Révolution de Mars
La Révolution de Mars (Märzrevolution en allemand) s'est déroulée entre mars 1848 et la fin de l'été 1849 au sein de la Confédération germanique. Des soulèvements ont aussi touché les provinces et pays sous domination de l'Empire d'Autriche ou du Royaume de Prusse, comme la Hongrie, l'Italie du Nord ou la Posnanie.
La Révolution de Mars s'est associée à des soulèvements d'unité et d'indépendance nationalistes et bourgeois-démocratiques contre les tentatives de restauration des membres de la Sainte-Alliance en Europe centrale (cf. Printemps des peuples). Dès janvier 1848, les révolutionnaires italiens s'étaient soulevés contre la domination autrichienne des Habsbourg au nord de la péninsule apennine et de la domination espagnole des Bourbons au sud. Après le début de la Révolution française de 1848, les Länder allemands rejoignirent ce soulèvement contre les puissances dominantes de la Restauration.
Parmi les principautés allemandes, c'est dans le grand-duché du Pays de Bade que commença la révolution, et celle-ci se propagea en l'espace de quelques semaines dans les autres États de la Confédération. De Berlin jusqu'à Vienne, elle força la nomination de gouvernements libéraux et l'élection du Parlement de Francfort qui se rassembla dans l'église Saint-Paul de l'ancienne ville libre de Francfort. Après les rapides succès de la Révolution de Mars en ce qui concerne la levée de la censure ou la libération des paysans, le mouvement révolutionnaire se fit plus défensif à partir du milieu de l'année 1848. L'automne 1848 et les campagnes pour la reconnaissance de la Constitution de Francfort de mai 1849 connurent un nouveau pic de soulèvements, ayant localement des allures de guerre civile, mais qui ne purent finalement pas empêcher l'échec de la révolution en ce qui concerne ses principales revendications.
En juillet 1849, cette première tentative de création d'un État-nation unifié et démocratique fut violemment réprimée par les troupes prussiennes et autrichiennes.
Parties en présence, contexte historique et incidence en Europe centrale [modifier]
Les révolutionnaires des États allemands aspiraient à la mise en place de libertés politiques par le biais de réformes démocratiques ainsi qu'à l'unité nationale des principautés au sein de la Confédération germanique. Ils soutenaient particulièrement les idées du libéralisme. Cependant, celui-ci se divisa en différents courants révolutionnaires, qui définirent des priorités différentes dans des domaines essentiels et s'opposèrent les uns aux autres (notamment à propos de la position quant à l'importance de la nation, de la question sociale, de l'ouverture économique, des droits civiques, mais aussi de la révolution même[1],[2]).
En dehors de la Confédération germanique, les pays et régions qui étaient rattachés à l'Autriche des Habsbourg-Lorraine aspiraient à leur indépendance, comme la Hongrie, les provinces polonaises ou encore les principautés d'Italie du Nord[3]. En outre, les révolutionnaires défendirent la séparation de la Posnanie, dont la population était majoritairement polonaise, de la domination prussienne[4].
Dans la plupart de ces pays, la Révolution fut écrasée au plus tard en 1849. En France, la République se maintint jusqu'en 1851/1852[5]. Les constitutions ne se maintinrent durablement qu'au Danemark, en Prusse et au Royaume de Sardaigne. Ainsi, jusqu'au XXe siècle, il s'y maintint par exemple les modifications de constitution qui en firent des monarchies constitutionnelles[6]. La constitution du Royaume de Sardaigne fut la base du royaume d'Italie unifié en 1861 (cf. Risorgimento).
Un résultat durable des efforts bourgeois-démocrates en Europe centrale depuis les années 1830 fut la transformation de la Suisse, jusqu'alors une confédération d'États peu solidaires et politiquement très hétérogènes, en un État fédéral libéral. La nouvelle constitution fédérale de 1848, obtenue à l'issue de la guerre du Sonderbund, est encore aujourd'hui à la base de ses structures étatique et sociale[7],[4].
Les seules puissances européennes épargnées par ces événements furent le Royaume-Uni, l'Espagne et l'Empire russe, à l'exception pour cette dernière de la participation des troupes russes à la répression des soulèvements d'indépendance hongrois contre l'empire d'Autriche en 1849[8].
Alors que la Révolution de Mars échoua en ce qui concerne son objectif d'un État national et les changements fondamentaux qu'il impliquait, et déboucha en outre sur une période de réaction politique, elle permit à la bourgeoisie aisée de s'imposer dans une considération historique ; celle-ci renforça définitivement son influence aux côtés de l'aristocratie, tant sur le plan politique qu'économique[9]. À partir de 1848 au plus tard, la bourgeoisie, et plus précisément la haute bourgeoisie, devint la classe économique dominante des sociétés d'Europe centrale[10]. Cette ascension avait déjà commencé avec les luttes politiques et sociales de la Révolution française de 1789[11].
La révolution fut également influencée par des groupes extraparlementaires : qu'il s'agisse de groupes catholiques ou travailleurs[11].
Les révolutions de 1848-1849 marquèrent durablement la culture politique et la compréhension de la démocratie pluraliste de la plupart en Allemagne, dont la Loi fondamentale est fondée sur le projet de constitution élaboré dans l'église Saint-Paul de Francfort[12].
La Révolution de Mars, par l'ajout de premiers rapports inter-étatiques aux conceptions des Lumières, donna, selon l'avis de certains historiens, une impulsion intellectuelle au développement de l'Union européenne qui interviendrait au XXe siècle. Ainsi, le révolutionnaire italien Giuseppe Mazzini défendait, déjà avant le chaos révolutionnaire de 1848, l'idée d'une « Europe des peuples ». Il opposait cette utopie à l'Europe des principautés autoritaires et, en cela, peut-être anticipa-t-il l'idée fondamentale politique et sociale de l'Union européenne. Ces idées de Mazzini furent reprises dès 1834 au sein de la société secrète Junges Deutschland (Jeune Allemagne) par des Allemands républicains et idéalistes, comme Carl Theodor Barth. Avec la Giovine Italia (jeune Italie) de Mazzini et la « Jeune Pologne » fondée par des émigrés polonais, ils formèrent en 1834 la société secrète supranationale Giovine Europa (Jeune Europe)[13]. L'ambiance, au début de la Révolution de Mars, était souvent empreinte de ces idéaux ; on parlait d'un Printemps des peuples[14].
Causes et signes avant-coureurs [modifier]
Contexte économique et social [modifier]
Un signe avant-coureur de la Révolution de Mars en Europe centrale fut l'année de crise de 1847, engendrée par une très mauvaise récolte en 1846. Elle provoqua dans les pays allemands une augmentation des prix des denrées alimentaires, bientôt suivie par des famines et des révoltes de la faim dans presque tous les pays et régions allemands[15]. De nombreuses couches de la population, plus pauvres et touchées par le paupérisme (pauvreté de masse pré-industrielle), comme les ouvriers, les artisans appauvris, les travailleurs agricoles, etc. se joignirent, en raison de leur misère sociale, aux revendications des cercles démocratiques et libéraux[16]. En outre, une autre conséquence de la crise fut la diminution du pouvoir d'achat de la monnaie (quantité de biens et de services qu'il est possible de se procurer avec une unité monétaire) en ce qui concerne les produits industriels, particulièrement les produits textiles, ce qui causa, entre autres, le déclin du secteur textile, encore largement dominé par l'artisanat[17].
Le secteur textile était encore marqué par le travail à domicile pour un faible salaire de nombreuses familles des campagnes allemandes pour quelques riches entrepreneurs et propriétaires fonciers. Son déclin, et en général la crise de l'artisanat étaient aussi dus à la révolution industrielle croissante en Europe[18], qui bouleversa peu à peu les rapports sociaux, économiques et industriels de tout le continent dès le milieu du XVIIIe siècle par de nouvelles découvertes et inventions techniques venant d'Angleterre. De plus, il y eut à cette époque une telle croissance démographique qu'à la campagne comme à la ville l'économie agricole, dont la productivité augmentait pourtant, et l'industrie ne pouvaient plus accueillir la masse grandissante de la main-d'œuvre, ce qui causa un taux de chômage extrêmement important. La main-d'œuvre excédentaire formait une « armée de réserve de travailleurs »[19]. Les villes étant en expansion continuelle, de plus en plus de personnes cherchèrent du travail dans les manufactures et les usines nouvellement construites, qui produisaient de nombreux produits bon marché grâce à une production en série plus rationnelle[20].
Une nouvelle couche de population, le prolétariat, grandit très rapidement. Les conditions de vie et de travail dans les entreprises industrielles et leur environnement étaient, en règle générale, désastreuses au XIXe siècle[21]. La plupart des ouvriers vivaient dans les ghettos et les bidonvilles des villes, au bord du minimum vital et même souvent en dessous, menacés par le chômage et sans couverture sociale[22]. Déjà quelques années avant la Révolution de Mars, on assistait régulièrement à de petits soulèvements régionaux contre les barons de l'industrie. Ainsi, par exemple, la « révolte des tisseurs[citation 1] » de juin 1844 en Silésie, une révolte de la faim des tisseurs de Bielawa et de Pieszyce, fut sur le plan supra-régional le premier soulèvement public significatif du prolétariat allemand, conséquence de la misère sociale engendrée par l'industrialisation. Le soulèvement fut cependant réprimé en quelques jours par les troupes prussiennes[19]. La bourgeoisie aisée se vit elle aussi de plus en plus freinée dans son développement. En raison de la politique douanière des principautés, les possibilités de libre-échange étaient très limitées. Dans les États allemands également, les exigences d'une libéralisation de l'économie et du commerce se firent entendre de plus en plus fort au cours des premières décennies du XIXe siècle. Le 22 mars 1833, la Zollverein fut fondée ; elle facilita le commerce entre les pays allemands. Ainsi, à la fin des années 1830, on put constater dans l'ensemble un certain essor économique[23]. Toutefois, cela ne changea pas grand chose à la misère sociale des couches de population les plus pauvres.
Contexte politique [modifier]
Le but essentiel de la Révolution de Mars était la victoire sur la politique de restauration qui était en vigueur depuis le congrès de Vienne de 1815 et notamment contre les décrets de Karlsbad[24].
L'un des plus grands défenseurs de la restauration politique était le diplomate et chancelier autrichien réactionnaire Klemens Wenzel von Metternich[25]. La politique de restauration qui avait été décidée par la plupart des États européens lors du congrès de Vienne le 9 juin 1815[26](juste avant l'irrémédiable défaite de Napoléon Bonaparte à la bataille de Waterloo le 18 juin 1815) devait restaurer le rapport de force politique de l'Ancien Régime en Europe, tel qu'il était avant la Révolution française de 1789. Cela signifiait la prédominance de la noblesse et le rétablissement de ses privilèges[27]. En outre, la réorganisation napoléonienne d'Europe, qui avait établi des droits civils avec la mise en place du Code civil, devait être annulée.
