Révolution industrielle

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La révolution industrielle, expression d'Adolphe Blanqui mise ensuite en valeur par Friedrich Engels et par Arnold Toynbee, désigne le processus historique du XIXe siècle qui fait basculer — de manière plus ou moins rapide selon les pays et les régions — une société à dominante agraire et artisanale vers une société commerciale et industrielle. Cette transformation, tirée par le boom ferroviaire des années 1840, affecte profondément l'agriculture[1], l'économie, la politique, la société et l'environnement.

Certains historiens contestent la validité scientifique de cette expression. Pour Werner Sombart (Le Capitalisme moderne, 1902) la « révolution industrielle » est un phénomène ancien, qui commence en fait à Florence au XIVe siècle avec l'émergence de la civilisation bourgeoise. Fernand Braudel fait observer que le caractère brutal qu'implique le terme de « révolution industrielle » ne peut a priori s'appliquer qu'au Royaume-Uni. Tandis que pour les autres pays, le terme d'industrialisation qualifie mieux un processus en réalité assez progressif. Patrick Verley[2] insiste sur la continuité du phénomène, le moteur de la croissance de l'industrie, à la fin du XVIIe siècle, résidant d'abord dans le dynamisme de la demande de biens de consommation, qui stimule en retour le progrès technique.

Sommaire

Définition[modifier | modifier le code]

La «  révolution industrielle » se caractérise par le passage d'une société à dominante agricole et artisanale à une société commerciale et industrielle dont l'idéologie est technicienne et rationaliste[3].
Les « révolutions industrielles » (au pluriel) désignent les différentes vagues d'industrialisation qui se succèdent dans les différents pays à l'époque moderne, car la révolution industrielle émerge en réalité de façon décalée dans le temps et dans l'espace selon les pays.

Les premiers espaces à s'être industrialisés sont la Grande-Bretagne à la fin du XVIIIe siècle, puis la France et la Belgique au début du XIXe siècle : ce sont les pays de la première vague.
L'Allemagne et les États-Unis s'industrialisent à partir du milieu du XIXe, le Japon à partir de 1868 puis la Russie à la fin du XIXe : ils forment les pays de la deuxième vague.

Les transformations économiques, politiques et sociales sont telles que certains, comme Max Pietsch[4] et David Landes[5], veulent y voir une rupture avec le passé.
D'autres pointent plutôt la convergence d'éléments que le contexte historique favorise et diffuse au XIXe siècle. Karl Polanyi, dans La Grande Transformation (1944), expose notamment l'idée d'un siècle marqué par :

  1. un équilibre politique international : absence de grandes guerres entre 1815 et 1914[6] ;
  2. un équilibre monétaire : système de l'étalon-or et absence d'inflation ;
  3. un équilibre économique : acceptation de l'économie de marché.

Sans méconnaitre l'impact colossal des transformations portées par la révolution industrielle, (voir par exemple l'expression « Rerum Novarum » employée par le Pape Léon XIII dans son encyclique éponyme: Un ensemble de «choses nouvelles» forment un mouvement économique et social inédit et déconcertant qui pose la question sociale), certains éléments assurent une certaine continuité entre les périodes pré-industrielles et industrielles. Walt Whitman Rostow est l'un des premiers à rendre compte[7]. Franklin Mendels parle d'une situation de « proto-industrialisation » dans de nombreuses régions d'Europe[8] et Pierre Léon note l'existence de « nébuleuses industrielles » antérieures au XIXe[9]. De même, Bernard Rosier et Pierre Dockès[10] montrent que l'avènement du factory system fait suite à l'expérience antérieure du manufactory system et Alexander Gerschenkron note que la révolution industrielle est surtout le résultat d'obstacles économiques, politiques et sociaux qu'opposaient les sociétés traditionnelles et surmontés par chaque État. Enfin, Fernand Braudel note : « Il n'y a jamais entre passé -même lointain- et présent de discontinuité absolue, ou si l'on préfère de non contamination. Les expériences du passé ne cessent de se prolonger dans la vie présente ». Ainsi, de nombreux auteurs situent le début de la révolution industrielle à la fin du Moyen Âge ou au début de la Renaissance. Paul Mantoux parle de l'existence d'un capitalisme industriel dès le milieu du XVIe siècle, mais la révolution industrielle en soi date, selon lui, du XVIIIe siècle[11].

