Rachidun

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Califat Rachidun
لخلافة الراشدة
al-Khilāfati r-Rāshidah (ar)

632661

Drapeau
alt=Description de cette image, également commentée ci-après

L'expansion de l'islam jusqu'aux Omeyyades. Les conquêtes des quatre premiers califes sont en orange.

Informations générales
Statut Califat
Capitale Médine, puis Koufa
Religion Islam
Histoire et événements
632 À la mort de Mahomet, Abou Bakr est désigné calife.
642 Fin de la conquête de la Perse et de la Syrie byzantine.
646 Fin de la conquête de l'Égypte byzantine.
647 Première expédition contre l'exarchat de Carthage.
656-661 Première fitna.
661 Assassinat du calife Ali et instauration de la dynastie des Omeyyades.
Califes
632-634 Abou Bakr
634-644 Omar
644-656 Othmân
656-661 Ali

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Les califes bien guidés (arabe : خلفاء راشدون, al-Khulafā’u r-Rāshidūn) est un terme employé dans l'islam sunnite et, en règle générale, pour se rapporter aux quatre premiers califes qui sont considérés comme des chefs modèles et ayant suivi scrupuleusement la voie de Mahomet. Ils étaient pour la plupart les compagnons très proches du prophète, et leur succession n'était pas héréditaire, un point qui deviendra la coutume pour les successions musulmanes postérieures. Le concept de « califes bien guidés » vient de la dynastie abbasside et est fondé sur le hadith où Mahomet a dit : « Tenez fermement à mon exemple (Sunna) et celui des califes bien guidés[1] ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Ces Rashidun furent soit élus par une commission ou bien choisis par le prédécesseur, après la mort de Mahomet. Dans l'ordre, les quatre califes[2] :

  • Abou Bakr As-Siddiq (632-634) ;
  • Omar ibn al-Khattâb (634-644) ;
  • Othmân ibn Affân, (644-656) ;
  • Ali ibn Abi Talib (656-661).

Hasan ibn Ali fut nommé calife en 661 après la mort de son père, `Ali. Il est également considéré comme un souverain juste par l'ensemble des musulmans sunnites mais à l'époque, seule la moitié de l'empire islamique reconnut sa souveraineté et son pouvoir fut contesté et finalement retiré par le gouverneur de la Syrie, Muawiya Ier (Muâwiya ibn Abi Soufyan).

Il existe également des points de vue différents sur d'autres califes reconnus comme bien-guidés. `Omar ibn Abdil `Aziz (`Omar II) (682-720), le huitième calife qui appartenait à la dynastie omeyyade, est parfois considéré comme faisant partie des califes bien guidés, notamment par Taftazani. Dans l'Ibadisme, un des courants appartenant aux Khawarij, seuls Abou Bakr et `Omar ibn al-Khattab sont considérés comme califes bien guidés. Soliman le Magnifique (1494-1566) et Abdülhamid Ier (1725-1789) de la période ottomane sont aussi parfois considérés être parmi les califes bien guidés.

Ibn Hajar al-Asqalani compte parmi les califes bien guidés tous les `Abbassides. Il les appelle les Banu `Abbas dans son énumération.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Il faut noter que les années de succession des califes ne tombent pas forcément le premier jour de la nouvelle année. Ali ibn Abi Talib Othmân ibn Affân Umar ibn al-Khattab Abou Bakr

Abou Bakr as-Siddiq[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Abou Bakr As-Siddiq.

Peu après la mort du prophète Mahomet, lors d'un rassemblement d'Ansars et de Muhadjir, Abou Bakr fut nommé comme successeur pour guider la oumma, ce qui fit de lui le premier calife de l'histoire. Certaines tribus arabes se révoltèrent suite à cette décision et refusèrent de payer la Zakât tout en continuant de faire la prière. Abou Bakr insista sur le fait qu'elles devaient s'acquitter de ces deux obligations sans quoi, elles ne remplissaient pas leurs devoirs religieux. Ce fut le début des guerres d'apostasie (en) (arabe : حروب الردة [houroub al-ridda]).

Article détaillé : Apostasie dans l'islam.