Sur le plan de la politique intérieure, dans le cadre de la restauration, les exigences de réformes libérales ou d'unification nationale furent étouffées, les mesures de censure renforcées et la liberté de la presse très diminuée[17]. Ainsi en décembre 1835, les œuvres de la Jeune-Allemagne, une groupe de jeunes écrivains révolutionnaires, furent censurées ou interdites[28]. D'autres poètes sociocritiques ou nationalistes furent concernés par la censure, si bien que certains durent partir en exil, notamment vers la France ou la Suisse[28]. On peut citer par exemple Heinrich Heine, Georg Herwegh, Georg Büchner (qui écrivit le libelle « Le Messager des campagnes hessoises » (Der Hessische Landbote) dont le mot d'ordre était « Paix aux chaumières, guerre aux palais ! » (Friede den Hütten, Krieg den Palästen!))[29],[28]. ou encore August Heinrich Hoffmann von Fallersleben (qui écrivit le Deutschlandlied).
Les Burschenschaften (sociétés étudiantes) de cette époque exigeaient l'unité nationale ainsi que des droits civils démocratiques. Le 18 octobre 1817, elles se réunirent massivement à proximité de Wartburg à l'occasion du quatrième anniversaire de la Bataille de Leipzig et du 300e anniversaire de la réforme protestante de Martin Luther. C'est pendant cette fête de la Wartbourg qu'elles défendirent avec véhémence leur revendication d'unité allemande. Pendant cet événement, on brûla publiquement des livres : certains participants brûlèrent des œuvres d'écrivains réactionnaires qualifiées d'anti-allemande, comme la Deutsche Geschichte d'August von Kotzebue. ou encore des œuvres d'auteurs juifs comme la Germanomanie de Saul Ascher, une condamnation du nationalisme allemand[30],[31],[32].
Heinrich Heine, bien qu'ayant des opinions démocrates, était néanmoins réservé à l'égard du nationalisme exacerbé des Burschenschaften, et énonça à cette époque sa formule prophétique devenue célèbre « Ce n'était qu'un début. Là où on brûle des livres, on finit par brûler des hommes. » Celle-ci faisait certes littéralement référence à la Reconquista espagnole dans sa pièce de théâtre Almansor, mais elle est cependant empreinte d'une expérience contemporaine, Heine ayant toujours été un poète critique à l'égard de son temps.
Les activités inspirées de la fête de la Wartbourg attirèrent l'attention des autorités sur les Burschenschaften qui subirent bientôt des répressions grandissante. En 1819, ces répressions prirent une forme juridique : les décrets de Karlsbad, en réaction à l'assassinat du poète August von Kotzebue par Karl Ludwig Sand, un nationaliste fanatique, membre d'une Burschenchaft[33]. Malgré l'interdiction et les persécutions, les membres des Burschenschaften restèrent souvent actifs dans la clandestinité. Des organisations camouflées apparemment apolitiques se constituèrent, comme le Mouvement gymnique allemand (Turnbewegung) du « Turnvater Jahn », où on continuait à développer des idées libérales inspirées des romantiques, culturelles et nationales qui portaient cependant des aspects contraires aux idées émancipatrices et à celles des Lumières[34]. Ainsi l'antisémitisme était très répandu dans ces groupements comme dans l'ensemble des Burschenschaften, annonçant déjà les concepts antisémites empreints de préjugés racistes biologiques de la fin des années 1870, auxquels par exemple Jahn lui-même se reconnaissait ouvert. Pendant le Vormärz, l'expression de cette haine des Juifs se matérialisa par les émeutes Hep-Hep de 1819. Parties de Wurtzbourg, elles s'étendirent à presque tous les États allemands, se dirigeant contre l'émancipation des Juifs en général, et contre leur égalité économique en particulier, et qui dégénérèrent en bien des endroits en pogrom[35].
En France, la Révolution de Juillet de 1830, pendant laquelle la Maison de Bourbon fut renversée en la personne de Charles X et les forces libérales instituèrent le « roi des Français » (et non « roi de France ») Louis-Philippe, donna aussi une nouvelle poussée aux forces libérales en Allemagne et dans d'autres régions d'Europe[36]. Ainsi, cela amena dès 1830 des soulèvements limités au niveau régional dans différentes principautés allemandes, comme à Brunswick, en Hesse-Cassel, dans le Royaume de Saxe et à Hanovre, qui conduisirent à l'introduction de constitutions dans ces régions respectives[37].
Il y eut également des soulèvements en 1830 dans les États italiens ainsi que dans les provinces polonaises de l'Autriche, de la Prusse et de la Russie (Royaume du Congrès) dont le but était l'autonomie d'un État national. Dans le Royaume des Pays-Bas, la Révolution belge mena au détachement des provinces du sud et à la création d'un État belge indépendant prenant la forme d'une monarchie constitutionnelle[38].
Dans l'ensemble, le système de Metternich se maintint néanmoins, même si des fissures se manifestèrent dans de nombreux endroits. Ainsi, même après les décrets de Karlsbad, il y eut de nouveaux rassemblements spectaculaires semblables à la fête de la Wartbourg, comme la fête de Hambach en 1832, pendant laquelle (comme déjà en 1817 lors de la fête de la Wartbourg[30]) on arbora des drapeaux républicains de couleur noir, rouge et or, qui étaient pourtant interdits[39].
L'Attaque de la Garde de Francfort[citation 2] du 3 avril 1833 constitua déjà une première tentative de la part d'une cinquantaine d'étudiants de déclencher une révolution dans toute l'Allemagne. L'action était dirigée contre le siège du Bundestag allemand, situé à l'époque à Francfort-sur-le-Main, qui était considéré par les démocrates comme un instrument de la politique de restauration. Après la prise d'assaut des deux postes de police de Francfort, les insurgés voulurent capturer les envoyés des princes et ainsi asseoir l'idée d'un soulèvement de toute l'Allemagne. L'action, qui avait déjà été trahie avant même de commencer, échoua dès le début, après un échange de coups de feu pendant lequel il y eut quelques morts et blessés[39].
Déroulement [modifier]
Prémices [modifier]
Un facteur déclencheur essentiel de la Révolution de Mars fut le succès de la Révolution de Février en France, d'où l'étincelle révolutionnaire se diffusa rapidement aux États allemands limitrophes[40],[17]. Les événements qui eurent lieu en France aboutirent à la destitution du roi Louis-Philippe qui s'éloignait de plus en plus des idées libérales et à la proclamation de la Deuxième République, ce qui amorça des bouleversements révolutionnaires, dont les confusions tinrent le continent en haleine pendant plus d'un an et demi[24].
Les foyers de la Révolution les plus importants, après la France, étaient le Pays de Bade, le Royaume de Prusse, l'Empire d'Autriche, l'Italie du Nord, la Hongrie, le Royaume de Bavière et la Saxe. Mais il y eut également des soulèvements et des rassemblements populaires dans d'autres États et principautés, qui émirent des exigences révolutionnaires. À la sortie de l'assemblée populaire de Mannheim du 27 février 1848, pendant laquelle les « revendications de Mars[citation 3] » furent formulées pour la première fois, les principales revendications de la révolution en Allemagne consistèrent en « 1. Armement du peuple avec libre élection des officiers 2. Liberté de la presse inconditionnée 3. Cour d'assise selon l'exemple anglais 4. Établissement immédiat d'un parlement allemand[41],[42]. »
Dans le Royaume du Danemark, les événements révolutionnaires de 1849 aboutirent à une nouvelle constitution établissant une monarchie constitutionnelle ainsi qu'un parlement à deux chambres élu au suffrage universel[4].
Dans certains pays de la Confédération germanique, comme les royaumes de Royaume de Wurtemberg et d'Hanovre, ou le Grand-duché de Hesse, les princes cédèrent rapidement. On y établit aussitôt des « ministères de Mars » d'orientation libérale, qui satisfirent en partie les exigences révolutionnaires, notamment en instituant des cours d'assise, en abolissant la censure de la presse ainsi qu'en libérant les paysans[citation 4],[43]. Cependant, il ne s'agissait souvent que de simples promesses. Dans ces pays, la révolution connut un déroulement relativement pacifique grâce à de rapides concessions.
Dès mai/juin 1848, les maisons princières affirmèrent de plus belle leur volonté de restauration, si bien que les révolutionnaires des pays de la Confédération germanique furent de plus en plus sur la défensive[44]. Au même moment, la défaite à Paris des insurgés des Journées de Juin constitua un événement décisif de la contre-révolution, réaction, non seulement en ce qui concerne le déroulement de la Révolution de Février en France mais aussi dans les autres pays européens[45]. Ce soulèvement des travailleurs parisiens en juin 1848 marque aussi historiquement le point de scission entre le prolétariat et la bourgeoisie révolutionnaire[44].
Il est difficile d'établir un déroulement chronologique de la révolution dans son ensemble, car les événements ne peuvent pas toujours être mis en relation de manière univoque.
Résumé chronologique des différents événements [modifier]
Développement pré-révolutionnaire [modifier]
- Du 18 septembre 1814 au 9 juin 1815 : Congrès de Vienne. On y décide du « nouvel ordre » de l'Europe, enclenchant la restauration. C'est aussi le commencement de la phase du Vormärz politique.
- 18 octobre 1817 : L'unification allemande est exigée lors de la fête de la Wartbourg[30].
- Fin de l'été et automne 1819 : Dans la plupart des pays de la Confédération germanique, les émeutes Hep-Hep aboutissent à des bagarres antisémites s'opposant à l'émancipation juive et vont jusqu'à prendre en certains endroits la forme de pogroms[46].
- 20 septembre 1819 : à la Suite de l'assassinat du poète August von Kotzebue, les décrets de Karlsbad créent une assise légale aux répressions des efforts démocratiques et nationaux des Burschenschaften et d'autres cercles d'opposition, notamment au travers d'interdictions de groupes et d'associations démocratiques ou de la censure de la presse[33].
- Juillet 1830 : En France, la Révolution de Juillet provoque quelques soulèvements localisés sur le plan régional dans les pays de la Confédération germanique[37].
- 27 mai 1832 : Pendant la fête de Hambach, une Allemagne unifiée et des droits démocratiques sont de nouveau exigés[47].
- 3 avril 1833 : Attaque de la Garde Francfort, la tentative avortée d'un soulèvement révolutionnaire pangermaniste[39].
- 1834 : À Berne, les sociétés secrètes Giovine Italia (jeune Italie), Junges Deutschland (Jeune Allemagne) et « Jeune Pologne » formées par des démocrates exilés se rassemblent au sein de la société secrète supranationale Giovine Europa (Jeune Europe) à l'initiative du révolutionnaire italien Giuseppe Mazzini[13].
- 1834 : Georg Büchner et Friedrich Ludwig Weidig diffusent dans la clandestinité le libelle Le Messager des campagnes hessoises (Der Hessische Landbote)[48] avec le mot d'ordre « Paix aux chaumières, guerre aux palais ! » (Friede den Hütten, Krieg den Palästen!) dans le grand-duché de Hesse[28].
- 1837 : La lettre de protestation solennelle des Sept de Göttingen (un groupe de professeurs d'université libéraux notables, parmi lesquels on compte les frères Grimm) contre la révocation de la constitution du Royaume de Hanovre trouve un écho dans tout la Confédération germanique. Les professeurs sont renvoyés et certains d'entre eux sont expulsés du pays[49],[50].