Industrialisation massive : panorama sur les usines sidérurgiques Carnegie à Youngstown dans l'Ohio, 1910

Avant la révolution industrielle[modifier | modifier le code]

De la fin du Moyen Âge au XVIIIe siècle, la société est largement féodale et presque exclusivement agricole. À l'exception de certaines régions, comme les Flandres, l'agriculture est encore peu productive et marquée par l'archaïsme féodal. La pratique de l'assolement triennal reste la règle et les champs sont exploités de façon collective, l'absence de clôtures permettant le mouvement du bétail d'un terrain à l'autre. L'Europe connait plusieurs phases de croissance démographique et de prospérité économique qui sont toujours entrecoupées par des crises profondes : épidémies, guerres et disettes. La mortalité infantile est élevée, l'alimentation est essentiellement à base de céréales[12]. L'hygiène reste désastreuse : les carences sont attestées par des déformations et autres marqueurs d'innombrables maladies relevées sur les squelettes de l'époque.

Toutefois, les premières associations capitalistes apparaissent dès la Renaissance en Hollande et dans le Nord de l'Italie. Les techniques enregistrent d'importants progrès : navigation, imprimerie, horlogerie et méthodes bancaires. Les foires qui se développent dans certaines régions d'Europe attestent de l'existence d'échanges se situant dans une économie de marché plus élargie. Ces volumes demeurent cependant modestes dans le total des échanges pratiqués par les populations.

L'usine, au sens moderne, est inexistante. Les manufactures établies par le pouvoir royal, en France notamment, (voir l'exemple de Villeneuvette) restent une activité d'exception. Cependant, certaines formes d'organisations basées sur une sous-traitance à domicile (putting-out system) – comme l'établissage dans l'industrie horlogère – annoncent la révolution industrielle ; les marchands commencent à fournir les paysans en matières premières, parfois en outils, en vue de récupérer ensuite un produit transformé qu'ils revendront en ville . Les paysans en tirent un complément de revenu. Ce mode de vie n'est donc plus tout à fait le servage mais n'est pas encore le salariat. C'est un mélange inédit d'agriculture et d'artisanat : l'économie moderne est en germe. Ainsi l'avènement des indiennes de coton dont la fabrication implique la mise en œuvre de processus techniques complexes provoquent le développement d'une proto-industrie dans plusieurs régions d'Europe au XVIIIe siècle.

D'après les calculs d'Angus Maddison, l'Europe occidentale connait, de 1500 à 1800, une croissance démographique de 0,14 %, soit un taux faible mais déjà supérieur à ceux des autres régions du monde (0,02 %). C'est donc dès le XVIIIe siècle que l'Europe commence à creuser l'écart économique avec le reste du monde. Cette avance reste limitée[13] et si l'Europe occidentale n'est pas plus riche que le reste du monde, elle commence déjà à le dominer : les grandes compagnies de commerce profitent du renouveau des techniques maritimes, pour se rivaliser, prendre le contrôle des mers et des comptoirs d'escale ou d'approvisionnement. Ce commerce au long cours s'intéresse à l'origine surtout aux produits de luxe : activité très risquée mais qui procure à ceux qui y investissent des profits considérables[14]. L'idée d'investissement de rapport se diffuse d'abord chez les financiers qui se lancent dans le négoce, puis chez des négociants qui réussissent à s'autofinancer ou à trouver les moyens de se financer : création et développement des banques, des bourses et des associations de « capitalistes » dans les pays du Nord de l'Europe.

Contexte favorable, résultat d'une longue évolution[modifier | modifier le code]

Article connexe : Histoire du capitalisme.

Structures sociales, économiques et politiques[modifier | modifier le code]

Évolution de la société[modifier | modifier le code]

Dès le XVIe siècle, la Réforme protestante conduite par Martin Luther et Jean Calvin secoue l'Europe tout entière. Le protestantisme porte en lui les germes de ce qui constitue un « terreau » de valeurs qui révolutionnent la conception du travail et de la vie. En effet, d'après Max Weber, le travail n'a pas à être considéré comme le châtiment expiatoire du pêché originel comme le rapporte l'éthique catholique. C'est au contraire une valeur fondamentale au travers de laquelle chacun s'efforce de se rapprocher de Dieu[15]. À la suite de la révocation de l'édit de Nantes, par l'édit de Fontainebleau de 1685, la France se prive du savoir-faire et des capitaux des protestants, les huguenots, qui fuient vers les Provinces-Unies (aujourd'hui les Pays-Bas), les Pays germaniques (Saint-Empire, Suisse, etc.) et l'Angleterre[16] ; c'est-à-dire vers les pays protestants.

