Révolutions de couleur

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Les révolutions de couleur ou révolutions des fleurs sont les noms donnés collectivement à la série de mouvements qui se sont développés dans les sociétés post-communistes d'Europe centrale et orientale et d'Asie centrale. Certains observateurs ont parlé d'une vague révolutionnaire[1], d'autres soulignent le soutien des États-Unis à ces révolutions[2].

Les révolutions de couleur[modifier | modifier le code]

Les partisans à ces révolutions ont pour la plupart usé d'une résistance non-violente pour protester contre des gouvernements vus comme corrompus et autoritaires et pour promouvoir la démocratie et l'indépendance nationale principalement vis-à-vis de Moscou. Ces mouvements ont adopté une couleur ou une fleur comme symbole de leur mouvement. Ces révolutions sont caractérisées par le rôle important d'organisations non gouvernementales et particulièrement d'activistes étudiants dans l'organisation d'une résistance non violente.

Certains de ces mouvements ont été des succès comme en Serbie (en 2000), en Géorgie (la révolution des roses en 2003), en Ukraine (Révolution orange de 2004) et (bien que plus violente que les précédentes) le Kirghizistan (révolution des Tulipes de 2005). À chaque fois, des manifestations massives dans les rues, suivant des élections contestées, entraînaient le départ d'un leader considéré comme autoritaire et non démocratique.

États post-communistes[modifier | modifier le code]

Color Revolutions Map.png
  • La révolution du 5 octobre en 2000 qui conduisit à la chute de Slobodan Milošević. Ces manifestations sont considérées pour beaucoup comme le premier exemple de révolutions pacifiques qui ont suivi[3]. Cependant, les Serbes ont adopté une approche qui avait déjà été utilisée dans les élections parlementaires en Slovaquie (1998) et en Croatie (2000), caractérisée par des mobilisations civiles importantes pour le vote et une unification de l'opposition politique. Les protestataires n'adoptèrent pas une couleur ou un symbole spécifique, mais le slogan Gotov je (Готов је, Il est fini !) devint après coup le symbole de la tâche accomplie. Les manifestations étaient soutenues par le mouvement de jeunesse Otpor, dont certains des membres « exporteront » le savoir dans les révolutions d'autres pays. Malgré ces points communs, beaucoup se réfèrent à la Géorgie comme la vraie première révolution colorée.
  • La Révolution des Roses en Géorgie, suivant les élections contestées de 2003, conduisirent à la chute d'Edouard Chevardnadzé et son remplacement par Mikheil Saakachvili après de nouvelles élections législatives en mars 2004. La révolution des roses était soutenu par le mouvement de résistance civique Kmara.
  • La Révolution orange en Ukraine, suivant le second tour contesté de l'élection présidentielle ukrainienne de 2004 et conduisit à l'annulation du résultat et à un second vote. Le leader de l'opposition Viktor Iouchtchenko fut déclaré président, battant Viktor Ianoukovytch. La Révolution orange était soutenue par Pora.
  • La révolution des Tulipes fut plus violente que les précédentes et suivi les élections kirghizes parlementaires contestées de 2005. Elle était aussi moins unie que les révolutions précédentes. Les manifestants de différentes régions adoptèrent différentes couleurs pour leur protestation (rose et jaune). Cette révolution était soutenue par le mouvement de résistance des jeunes Kelkel.
  • En Moldavie, à la suite de la victoire aux élections législatives du Parti des Communistes le 7 avril 2009, l'opposition accusa ce dernier de fraudes[4] et appela les habitants à se révolter. Des troubles éclatèrent dans la capitale, Chisinau : des manifestants défilèrent, incendièrent le parlement et allèrent jusqu'à appeler au rattachement du pays à la Roumanie voisine. Certains voient cet épisode comme une tentative avortée de révolution colorée[5].
  • En Russie, lors des élections législatives de 2011, une enquête est entreprise envers l'organisation Golos, pour avoir illégalement publié des sondages d'opinion pendant la période précédant le scrutin afin d'influencer les électeurs[6]. Cette organisation, fondée en 2000, reçoit des fonds de George Soros via la Open Society Institute, et de la NED[7].

Usages du nom au Moyen-Orient[modifier | modifier le code]

Différents évènements qui sont intervenus au Moyen-Orient et non dans d'anciens pays communistes, avaient quelquefois sur le moment été décrits ou rapprochés des révolutions de couleur, principalement par le nom populaire les désignant. Cependant, ces évènements ont des différences notables avec les révolutions de couleur décrites précédemment et leur « rattachement » à celles-ci est loin d'être reconnu.

