Raccord (cinéma)
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En cinéma, le terme « raccord » désigne la cohérence entre deux plans. Celui-ci est régi par certaines règles de montage.
Les plans successifs d'un film sont couramment tournés à plusieurs jours d'intervalle, parfois plus. Il faut donc s'assurer que les objets du décor sont à la même place, que l'éclairage est le même (même intensité, même couleur, même direction), que les vêtements et la coiffure des acteurs sont les mêmes... Le rôle du script et du ou de la scripte est d'assurer cette cohérence.
On dit aussi « raccord », lorsqu'au montage, deux plans sont rattachés avec du son, ou des effets visuels, ceci permet d'assurer la bonne cohésion entre deux plans, séquences etc.
Les raccords relatifs à l'intensité de la lumière ou à la colorimétrie peuvent parfois être corrigés en postproduction, lors de l'étalonnage.
Sommaire |
Le raccord « cut » [modifier]
Il s'agit d'un raccord direct, sans aucun effet, entre deux plans. C'est la transition la plus usitée entre deux plans d'une même séquence, une image/scène est coupée et une autre apparaît.
Le raccord champ/contre-champ [modifier]
Le contre-champ est un plan filmé dans une direction opposée au plan précédent. C'est un raccord très utilisé pour filmer les dialogues, cela permet de montrer successivement le visage de chaque acteur. Le comédien qui est de dos peut apparaitre en partie à l'image, on dit qu'il est alors "en amorce"[1].
Pour qu'il soit fluide, le raccord champ/contre-champ doit respecter la règle des 180°. Le réalisateur peut choisir de filmer en champ/contre-champ sans respecter cette règle si cela correspond à un choix de mise en scène ou d'expression cinématographique.
La règle des 30° [modifier]
Lorsqu'un même sujet est présent dans deux plans qui se succèdent, et que la valeur de ces plans est la même, la différence entre l'angle sous lequel le sujet est filmé dans le premier et le deuxième plan doit, en principe, être supérieure à 30°.
Le raccord dans l'axe [modifier]
Un raccord dans l'axe est une coupe entre deux plans de valeurs différentes, filmés depuis le même axe. Dans l'intervalle entre les deux plans raccordés, un changement de focale a donc eu lieu. Le plus souvent, il s'agira d'un plan d'ensemble raccordé avec un plan plus rapproché, pris depuis le même endroit.
Le raccord d’entrée et de sortie de champ ou raccord de direction [modifier]
Sur le premier plan un personnage sort du cadre à un point donné. Le plan suivant, le personnage entre dans le cadre au point opposé. Par exemple le personnage sort du champ par la droite et au plan suivant il entre par la gauche. Il est aussi possible de le faire aller vers la caméra, obstruant ainsi l'objectif, puis vers la scène, dans le même axe, au plan suivant.
Le raccord de regard [modifier]
Un regard permet d'introduire le plan suivant qui précisera l'objet ou la scène regardé. C'est un raccord qui vient ajouter une dimension expressive à une nécessité discursive. La direction du regard doit raccorder subjectivement avec le plan suivant.
Le raccord de valeur de plan [modifier]
Pour éviter une saute visuelle entre deux plans montés en raccord dans l'axe, il faut sauter au moins une valeur, par exemple passer d'un plan taille à un gros plan, mais pas, en théorie, d'un plan américain à un plan taille (voir l'article: plan (cinéma)).
Le raccord 180° [modifier]
La caméra effectue une rotation de 180° pour passer d'un plan au suivant.
La règle des 180° [modifier]
La règle des 180° est liée à la perception de l'espace dans une scène où des personnages sont en interaction. L'exemple typique est le champ-contrechamp. Si l'on trace une ligne imaginaire passant par les deux comédiens (l'axe des 180°), la caméra ne devra pas franchir cet axe pendant la scène. Le non-respect de la règle peut avoir deux conséquences: si les plans montés sont larges, le spectateur aura l'impression que les deux plans n'appartiennent pas à la même scène. Si les plans montés sont des gros plans, le spectateur aura l'impression que les personnages se tournent le dos, même si les comédiens se regardaient effectivement pendant la prise.
S'il est nécessaire de franchir cet axe pendant la scène, une solution est de le faire par un travelling ou bien d'intercaler entre les plans sur les différents personnages un plan d'ensemble qui les situe les uns par rapport aux autres.
Application dans une scène en mouvement [modifier]
Cette règle s'applique également dans les scènes en mouvement. L'axe des 180° est alors l'axe de l'action. Par exemple, dans le cas d'un vélo se déplaçant sur une route, celle-ci constitue l'axe des 180° : la caméra devra se trouver toujours du même côté de la route.
Dans le cas des sports collectifs, les caméras se trouvent quasiment toutes du même côté du terrain. Ainsi, dans un match de foot, le but d'une équipe sera toujours situé du même côté pendant une mi-temps. Quelques caméras sont en général placées du côté opposé afin d'avoir certains angles alternatif. Lorsqu'une action est montrée avec l'une de ces caméras, cela est mentionné à l'écran (par la mention reverse angle par exemple) afin de ne pas déstabiliser les spectateurs.
La saute d'axe [modifier]
Un raccord de plan dépassant les 180° est appelé une saute d'axe.
Ce raccord a pour conséquence de brouiller la perception de la géographie du décor (ou du lieu), le spectateur est troublé : ce qui devrait se trouver d'un plan sur l'autre, à droite se retrouve à gauche et réciproquement.