L'évolution des idées est également marquée par la dimension prise par la bourgeoisie au sein de la société. Il est notable que l'expansion économique précoce se fait souvent dans un contexte politique déjà en partie affranchi du féodalisme. Venise, en Italie du Nord, est dominée par les marchands et les Provinces-Unies ainsi que l'Angleterre se sont dotées d'un régime parlementaire.

Transformation de l'entreprise[modifier | modifier le code]

Peinture de Hendrick Cornelisz Vroom réalisée vers 1600, montrant le départ de voiliers de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.

Le capitalisme ne naît pas avec la révolution industrielle ; dès la fin du Moyen Âge, l'historien Fernand Braudel note que les activités du capitalisme marchand et financier sont déjà largement développées dans le nord de l'Italie, les Pays-Bas ou l'Allemagne du Nord.

Dès le XVIIe siècle, les grandes compagnies commerciales maritimes, comme la Compagnie anglaise des Indes orientales (1600) ou la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (1602), préfigurent l'« entreprise » moderne. Elles constituent en effet les premières entités à explicitement viser le profit monétaire et, pour ce faire, à savoir mobiliser hommes, capitaux et moyens matériels (navires) pour exploiter les nouvelles connaissances géographiques et les progrès technologiques : boussole, sextant, etc.

Durant cette ère préindustrielle — ou « proto-industrielle » selon l'expression de Franklin Mendels — des « nébuleuses industrielles[17] » comme en Flandres au XVIIe siècle apparaissent dans lesquelles se développent des formes embryonnaires d'entreprises pour contourner les règles corporatives. Les premières formes juridiques d'entreprises reposant sur la libre association de sociétaires voient le jour, notamment la société en commandite.

L'ampleur des besoins financiers engendrés par la révolution industrielle pose rapidement la question de l'accumulation primitive du capital et consécutivement celle du financement par l'appel à l'épargne publique ou aux capitaux extérieurs. Jusque-là, les « investisseurs » associés au sein de sociétés en nom commun (SNC) découpées en parts non négociables, et non en actions, ont la qualité juridique de « commerçants » et sont, à ce titre, responsables sur leurs biens propres. Les premières sociétés de capitaux comme les sociétés en commandite par actions (actions négociables à la Bourse) remontent en France au Code du commerce de 1807, mais restent marginales[18]. Or au XIXe siècle, la révolution industrielle requiert — comme dans les chemins de fer — une importante concentration de capitaux en vue de financer des investissements de plus en plus couteux. Une nouvelle forme juridique d'entreprise, la société anonyme (SA) facilite les apports en capitaux de plusieurs investisseurs : ceux-ci n'engagent leur responsabilité qu'à hauteur des montants investis, ce qui limite les risques.

Ainsi en Angleterre, la mise en place des joint stock companies (JSC) fait suite à l'abrogation du «Bubble Act» en 1825 et au «Joint Stock Companies Act» de 1856.
Ainsi en France est instaurée la société anonyme après les lois de 1863 et 1867 (et en Allemagne en 1870). D'après François Caron[19] 11,4 % des sociétés créées en France entre 1879 et 1913 le sont sous la forme des sociétés anonymes.

Libéralisme à l'aube de l'industrialisation[modifier | modifier le code]

La réflexion sur le rôle de l'État dans l'économie, les thèmes du libre-échange et du protectionnisme sont l'objet d'une longue réflexion historique. Au XVIIe siècle, le mercantilisme — « économie au service du prince » — énonce de manière pragmatique et parfois assez formalisée (ainsi le colbertisme en France) les premières considérations et théories économiques censées correspondre aux besoins des nations et royaumes. En 1776, un auteur libéral comme Adam Smith est partisan[20] d'un État-gendarme capable d'assurer d'une part des prérogatives régaliennes et d'autre part des fonctions tutélaires. Il ne s'agit donc pas à proprement parler d'un État minimal.

Par ailleurs, la division du travail est déjà à l'œuvre depuis au moins un siècle dans les chantiers navals (par exemple, l'arsenal de Venise) et illustrée par les planches de l'Encyclopédie. Elle est source d'efficience et de meilleure productivité. La spécialisation et l'interdépendance qu'elle induit entre un nombre croissant d'agents économiques qui y ont recours rend nécessaires les échanges et contribue à généraliser les pratiques de marché. Vincent de Gournay et le mouvement physiocratique lancent au XVIIIe siècle : « Laissez faire les hommes, laissez passer les marchandises ».

Le siècle des Lumières promeut la conception d'un État garant des libertés individuelles, parmi lesquelles, la liberté du commerce et de l'industrie et, son corollaire, la libre concurrence. Concrètement, il s'ensuit en France l'abrogation des corporations à la suite du décret d'Allarde en mars 1791 et l'interdiction de toute coalition à la suite de la loi Le Chapelier du 14 juin 1791 : « Il n'y a plus de corporations dans l'État ; il n'y a plus que l'intérêt particulier de chaque individu et l'intérêt général[21] ».