  • La Révolution du Cèdre au Liban. Contrairement aux révolutions en Europe de l'Est ou en Asie centrale, elle ne suivait pas une élection contestée, mais l'assassinat d'un leader de l'opposition, Rafik Hariri, en 2005. Et au lieu de l'annulation des élections, elle exigeait le retrait des troupes syriennes du pays. Mais certains éléments et méthodes utilisés lors des protestations sont assez similaires pour que ces évènements aient été traités par la presse et les commentateurs comme une des révolutions de couleur. Le cèdre du Liban est le symbole du pays, et la révolution fut nommée d'après lui, les manifestants pacifiques utilisant les couleurs blanche et rouge du drapeau du Liban.
  • La Révolution pourpre fut le nom utilisé la première fois par quelques commentateurs américains optimistes et reprise par le président américain George W. Bush pour décrire la « démocratie en marche » en Irak à la suite des élections législatives de 2005. Ce nom fut intentionnellement, et dans un but politique, utilisé pour le parallèle avec la révolution orange et celle des roses. Cependant, le nom ne « prit pas » ni aux États-Unis, ni en Irak, ni ailleurs. Le nom venait de la couleur de l'encre dont l'index des votants était tamponné pour éviter les fraudes.
  • La Révolution bleue fut le nom utilisé par certains Koweïtiens [8] en référence aux manifestations au Koweït pour soutenir le droit de vote des femmes en mars 2005 ; le nom vient de la couleur utilisée par les manifestants. En mai de cette année-là, le gouvernement accéda à leur demande, accordant le droit de vote aux femmes dès les élections parlementaires de 2007[9].
  • La Révolution verte fut le nom utilisé par certains journalistes occidentaux pour désigner les nombreuses et violentes manifestations en Iran, commencées en juillet 2009, à la suite de la ré-élection contestée du président iranien Mahmoud Ahmadinejad.

Facteurs d'influence[modifier | modifier le code]

Les révolutions anti-communistes[modifier | modifier le code]

Beaucoup ont cité l'influence des révolutions qui ont mis fin aux régimes communistes en Europe orientale et centrale à la fin des années 1980 et au début des années 1990, particulièrement la Révolution de Velours à Prague (Tchécoslovaquie) en 1989. Une démonstration pacifique par les étudiants (principalement de l'Université Charles) fut attaquée par la police - et contribua à la chute du régime communiste en Tchécoslovaquie. Mais les racines de l'image florale pacifique peuvent remonter plus loin de la Révolution des Œillets au Portugal au milieu des années 1970.

Mouvements étudiants[modifier | modifier le code]

Le premier est Otpor (« Résistance ») en Serbie, qui fut créé à l'Université de Belgrade en octobre 1998 et commença à protester contre Milošević durant la guerre du Kosovo. Beaucoup de ses membres furent arrêtés ou battus par la police. Malgré cela, durant la campagne présidentielle de septembre 2000, Otpor lança sa campagne Gotov je (« Il est fini ! ») qui galvanisa le mécontentement serbe à l'encontre de Milošević et conduisit à sa chute.

Les membres d'Otpor ont inspiré et entrainé des membres d'autres mouvements étudiants dont Kmara en Géorgie, Pora en Ukraine, Zubr en Biélorussie et MJAFT! en Albanie. Ces groupes ont scrupuleusement mis en pratique une résistance non violente comme expliqué et prôné par les écrits de Gene Sharp.[3] Les manifestations massives qu'ils ont organisées, qui furent essentielles à la réussite en Serbie, en Géorgie et en Ukraine, ont été marquées par l'usage d'une couleur et d'un humour s'opposant aux leaders autoritaires au pouvoir.

Fondation Soros et influence américaine[modifier | modifier le code]

Les opposants aux révolutions de couleur, mais aussi des personnalités comme l'ancien secrétaire adjoint au Trésor de l'administration Reagan, Paul Craig Roberts, accusent la fondation Soros et/ou le gouvernement américain de soutenir et même « d'organiser les révolutions » dans le but de « servir les intérêts occidentaux ». Après la Révolution orange plusieurs pays d'Asie centrale menèrent des actions contre l’Open Society Institute de George Soros de différentes façons — l'Ouzbékistan, par exemple, obligea les bureaux régionaux de l’OSI à fermer quand les médias tadjikes, contrôlés par le pouvoir, accusèrent l’OSI du Tadjikistan de corruption et de népotisme.

Des preuves suggérant une implication du gouvernement américain incluent USAID (et UNDP) soutenant des structures Internet appelées Freenet), qui sont maintenant connues comme une part majeure de la structure Internet dans au moins un des pays - le Kirghizistan - dans lequel une des révolutions de couleur se produisit[10].

« Les États-Unis à la conquête de l'Est », un documentaire de la reporter française Manon Loizeau lors de la Révolution des Tulipes au Kirghizistan montre l'implication des États-Unis dans cette révolution. On y voit ainsi Mike Stone de la Freedom House participer à l'organisation. On y voit aussi les acteurs des révolutions précédentes comme Giga Bokeria, de la révolution des Roses en Géorgie, venir soutenir le groupe qui préparait la révolution des Tulipes[11]

Le journal britannique The Guardian déclara que USAID, National Endowment for Democracy, l’International Republican Institute, le National Democratic Institute for International Affairs et Freedom House sont intervenus directement[12]. Des informations sur les sites Internet de ces organisations (dont les quatre premières sont financées par le budget américain) confirment ses affirmations. Projet pour les démocraties en transition participe également à ce genre d'opérations.