En principe, il est déconseillé, cependant des réalisateurs peuvent le revendiquer et l'utiliser dans certaines conditions de narration.
Le raccord dans le mouvement [modifier]
Le raccord est effectué au cours d'un mouvement qui se poursuit dans le plan suivant. Au tournage, la scène doit être tournée sous deux angles de prises de vue différents. Le mouvement doit être sensiblement identique dans chaque prise de vue. Il peut s'agir du geste d'un acteur, du mouvement d'un objet, du déplacement d'un véhicule ou de tout autre mouvement qui a une certaine importance dans le plan.
Au montage, pour que le raccord dans le mouvement soit fluide, il faut enlever 5 à 7 images dans le mouvement entre les deux plans. Si le raccord est effectué strictement au même moment du mouvement sans enlever quelques images, le spectateur a le sentiment que le mouvement est heurté, que le raccord n'est pas juste.
Le raccord panoramique [modifier]
Lorsque la caméra effectue un mouvement panoramique sur une scène et qu'au plan suivant la caméra filme une scène différente mais dans le même mouvement, on parle de raccord panoramique.
En principe le mouvement des deux plans va dans le même sens (de gauche à droite ou inversement) et à la même vitesse. Cependant il est possible mais délicat de raccorder sur des mouvements inversés. Les techniques numériques de montage permettent de varier la vitesse et le cadre de ces mouvements; cela peut aider à améliorer substantiellement ce type de raccord.
Le raccord par analogie [modifier]
On peut utiliser une analogie de formes ou de couleurs entre deux images pour effectuer un raccord. C'est un type de raccord qui permet d'établir un lien d'idées très fort et qui évoque un procédé métaphorique.
Il existe un exemple connu dans le film 2001 : L'Odyssée de l'espace de Stanley Kubrick. Inspiré par la découverte d'un monolithe noir, un « grand singe » comprend qu'il peut faire d'un os une arme qu'il lance victorieusement en l'air après avoir abattu un autre « singe ». Le plan suivant montre une station spatiale en orbite dont la forme et le mouvement évoquent ceux de l'os.
Le faux raccord [modifier]
Il s'agit d'une incohérence la plupart du temps accidentelle entre deux plans qui peut rendre difficile la compréhension d'une scène ou l'appréhension du lieu dans lequel elle se déroule.
Un faux raccord crée une discontinuité narrative perturbante pour le spectateur, mais dans certains cas il s'agit d'un effet recherché. Notamment avec l'avènement de la Nouvelle Vague, les « faux raccords » apparaissent comme des dissonances maîtrisées. Le film À bout de souffle de Jean Luc Godard contient de nombreux exemples. Jean Cocteau y voyait le moyen de ne pas trop verrouiller sa mise-en-scène et de l'ouvrir aux effets de poésie : « Le montage escamotera mes fautes et le peu d'importance que j'attache à l'exactitude des raccords. (Ce qui concerne Lucienne, ma script.) Trop de soin, aucune porte ouverte au hasard, effarouchent la poésie, déjà si difficile à prendre au piège. On l'apprivoise avec un peu d'imprévu. Des arbres où il n'y aura pas d'arbres, un objet qui change de place, un chapeau enlevé qui se retrouve sur la tête, bref une crevasse dans le mur et la poésie pénètre »[2].
Effets visuels [modifier]
Il est fréquent qu'entre deux séquences un effet visuel soit utilisé pour effectuer une transition. En revanche, lorsqu'un effet visuel est utilisé entre deux plans d'une même séquence, il peut paraître inutile et même être perçu comme un faux raccord.
Le fondu enchaîné [modifier]
C'est un trucage qui fait se chevaucher deux plans. Le premier plan disparait peu à peu pour laisser apparaître le plan suivant.
Traditionnellement, cet effet est obtenu par surimpression de deux images. Aujourd'hui, comme pour la plupart des effets, il est obtenu à l'ordinateur.
Le fondu au noir ou au blanc [modifier]
C'est la fermeture d'un plan par obscurcissement ou éclaircissement progressif de l'image, puis l'ouverture vers le plan suivant. Cette transition permet de marquer une courte pause, par exemple lors d'un changement significatif de lieu de l'action.
Le volet [modifier]
L'image est balayée, opérant une translation le plus souvent horizontale ou verticale.
L'ouverture ou la fermeture à l'iris [modifier]
Un cercle se referme sur l'image laissant apparaître un écran le plus souvent noir, puis un cercle s'ouvre sur le plan suivant. Ce procédé permet souvent de mettre l'accent sur un élément de la scène. Il est essentiellement utilisé dans le cinéma muet ou dans le cartoon.
Autres [modifier]
De nombreux effets visuels sont possibles et imaginables et n'ont pour limite que l'imagination du réalisateur et du monteur.
Certains raccords, notamment elliptiques peuvent s'exprimer par une rupture brutale du son (ambiance) sur un changement de plan indiquant un changement temporel pouvant s'accompagner d'un changement d'étalonnage de l'image (exemple : passage d'une lumière du jour à celle du soleil couchant).
Notes et références [modifier]
- ISBN 2-03-750002 5 Dictionnaire du cinéma vol. 2 sous la direction de Jean-Loup Passek
- Jean Cocteau, La Belle et la bête - journal d'un film, édition du Rocher 1958, p. 58
Voir aussi [modifier]
Lien externe [modifier]
la règle des 180 degrés expliquée en images sur ce site : regle des 180 degrés