- Juin 1844 : Dans une partie de la Silésie, des tisseurs se révoltent à cause de la détresse sociale croissante (Weberaufstand)[51].
- 12 septembre 1847 : Pendant le rassemblement d'Offenburg, les politiciens badois radicaux-démocrates exigent des droits fondamentaux avec les « exigences du peuple[citation 5],[52] ».
- 10 octobre 1847 : Lors de la réunion d'Heppenheim, les libéraux modérés formulent leur programme politique[53].
Phase de transition vers la Révolution de Mars à partir de janvier 1848 [modifier]
- Janvier 1848 : des soulèvements révolutionnaires nationalistes contre la domination des Bourbon en Italie du sud (Sicile) et contre la domination autrichienne en Italie du nord (Milan, Padoue et Brescia) préludent aux révolutions dans l'Europe entière de 1848-49[54].
- 24 février 1848 : Début de la révolution française de 1848. Proclamation de la deuxième République. Le président du conseil, François Guizot démissionne. Le « roi des Français » Louis-Philippe Ier abdique et part en exil en Angleterre[54],[24].
Développement révolutionnaire en 1848 [modifier]
- 27 février 1848 : Inspiré par la révolution française de 1848, la réunion populaire de Mannheim (Mannheimer Volksversammlung) formule une pétition adressée au gouvernement à Karlsruhe énonçant les revendications de mars [citation 6]. Elle devient un symbole de la Révolution de Mars dans les pays de la Confédération germanique[42],[55].
- 1er mars : Occupation de la Ständehaus du parlement de Bade à Karlsruhe[56].
- 5 mars : Le rassemblement d'Heidelberg convoque un pré-parlement[citation 7],[42].
- 6 mars : Début de la Révolution de Mars en Prusse avec les premiers troubles à Berlin[57].
- 13 mars : Début de la Révolution de Mars à Vienne avec l'attaque de la Ständehaus ; retrait du chancelier Klemens Wenzel von Metternich qui émigre en Angleterre[58],[59],[3].
- 15 mars : à Budapest, le Stadthalterbeirat (l'organe administratif suprême de la partie hongroise de l'empire autrichien), intimidé par 20 000 manifestants, satisfait les revendications formulées en « douze points » des intellectuels hongrois radicaux rassemblés autour de Sándor Petőfi (notamment un ministère et un parlement hongrois indépendants de Vienne, le retrait de toutes les troupes autrichiennes de Hongrie, la mise en place d'une armée nationale hongroise et la création d'une banque nationale) et fait ainsi réellement du Royaume de Hongrie un État indépendant[58].
- 17 mars : Milan déclare la séparation de la Lombardie de l'Autriche ainsi que son rattachement au Royaume de Sardaigne[60],[61].
- 18 mars : à la lecture d'une loi du roi Frédéric-Guillaume IV à propos de réformes en Prusse, un rassemblement devant le Château de Berlin conduit à un combat armé entre citoyens et militaires. Pendant la lecture, l'ambiance initialement pacifique cède la place à des paroles révolutionnaires. Deux coups de feu sont tirés, on ne saura jamais s'ils étaient intentionnels ou le fruit d'un malentendu. Cela provoque le revirement de l'humeur des manifestants et de l'intervention de l'armée. De violents combats dans les rues et sur les barricades s'ensuivent et provoquent plusieurs centaines de morts : 303 personnes selon les autorités, dont onze femmes et quatre enfants[62],[63].
- 19 mars : le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse est contraint de paraître devant les corps des « victimes de mars » exposés dans la cour du château et de retirer son chapeau. Le 21 mars, il parcourt Berlin à cheval avec une écharpe noire, rouge et or et déclare vouloir la liberté et l'unité de l'Allemagne[citation 8],[64].
- 20 mars : Abdication du roi Louis Ier de Bavière au profit de son fils, Maximilien II de Bavière, à la suite des émeutes de Munich et d'autres villes de Bavière[56].
- du 18 au 22 mars : l'insurrection populaire de Milan contre la domination de l'Autriche sur la Lombardie conduit à la première guerre d'indépendance italienne entre l'Autriche et le Royaume de Sardaigne, dont les troupes soutiennent les révolutionnaires d'Italie du nord[65].
- 23 mars : Révolution à Venise - Daniele Manin proclame l'indépendance vis-à-vis de l'Autriche ; la ville devient une république (voir l'article République de Saint-Marc)[65].
- du 31 mars au 3 avril : Le Pré-parlement[citation 7] siège à Francfort-sur-le-Main[42].
- Début avril : Début de la première guerre prusso-danoise à la suite des soulèvements nationalistes allemands dans les duchés de Schleswig et de Holstein. Les nationalistes libéraux allemands comme les danois revendiquent le Duché de Holstein qui, du point de vue formel, est encore un fief danois en union personnelle avec le Danemark[66].
- du 2 au 20 avril : Soulèvement mené par Hecker dans le Grand-duché de Bade, réclamant la république. Il est réprimé le 20 avril dans la Forêt-Noire par Kandern. Friedrich Hecker part en exil[67].
- avril-mai : Soulèvement de Poznań mené par Ludwik Mierosławski contre la suprématie prussienne[68].
- 15 mai : Deuxième soulèvement de Vienne[69].
- 17 mai : L'empereur Ferdinand Ier d'Autriche fuit à Innsbruck sous la pression des émeutes révolutionnaires de Vienne[3].
- 18 mai : Institution du Parlement de Francfort dans Église Saint-Paul de Francfort, le premier parlement de toute l'Allemagne élu démocratiquement ; il doit préparer l'unité allemande ainsi qu'élaborer une constitution pour le nouvel État[70].
- du 2 au 12 juin : le congrès panslave siège à Prague et exige la conversion de la « Monarchie du Danube » « en une confédération de peuples étant sur un pied d'égalité »[citation 9],[71].
- 16 juin : Répression du soulèvement de Prague par les troupes autrichiennes[72].
- 24 juin : Répression du soulèvement français lors des Journées de Juin à Paris. Par la suite, la contre-révolution gagne également en puissance dans les États de la Confédération germanique, et contraint de manière grandissante les révolutionnaires à être sur la défensive[73],[74].
- 23 juillet : les insurgés nord-italiens conduits par le Royaume de Sardaigne fléchissent face aux troupes autrichiennes dans la bataille de Custoza[61].
- 6 août : Armistice entre l'Autriche et le Royaume de Sardaigne[65].
- 26 août : Armistice entre la Prusse et le Danemark. Le parlement doit finalement accepter le 16 septembre le traité de Molmö et manifeste ainsi sa propre impuissance. La crise débouche sur de nouveaux troubles à Francfort-sur-le-Main (révolution de septembre) et dans d'autres villes allemandes[75],[76].
- 12 septembre : Le meneur nationaliste républicain Lajos Kossuth devient ministre-président en Hongrie. Le titre de « roi de Hongrie » est refusé à l'empereur d'Autriche. Cela débouche sur des troubles révolutionnaires nationalistes contre la suprématie autrichienne[61].
- 18 septembre : Combats de barricades contre les troupes prussiennes et autrichiennes à Francfort : révolution de septembre[77].
- du 21 au 25 septembre : Deuxième soulèvement badois à Lörrach ; Gustav Struve, qui proclame la république allemande le 21 septembre, est arrêté[78].
- du 6 au 31 octobre : l'insurrection viennoise d'octobre 1848 est réprimée dans le sang au bout de près de quatre semaines par les troupes impériales sous les ordres d'Alfred de Windisch-Graetz[79],[80].
- 9 novembre : Robert Blum, un député du parlement de Francfort, est sommairement exécuté en dépit de son immunité parlementaire à la suite des mesures de rétorsion contre les révolutionnaires autrichiens à Vienne[77].
- 23 novembre : constitution du Centralmärzverein, une organisation républicaine à l'échelle nationale, par des députés de différentes factions de la gauche démocrate du parlement de Francfort[81].
- 2 décembre : L'empereur Ferdinand Ier d'Autriche abdique et cède le trône à son neveu François-Joseph Ier d'Autriche[80].
- 27 décembre : le parlement de Francfort vote les droits fondamentaux[82].
Développement révolutionnaire en 1849 [modifier]
- février-mars : De nouveaux soulèvements dans quelques régions autrichiennes d'Italie du nord, notamment le putsch révolutionnaire contre l'archiduc Léopold II de Toscane, mènent à une nouvelle guerre entre l'Autriche et le Royaume de Sardaigne[83].
- 23 mars : Nouvelle défaite des révolutionnaires nord-italiens et du Royaume de Sardaigne contre l'armée autrichienne à la Bataille de Novare[83].
- 28 mars : Le parlement adopte la Constitution de Francfort après de nombreuses controverses[77].
- 3 avril : Le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse refuse la couronne d'empereur qui lui est proposée par le parlement de Francfort. De ce fait, l'unité allemande et la constitution de l'empire échouent[75],[84].
- 14 avril : La Hongrie déclare son indépendance vis-à-vis de l'Autriche et proclame la république. Peu après a lieu la guerre d'indépendance hongroise contre l'Autriche[60].
- Mai : Pendant les soulèvements de mai commence la campagne de la constitution de l'Empire[citation 10] avec la tentative de faire adopter la constitution dans certains États et régions de la Confédération germanique, et ainsi d'installer une république unique. La confrontation entre la révolution et la réaction conduit dans certains États à l'escalade d'une sorte de guerre civile. En plus du Royaume de Saxe et du Grand-duché de Bade, la Rhénanie prussienne et la Province de Westphalie ainsi que le Rhin-Palatinat bavarois par exemple sont aussi des centres de soulèvements représentatifs[85].
- Du 3 au 9 mai : La proclamation d'une république de Saxe échoue lors du soulèvement de mai à Dresde qui est réprimé par les troupes prussiennes[85],[86].
- 11 mai : Mutinerie de la garnison badoise à Rastatt : Début du soulèvement de mai badois[87].
- 1er juin : La république est proclamée dans le Grand-duché de Bade. Lorenz Brentano prend la présidence du gouvernement provisoire. Les troupes prussiennes commencent à avancer contre la République badoise[85].
- Du 6 au 18 juin : Le parlement croupion[citation 11], comme on nomme ce qui reste du parlement de Francfort, siège à Stuttgart, il est dissout le 18 juin par les troupes wurtembergeoises[8].
- 23 juillet : Prise de Rastatt par les troupes prussiennes, fin de la révolution badoise et point final symbolique de la révolution allemande de 1848-49[8].
Répercussions jusqu'en octobre 1849 [modifier]
- 6 août : traité de paix milanais entre l'Autriche et le Royaume de Sardaigne[88].
- 13 août : capitulation du gouvernement hongroise près de Világos[89].
- 22 août : Les troupes autrichiennes écrasent la république révolutionnaire de Venise. L'Italie du Nord est de nouveau entre les mains autrichiennes[89].
- 2 octobre : Les derniers révolutionnaires hongrois capitulent face aux Autrichiens dans la forteresse de Komárom[90].