En Angleterre, les Combination Acts de 1799 et 1800 engagent un processus similaire. De telles mesures ont un impact décisif sur le processus de révolution industrielle ; d'après Arnold Toynbee « l'essence même de la révolution industrielle est la substitution de la libre concurrence aux règlementations qui, depuis le Moyen Âge, étaient imposées à la production[22] ».

Au XIXe siècle alternent des périodes de libre-échange et de protectionnisme. Paul Bairoch observe que « le protectionnisme est la règle, le libre-échange l'exception[23] ». Le Royaume-Uni commercialiste avait opté dès le XVIIe siècle pour des mesures protectionnistes telles le « Navigation Act » de Cromwell en 1651, et réitère en ce sens avec les «Corn laws» de 1815 à la suite de « l'Importation Act ». L'abrogation des « Corn Laws » par le «Peel Act» le 15 mai 1846 constitue, au même titre que l'abrogation du «Navigation Act» en 1849, un tournant fondamental du XIXe siècle.

Ce libéralisme est donc à l'origine de la généralisation du marché au XIXe siècle : celui-ci – autrefois existant mais de manière marginale – devient facteur décisif dans le processus d'industrialisation. Karl Polanyi estime dans La Grande Transformation que le marché fonctionne de manière autorégulée, sans intervention de l'État, entre 1834, date de l'abolition de la loi de Speenhamland consacrant la marchandisation de la main d'œuvre, et 1929, date de la grande crise économique qui provoque le retour et le recours à l'État en vue d'intervenir activement et réglementer le marché.

Progrès scientifiques[modifier | modifier le code]

La révolution industrielle est aussi le fait de découvertes et innovations qui favorisent l'industrialisation. La « grappe d'innovation » qui survient[24], est d'une ampleur telle que la révolution industrielle marque une véritable rupture au niveau des techniques.

Pourtant, de nombreuses industries ne sont pas à proprement parler récentes : Certaines comme l'imprimerie et la soierie remontent au milieu du XVe siècle. Les travaux d'Henri Hauser[25] montrent que ces industries ont favorisé l'émergence des premières manufactures dont certaines, en France, sont créées sur décision royale dès le règne d'Henri IV mais surtout sous celui de Louis XIV, influencé par les idées mercantilistes de Colbert.

De même, Lewis Mumford[26] considère l'invention de l'horloge comme l'une des premières activités mécaniques, occasionnant le perfectionnement de certaines techniques et favorisant la division du travail (voir en particulier le modèle d'organisation assez remarquable dit de l'« Établissage » en vigueur dans l'horlogerie du Jura depuis au moins le XVIIIe siècle).

Mutations liées : agriculture et démographie[modifier | modifier le code]

Révolution agricole[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution agricole.

Selon certains historiens comme Georges Duby[27], le monde agricole connait une lente évolution amorcée depuis le Xe siècle. Ainsi Olivier de Serres considéré comme le père de l'agronomie française a déjà expérimenté à la fin du XVIe siècle sur son domaine du Pradel (200 ha) des techniques nouvelles comme l'assolement. Mais ces nouvelles techniques diffusent lentement et n'évoluent de manière significative qu'à partir du XVIIIe siècle. À cette époque, seules les Provinces-Unies connaissent une forte productivité agricole.
La révolution agricole, soit le bouleversement des techniques, caractérisé par des innovations, va enregistrer un renouveau cette fois dans le sud de la Grande-Bretagne: Dans le comté de Norfolk, à partir de 1720, Charles Townshend expérimente un système nouveau d'assolement continu qui se substitue à l'assolement triennal avec jachère. C'est le début d'une nouvelle vague d'innovations : drainage, marnage, invention du semoir par Jethro Tull en 1701, etc.

Cependant, les mouvements d'enclosure entamés au XVe siècle représentent le bouleversement le plus considérable de l'exercice de la production agricole. La mise en clôture des terres agricoles par les landlords rompt avec le système traditionnel de l'openfield, synonyme de profits collectifs. Les enclosures, inaugurées en Angleterre par les Enclosure acts dès 1760, permettent le remembrement agricole et consécutivement, l'application de nouvelles techniques et l'accroissement de la production de manière significative. Pour Karl Marx, les enclosures privent nombre de ces petits paysans de leur moyen de subsistance, à savoir la culture des biens communaux et contraignent les paysans à un exode rural massif. Ces paysans sans terre migrent vers les villes et leurs faubourgs dans lesquels ils deviennent les premiers ouvriers – ainsi que les premiers prolétaires – de la révolution industrielle. Il s'ensuit le « triomphe de l'individualisme agraire », d'après l'expression de Marc Bloch[28].