Il doit aussi faire face à Musaylima, un homme se prétendant prophète contre lequel il envoya une armée commandée par Khalid ibn al-Walid. Dans cette bataille, 1200 musulmans dont 39 grands compagnons et 70 maîtres-récitateurs se firent tuer. Lorsque les musulmans finirent par reprendre l'avantage et que Musaylima se fit tuer, Khalid reçut une lettre de reproche d'Abou Bakr car après la victoire, il négocia le butin avec le restant de l'armée de Musaylima[3].

Après que ces problèmes furent dissipés et que la paix fut revenue, Abou Bakr se concentra sur les empires perses et byzantins[réf. nécessaire]. Certains récits montrent que durant cette période, Abou Bakr contribua également à préserver sous formes écrite le Coran et qu'il fut le premier à ordonner de compiler le recueil des révélations sacrées[réf. nécessaire] dont il confia la tâche à Zayd ibn Thâbit. Abou Bakr mourut en 634 à Médine en prenant soin de nommer `Omar ibn al-Khattâb comme successeur peu de temps avant de mourir, après avoir consulté les compagnons qui étaient proches de Mahomet[réf. nécessaire].

`Omar ibn al-Khattab[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Omar ibn al-Khattâb.

`Omar régna dix ans[4] et fut nommé calife à travers le même processus d'élection qui fut utilisé pour nommer Abou Bakr à la tête de la Oumma. Durant son califat, `Omar mit un terme aux hostilités avec les perses sassanides, et conquit la Mésopotamie (l'actuelle Irak), l'Égypte, la Palestine, la Syrie[5], l'Afrique du Nord, l'Arménie[6] et les deux tiers de l'empire romain d'Orient[7] tout en laissant aux peuples et aux territoires la liberté de pratiquer leur culte, sans forcer leur conversion à l'islam[8]. Ce succès va faire d'Omar un des grands génies[réf. nécessaire] politiques de l'histoire. Il utilise en effet l'exacte tolérance religieuse qui aidait les armées romaines à se faire accepter des peuples conquis.

Le ton général social et moral de la société musulmane à l'époque fut illustré par un Égyptien qui fut envoyé comme espion parmi les musulmans lors de leur campagne en Égypte. Il déclara :

« J'ai vu un peuple dont chacun aime la mort plus que la vie. Ils cultivent l'humilité plutôt que la fierté. Rien n'est développé à des fins matérielles. Leur mode de vie est simple… Leur commandant est leur égal. Ils ne font aucune distinction entre supérieurs et inférieurs, entre maître et esclave. Lorsque le moment de la prière approche, aucun ne reste en arrière… »

`Omar est également connu dans la communauté sunnite pour sa simplicité et son mode de vie austère. Plutôt que d'afficher ses richesses comme le faisaient les dirigeants de l'époque, il continua à vivre comme la période où les musulmans étaient pauvres et persécutés. En 639, quatre ans après avoir été nommé calife, il décréta que les années de l'ère islamique devraient désormais commencer à la première année de l'Hégire, en 622. `Omar mourut en 644, après avoir été poignardé par Pirouz Nahavandi (en), un ancien esclave perse capturé durant la bataille d'Al-Qadisiyya, dans la grande mosquée de Médine pendant qu'il présidait la prière[5].

Sur son lit de mort, il fut invité à choisir un successeur mais refusa d'en désigner un. Il réunit cependant un comité de six personnes qui devront choisir parmi eux le troisième calife dans les trois jours qui suivirent, composé en partie des membres que Mahomet avait désigné comme les dix promis au paradis (Al-Ashara Mubashara). Ce fut `Othmân ibn Affân qui fut choisi.

`Othmân ibn Affân[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Othmân ibn Affân.

`Othmân régna pendant douze ans en tant que calife. Durant son règne, toute la Perse, la plupart de l'Afrique du Nord, le Caucase, Chypre furent conquises et incorporés dans l'empire islamique. Son règne fut caractérisé par un contrôle plus centralisé des revenus des provinces, aidé par des gouverneurs issus pour la plupart de sa propre famille, le clan des Omeyyades et nomma plusieurs de ses parents comme gouverneurs des nouveaux domaines. Certains d'entre eux furent accusés de corruption et de mauvaise gestion.