Les différents théâtres de la Révolution de Mars [modifier]
Grand-duché de Bade [modifier]
Le 27 février 1848, une assemblée populaire se forma à Mannheim, qui par ses revendications posait les bases de la révolution à venir[91]. Parmi les révolutionnaires badois, c'est l'aile radicale-démocrate, assez représentative du mouvement, qui réclamait les changements les plus extrêmes[55].
Menés par les avocats Friedrich Hecker et Gustav Struve, ils exigèrent entre autres la création d'une souveraineté populaire de fait, l'abolition des privilèges, la fin de la censure, l'armement du peuple et un impôt sur le revenu progressif. Exigences qui seront reprises ailleurs par tous les mouvements sociaux-révolutionnaires et socialistes[92].
Struve et Hecker, en tant que représentants de l'aile gauche au pré-parlement de Francfort, qui devait préparer l'élection d'un parlement chargé de la rédaction d'une constitution, avaient exigé une république allemande fédérative qui conduirait des changements non seulement politiques, mais aussi sociaux. Un programme représentatif publié par Struve fut cependant refusé par la majorité du pré-parlement[93].
Hecker et Struve prirent la route en essayant de faire prévaloir leurs idées sur leur chemin. En Allemagne du sud-ouest, cela sera désigné par le terme soulèvement d'Hecker[citation 12]. Ainsi à Constance, ils prétendirent avoir proclamé la république le 12 avril 1848 avec le professeur de faculté de Bonn Gottfried Kinkel et d'autres sympathisants ; cependant, aucun des trois journaux de Constance ne mentionna dans ses bulletins le discours en question. Le cortège d'Hecker[citation 13], composé d'environ 1 200 hommes, se mit en route vers le fossé rhénan[94], où il voulut fusionner avec un cortège, dit « Légion démocratique allemande[citation 14] », revenant de France, et mené par le poète révolutionnaire de gauche Georg Herwegh et sa femme Emma qui jouait le rôle d'éclaireur. Tout cela pour marcher sur la capitale badoise Karlsruhe et ainsi étendre à partir de là la république sur tout le duché de Bade. Mais les deux groupes furent en peu de temps vaincus et dispersés par l'armée régulière : celui d'Hecker le 20 avril 1848 dans un combat à Kandern, situé dans la Forêt Noire, et celui de Herwegh une semaine plus tard, à Dossenbach[93].
Hecker réussit à s'enfuir en exil, ce qui le mena à travers la Suisse puis aux États-Unis[95],[96]. À la suite de sa défaite, le poète d'Heidelberg Karl Gottfried Nadler composa une chanson parodique : « Le Chant zograscopique du grand Hecker » [citation 15],[97].
En septembre 1848, à Lörrach, une nouvelle insurrection menée par Struve échoua également. Avec ses partisans, il tenta d'y proclamer la république le 21 septembre[78], mais fut défait dès le 24[98]. La suite du développement révolutionnaire du grand-duché de Bade se limita alors pour l'essentiel aux algarades au parlement de Francfort. Struve fut capturé[99] et condamné à une peine d'emprisonnement avec quelques autres révolutionnaires lors d'un procès de haute trahison, à Fribourg-en-Brisgau, et ne fut libéré que lors des troubles de mai 1849.
En mai 1849, après l'échec du parlement à Francfort, il y eut de nouveaux soulèvements dans des États allemands, dont le grand-duché de Bade, appelés les « soulèvements de mai » dans le cadre de la campagne pour la constitution de l'empire. Les démocrates voulaient ainsi obtenir par la force, dans une constitution impériale, la reconnaissance de leurs gouvernements respectifs[85].
Le 11 mai, la garnison badoise se mutina dans la forteresse de Rastatt[87]. Peu de temps après, le grand-duc Léopold Ier de Bade fuit en Alsace-Lorraine[85]. Le 1er juin 1849, un gouvernement provisoire dirigé par le politicien libéral Lorenz Brentano prit le pouvoir[100]. Cela mena à des combats contre des troupes de la confédération et l'armée prussienne sous les ordres du « prince de la mitraille[citation 16],[101] » Guillaume de Prusse, le futur empereur allemand Guillaume Ier. L'armée révolutionnaire badoise ne put pas résister à la supériorité des troupes prussiennes[8],[102].
En juin 1849, les révolutionnaires badois étaient sous les ordres du général révolutionnaire polonais Ludwik Mierosławski. C'était un adroit stratège et un soldat expérimenté de la révolution. Au cours de la Révolution de Mars, il avait déjà conduit des soulèvements en Pologne dont, en 1848, le soulèvement de la Posnanie contre la domination prussienne (voir ci-dessous). Mierosławski abandonna cependant dès le 1er juillet 1849 le commandement des troupes révolutionnaires badoises ; il était résigné par l'attitude frileuse du gouvernement de Brentano, qui misait sur des négociations et retardait un armement général du peuple que réclamaient les radicaux. Ce qui minait le moral des troupes, si bien que Mierosławski considéra finalement que la situation militaire ne permettrait pas la victoire de la république badoise[103].
Aux côtés des révolutionnaires badois, le socialiste Friedrich Engels participa aussi activement aux combats. En 1848-49, Engels était rédacteur de la « Nouvelle Gazette rhénane » (Neue Rheinische Zeitung) publiée par Karl Marx, ainsi qu'un observateur critique et sympathisant de la révolution[104]. Un an auparavant, en février 1848, Engels avait publié avec Karl Marx, à la suite d'une commande de la Ligue des communistes, le Manifeste du Parti communiste[105]. Wilhelm Liebknecht, le futur cofondateur du parti précurseur du SPD, le « Parti travailliste social-démocrate » (Sozialdemokratischen Arbeiterpartei (SDAP)), relativement inconnu à l'époque, était également, entre autres, adjudant de Gustav Struve et actif aux côtés des révolutionnaires[106].
Le 23 juillet 1849 la forteresse de Rastatt tomba après trois semaines de siège, ce qui marque l'échec définitif de la révolution badoise[8]. 23 révolutionnaires furent exécutés, quelques autres comme Gustav Struve, Carl Schurz ou Lorenz Brentano purent s'enfuir en exil. En tout, environ 80 000 Badois quittèrent leur pays après la révolution, c'est-à-dire environ 5 % de la population[8]. Quelques-uns des célèbres révolutionnaires poursuivirent plus tard leur engagement politique aux objectifs démocratiques aux États-Unis, et y firent une carrière politique[8]. En 1877, Carl Schurz devint ministre de l'intérieur des États-Unis et occupa cette fonction jusqu'en 1881[107].
Ce qui était caractéristique de la révolution badoise, par opposition aux autres soulèvements de la confédération germanique, était la fermeté avec laquelle la revendication d'une république démocratique y fut défendue[108]. En effet, dans les commissions et les parlements révolutionnaires des autres principautés de la confédération germanique, une monarchie constitutionnelle héréditaire fut privilégiée[109].
Prusse, Poznań, Pologne [modifier]
Prusse [modifier]
Sous la pression des événements révolutionnaires ayant lieu à Berlin depuis le 6 mars 1848, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse fit dans un premier temps des concessions. Il consentit à la mise en place d'un Landtag, à introduire la liberté de la presse, à supprimer les barrières douanières et à réformer la confédération germanique. Le 18 mars, après la lecture de la loi en question, deux tirs échappèrent des fusils de l'armée et dispersèrent des milliers de citoyens qui étaient réunis sur la place du château. Cela provoqua d'abord un mouvement de panique puis des combats sur les barricades et dans les rues de Berlin entre les révolutionnaires et l'armée régulière prussienne ; les rebelles réussirent dans un premier temps à l'emporter. Le 19 mars, les troupes furent retirées de Berlin sur l'ordre du roi. Ces combats eurent pour conséquence plusieurs centaines de morts et plus d'un millier de blessés, des deux côtés[63],[58].
Au vu du nombre des victimes, le roi se vit forcé d'honorer les révolutionnaires tués. Le 19 mars, il s'inclina devant les corps exposés des « victimes de mars » (Märzgefallenen), avant qu'ils soient enterrés le 22 mars au « cimetière des victimes de mars[citation 17] », et il se montra en public avec un bandeau aux couleurs de la révolution (noir, rouge et or). Sa manœuvre servit surtout à gagner du temps, en utilisant le vocabulaire des révolutionnaires et en allant dans leurs sens, il s'assure de calmer une révolution aux conséquences incertaines. Dans un appel à « Mon peuple et la nation allemande », il promit la dissolution de la Prusse dans l'Allemagne. Le 29 mars 1848, un ministère de mars libéral fut mis en place, qui ne put cependant pas s'imposer face à la noblesse et à l'armée. Le 20 juin 1848, le premier ministre Ludolf Camphausen présente sa démission. Son ministre des finances David Hansemann est alors chargé de formé un nouveau gouvernement dont le ministre-président était Rudolf von Auerswald. Ce gouvernement dure jusqu'au 21 septembre date à laquelle est appelé Ernst von Pfuel, militaire de formation, à la tête du gouvernement[110].
Fin mai 1848, lorsque les événements se furent un peu calmés, le roi exécuta un revirement réactionnaire. Le 14 juin, avec « l'attaque de l'arsenal[citation 18] » le bouillonnement révolutionnaire reprit : le peuple prit les armes présentes dans l'arsenal[111]. Le 2 novembre 1848, le général Frédéric Guillaume comte de Brandebourg fut nommé ministre-président de Prusse[112],[113]. Une semaine plus tard, les troupes royales rentrèrent à Berlin[114]. Parmi les personnes qui participèrent activement à cette contre-révolution, on peut également citer le député conservateur Otto von Bismarck, qui devint plus tard ministre-président de Prusse, puis chancelier impérial de l'Empire allemand, fondé en 1871[115]. Les négociations de l'assemblée nationale prussienne, menées depuis le 22 mai pour l'obtention d'une constitution qui avait été promise sans cesse depuis 1815 par Frédéric-Guillaume IV de Prusse et ses successeurs, mais n'avait jamais été réalisée, furent finalement infructueuses. L'ébauche de constitution présentée en juillet 1848, la Charte Waldeck, qui prévoyait quelques réformes libérales-démocrates, fut rejetée aussi bien par les députés conservateurs que par le roi[80].
Les 10 et 15 novembre 1848, le roi fit disperser par l'armée l'assemblée nationale prussienne[114]. Le 5 décembre, il ordonna la dissolution de l'assemblée nationale, qu'il avait fait déplacer à Brandebourg et octroya le jour même une constitution, bien en dessous des revendications de la révolution de mars[112],[77]. La position de pouvoir du roi resta ainsi intacte. Celui-ci se réserva un droit de véto suspensif contre chaque décision du Landtag prussien, aussi bien que le droit de pouvoir dissoudre le parlement à tout moment. Le gouvernement prussien[citation 19] n'avait pas de comptes à rendre au parlement, mais seulement au roi. Néanmoins, la constitution dite « octroyée » contenait quelques concessions libérales tirées de la Charte Waldeck, qui furent cependant modifiées dans les mois suivants[113],[116].
À la fin du mois de mai 1849, l'assemblée nationale fut remplacée par la deuxième chambre des députés prussienne. Un système des trois classes fut mis en place, afin d'assurer la suprématie des grands propriétaires. Ce droit de vote inégalitaire resta en vigueur en Prusse jusqu'en 1918[117],[118].