La France -qui refuse l'agriculture « à l'anglaise »- prend du retard en matière d'innovation agricole. L'historien Jean-Claude Toutain note tout de même que la forte croissance démographique de la France au XVIIIe siècle est alimentée par un accroissement de la production agricole en France de 20 à 30 % par décennie de 1700 à 1780. De même, le marché agricole se développe en France après la Révolution de 1789 qui consacre la libération de la terre, permettant, selon l'expression de Pierre Rosanvallon, de « déterritorialiser l'économie et de construire un espace fluide structuré par la seule géographie des prix »[29]. Ces éléments remettent en cause l'idée répandue du conservatisme du monde rural, notamment en Europe de l'Ouest. Le monde agricole de l'Europe méditerranéenne et centrale, demeure quant à lui traditionnel notamment en Russie où le servage n'est aboli que le 3 mars 1861.

La révolution agricole, amorcée au début du XVIIIe siècle, va se poursuivre tout au long du XIXe siècle. L'apparition du machinisme agricole, est marquée par la moissonneuse mécanique de Cyrus Mac Cormick en 1824, sa moissonneuse-batteuse en 1834, la charrue de Mathieu de Dombasle en 1837. Les années 1840 voient naitre l'utilisation des engrais artificiels grâce à la chimie (recherches de Justus von Liebig).

Transition démographique[modifier | modifier le code]

Le principe de la transition démographique

Les pays ayant connu la révolution industrielle ont également tous connu des mutations démographiques dont la plus importante est la transition démographique. Celle-ci ne se produit pas forcément au même moment que l'industrialisation, ce qui conduit à nuancer les liens entre démographie et révolution industrielle.

La transition démographique correspond à une période de déséquilibre entre les taux de natalité et les taux de mortalité. Avant que ne débute la transition démographique, le régime démographique traditionnel est celui d'une natalité et d'une mortalité fortes qui se compensent.

Les progrès humains se caractérisent par la raréfaction des famines et le meilleur traitement des épidémies, parfois combinés à une absence temporaire de guerre, notamment au XIXe siècle. Les progrès de la médecine jouent un rôle important : vaccination antivariolique de Edward Jenner en 1796, découverte de la morphine en 1806, découverte du bacille de la tuberculose par Robert Koch en 1882, vaccin contre la rage de Louis Pasteur en 1885 etc. Autrement dit, il s'agit du recul des « trois Parques surmortelles » selon l'expression d'Alfred Sauvy[30]. Ces progrès suscitent, dans le premier temps de la transition, une chute de la mortalité sans que le taux de natalité en soit changé. L'écart important, alors constaté entre la mortalité et la natalité, provoque une hausse importante de la population. Par la suite, des évolutions sociologiques et culturelles, liées à l'évolution des modes de vie, des « mentalités collectives » et de la famille avec l'enfant comme préoccupation centrale d'une famille qui tend à devenir « nucléaire »[31], provoquent un recul de la natalité dont le taux tend à converger vers celui de la mortalité.

La transition démographique est alors terminée, et laisse généralement la place à une période de stabilité marquée par une faible mortalité et une faible natalité.

La France est le premier pays à connaitre la transition démographique, au XVIIIe siècle, si bien qu'elle est la nation la plus peuplée d'Europe en 1800, après la Russie. Certains font la corrélation avec la prédominance de l'économie française à la même époque ; le PIB de la France représente 15 % du PIB européen soit 1/3 de plus que le PIB du Royaume-Uni et trois fois plus que celui des États-Unis en 1820. Ensuite, le Royaume-Uni connait à son tour la transition démographique ; sa population est multipliée par 9 entre 1500 et 1900 et passe de 6 à 21 millions d'habitants entre 1750 et 1850. Parallèlement, le Royaume-Uni est le premier pays à s'industrialiser. De même, la population des États-Unis est multipliée par 15 entre 1820 et 1950 et dans le même temps son PIB est multiplié par 14. On voit tout de même que le lien entre essor démographique et industrialisation est complexe puisque la France est le premier pays à entrer en phase de transition démographique mais c'est le Royaume-Uni qui entre le premier dans la révolution industrielle, ce même Royaume-Uni qui entrera par la suite dans le processus de transition démographique.

Trois bouleversements liés[modifier | modifier le code]

Une batteuse en 1881, un exemple de lien entre industrie et agriculture.

