Rached Ghannouchi

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Rached Ghannouchi
Rached Ghannouchi à Chatham House.
Rached Ghannouchi à Chatham House.
Fonctions
Président d'Ennahda
En fonction depuis le 6 juin 1981
Prédécesseur Fondateur du parti
Biographie
Nom de naissance Rached Kheriji
Date de naissance 22 juin 1941 (1941-06-22) (71 ans)
Lieu de naissance El Hamma, Tunisie
Nationalité tunisienne
Parti politique Ennahda
Diplômé de Université Zitouna
Université de Damas

Rached Ghannouchi (arabe : راشد الغنوشي), de son vrai nom[1] Rached Kheriji (راشد الخريجي), né le 22 juin 1941 à El Hamma, est un homme politique tunisien de tendance islamiste. Chef d'Ennahda, il vit en exil à Londres du début des années 1990 jusqu'à son retour en Tunisie à la suite de la révolution tunisienne de 2011.

Sommaire

Biographie

Son père, modeste paysan des environs d'El Hamma dans le sud de la Tunisie, est un homme pieux qui connaît le Coran par cœur ; trois de ses huit enfants deviendront des intellectuels, dont Rached[2].

Formation

Il suit son instruction primaire à El Hamma avant de se rendre à Gabès pour suivre son instruction secondaire. Son brevet, obtenu dans une école coranique, il monte à Tunis où il poursuit ses études à l'Université Zitouna jusqu'à l'obtention d'un diplôme en théologie, le tatoui[3],[4] (arabe : التطويع).

Devenu instituteur à Gafsa, il y enseigne pendant deux ans avant de partir en Égypte, en 1964, pour poursuivre une formation à la faculté d'agriculture de l'Université du Caire, d'autant plus qu'il est alors un admirateur du nassérisme[5]. Mais il n'y reste pas longtemps et se rend à Damas où il obtient une licence en philosophie en 1968[3]. Il fait alors sa première rencontre avec des islamistes et commence à élaborer sa propre pensée. Ghannouchi se rend en France dans le but de poursuivre ses études à la Sorbonne. Il commence par des cours gratuits de perfectionnement de la langue française pour les étrangers à l'Alliance française. Là, il débute son activisme parmi les étudiants arabes et musulmans et rejoint la Jamaat Tabligh[5]. Il est alors actif dans les activités de prédication de l'organisation dans les quartiers peuplés d'immigrés nord-africains.

Activisme

Vers la fin des années 1960, Ghannouchi rentre en Tunisie où le président Habib Bourguiba a pris des mesures tendant à la laïcisation de la société. Ghannouchi commence alors à prêcher dans les écoles secondaires, les universités et les mosquées avec un groupe de jeunes dont Abdelfattah Mourou, Habib Mokni et Salah Karker qui vont former la Jamâa Al-Islamiya.

Cette association commence par organiser son congrès constitutif en avril 1972 dans une ferme de Mornag, bourgade située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Tunis. Une quarantaine de militants prennent part à ce conclave clandestin.

Deux ans plus tard, les intellectuels du groupe commencent à s'exprimer publiquement dans les pages du mensuel Al-Maarifa dont le premier numéro paraît en 1974[6]. Ces derniers forment un groupe islamiste qui sera à la base de la formation, au début des années 1980, du Mouvement de la tendance islamique (MTI) dont Ghannouchi devient président (émir) en 1981. Roland Jacquard fait de Rached Ghannouchi un « inspirateur » d'actes violents commis au nom de l'islamisme qui refuse de se déclarer ouvertement : « Selon la plupart des services de renseignement occidentaux, ces prédicateurs, qui inspirent la conduite de la nébuleuse islamique, mais qui refusent de s'affirmer en tant que chefs, sont aujourd'hui au nombre de six : Omar Abdul Rahmane, Mohamed Hussein Fadlallah, Rachid Ghannouchi, Gulbulddine Hekmatyar, Hassan Al-Tourabi et le mollah Omar »[7].

Conflits avec le pouvoir

Rached Ghannouchi lors d'un meeting.

Toutefois, le mouvement est rapidement la cible de la répression et Ghannouchi est conduit à plusieurs reprises devant les tribunaux. Condamné à onze ans de prison (trois ans purgés) en 1981[6], il est à nouveau condamné aux travaux forcés à perpétuité le 27 septembre 1987[8]. Néanmoins, cette condamnation n'est pas considérée comme suffisante par le président Bourguiba qui ordonne un nouveau procès destiné à obtenir la peine de mort[6]. Il n'a pas lieu en raison de la destitution de Bourguiba et Ghannouchi est gracié par le nouveau président Zine el-Abidine Ben Ali le 14 mai 1988[9]. En remerciement, il lui exprime sa confiance dans une interview publiée le 17 juillet par le journal Assabah[10]. Par ailleurs, il rejette la violence, promet le fait que les islamistes ne s'infiltreront plus dans l'armée et la police et reconnaît le Code du statut personnel comme étant « dans l'ensemble [...] un cadre propre à organiser les relations familiales »[11]. En effet, Salah Karker, l'un des hauts dirigeants d'Ennahda, a reconnu que l'organisation avait commandé un coup d'État pour le 8 novembre 1987 en infiltrant l'armée :