Cette réaction aboutit avant tout à des mouvements de protestation dans les provinces occidentales de Prusse[85]. Dans les anciennes circonscriptions à dominante libérale ou catholique de la Rhénanie et de la Westphalie, de multiples députés démocrates furent élus à la chambre des députés prussienne aux nouvelles élections. Les troupes du roi avaient cependant, au plus tard en mai 1849, repris le dessus sur la révolution, avec l'échec du soulèvement d'Iserlohn en Westphalie et de celui de l'attaque de l'arsenal de Prüm en Rhénanie[119].
Posnanie et Pologne [modifier]
Le grand-duché de Posnanie, la région la plus peuplée de Pologne, était en 1848 une province prussienne. L'ancien État lituano-polonais était déjà au XVIIIe siècle le jouet politique des grandes puissances européennes. Après plusieurs partitions entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, l'État cessa d'exister en 1795[120].
Au début du XIXe siècle, il n'y eut un État polonais qu'entre 1807 et 1815, en tant qu'État vassal sous protection napoléonienne : le Duché de Varsovie du duc Frédéric-Auguste Ier de Saxe, qui était également roi de Saxe. Après la victoire sur Napoléon Ier des pays alliés (Russie, Prusse et Autriche), le duché de Varsovie fut divisé en 1815 entre la Russie et la Prusse au congrès de Vienne, mais on reconnut une obligation de garantir l'identité polonaise des habitants. Par la suite, de plus en plus de conjurations se formèrent dans les régions polonaises de Russie, de Prusse et d'Autriche, dans le but d'établir de nouveau une Pologne autonome. À la suite de la Révolution de Juillet de 1830 en France, il y eut une insurrection dans la partie russe qui fut cependant un échec[4].
En 1846, un soulèvement polonais préparé secrètement dans le grand-duché de Posnanie fut découvert et étouffé dans l'œuf[4]. Son meneur, le révolutionnaire polonais Ludwik Mierosławski, fut fait prisonnier et condamné à mort en décembre 1847 au procès polonais[citation 20] de Berlin, mais ensuite gracié avec sept autres personnes le 11 mars 1848, et sa peine fut convertie en détention à vie[121].
Après les combats des 18 et 19 mars 1848 à Berlin, 90 révolutionnaires polonais, dont Mierosławski et Karol Libelt furent relâchés de la prison de Moabit[122]. Au premier stade de la Révolution de Mars, qui fut ressentie en Europe comme le Printemps des peuples, une attitude pro-polonaise prédominait encore parmi les révolutionnaires, qui saluait et encourageait les insurrections en Posnanie[123]. Peu après sa libération, en avril et mai 1848, Ludwik Mierosławski se plaça à la tête du soulèvement de la Posnanie contre la domination prussienne, qui était à présent ressentie comme étrangère[68]. Le soulèvement se dirigea contre l'intégration des régions majoritairement polonaises aux votes pour l'élection du parlement de Francfort, et ainsi contre l'incorporation d'une partie de la Pologne au sein d'un État national allemand. Un objectif plus lointain était la réunification de toute la Pologne[124]. À cet égard, la révolution en Posnanie visait également la libération du royaume de Pologne, nommé Royaume du Congrès, qui était depuis 1831, à la suite de sa perte d'autonomie, une province sous la domination indirecte de la Russie[125].
Au cours du déroulement de la révolution en Prusse, où les forces conservatrices avaient de nouveau progressivement gagné une position déterminante, l'enthousiasme initial pour la Pologne se mua en une position nationaliste[123]. En outre, le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse ne voulait pas risquer une guerre avec la Russie à cause du soulèvement en Posnanie[126]. Le 9 mai 1848, l'insurrection en Posnanie fut écrasée les troupes prussiennes, largement supérieures, et Mierosławski fut de nouveau arrêté. Sur intervention de la France révolutionnaire, il fut amnistié peu après et expulsé en France - jusqu'à ce qu'en juin 1849 il soit appelé par les révolutionnaires badois qui voulaient le placer à la tête de leur armée révolutionnaire (voir ci-dessus)[121].
Après la révolution de 1848, les Polonais de Prusse reconnurent qu'un soulèvement violent ne conduirait jamais au succès. Comme méthode pour maintenir leur cohésion nationale et en parade à la politique de germanisation de la Prusse, le « travail organique[citation 21] » prit une importance toujours grandissante au sein du désormais État prussien constitutionnel.
Autriche, Bohème, Hongrie, Italie et première guerre d'indépendance italienne [modifier]
Autriche [modifier]
Dans l'Empire des Habsbourg et l'État-multination de l'Empire d'Autriche, la monarchie ne fut pas menacée uniquement par de violents soulèvements en Autriche, c'est-à-dire l'État central de l'Empire, mais aussi par d'autres troubles révolutionnaires, comme en Bohème, en Hongrie ou en Italie du Nord[3]. Le Royaume de Sardaigne soutenait militairement les révolutionnaires. Alors que les soulèvements hongrois, bohémiens et italiens aspiraient entre autres à l'indépendance vis-à-vis de la domination autrichienne, la révolution autrichienne, semblable à celle des autres États de la Confédération germanique, avait pour objectif un changement libéral et démocratique de la politique du gouvernement, et la fin de la Restauration[127],[128],[61].
1847-48 fut pour l'Autriche un hiver de famine qui touche surtout les plus défavorisés[129]. Dans les milieux ouvriers également, la colère contre le système politique en place devint très forte. Des œuvres comme Nouveaux esclaves[citation 22] d'Alfred Meissner ou Pourquoi nous sommes pauvres[citation 23], un poème de Karl Beck donnent une image parlante de la colère et du désespoir qui régnaient dans la population.
Finalement, la révolution éclata en Autriche le 13 mars 1848 avec l'attaque de la Ständehaus à Vienne et des attentats de révolutionnaires socialistes contre des magasins et des usines dans les faubourgs[59]. La chanson Ce qui nous vient d'en haut [citation 24], où « haut (Höh) » désigne la police et les casernes, devint la chanson de la révolution. Elle est chantée aujourd'hui encore par diverses fraternités d'étudiants pour commémorer la participation de la légion académique. Avant l'attaque de la Ständehaus, la colère contre le système policier et les revendications des révolutionnaires pour une transformation constitutionnelle de la monarchie et à la mise en place d'une constitution dans les pays autrichiens avaient déjà été exprimée le 3 mars 1848 dans un discours rédigé par le chef nationaliste hongrois Kossuth[91].
Le soir du 13 mars, le chancelier Metternich, âgé de 74 ans, détesté par les socialistes et les réformateurs, démissionna[3] et s'enfuit en Angleterre. Cet événement inspira notamment Hermann Rollett, qui écrivit le poème Le Tilleul de Metternich[citation 25].
Le 14 mars, l'empereur Ferdinand Ier d'Autriche fit ses premières concessions : il consentit à l'établissement d'une garde nationale et leva la censure. Le lendemain, il précisa à ce sujet qu'il avait « octroyé une totale liberté de la presse[citation 26] » et il promit également par décret une constitution[130].
Le 17 mars, le premier gouvernement fut formé ; son ministre de l'intérieur, Franz von Pillersdorf esquissa une constitution à laquelle on donna son nom par la suite[citation 27], et qui fut rendue publique pour la fête d'anniversaire de l'empereur, le 25 avril 1848[3]. Cette constitution avait un caractère pré-constitutionnel ; le bicamérisme et le système de vote au Reichstag publié le 9 mai provoquèrent notamment l'indignation, et menèrent ainsi à de nouvelles perturbations (révolution de mai). En raison de la pétition du 15 mai, cette constitution fut réaménagée : le Reichstag ne devait plus être constitué que d'une seule chambre et celle-ci devait être déclarée « constituante », c'est-à-dire qu'elle avait la charge d'établir une constitution définitive[69],[131]. La constitution de Pillersdorf resta en vigueur de façon provisoire. L'empereur, dépassé par les émeutes qui s'intensifiaient, partit se mettre en sécurité à Innsbruck[69],[3].
Le 22 juillet 1848, le Reichstag constituant autrichien, composé de 383 déléguées venus d'Autriche et des pays slaves, fut ouvert par l'archiduc Jean-Baptiste d'Autriche. On y décida, entre autres, la libération des paysans de la féodalité le 7 septembre[132],[133].
Les évènements qui eurent lieu en Hongrie à partir du 12 septembre 1848, pendant lesquels le soulèvement hongrois dirigé par Kossuth mena à un affrontement contre les troupes impériales puis par la suite à l'assassinat du ministre de la Guerre autrichien Theodor Baillet von Latour le 6 octobre, provoquèrent à Vienne la troisième phase de la révolution autrichienne, appelée insurrection viennoise d'octobre 1848. Au cours de son développement, les citoyens, étudiants et travailleurs viennois parvinrent à prendre la capitale après que les troupes du gouvernement aient fui. Mais les révolutionnaires ne purent la garder en leur pouvoir qu'une courte période[69],[61].
Le 23 octobre, Vienne fut encerclée par des troupes contre-révolutionnaires venant de Croatie, sous les ordres du Ban Josip Jelačić, et de Prague, sous les ordres du maréchal de Windischgrätz. Malgré la résistance farouche quoique désespérée de la population viennoise, la ville fut reprise par les troupes impériales en une semaine. Quelque deux mille insurgés furent tués. D'autres meneurs de l'insurrection viennoise d'octobre furent condamnés à mort ou à de longues peines de prison[134],[80].
Parmi les victimes des exécutions sommaires, il y eut notamment le député populaire gauche-libéral et républicain du Parlement de Francfort, Robert Blum, qui fut exécuté le 9 novembre 1848 en dépit de son immunité diplomatique et fut ainsi élevé au rang des martyrs de la révolution[80]. Cet événement fut repris dans la Chanson de Robert Blum qui fut surtout chantée dans les États allemands en-dehors de l'Autriche.
Le 2 décembre 1848, il y eut en Autriche une passation du pouvoir impérial. Les événements révolutionnaires avaient mis en évidence les faiblesses de l'empereur Ferdinand I. À l'initiative du ministre-président autrichien, le maréchal-prince de Schwarzenberg, l'empereur Ferdinand abdiqua et céda le trône à son neveu âgé de 18 ans, François (Franz), qui prit pour nom d'empereur François-Joseph Ier d'Autriche[135]. Avec ce nom, il faisait volontairement allusion à son arrière-grand-oncle, Joseph II (1741–1790), qui mena une politique favorable aux réformes.
C'est ainsi que la révolution en Autriche fut matée. La constitution élaborée en mars n'entra jamais en vigueur[80]. Cependant, les événements qui suivirent en Hongrie et en Italie demeurèrent un obstacle à la prétention de François-Joseph d'imposer son pouvoir dans l'ensemble de l'empire des Habsbourg[136].