La révolution agricole permet de soutenir l'évolution démographique en permettant la disparition des disettes. L'accroissement de la population a cependant suscité certaines craintes à l'époque. Thomas Malthus soutenait ainsi que la croissance démographique évoluait de manière géométrique (1, 2, 4, 8, 16, 32, etc.) alors que l'agriculture n'évoluait que de manière arithmétique (1, 2, 3, 4, 5, 6, etc.), d'autant plus que les gains de productivité dans l'agriculture étaient confrontés aux rendements décroissants des terres[32].

La transition démographique a elle aussi eu des répercussions sur l'agriculture, elle lui a fourni des perspectives de profit. Par ailleurs, les études d'Ester Boserup montrent que l'accroissement démographique a peut-être mis la population face à des impératifs de productivité, « la nécessité étant la mère de l'invention »[33].

Des auteurs comme Paul Bairoch[34] et Walt Whitman Rostow considèrent la révolution agricole comme endogène à la révolution industrielle. L'augmentation de la productivité agricole par tête a permis de réduire la part des travailleurs agricoles. Ces derniers étant mis au chômage se sont rendus dans les villes et ont fourni à l'industrie d'importante main d'œuvre, essentielle à son expansion. L'agriculture en évolution a aussi profité d'une mécanisation croissante, qui s'est traduite par des commandes industrielles. L'augmentation du produit brut agricole augmente la rentabilité et la valeur des terres, et permet de dégager des possibilités financières pour l'investissement.

Pourtant, les travaux de Phyllis Deane[35] montrent qu'il faut relativiser cette théorie en soulignant le décalage géographique qu'il existe entre les régions où se déroulent la « révolution agricole » et celles où se développent l'industrialisation. Ainsi, le Sud-Est de l'Angleterre, qui connait des progrès en matière agricole, n'est pas la première région d'Angleterre à s'industrialiser. Il existe un décalage similaire, cette fois-ci temporel, entre transition démographique et industrialisation. Ainsi, les régions dont la croissance démographique est importante ne sont pas forcément celles qui connaissent le processus d'industrialisation en premier, comme en Espagne. De même, d'autres régions qui s'industrialisent ne connaissent pas une très forte poussée démographique, comme dans la partie rhénane de l'Allemagne[36].

Le décalage est aussi chronologique, selon la Révolution industrielle, de l'économiste Patrick Verley : les progrès agricoles ne sont pas traduits partout par un exode rural, la croissance démographique profitant surtout aux campagnes, où l'on mange mieux et moins cher, meurt moins souvent jeune, et participe plus nombreux aux travaux des champs, complétés par du travail à façon à domicile[37]. Cette croissance démographique rurale ouvre par contre des débouchés commerciaux à la révolution industrielle. De plus, l'exode rural, quand il a lieu, est souvent orienté vers les Amériques. Quant aux témoignages écrits sur le chômage au XIXe siècle, ils correspondent à des périodes de récession, les chômeurs étant d'ex-ouvriers plutôt que d'ex-paysans. Dans un autre ouvrage également titré La Révolution industrielle (p. 191) Jean-Pierre Rioux note qu'en 1920, la population agricole représente encore 46 % de la population active d'une Angleterre, alors deux fois moins peuplée que la France, relativisant la théorie marxiste de « l'armée de réserve du capital ».

En outre, la théorie selon laquelle les excédents agricoles ont soutenu l'industrialisation est elle aussi à relativiser. En effet, ces excédents ont été réinvestis, pour une large part, dans l'agriculture. En fait, ce sont plutôt les excédents industriels qui se sont dirigés vers l'agriculture, notamment dans de grandes propriétés, parfois au nom du prestige social qui faisait défaut à la bourgeoisie. Toutefois, le rôle de l'agriculture, s'il n'est pas le seul à permettre le processus d'industrialisation, n'en demeure pas moins crucial dans les pays de la première vague[38] comme dans ceux de la deuxième vague, notamment le Japon et la Russie.

Première révolution industrielle[modifier | modifier le code]

Dans une perspective linéaire, à la manière de celle de Walt Whitman Rostow, la première révolution industrielle débute en Angleterre dès le milieu du XVIIIe siècle et en France au début du XIXe siècle ; ce sont les pays de la première vague, qui bénéficient dans le domaine textile de la croissance de la proto-industrie au XVIIIe siècle en Suisse ou en Alsace.