Des activistes d’Otpor en Serbie et de Pora en Ukraine ont dit que les publications et les formations qu'ils avaient reçues du personnel de l’Albert Einstein Institution, basée aux États-Unis, ont contribué à la formation de leurs stratégies.

Mouvements liés dans d'autres pays[modifier | modifier le code]

  • En Biélorussie en 2006, le mouvement Zubr visait a renverser le régime d'Alexandre Loukachenko, sans succès[14], bien que les moyens habituels aient été employés : villages de tentes, tracts, etc... L'opposition ayant peut-être pâti de sa réputation d'être vendue aux intérêts étrangers[15].
  • Arménie
  • Azerbaïdjan
  • Moldavie
  • Mongolie
  • Birmanie
  • Tentative d'Ouzbékistan en 2005[16]

Réactions et controverses[modifier | modifier le code]

Le Réseau Voltaire a mis en ligne un article de John Laughland initialement publié par le quotidien britannique The Guardian qui décrit les révolutions colorées comme téléguidées par des influences néoconservatrices s'inscrivant dans une stratégie de manipulation et de domination.

Il a été mis en place une stratégie contre la création par les États-Unis de mouvements basés sur les théories de Gene Sharp. L'idée est simplement de créer initialement une structure similaire, attirant et canalisant la cible principale de recrutement des activistes pro-occidentaux (Insatisfaits, étudiants etc...), mais cette fois au service du gouvernement. La première tentative était celle d'un clone de Kelkel, qui avait eu un succès limité.

Par la suite, en Transnistrie, est créé en 2005 par Dimitri Soin, officier de haut rang des services secrets de Transnistrie (MGB)[17], le mouvement Proryv (Percée) dont les membres portent un T-Shirt noir avec le nom « Proryv », afin de soutenir le régime[18].

Dès avril 2005, le mouvement russe Nachi applique la même stratégie, et va notamment mobiliser la jeunesse russophone d'Estonie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. La faillite des révolutions colorées
  2. Navalny: la situation profite à Washington (politologue US)
  3. "CEI : La fin des « révolutions colorés » ?", Mémoire de géopolitique du Lieutenant-Colonel Patrick Justel
  4. Les observateurs de l'OSCE n'ont cependant pas relevé d'irrégularités.
  5. Moldavie: une "révolution de couleur" avortée, Andreï Fediachine, RIA Novosti, 9 avril 2009.
  6. Color Revolution for Russia?
  7. Putin compares US funded NGOs to Judas the betrayer.
  8. http://www.reason.com/hitandrun/2005/03/kuwaits_blue_re.shtml
  9. http://news.bbc.co.uk/2/hi/middle_east/4554381.stm
  10. Tm, tj, kz et les autres… Ainsi, les sites de Freenet financés par l’aide américaine fournissaient dans tous les pays d’Asie centrale des versions en langue kazakhe, tadjike, ouzbèke et kirghize
  11. [1]
  12. US campaign behind the turmoil in KievFunded and organised by the US government, deploying US consultancies, pollsters, diplomats, the two big American parties and US non-government organisations, the campaign was first used in Europe in Belgrade in 2000 to beat Slobodan Milosevic at the ballot box.
  13. « Nachi » contre « Oborona » : la Russie en tant que champ de bataille entre les organisations de jeunesseLe mouvement « Oborona » (la Défense) fondé en mars 2005 se veut être en quelque sorte l’héritier de l’organisation Pora en Ukraine ou encore de Otpor en Serbie avec toutefois quelques nettes distinctions.
  14. L'opposition bélarusse persiste et signe mais semble de plus en plus isolée Mais la ville et, plus loin, le Bélarus, paraissent indifférents à l'action des jeunes manifestants, acceptant la victoire controversée de M. Loukachenko comme naturelle. Dans le camp, on comptait mercredi matin à peine deux cents personnes, dont une centaine forment un cordon de sécurité en se tenant par les bras.
  15. Un scrutin sans suspense, des suites incertainesLe régime de Loukachenko accuse cependant l’opposition d'être « vendue » aux intérêts étrangers, et notamment américains. En réalité, l’aide internationale aux mouvements démocratiques est beaucoup moins importante ici qu’en Serbie ou qu’en Ukraine. Le régime a réussi à chasser depuis plusieurs années toutes les ONG internationales, comme la fondation Soros et les financements extérieurs aux courants démocratiques sont presque impossibles.
  16. Guerre et Paix : La faillite des révolutions colorées, Xavier Moreau, 2010
  17. [2]
  18. Proryv, le mouvement de jeunesse pro-transnistriencette association fait partie des nouvelles "technologies politiques" que les conseillers du Kremlin encouragent, suite aux révolutions serbe (2000), géorgienne (2003), ukrainienne (2004) et kirghize (2005)