L'année 1848 fut marquée, d'un point de vue culturel, par l'abolition de courte durée de la censure. En conséquence, on publia une multitude d'œuvres, les magazines se multiplièrent puis disparurent et la culture écrite se modifia radicalement. La presse libre ![citation 28] de Friedrich Gerhard, Le censeur mort[citation 29] de Moritz Gottlieb Saphir, la Police secrète[citation 30] de Ferdinand Sauter ou la Chanson du censeur[citation 31] permettent de dresser un tableau de cette ambiance de renouveau. On critiqua aussi sévèrement le système existant. On en trouve des exemples dans certaines œuvres de Johann Nestroy comme Liberté à Krähwinkel[citation 32], dans les poèmes politiques d'Anastasius Grün ou dans les écrits de Grillparzer.
Bohème [modifier]
La Bohème fut également touchée par la vague révolutionnaire. Entre le 2 et le 12 juin, se tient le congrès panslave auquel assistent 350 participants : tchèques, polonais, moraves, croates, serbes et slovaques[71]. Les participants du congrès réclamèrent la conversion de la « Monarchie du Danube » en un État fédéral aux peuples égaux en droits. La revendication d'un État national tchèque fut expressément rejetée, les moraves, allemands, craignant de se retrouver en minorité face aux tchèques ; à la place, ils demandèrent seulement des droits d'autonomie vis-à-vis du gouvernement central autrichien et refusaient l'intégration dans un État allemand[128]. L'empereur Ferdinand Ier d'Autriche refusa strictement chacune de ces revendications. Ainsi le 13 juin, les révolutionnaires tchèques commencèrent leur soulèvement à Prague contre la suprématie autrichienne. L'insurrection fut écrasée le 17 juin 1848 par les troupes autrichiennes menées par Alfred de Windisch-Graetz[137].
Hongrie [modifier]
En Hongrie, les nouvelles de la révolution à Vienne arrivèrent le 3 mars 1848, Lajos Kossuth fait alors une déclaration devant le parlement hongrois pour réaffirmer ses revendications libérales[138]. Le 14 mars 1848, une délégation hongroise se rendit alors à Vienne y transmettre leurs souhaits[139]. Lajos Kossuth succéda le 12 septembre 1848 au ministre-président libéral Lajos Batthyány, on empêcha, à la suite des événements révolutionnaires autrichiens, l'empereur Ferdinand Ier d'être reconnu roi de Hongrie[61].
Fin août Josip Jelačić est nommé gouverneur de Croatie. Le 11 septembre, il déclare la guerre à la Hongrie. Le 29 ses troupes sont repoussées à Pákozd par les hongrois[140].
Le décret impérial octroyant la constitution de mars pour la Hongrie comme pour l'Autriche déboucha le 7 mars 1849 sur un soulèvement pour l'indépendance[83]. Afin d'écraser l'insurrection, l'armée impériale, menée par Alfred de Windisch-Graetz marcha sur la Hongrie. Mais, devant l'armée révolutionnaire renforcée par des corps franc et des émigrants polonais, elle dut se retirer le 10 avril 1849.
le 14 avril 1849, la Diète de Hongrie annonça son indépendance vis-à-vis de la maison des Habsbourg-Lorraine et proclama la république[60]. Lajos Kossuth fut alors nommé régent et investi des pleins pouvoirs[141].
Cependant, les autres États européens ne reconnurent pas l'indépendance de la Hongrie. Ainsi, les troupes russes prêtèrent assistance à l'armée autrichienne et, ensemble, elles écrasèrent finalement la révolution hongroise[136]. Le 13 août 1849, les dernières unités hongroises capitulèrent à Világos[89]. Dans les semaines qui suivirent, plus de cent meneurs du soulèvement hongrois furent exécutés à Arad. Le 6 octobre 1849, au jour anniversaire de la révolution d'octobre à Vienne, l'ancien ministre-président Batthyány fut exécuté à Pest (ville)[142],[143].
Lajos Kossuth, le représentant politique le plus important du mouvement de libération hongrois put fuir en exil en août 1849. Jusqu'à sa mort à Turin en 1894, il plaida pour l'indépendance de la Hongrie[141].
Provinces et États italiens [modifier]
Au XXe siècle, après la fin de l'hégémonie napoléonienne en Europe et dans les principautés italiennes, l'Italie était composée de différents États isolés. Les régions d'Italie du Nord (Lombardie, Venise, la Toscane et Modène) étaient sous domination autrichienne. Au moins à partir des années 1820, eurent lieu les soulèvements du Risorgimento, qui aspiraient à un État unitaire italien, et se dirigeaient ainsi également contre la domination autrichienne en Italie du Nord[61]. À la suite de la Révolution de Juillet, dans les années 1830, plusieurs soulèvements furent initiés dans différentes régions italiennes par des groupes clandestins. On citera notamment ceux gravitant autour des groupes radicaux-démocrates partisans de la Révolution nationale de Giuseppe Mazzini et Giuseppe Garibaldi ; cependant, tous échouèrent[13].
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Giuseppe Mazzini (1805–1872) est un républicain combattant pour la réalisation de l'unité italienne
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Giuseppe Garibaldi (1807–1882), général et homme politique italien, est considéré comme l’un des « pères de la patrie » italienne.
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Daniele Manin (1804-1857), un des acteurs du Risorgimento, président du gouvernement de la République de Saint-Marc
À l'époque de la révolution de Mars, ces révolutionnaires jouèrent également un rôle important en Italie. Les thèses de Mazzini d'une Italie unie et libre au sein d'une Europe des peuples libérée des dynasties monarchiques, qui furent diffusées par le journal interdit Giovine Italia, n'eurent pas seulement une influence sur les révolutions des États italiens, mais furent aussi significatives pour les courants radicaux-démocrates dans de nombreuses autres régions d'Europe[13].
Les événements révolutionnaires de 1848 eurent un fort retentissement, non seulement en Italie du Nord, mais aussi dans d'autres provinces d'Italie. En janvier 1848 déjà, de premiers soulèvements de combattants pour la liberté eurent lieu en Sicile, à Milan, à Brescia et à Padoue contre la suprématie des Bourbons au sud et des Autrichiens au nord, qui s'intensifièrent le 17 mars 1848 à Venise et à Milan le 18. Les combat durèrent 5 jours dans la capitale lombarde. Finalement, les révolutionnaires déclarèrent l'indépendance de la Lombardie vis-à-vis de l'Autriche, et son rattachement au Royaume de Sardaigne. Cette situation mena finalement à la guerre entre le Royaume de Sardaigne et l'Autriche (Première guerre d'indépendance italienne)[65].
Le 4 mars 1848, Le roi Charles-Albert de Sardaigne avait déjà concédé dans son État une constitution représentative d'inspiration française, avec laquelle il introduisit une monarchie constitutionnelle, de façon à tirer profit de l'ambiance révolutionnaire pour unifier l'Italie sous son règne. Le 25 juillet 1848, malgré ses premiers succès, les troupes du roi Charles-Albert furent défaites par les Autrichiens menés par le maréchal Joseph Radetzky lors de la bataille de Custoza, près du lac de Garde[60],[61]. Selon l'armistice du 9 août, la Lombardie dut être cédée à l'Autriche. Seule Venise demeura inoccupée. Les révolutionnaires italiens avaient déclarée la ville indépendante le 23 mars 1848 et proclamé la République de Saint-Marc, dirigée par Daniele Manin[65].
En février 1849, lorsque les insurgés fomentèrent un putsch contre le grand-duc Léopold II de Toscane de la maison des Habsbourg, la guerre fut relancée. Celle-ci tourna de nouveau en faveur des Autrichiens menés par Radetzky, lors de la bataille de Novare contre l'armée de Sardaigne[60],[83], forte de 100 000 hommes. Le mouvement d'unification italien fut ainsi momentanément anéanti, et la prédominance autrichienne en Italie du Nord fut, pour l'essentiel, de nouveau restaurée. Le roi Charles-Albert de Sardaigne abdiqua au profit de son fils, Victor-Emmanuel II de Savoie, et partit en exil au Portugal. Le nouveau roi conclut le 6 août à Milan un traité de paix avec l'Autriche[65].
Le 22 août 1849, la république révolutionnaire de Venise, dernier bastion des soulèvements italiens de 1848/49, fut écrasée. Joseph Radetzky reçut de l'empereur la charge de gouverneur général, civil et militaire du Royaume lombard-vénitien[144].
Dans de nombreuses régions non-autrichiennes d'Italie, il y eut également en 1848/49 des troubles révolutionnaires, dans le Royaume des Deux-Siciles par exemple, où les soulèvements de janvier 1848 poussèrent le roi Ferdinand II des Deux-Siciles à se doter d'une constitution le 10 février 1848[61].
En novembre 1848, le pape Pie IX fuit Rome et abandonna les États pontificaux devant les troubles qui s'intensifiaient. Il se replia à Gaeta, sur la côte du Royaume des deux Siciles. Le 9 février 1849, les révolutionnaires romains menés par Giuseppe Mazzini proclamèrent la république dans les États pontificaux (République romaine). Le 3 juillet 1849, la révolution romaine fut écrasée par les troupes françaises et espagnoles[145], ce qui provoqua des protestations en certains endroits de France, comme à Lyon. Après le démantèlement du soulèvement, le pouvoir du comité exécutif fut transmis aux cardinaux. Ce n'est qu'en 1850 que le pape revint, annula une grande partie de ses réformes introduites en 1846[61] et établit des mesures dignes d'un État policier.
Bavière [modifier]
À partir du 4 mars 1848 il y eut en Bavière une recrudescence de troubles et de soulèvements à visée démocratique et libérale. Le roi Louis Ier de Bavière céda le 6 mars à certaines revendications des révolutionnaires et convoqua un cabinet plus libéral. Cependant, le roi se trouvait par ailleurs dans une situation de crise à cause de son comportement non conforme à son rang vis-à-vis de la prétendue danseuse espagnole, Lola Montez, délaissant en partie ses affaires d'État. Cette affaire exposa également Louis aux critiques du camp conservateur et catholique. Le 11 mars 1848, Lola Montez fut bannie de Munich. Il y eut de nouveaux troubles lorsque le bruit courut que la danseuse était de retour. À la suite de cela, le roi abdiqua finalement au profit de son fils, Maximilien II de Bavière[146].
Après l'échec de la Constitution de Francfort, il y eut en Rhénanie-Palatinat (qui appartenait autrefois à la Bavière), dans le cadre de la campagne pour la constitution du Reich qui eut lieu également dans d'autres régions d'Allemagne, le soulèvement palatin de mai 1849. Au cours de ce soulèvement, la Rhénanie-Palatinat fut temporairement séparée du pouvoir bavarois. Cependant l'insurrection fut rapidement écrasée par l'armée prussienne[85].
Saxe [modifier]
Dans le Royaume de Saxe il y eut, à la suite des événements révolutionnaires, un changement de ministres et quelques réformes libérales[147]. Après que le roi de Saxe eut refusé la constitution de l'empire votée à Francfort le 28 mars 1849, il y eut un soulèvement à Dresde le 3 mai[148].