Une des plus vieilles copies du Coran datant du règne d'Othmân au VIIe siècle.

`Othmân est célèbre dans l'histoire de l'islam pour son implication à compiler le texte du Coran tel qu'il existe aujourd'hui et dont celui-ci le suit toujours mot pour mot et lettre pour lettre[9]. À l'époque, certains peuples des régions de Syrie et d'Irak se disputaient sur les différentes prononciations de certains mots du Coran, tandis que les nouveaux musulmans des provinces en dehors d'Arabie ne savaient pas bien prononcer l'arabe. Percevant les risques de division, `Othmân décida alors d'officialiser un type unique de prononciation de l'arabe du texte coranique et d'établir une classification unique des sourates les unes par rapport aux autres en commençant par demander à Hafsa bint Omar, veuve depuis la mort de Mahomet, de lui faire parvenir son exemplaire du manuscrit du Coran. Il confia ensuite à Zayd ibn Thabit ainsi qu'à d'autres[10] d'en préparer plusieurs copies et de les envoyer dans chaque ville et d'autres lieux importants du territoire musulman et fit détruire les versions alternatives[11]. Quelques-uns de ces exemplaires existent encore de nos jours, notamment au British Museum de Londres, au Caire (Égypte) ou encore à Sanaa (Yémen).

Il décéda à Médine le 17 juin 656 dans sa propre maison[12], après avoir reçu neuf coups de poignards que lui assenèrent un groupe d'insurgés venant de Koufa, Bassora et d'Égypte et qui vinrent contester la manière qu'il avait de gérer les finances de l'Empire musulman.

`Ali ibn Abi Talib[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Ali ibn Abi Talib.

Après l'assassinat d'Othmân, Médine était en pleine crise politique pendant un certain nombre de jours. Beaucoup de compagnons proches d'Ali lui conseillèrent de remplir le rôle de calife, ce qu'il refusa au début.

Après sa nomination comme calife, `Ali renvoya plusieurs gouverneurs de province, dont certains étaient des proches d'Othmân, et les remplaça par des aides de confiance comme Malik al-Ashtar (en). Il déplaça ensuite sa capitale à Koufa, ville musulmane de garnison et qui appartient aujourd'hui à l'Irak. Damas, capitale de la province de Syrie, était gouverné par Mu`âwiya, lui-même parent d'Othmân[13].

Son califat coïncida avec une guerre civile qui éclata entre musulmans 656-661. Elle commença avec l'assassinat du troisième calife `Othmân, se propagea durant le califat d'Ali et ne s'acheva que lors de l'ascension au pouvoir de de Mu`âwiya. Cette guerre civile est souvent appelée « première Fitna » et mit fin à l'unité de la Oumma, la nation islamique. Cette guerre civile créa des divisions permanentes au sein de la communauté musulmane et les musulmans furent divisés sur la légitimité de la personne qui occupait le califat[14].

Ali est aussi connu pour ses nombreux sermons et discours, dont beaucoup furent compilés dans un livre intitulé Nahj al-Balaghah (Le sommet de l'éloquence).

Selon la tradition musulmane, trois musulmans qui furent appelés plus tard Kharijites tentèrent d'assassiner `Ali, Mu'âwiya et `Amr qu'ils considéraient comme les principaux auteurs de la Fitna. Toutefois, seul l'assassinat d'Ali réussit. `Ali mourut le 21 du mois de ramadan dans la ville de Koufa (Irak) en 661.

Expansion militaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'expansion de l'islam.

Au cours de la période des Rashidun, le califat musulman est devenu le plus puissant État du Moyen-Orient. C'est lors du règne du deuxième calife, `Omar ibn al-Khattab, que l'Empire des perses Sassanides ainsi que l'Empire byzantin furent vaincus.

Politique socio-économique[modifier | modifier le code]

Durant son règne, `Omar fonda la Bayt al-Mal (en) (Institution financière que l'on peut assimiler au trésor public responsable de l'administration des impôts dans les États islamiques (en) tels que la Zakât prélevée sur les musulmans ou bien la Jizya pour les non-musulmans vivant en terre d'islam). `Omar l'élargit ensuite et renforça le gouvernement mis en place pour administrer les finances de l'État[15].

