans les grandes villes françaises, certains salons de massage proposent implicitement des prestations qui s'apparentent à de la prostitution puisqu'il y a monnayage de service à caractère sexuel. L'homme qui vient à l'origine se faire masser peut ainsi se voir proposer, contre un pourboire donné généralement en espèces directement à la masseuse dans l'intimité de la pièce de massage, une masturbation allant jusqu'à l'éjaculation (appelée aussi finition manuelle), une fellation ou une pénétration vaginale. Il est ainsi difficile de différencier les salons proposant des prestations de massage classique de ceux proposant des prestations à caractère sexuel, ce qui peut gêner un client non averti. Certains de ces salons ont une façade avec boutique sur rue. D'autres sont plus discrets et doivent être recherchés par le biais de petites annonces ou sur Internet. Beaucoup changent régulièrement d'enseigne commerciale[réf. nécessaire].

La prostitution étudiante existe aussi. En France, la pauvreté des étudiants (225 000 en situation financière difficile) conduirait des jeunes femmes et, à moins grande échelle, des jeunes gens à financer leurs études en se prostituant[44]. Les moyens de rencontre utilisés pour des relations sans rémunération comme les agences matrimoniales et les forums de rencontres peuvent aussi être détournés ; la véritable nature de la relation est alors sous-entendue discrètement (par des adjectifs tels que « vénal » ou « généreux »[45].

Médias

Cinéma

Voir la catégorie : Prostitution au cinéma.

En 1967, le cinéaste Luis Buñuel propose une vision originale de la prostitution avec Belle de Jour. Le film raconte en effet l'histoire d'une jeune femme bourgeoise et bien mariée qui ne parvient pas à trouver du plaisir avec son mari et décide de se prostituer. C'est pour elle le seul moyen d'éprouver du plaisir. La même année, le cinéaste Jean-Luc Godard réalise Deux ou trois choses que je sais d'elle, un film sur une jeune femme qui s'adonne à la prostitution occasionnelle pour arrondir les fins de mois. Le thème est important chez Jean-Luc Godard puisqu'il l'avait déjà abordé en 1962 dans Vivre sa vie.

Le thème a aussi été abordé dans une comédie romantique comme Pretty Woman, un film réalisé par Garry Marshall en 1990, mettant en vedette Julia Roberts dans le rôle d'une prostituée hollywoodienne.

Musiques

  • La Complainte des filles de joie, de Georges Brassens reprend ce thème.
  • Me llaman calle, de Manu Chao, chanson composée pour le film espagnol Princesas et dédiée aux prostituées de la Calle del desengaño à Madrid.

Bibliographie

Études

  • M. Sabatier, avocat, Histoire de la législation sur les femmes publiques et les lieux de débauche, Kessinger Publishing (février 2010) (ISBN 978-1160109352).
  • Laure Adler,
    • La vie quotidienne dans les maisons closes, 1830-1930, Hachette, 1990
    • Les Maisons closes, 1830-1930, Hachette Pluriel, 2002
  • Alain Corbin, Les Filles de noce: Misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle, Flammarion "Champs", 1999
  • Catherine Deschamps, Le Sexe et l'argent des trottoirs, Hachette Littératures, 2006
  • Michel Dorais, Les Cow-boys de la nuit, travailleurs du sexe en Amérique du Nord, H&O
  • Corinne Gauthier-Hamon et Roger Teboul, Entre père et fils, la prostitution homosexuelle des garçons, PUF, 1988
  • Marie-Elisabeth Handman et Janine Mossuz-Lavau (dir.), La Prostitution à Paris, La Martinière, 2005
  • Shirley Lacasse, Le travail des danseuses nues : au-delà du stigmate, une relation de service marchand, 2004, Lire en ligne présentation (www.iforum.umontreal.ca)
  • Philippe Mangeot, « La femme au masque » dans Sept images d'amour, Les Prairies Ordinaires, 2006 (sur la mobilisation des prostituées contre l'instauration, avec la Loi pour la sécurité intérieure, du délit de racolage passif à l'automne 2002)
  • Lilian Mathieu :
    • Prostitution et sida, L'Harmattan, 2000
    • Mobilisations de prostituées, Belin, 2001
    • La Condition prostituée, Textuel, 2007.
  • Gail Pheterson, Le prisme de la prostitution, L'Harmattan, Coll.Bibliothèque du féminisme, 2003, 216 p.
  • Georgina Vaz Cabral, La Traite des êtres humains ; Réalités de l'esclavage contemporain, Maspero, 2006
  • Jacques Solé, L'âge d'or de la prostitution : de 1870 à nos jours, Omnibus, 1993 (ISBN 978-2-259-02706-9), Hachette Littérature, 1994 (ISBN 978-2-01-278709-4)
  • Paulette Songue, Prostitution en Afrique : l'exemple de Yaoundé, L'Harmattan, 2000
  • Christelle Taraud, La prostitution coloniale. Algérie, Tunisie, Maroc (1830-1962), Paris, Payot & Rivages, Coll. HISTOIRE, 2003, 496 p. (ISBN 978-2-228-89705-1)
  • Catherine Antony "La prostitution clandestine", Cherche midi, (ISBN 978-2-86274-427-8)
  • Joanna Phoenix, Making sense of prostitution, New York, Macmillan press, 1999.
  • Abraham Flexner, La Prostitution en Europe, (éd. et préf.) H. Minod., Payot, 1919.
  • Brigitte Rochelandet, Histoire de la prostitution: Du Moyen Âge au XXe siècle, Éditions Cabédita, Coll. Archives vivantes, 2007, 156 p.
  • Francis Dupuis-Déri, Les anarchistes et la prostitution : perspectives historiques, Genres, sexualité & société, n°9, printemps 2013, texte intégral.