La figure centrale de ce soulèvement d'environ 12 000 insurgés, parmi lesquels se trouvaient également Richard Wagner, fut l'anarchiste russe Mikhaïl Bakounine[148]. L'objectif du soulèvement étaient d'imposer la constitution de l'empire et d'obtenir des droits démocratiques. Le combat des radicaux, organisés au sein des « associations de mars[citation 33],[149] », visait cependant moins la reconnaissance de la constitution elle-même que l'imposition et la reconnaissance d'une république saxonne dans la constitution de l'empire.
Après que le roi eut fui la ville pour se réfugier dans la forteresse de Königstein, que les chambres furent dissoutes et que les ministres se furent retirés, les révolutionnaires formèrent un gouvernement provisoire. Les troupes saxonnes étaient, pour la plus grande partie dans le Duché de Holstein. Le gouvernement saxon en fuite se tourna vers la Prusse pour obtenir de l'aide. Les troupes prussiennes et les unités militaires régulières saxonnes restées sur place écrasèrent l'insurrection le 9 mai 1849 après des combats de rue acharnés[148].
Holstein et Schleswig ; première guerre dano-allemande [modifier]
Fin mars 1848, un soulèvement allemand national se produisit dans les duchés nordiques de Schleswig et de Holstein, après que le roi Frédéric VII de Danemark, sous l'influence des nationaux-libéraux danois, voulut faire adopter une constitution commune au Royaume de Danemark et aux duchés de Schleswig et de Holstein. Ces duchés dépendaient à l'époque du roi danois en sa qualité de duc. Holstein, en tant que fief allemand, était cependant membre du Saint-Empire romain germanique et plus exactement de la Confédération germanique à partir de 1815, tandis que Schleswig était un fief du Royaume de Danemark. Les nationaux-libéraux allemands craignirent l'incorporation de Schleswig dans le Danemark et formèrent un gouvernement provisoire. Ce gouvernement fut reconnu par le Bundestag de la Confédération germanique à Francfort avant même l'ouverture du Parlement de Francfort, toutefois l'absorption formelle de Schleswig dans la confédération fut évitée. À la suite de cela, la première guerre dano-allemande commença. À la demande de la confédération, les troupes prussiennes, dirigées par le Generalfeldmarschall Frédéric von Wrangel, parvinrent jusqu'au Jutland[66].
Cette manœuvre conduisit à une pression diplomatique sur la Prusse de la part de la Russie et de l'Angleterre qui menacèrent de soutenir militairement le Danemark. La Prusse céda, et le roi Guillaume IV conclut l'armistice de Malmö avec le Danemark le 26 août 1848[150]. Le retrait des troupes de la Confédération germanique de Schleswig et de Holstein ainsi que la dissolution du gouvernement provisoire de Kiel y étaient prévus[75].
Cette action arbitraire de la Prusse conduisit à une crise au sein du Parlement de Francfort, qui avait commencé entre temps à siéger. Il devint clair que les moyens et l'influence du Parlement étaient minimes. Il était soumis au bon vouloir de la Prusse et de l'Autriche. Puisque le Parlement ne disposait d'aucun moyen de poursuivre la guerre contre le Danemark sans la Prusse, il se vit contraint d'approuver l'armistice le 16 septembre 1848[75]. Cette approbation eut pour conséquence de nouveaux troubles dans toute l'Allemagne, et plus particulièrement à Francfort. Puis, les troupes prussiennes et autrichiennes furent envoyées à Francfort contre ce qui dégénéra en combats de barricades. Lors de ces affrontements, il n'était plus tellement question de Schleswig-Holstein pour les insurgés, mais désormais, et de manière grandissante, de la défense de la révolution elle-même[76].
Le parlement de Francfort [modifier]
Après que Friedrich Daniel Bassermann eut exigé le 12 février 1848 au parlement de Bade[citation 34] une représentation populaire au sein du Bundestag allemand[152], cette revendication se diffusa au-delà du parlement et ainsi, le 5 mars, l'assemblée d'Heidelberg se conclut par une invitation à un pré-parlement[citation 7] constituant[42]. Après que le Bundestag eut réagi à la pression publique par l'autorisation de la liberté de la presse, il essaya aussi de regagner sur-le-champ la souveraineté de la constitution et de la représentation parlementaire en reconnaissant la nécessité d'une révision de l'Acte confédéral allemand et de la mise en place du comité des dix-sept afin d'élaborer une nouvelle base à la constitution pour une Allemagne unie[152]. Le « pré-parlement », au sein duquel les libéraux avaient le dessus sur la gauche radicale, décida dans les premiers jours d'avril de travailler en commun avec la Confédération germanique et d'amorcer ensemble les élections pour une assemblée nationale constituante afin de donner un cadre juridique au mouvement[42]. Le comité des cinquante fut mis en place pour représenter le mouvement révolutionnaire auprès du Bundestag, et celui-ci appela les États de la Confédération germanique à mettre en œuvre l'élection de l'assemblée nationale. Elle s'assembla pour la première fois le 18 mai 1848 en l'église Saint-Paul de Francfort et élut le libéral modéré Heinrich von Gagern comme président[40]. L'assemblée nationale établit le pouvoir central provisoire, un gouvernement faisant office d'exécutif pour le parlement, et reprit le pouvoir étatique du Bundestag. Jean-Baptiste d'Autriche, en tant que régent, se trouvait à la tête du pouvoir central et le prince Karl zu Leiningen faisait office de ministre-président de ce nouveau « ministère de l'empire »[153].
Le Parlement de Francfort devait préparer l'unité allemande et élaborer la constitution de l'empire[150]. Au sein de ce parlement, c'étaient les couches sociales de la bourgeoisie qui étaient principalement représentées : des hommes propriétaires et cultivés, de hauts fonctionnaires, des professeurs, des officiers, des juges, des magistrats, des avocats, etc. En raison de cette forte présence de la haute bourgeoisie, le parlement fut affublé de surnoms peu flatteurs par le peuple goguenard : « parlement des notables » ou « parlement des professeurs »[154],[155]. Dans le cadre du travail parlementaire, différents groupes et factions se formèrent bientôt, qui furent baptisés en fonction des cafés où leurs membres se rencontraient après ou entre les séances pour convenir de leurs propositions et de leurs idées. À l'exception d'un grand groupe de députés qui n'appartenaient pas aux factions (33 % des députés en octobre 1848), qui de toute façon soumises aux glissements, deux ailes idéologiques et deux partis centristes se constituèrent (entre parenthèses leurs poids relatif au sein du parlement en octobre 1848[156])[70] :
- La gauche démocratique[citation 35], également appelée die Ganzen à l'époque) - Elle était composée des fractions du Deutscher Hof (8 %), du Donnersberg (7 %) auxquels se joignit en novembre le Nürnberger Hof. À partir de début 1849 elle fut globalement réunie au sein du Centralmärzverein (association centrale de mars) duquel naquit le parlement croupion[citation 11].
- Le centre gauche parlementaire-libéral[citation 36], également appelée die Halben) - Il était composé du Württemberger Hof (6 %) et du Westendhall (7 %), puis également du Augsburger Hof (7 %) à partir de septembre. Il s'unit avec le centre droit en février 1849 au sein du groupe Weidenbusch.
- Le centre droit constitutionnel-libéral[citation 37] - À partir d'août, avec le détachement du Landsberg (6 %), il est empreint par la grande fraction Casino (21 %). Avec le centre gauche, il forma la liberale Mitte (centre libéral), connu sous le nom die Halben. Début 1849, une partie de la fraction du Casino fusionna avec les fractions de droite pour former le Pariser Hof.
- La droite conservatrice[citation 38] - Elle était pour la plupart composée de conservateurs protestants. Ils siégèrent au départ dans la Steinernen Haus, puis ils furent connus à partir de septembre comme étant la fraction du Café Milani (6 %).
Les idées des fractions allaient de la position minoritaire « radicale-démocrate » représentée par die Ganzen : la création d'une république démocratique parlementaire pangermanique, à une position représentée par die Halben : une monarchie constitutionnelle héréditaire adoptant soit la solution petite-allemande (sans l'Autriche), soit la solution grande-allemande (avec l'Autriche), jusqu'au statu quo[156].
Avec le désaccord paralysant des députés, il vint à manquer un pouvoir exécutif capable de faire appliquer les décisions du Parlement qui échouaient souvent en raison des initiatives individuelles de l'Autriche ou de la Prusse[154]. Cela mena à plusieurs crises, comme la question de Schleswig et Holstein relative à une guerre contre le Danemark. (Voir plus haut : Holstein et Schleswig ; première guerre dano-allemande).
Malgré tout, la Constitution de Francfort, qui prévoyait une solution petit-allemande dont le roi de Prusse serait l'empereur, fut votée le 28 mars 1849 avec une majorité de 42 voix[7]. Le 3 avril, lorsque le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse refusa la dignité d'empereur que lui proposait la députation impériale[citation 39], le Parlement de Francfort fut de fait un échec[75],[84]. 29 des États de moyenne puissance approuvèrent la Constitution. L'Autriche, la Bavière, la Prusse, la Saxe et Hanovre la refusèrent. Les députés prussiens et autrichiens quittèrent le Parlement lorsqu'ils furent révoqués par leur gouvernement[85].
Afin de faire toutefois aboutir la Constitution dans les Länder isolés malgré le renforcement de la contre-révolution, il y eut en mai 1849 dans certains centres révolutionnaires des « soulèvements de mai » dans le cadre de la campagne pour la constitution du Reich[citation 40]. Ces soulèvements créèrent un deuxième sursaut révolutionnaire radicalisé qui prit des proportions semblables à une guerre civile dans certaines régions de la Confédération, par exemple le Pays de Bade et la Saxe[157]. Le Parlement de Francfort perdit la plus grande partie de ses membres en raison des révocations et d'autres défections, et se retira à Stuttgart le 30 mai 1849 sans les députés prussiens et autrichiens sous la forme d'un parlement croupion[citation 11]. Il restait 130 députés [158]. Le 18 juin 1849, ce parlement croupion fut violemment dissout par les troupes du Wurtemberg. C'est avec la défaite des derniers combats révolutionnaires du 23 juillet à Rastatt que la Révolution allemande de 1848-1849 fut définitivement mise en échec[85],[8].
Répercussions et conséquences en Allemagne [modifier]
Conséquences immédiates [modifier]
Après l'échec de la Révolution, une contre-révolution réactionnaire triompha. Dans la décennie qui suivit 1848, appelée « ère de réaction[citation 41] », s'établit de nouveau une Restauration certaine de l'ancienne situation, qui ne prit cependant pas tout à fait les proportions de la répression de Metternich pendant le Vormärz[159],[160].
Après son échec provisoire lors de la conférence d'Olmütz de 1850[161], l'idée nationale d'une union de la petite Allemagne fut finalement imposée et réalisée « d'en haut » par les puissances conservatrices dominantes menées par la Prusse et en particulier par Otto von Bismarck en tant que ministre-président prussien à partir de 1862, après les trois guerres d'unification allemande de la Prusse contre le Danemark, contre l'Autriche et contre la France. En 1871, à la suite de la victoire de la Prusse sur la France, le roi Guillaume de Prusse fut couronné premier empereur allemand à Versailles sous le nom de Guillaume Ier d'Allemagne et l'Empire allemand fut proclamé ; jusqu'en 1890, le chancelier impérial Bismarck joua un rôle prépondérant dans sa politique[162]. L'influence de la révolution dans le processus d'unification est indéniable[160].