« Les sympathisants du MTI au sein de l'armée préparaient un coup d'État, prévu pour le 8 novembre suivant. Cette décision a été adoptée par le bureau politique du mouvement islamiste [...] Nous n'avions pas d'autre issue [...] le régime nous avait déclaré la guerre[12]. »

En 1994, Ghannouchi explique cette tentative de coup d'État de la manière suivante :

« Quant à la tentative [de coup d'État] militaire, elle n'était qu'une initiative pour faire face à un régime qui avait déclaré qu'il voulait éradiquer le mouvement [...] Ce plan [de tentative de coup d'État] s'est mis en route en-dehors du mouvement et en l'absence de la plupart de ses institutions, bien que certains éléments de la direction y aient pris part[13]. »

Face au nouveau contexte politique, il dépose début 1989 une demande pour légaliser le MTI devenu plus tard Ennahda[14] mais celle-ci est refusée en juin de la même année[15].

Exil

C'est alors que Ghannouchi s'exile à Alger, muni d'un passeport diplomatique soudanais, tout en restant à la tête du mouvement[16]. En 1991, il s'installe à Acton, dans la banlieue ouest de Londres, et obtient le statut de réfugié politique en août 1993. À Tunis, le Tribunal militaire le condamne par contumace, le 28 août 1992, comme d'autres leaders du mouvement à la détention à perpétuité pour complot contre le président[17].

À la fin des années 1990, la direction connaît des dissensions opposant Mourou, cofondateur du mouvement et partisan de la normalisation, à Ghannouchi[18].

L'entrée de plusieurs pays, dont les États-Unis, l'Égypte et le Liban, lui sont interdites. En mars 1995, il est expulsé du territoire espagnol après avoir participé à Cordoue à une conférence sur le thème Islam face à la modernité[réf. nécessaire].

À partir de 2005, Ghannouchi est de plus en plus ouvertement contesté au sein de son mouvement. Cette contestation met en opposition la ligne du chef d'Ennahdha, qui prône l'opposition frontale au régime de Ben Ali, à la ligne de la « réconciliation nationale » prôné aussi bien par une partie des troupes nahdhaouis que par des figures historiques du mouvement comme Mourou et Doulatli[19].

Retour

Le 30 janvier 2011, il rejoint pour la première fois son pays d'origine après la chute du régime de Zine el-Abidine Ben Ali. Il déclare ne pas être candidat à la présidentielle, ni à aucun autre poste de responsabilité politique, la priorité étant la reconstruction d'Ennahda. Il reste flou quant à ses intentions aux élections législatives[20].

Après l'élection de l'assemblée constituante, le 23 octobre 2011, il déclare que s'il ne lui reste plus rien à faire en Tunisie, le monde musulman est vaste et qu'il pourrait y jouer un rôle en tant que vice-président de l'organisation mondiale des savants musulmans[21].

Rached Ghannouchi en visite en Libye, en décembre 2011.

Cependant, après la victoire d'Ennahda aux élections, Rached Ghannouchi multiplie les visites dans les pays voisins (Algérie[22] et Libye[23]) et au Qatar[24] — où il est à chaque fois reçu par les plus hauts responsables de ces pays — ainsi qu'aux États-Unis[25]. Il prend aussi une position claire en faveur du Conseil national syrien[26].

Au terme du congrès du parti, tenu du 12 au 16 juillet 2012, Ghannouchi est confirmé comme président du nouveau bureau exécutif. Il obtient à Londres, avec le président de la République Moncef Marzouki, le prix Chatham House 2012 décerné par le Royal Institute of International Affairs.

Vie privée

Rached Ghannouchi est marié et père de quatre filles et deux garçons, Bara[27] et Mouadh (arabe : معاذ). Parmi ses filles on distingue Yusra, docteur en astrophysique et porte-parole d'Ennahda à l'international et qui intervient régulièrement sur la chaîne anglaise Channel 4 et Intissar, diplômée en droit de Cambridge et de la London School of Economics[28] exerçant le métier d'avocate spécialisée dans la défense des droits de l'homme[29].

Soumaya, diplômée de philosophie et chercheuse à la School of Oriental and African Studies de Londres, qui signe régulièrement des articles dans le quotidien The Guardian dès 2006 ; elle est mariée avec Rafik Abdessalem[30],[31], ministre des Affaires étrangères du gouvernement Jebali. Son fils Mouadh est économiste et accompagne son père à des sommets internationaux comme au Forum de Davos de 2012.