Documents

  • Gabrielle Houbre (éd.), Le Livre des courtisanes : Archives secrètes de la police des mœurs (1861-1876), Tallandier, 2006
  • Alexandre Parent-Duchâtelet, La prostitution à Paris au XIXe siècle, Seuil « Points Histoire », 2008

Témoignages

  • Claire Carthonnet, J'ai des choses à vous dire : une prostituée témoigne, Robert Lafont.
  • Moi Christiane F., 13 ans, droguée prostituée, Mercure de France, 1981
  • Marthe Richard, Mon destin de femme, Laffont
  • Maitresse Nikita et Thierry Schaffauser, Fières d'être putes, L'Altiplano 2007.
  • Mes chères études, Laura D., Max Milo 2008.
  • Mécanique érotique, témoignage de Yolande 34 ans, prostituée. Grand Souffle Éditions, 2007

Enquêtes

  • Jean-Luc Hennig, Les Garçons de passe ; Enquête sur la prostitution masculine, 1979
  • Elisabeth Salvaresi, Travelo : enquête sur la prostitution travestie, Presses de la renaissance, 1982
  • Le Livre noir de la prostitution, Albin Michel, 1999
  • Eva Clouet, La prostitution étudiante à l'heure des nouvelles technologies de communications, Max Milo, France, 2007, 188p.
  • Elsa Cayat et Antonio Fischetti, Le Désir et la putain ; Les Enjeux cachés de la sexualité masculine, Albin Michel, 2007
  • Rithy Panh ; avec Louise Lorentz, Le Papier ne peut pas envelopper la braise, Grasset, 2007
  • Jean-Luc Hennig, Grisélidis, courtisane, Paris, Albin Michel, 1981; réédition, Éditions Verticales, 2011
  • Catherine Marx, Les différents visages de la prostitution (Débat citoyen), préfacé par Brigitte Lahaie, Éditions de l'Éveil, 2014

Rapports officiels en ligne :

  • [1]"Prostitution : fragilité accrue au nom de la loi" (Rapport de Médecins du Monde)
  • [2]"De nouvelles zones de non-droit : les prostituées face à l'arbitraire policier" (Rapport de la Ligue des droits de l'homme, du Syndicat de la magistrature et du Syndicat des avocats de France)

Romans et nouvelles

Filmographie

Webdocumentaire

« Les filles de Gerland », webdocumentaire d'actualité de Natacha Boutkevitch, Laurent Burlet et Jean-Louis Rioual sur le quotidien de prostituées lyonnaises. Coproduction : Rue89lyon.fr - Du bruit dans l'image. Mis en ligne le 22 novembre 2013, il est le premier webdocumentaire abordant la question prostitutionnelle et les lois visant à pénaliser les clients de la prostitution en France en donnant directement la parole aux prostituées.

Notes et références

  1. (en) revenus annuels de la prostitution. 30 octobre 2010.
  2. Traite des femmes et prostitution forcée, Amnesty International, 3/9/2004.
  3. a et b « Sanctionner les clients de prostituées : qui est pour, qui est contre ? », sur lemonde.fr,‎ 23/11/2013
  4. a et b « Peut-on consentir à se prostituer ? », sur lemonde.fr,‎ 28/11/2013
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Voir aussi

Bibliographie

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  • Maîtresse Nikita et Thierry Schaffauser, Fières d'être putes, éd. L'Altiplano, 2007.
  • Rush F., Le Secret le mieux gardé : l'exploitation sexuelle des enfants, Denoël-Gonthier, Paris 1980 (1983).
  • Solé J., L'Amour en Occident à l'époque moderne, Éditions Complexes, 1984 (Albin Michel, 1976).
  • Theodore Zeldin, Histoire des passions françaises, 1848-1945, tome I, Ambition et Amour, Seuil, Points-Histoire, 1978.

Articles connexes

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