Acquis de la révolution [modifier]
L'échec évident des objectifs nationalistes de la Révolution de 1848/49[163] détourne souvent l'attention des succès solides et des progrès durables qui furent atteints dans les années de la Révolution et sur lesquels la contre-révolution victorieuse ne put revenir. En premier lieu on peut citer la fin définitive de l'ordre féodal[159]. Les revendications d'abolition du servage héréditaire et des redevances féodales ont pu être comprises par une large part de la population rurale et paysanne comme faisant partie des leurs, et les conduisit à participer aux mouvements de Mars 1848, en particuliers en Autriche[164].
Un autre succès solide des années révolutionnaires fut l'abolition de la justice inquisitrice secrète des périodes de la Restauration et du Vormärz. L'exigence du caractère publique de la juridiction répressive et de la cour d'assise faisait partie des revendications fondamentales de Mars. Sa mise en place conduisit à une amélioration durable de la sécurité juridique. La constitution prussienne constitue également un acquis certain[160].
De plus, pendant la Révolution, à la suite de l'assouplissement de la censure de la presse, un paysage de la presse plus ou moins pluraliste se constitua. De nouveaux journaux à gauche comme à droite gagnèrent de l'influence sur les actualités politiques. À gauche, on peut citer par exemple le journal publié par Karl Marx, la Neue Rheinische Zeitung (Nouvelle Gazette rhénane), qui fut interdit le 19 mai 1849[165]. Le centre modéré était entre autres représenté par la Deutsche Zeitung (Journal allemand) et la droite par la Neue Preußische Zeitung (Nouvelle Gazette prussienne) dont Otto von Bismarck fut associé à la création[166]. C'est avec le Kladderadatsch (Patatras) que vit le jour le 7 mai 1848 l'un des premiers grands magazines satiriques d'Allemagne[167],[168].
Influences sur les différentes mouvances politiques et associatives [modifier]
Les nouveaux mouvements réclamant une émancipation, en particulier le mouvement ouvrier et le mouvement féministe n'ont pas eu un poids important dans la révolution. Ils n'étaient pas directement représentés au parlement, tout au plus la gauche libéral-démocrate bourgeoise défendait leurs intérêts. La révolution a cependant fortement influencé sur leur développement. Elle a vu l'apparition de structures et d'institutions qui ont résisté à la répression de la période de réaction qui l'a suivie. Ainsi le 3 septembre 1848 à Berlin, sur initiative de l'écrivain Stephan Born, l'Allgemeine Deutsche Arbeiterverbrüderung (fraternité générale des travailleurs allemands) fut fondée[169],[170]. C'était la première organisation travailleuse qui s'étalait sur plusieurs régions en Allemagne, elle a notamment eu un rôle important dans l'émergence des syndicats[171].
En ce qui concerne les féministes, le 12 mai 1849 la journaliste et avocate du droit des femmes Louise Otto, plus connu sous le nom de Louise Otto-Peters, fonda le journal politique Frauen-Zeitung (le journal des femmes), où elle appelait au regroupement des ouvrières au sein d'association en suivant le modèle des hommes afin de défendre leurs intérêts[172],[173].
Une période de réaction suivit directement la révolution, marquée par les procès contre les démocrates et les communistes, la censure, le contrôle de l'administration[174]. Elle laissa cependant rapidement la place à une ère plus libérale dite « Neue Ära » entre 1849 et 1866. Elle voit notamment les forces libérales se renforcer et se rassembler en 1861 dans le premier parti politique allemand : le parti progressiste allemand[175].
Les radicaux-libertaires (radikal-libertäre), association rassemblant les anarchistes se développa en prenant une direction proche du socialisme. Dans les années 1870, un conflit éclata au sein de l'association internationale des travailleurs, la première internationale, entre socialistes anarchistes menés par Mikhaïl Bakounine et les marxistes menés par Karl Marx. Cette discorde mena à la dissolution de la première internationale en 1876.
La plupart des démocrates radicaux, quand ils n'avaient pas été emprisonnés ou exécutés, avaient fui en exil. Dans les années 1848/49, une vague d'émigration de grande ampleur eut lieu, on estime ainsi à 78 800, 59 000 et 61 700 le nombre d'émigrants allemands pour les années 1847, 1848 et 1849, la quasi-totalité vers les États-Unis[176]. Les émigrants y sont désignés par le nom de « Forty-Eighters » ce qu'on pourrait traduire par « quarante-huitards ». Beaucoup de ces émigrés s'impliquèrent dans la vie démocratique locale. Ainsi ils furent nombreux à soutenir Abraham Lincoln lors des élections présidentielles américaines, à combattre l'esclavage ou à prendre part à la guerre de Sécession au côté des États du nord de 1861 à 1865. Certains firent également une véritable carrière politique comme Lorenz Brentano ou Carl Schurz, ce dernier fut ministre de l'intérieur de 1877 à 1881.
Les autres démocrates radicaux, qui étaient restés en Allemagne ou qui y étaient revenus après l'amnistie de 1862, rejoignirent massivement le mouvement ouvrier et la social-démocratie.
Le mouvement étudiant organisé en Corps et en Burschenschaft perdit progressivement de son importance. Les idées libérales et démocratiques furent remplacées petit à petit par le nationalisme résolument plus à droite, accompagné de racisme et d'antisémitisme. Les membres de ces associations, pratiquant pour la plupart la mensur, formèrent plus tard l'élite de l'Empire allemand et dans une moindre mesure du régime nazi.
Au XXe siècle, un grand nombre de mouvements politiques allemands, de la gauche radicale aux nationalistes en passant par les démocrates, se réclamaient de la révolution de 1848.
Historiographie [modifier]
Postérité de la révolution [modifier]
D'abord mis au ban, par le royaume de Prusse notamment[177], l'Empire allemand tente de se voir comme l'aboutissement de la révolution de mars tout en en sous-estimant l'influence et en ne suivant pas son esprit. Ainsi le parlement national et une partie de la constitution sont repris des acquis de la révolution de mars[178]. Toutefois les droits fondamentaux ne sont pas inscrits dans la constitution mais seulement assurés au moyen de lois[82]. La république de Weimar à travers sa constitution en particuliers, est fidèle à la révolution de mars et remet en avant ces événements[179],[12]. Hitler détourne la révolution à des fins expansionnistes. Finalement, après la guerre les deux États allemands se disputent l'héritage révolutionnaire : la RFA se réclame de la liberté d'expression, de presse, de circulation réclamée en 1848, la RDA de sa tradition révolutionnaire[12].
Causes de l'échec [modifier]
Les causes de l'échec de la révolution ont longtemps été analysées[180]. Pèle-mêle on peut citer le dualisme Autriche/Prusse qui empêche toute évolution ; la division entre les libéraux et les démocrates ; le rejet de la révolution par les bourgeois et les libéraux de peur de la voir se transformer en révolution rouge ou en nouvelle terreur[180] ; le manque de soutien des autres grandes puissances européennes ; le choix personnel de Frédéric-Guillaume IV de Prusse qui a été trop vu comme l'homme providentiel ; la rapide victoire en mars qui donnent aux députés des attentes irréalistes comme la simultanée création d'un État-Nation, la proclamation des droits fondamentaux et d'acquis sociaux. Botzenhart dit résumer la pensée de Langewiesche, Wehler et Siemann en disant qu'il y avait trop de problèmes à régler. Il ajoute que les difficultés rencontrées par la révolution en France, alors que là-bas la situation était plus simple, montre combien la tâche était difficile[160]. Nipperdey quant à lui expose les pour et les contre de la politique des libéraux, puis conclut que la faute n'est ni à imputer aux démocrates ni aux libéraux, leur mésentente était inévitable. Il conclut également que les éléments contraires étaient trop nombreux[180].
La répression de la Révolution et la victoire des réactionnaires engendrèrent un dualisme spécifiquement allemand entre les idées de Nation et de Démocratie qui marqua pour longtemps l'histoire allemande et qui est encore sensible de nos jours. À la différence de la France, des États-Unis ou d'autres pays où, à la suite de révolutions victorieuses, « Nation » et « Démocratie » sont plutôt vues traditionnellement comme une unité et où l'adhésion à la Nation inclut en général également l'adhésion à la Démocratie, en Allemagne la relation entre Nation et Démocratie est jusqu'à aujourd'hui un objet de débats polarisant, controversé et souvent très empreints d'une dimension émotionnelle (voir l'article Sonderweg)[1].
Articles connexes [modifier]
- Absolutisme
- Biedermeier
- Constitution de Francfort
- Décrets de Karlsbad
- Histoire de l'Allemagne
- Histoire de l'Autriche
- Ligue des communistes
- Libéralisme
- Nationalisme
- Révolution allemande de novembre 1918
- Révolution industrielle
- Vormärz
Références [modifier]
- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Deutsche Revolution 1848/1849 » (voir la liste des auteurs)
- Langewiesche 1983, p. 14
- Langewiesche 1983, p. 26
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- Brandt 2002, p. 210
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- Jean-Paul Bled, François-Joseph, Paris, Éditions Perrin, coll. « Tempus » (no 403), 2011 (1re éd. 1987), 853 p. (ISBN 978-2-262-03583-9), chap. III (« La montée sur le trône : « adieu, ma jeunesse ! » »)
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- Gall 1998, p. 152
- (de) Texte de la chanson Guckkastenlied vom großen Hecker. Consulté le 12 février 2012
- Dipper et Speck 1998, p. 56
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Citations [modifier]
- « Weberaufstand »
- « Frankfurter Wachensturm »
- « Märzforderungen »
- « Bauernbefreiung »
- « Forderungen des Volkes »
- « Märzforderungen »
- « Vorparlament »
- « Deutschlands Freiheit, Deutschlands Einigkeit »
- « in einen Bund von gleichberechtigten Völkern »
- « Reichsverfassungskampagne »
- « Rumpfparlament »
- « Heckeraufstand »
- « Heckerzug »
- « Deutscher Demokratischer Legion »
- « Guckkastenlied vom großen Hecker »
- « Kartätschenprinzen »
- « Friedhof der Märzgefallenen »
- « Berliner Zeughaussturm »
- « Staatsministerium »
- « lang »
- « praca organiczna »
- « Neue Sklaven »
- « Warum wir arm sind »
- « Was kommt dort von der Höh »
- « Metternichs Linde »
- « vollkommene Preßfreiheit gewährt »
- « Pillersdorfsche Verfassung »
- « Die Presse frei! »
- « Der tote Zensor »
- « Geheime Polizei) »
- « Zensorlied »
- « Freiheit in Krähwinkel »
- « Märzverein »
- « badische Ständeversammlung »
- « die demokratische Linke »
- « das parlamentarisch-liberale linke Zentrum »
- « das konstitutionell-liberale rechte Zentrum »
- « die konservative Rechte »
- « Kaiserdeputation »
- « Reichsverfassungskampagne »
- « Reaktionsära »
Bibliographie [modifier]
En français [modifier]
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En allemand [modifier]
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Pour approfondir [modifier]
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