Dans plupart des cas, suite à la conquête d'une terre, les califes se chargeaient de construire et de faire entretenir des routes et de ponts en échange de la loyauté politique de la nation vaincue[16].

Point de vue musulman[modifier | modifier le code]

Les débats intra-musulmans concernant les quatre premiers califes sont particulièrement courants de nos jours : pour les musulmans de confession sunnite, les rashiduns sont des modèles d'autorité et de justice alors que pour les chiites, les trois premiers califes sont des usurpateurs. Il est prudent de noter ici que la tradition musulmane qui est acceptée par les musulmans sunnites et chiites expose les désaccords et les tensions entre les quatre premiers califes, les plus notables étant les différends entre `Ali et les autres califes. Les contextes de ces désaccords se rapportent souvent aux point de vue des religieux et l'interprétation de versets coraniques.

Perspectives sunnites[modifier | modifier le code]

Les sunnites les appellent ainsi car ils voient en eux des dirigeants modèles. Cette appellation entra dans une utilisation globale dans le monde puisque la tradition musulmane sunnite est plus dominante et fut considérée pendant longtemps la source d'informations la mieux fondée sur l'islam dans le monde occidental. Les rashidun étaient des compagnons proches de Mahomet et étaient souvent des parents à lui : les filles d'Abou Bakr et `Omar furent mariées à Mahomet, et trois des filles de Mahomet furent mariés à `Othmân et `Ali. De même, leur succession n'était pas héréditaire, chose qui deviendra coutume par la suite à partir de la dynastie des Omeyyades. C'est via un comité décisionnel ou bien par le calife qui déterminait originairement le successeur.

Dans la tradition chiite[modifier | modifier le code]

Dans le chiisme, le premier calife aurait dû être `Ali, suivi des imams chiites. Les musulmans chiites soutiennent cette revendication en se basant sur le hadith de Ghadir Khumm (en) et voient le même rapport entre lui et Mahomet que celui entre Aaron et Moïse. Le califat aurait donc dû se transmettre de Mahomet à `Ali, puis aux petits-fils de Mahomet, Hassan et Hussein, fils d'`Ali (Mahomet n'eut aucun fils direct qui survécut) et ainsi de suite. Les chiites arguent également que si tous ces califes avaient été correctement guidés, alors il ne devrait pas y avoir de désaccords et de différends entre eux dans la jurisprudence religieuse ainsi que dans les bases de la religion (Ousoûl ad-Dîn).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rapporté par Ibn Majah et Abou Dawoud
  2. Ibn Kathir, Al-Bidayah wa al-Nihayah, part 7.
  3. Tabari, op. cit., « Abou Bekr », p. 50-62
  4. Ahmed, Nazeer, Islam in Global History: From the Death of Prophet Muhammad to the First World War, American Institute of Islamic History and Cul, 2001, p. 34. ISBN 073885963X.
  5. a et b Juan Eduardo Campo, Encyclopedia of Islam, Infobase Publishing, 2009, p. 685.
  6. (en) William Ochsenweld et Sydney Nettleton Fisher, The Middle East: a history, New York, McGraw Hill,‎ 2004, 6e éd. (ISBN 978-0-07-244233-5)
  7. Hourani, p. 23.
  8. JewishVirtualLibrary : The Caliphat.
  9. Mohammad Abdallah Draz, Initiation au Coran, publié par les éditions Beauchesne, 2005, (ISBN 2-7010-1451-4), pp 67 livre en ligne
  10. Il s'agit d'Abdullah ibn az-Zubayr, Sa`id ibn al-As, et Abdur Rahman ibn Harith ibn Hisham.
  11. Selon Al-Bukhari, hadith n° 4702
  12. The Many Faces of Faith: A Guide to World Religions and Christian Traditions, par Richard R. Losch.
  13. Shi`â `Ali, Richard Hooker (1996)
  14. Voir Lapidus (2002), p.47 - Holt (1977a), p. 70-72 - Tabatabaei (1979), p. 50-57
  15. Nadvi (2000), pg. 411
  16. Nadvi (2000), pg. 408