Importance des brevets[modifier | modifier le code]

Le brevet de la « Hebern single-rotor machine » (machine de Hebern), brevet no 1510441 daté de 1918

La première véritable législation attribuant un monopole pour les inventions apparait à Venise en 1474. Cette loi précise que le monopole est la contrepartie de sa divulgation. Dès cette époque, le brevet a deux fonctions :

  1. protéger les inventeurs contre la concurrence,
  2. informer les innovateurs.

Pour Joseph Schumpeter le brevet est indispensable pour assurer une rente de monopole à l'entrepreneur-innovateur, mais doit rester temporaire. S'il est normal de protéger l'innovateur par une rente de monopole, juste retour de l'investissement et des sacrifices consentis, elle doit rester temporaire pour encourager à innover sans cesse. Toujours selon Joseph Schumpeter, les cycles de croissance de long terme – cycle Kondratieff – s'expliquent par l'existence de périodes de « grappes d'innovations »[39] ou d'un processus de « destruction créatrice » : « soit le processus interne au capitalisme qui révolutionne incessamment de l'intérieur la structure économique, en détruisant continuellement ses éléments vieillis et en créant continuellement des éléments neufs »[40].

Le parlement britannique transforme les monopoles royaux en brevets dès 1624 : il faut une réelle invention et la durée de vie est limitée à dix ans. Mais les monopoles royaux reviennent dès la restauration britannique[41]. Le parlement qui gouverne le pays après 1688, lors de la révolution financière britannique, récompense les inventeurs par des concours. Pour montrer l'exemple, il utilise souvent le premier l'invention[42]. En 1714, il offre 10 000 livres à qui trouve un moyen d'établir les longitudes en mer à un degré près[43]. L'Angleterre dépose deux fois plus de brevets entre 1690 et 1699 que dans chaque décennie de la période 1660-1690. Le 2 juillet 1698, celui de l'ingénieur Thomas Savery pour le pompage de l'eau dans les mines de charbon, est par exemple annoncé par une publicité dans un journal, puis perfectionné par l'association avec Thomas Newcomen en 1705. La loi est appliquée strictement : en 1718, lors du brevet accordé à James Puckle pour une mitrailleuse, il doit prouver une « spécification ». L'énergie des inventeurs est d'abord très mobilisée par la Royal Navy, sur fond d'aventure coloniale.

L'acceptation du brevet de James Watt en 1769 établit un principe important : un brevet peut être accordé pour l'amélioration d'une machine (à vapeur, celle de Thomas Savery et Thomas Newcomen) déjà connue, et pour des idées et des principes — à condition qu'ils puissent être appliqués concrètement. Le fameux brevet de Richard Arkwright pour des machines de filage fut invalidé en 1777 pour absence d'une spécification adéquate, après dix ans d'existence, alors qu'il améliorait la machine à filer brevetée par l'immigré Huguenot Lewis Paul en 1738 et vantée en 1757 dans un poème du révérend John Dyer[44]. L'innovation des Premiers entrepreneurs du coton britannique est relancée par le brevet du révérend Edmund Cartwright sur sa tisseuse à vapeur, déposé en 1785 après avoir visité en 1784 l'usine de Richard Arkwright et appris que le brevet expirait.

En France, la première législation sur les brevets est créée en 1791, mais dès 1762, le privilège royal autorisant une production fut ramené à une durée de quinze ans[45].

Secteurs clés[modifier | modifier le code]

Énergie : la vapeur[modifier | modifier le code]

Au Ier siècle de l'ère chrétienne Héron d'Alexandrie construit l'Éolipyle, sorte de jouet à vapeur fonctionnant comme une turbine à réaction. Il faut attendre d'autres inventeurs, comme Denis Papin, pour montrer que la vapeur sous pression pouvait actionner un piston dans un cylindre. En fait, au départ, la notion de travail associé à cette machine est totalement absente. Les travaux de Nicolas Léonard Sadi Carnot et la naissance de la thermodynamique permettent de formaliser ce concept. C'est précisément cette notion qui, attachée aux machines développées au moment de la révolution industrielle, avec en parallèle l'utilisation d'énergie fossile, fait basculer le système technique vers la civilisation thermo-industrielle.

La première machine fonctionnant à vapeur à être utilisée industriellement est celle du capitaine Thomas Savery en 1698. Elle sert à pomper l'eau d'exhaure dans les mines de Cornouailles. Bien que simpliste et gourmande en charbon, elle sauve de nombreuses mines de la ruine.