Bibliographie

  • Nicolas Beau, « Rached Ghannouchi : penseur et tribun », Les Cahiers de l'Orient, no 27, juillet-septembre 1992, pp. 45-52
  • Rached Ghannouchi, Les libertés publiques dans l'État islamique, Beyrouth, éd. Centre d'études de l'unité arabe, 1993
  • Azzam Tamimi[32], Rachid Ghannouchi: a democrat within Islamism, Oxford, éd. Oxford University Press, 2001

Notes et références

  1. (ar) « Demande d'agrément d'Ennahda », Elaph, 2 février 2011.
  2. (fr) Baudouin Loos, Le Temps, 26 octobre 2011.
  3. a et b (ar) Profil de Rached Ghannouchi (Al Jazeera).
  4. (fr) « Biographie - Rached Ghannouchi », Le Petit Journal, 28 février 2012.
  5. a et b (en) CV de Rached Ghannouchi (IslamOnline).
  6. a, b et c (fr) Ridha Kéfi « Comment les islamistes ont été vaincus », Jeune Afrique, 11 mai 1999.
  7. Roland Jacquard, Au nom d'Oussama Ben Laden, Paris, éd. Jean Picollec, 2001, pp. 186-188.
  8. Jean-Pierre Langellier, « M. Rached Ghannouchi. Idéologue et tribun », Le Monde, 29 septembre 1987.
  9. « Un geste en direction des islamistes. Le président Ben Ali a gracié M. Ghannouchi », Le Monde, 17 mai 1988.
  10. Michel Deure, « L'émir des islamistes exprime sa confiance en M. Ben Ali », Le Monde, 17 mai 1988.
  11. Sadri Khiari, Tunisie. Le délitement de la cité : cœrcition, consentement, résistance, Paris, éd. Karthala, 2003, p. 29 (ISBN 2845864019)
  12. Nicolas Beau et Jean-Pierre Tuquoi, Notre ami Ben Ali, Paris, éd. La Découverte, 2002, p. 41.
  13. Al-Insan, février 1994, pp. 38-39.
  14. Michel Deure, « Les islamistes ont demandé l'autorisation de se constituer en parti », Le Monde, 19 février 1989.
  15. Michel Deure, « Privé de reconnaissance officielle, le mouvement islamique dénonce les abus du pouvoir », Le Monde, 5 septembre 1989.
  16. Michel Deure, « Le mouvement islamiste Ennahdha s'est doté d'une nouvelle direction », Le Monde, 3 mai 1991.
  17. (fr) Michel Deure, « Une trentaine d'islamistes sont condamnés à la prison à vie », Le Monde, 29 août 1992.
  18. Sophie Boukhari, « Rached Ghannouchi a toujours refusé de dialoguer ; il a choisi le recours à la violence », Jeune Afrique, 12 juin 1991.
  19. (fr) Fatima Kabba, « Rached Ghannouchi contesté », Le Maghrébin, no 2, 11 septembre 2006, repris par le site reveiltunisien.org, 20 septembre 2006.
  20. (fr) « Tunisie : l'islamiste Rached Ghannouchi ne sera pas candidat à la présidence », Le Monde, 30 janvier 2011.
  21. (fr) Isabelle Mandraud, « Les priorités politiques du nouvel homme fort de Tunisie », Le Monde, 28 octobre 2011.
  22. (fr) « Rached Ghannouchi reçu par Abdelaziz Bouteflika à Alger », GlobalNet, 21 novembre 2011.
  23. (fr) « Tunisie - Rached Ghannouchi en Libye pour trouver une solution à Ras Jedir », Business News, 11 décembre 2011.
  24. (fr) « Rached Ghannouchi reçu par l'Émir du Qatar », Business News, 31 octobre 2011.
  25. (fr) Fatma Benmosbah, « Rached Ghannouchi et le sionisme aux épices tunisiennes », Kapitalis, 13 décembre 2011.
  26. (fr) Fatma Benmosbah, « Présence du CNS enTunisie, entre traîtrise et servitude », Libnanews, 17 décembre 2011.
  27. (fr) « Soirée résultats chez Ennahdha », Image de Tunisie, 26 octobre 2011.
  28. (en) Allan Little, « Renaissance party offers clean break to Tunisian voters », BBC News, 25 octobre 2011.
  29. (fr) Mourad Teyeb, « Tunisie. Portrait d'Intissar, la fille de Rached Ghannouchi... », Kapitalis, 18 juin 2011.
  30. (fr) « Liste définitive des membres du nouveau gouvernement », Mosaïque FM, 16 décembre 2011.
  31. (fr) Ridha Bourkhis, « Tunisie. Chassez le népotisme, il revient au galop ! », Kapitalis, 19 décembre 2011.
  32. Azzam Tamimi est un islamiste palestinien, directeur de l'Observatoire islamique de Londres. Il a été l'interprète de Ghannouchi au Royaume-Uni dans les années 1990.

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