Mine à charbon de Crachet Picquery à Frameries
Moteur atmosphérique à vapeur de Newcomen

La première véritable machine à vapeur, celle dont toutes les machines alternatives descendent, est inventée et construite par un forgeron du Devon : Thomas Newcomen en 1712. Elle est conçue comme machine de pompage pour une mine de charbon située près de Dudley Castle, dans le Staffordshire. Très fiable, cette machine fonctionne au rythme lent de douze coups par minute, et consomme aussi beaucoup de charbon. En effet, pendant son fonctionnement on envoie dans le cylindre successivement de la vapeur, qui le réchauffe, puis de l'eau froide, qui le refroidit : le charbon sert surtout à réchauffer le métal du cylindre.

En 1764, frappé par la déperdition d'énergie de la machine de Newcomen, James Watt imagine de ne plus condenser la vapeur dans le cylindre, mais dans un condenseur séparé. Il en dépose le brevet en 1769. L'application industrielle commence à partir de 1775, après que James Watt se fut associé avec Matthew Boulton, propriétaire de la manufacture de Soho, près de Birmingham. Leur démarche de commercialisation est elle-même innovante : ils passent contrat avec un client équipé d'une machine Newcomen et financent le remplacement par une machine de Watt. Les deux associés se paient en prenant pour eux une part des économies de charbon réalisées par le client, grâce au bon rendement énergétique de la machine de Watt.

Machine à vapeur de Watt à Madrid, école d'ingénieurs.

Watt brevète plusieurs autres inventions comme la machine rotative et surtout la machine à double effet (1783) dans laquelle le cylindre reçoit la vapeur alternativement par le bas et par le haut, ainsi qu'un régulateur centrifuge ou à boules (1788) assurant une vitesse constante au moteur. La machine à vapeur est ainsi en mesure de remplacer les roues de moulin, pour l'entrainement des équipements industriels.

Le développement est rapide : 496 machines à vapeur Boulton et Watt sont en service en Grande-Bretagne en 1800. Les brevets de Watt tombent dans le domaine public vers 1800. Le développement de la machine à vapeur est l'une des raisons de la précocité britannique. En 1830 le Royaume-Uni possède 15 000 machines à vapeur, la France 3 000 et la Prusse 1 000. La France reste à la traine dans ce domaine : en 1880 elle ne possède que 500 000 chevaux-vapeur installés contre deux millions pour le Royaume-Uni et 1,7 million pour l'Allemagne.

Moyen de transport : le bateau[modifier | modifier le code]

L'USS Cayuga, un navire à vapeur, 1861.

La Révolution industrielle, particulièrement dans sa première phase, s'appuie sur la vapeur permettant de faire fonctionner des bateaux à vapeur et, un peu plus tard, des locomotives. Une autre énergie sera développée, plus marginalement, durant cette période : le gaz. Celui-ci sert notamment à éclairer les premières usines avant que ne soit généralisé l'usage de l'électricité, à la fin du XIXe siècle.

L'adaptation de la machine à vapeur à des bateaux se révèle plus difficile que pour les chemins de fer : risque d'incendie avec les coques de bois, risque de panne – un bateau dont la machine tombe en panne est désemparé – faible autonomie due au mauvais rendement des machines à vapeur. Toutefois, le 15 juillet 1783, le « Pyroscaphe » est le premier bateau à vapeur – naviguant pendant un quart d'heure, sur la Saône – construit par Jouffroy d'Abbans. La navigation à vapeur débute donc sur les rivières, dans les ports pour les remorqueurs et sur des trajets courts, comme la traversée de la Manche. Le nombre et le niveau technique des bateaux à vapeur progressent rapidement : ainsi, dès 1830 les premiers steamers (bateaux à vapeur) mettent dix jours de moins sur le trajet New York-Londres que les voiliers les plus rapides. L'augmentation de la taille des navires divise les frais de transports par quatre entre 1820 et 1850 sur les liaisons internationales.

En 1869, l'ouverture du canal de Suez permet aux bateaux à vapeur de faire le trajet vers l'Inde en 60 jours, contre six mois auparavant. D'autre part, des dizaines de bateaux à vapeur sillonnent la Loire entre 1830 et 1850. Leur vitesse est impressionnante (de 4 à 15 nœuds en remontant, 9 nœuds en descendant) et donne lieu à des courses qui se terminent parfois dans un banc de sable… Mais vers 1850, le chemin de fer entraine leur disparition : en 1910 la Royal Navy britannique prend la décision de basculer vers une alimentation au fioul, et non au charbon, pour ses nouveaux bâtiments. Cette bascule se généralise dans le domaine du transport et instaure l'ère du pétrole pour le XXe siècle.

Canal vers 1850

Au cours de la première moitié du XVIIIe siècle, le développement de l'industrie charbonnière repose sur les transports par bateaux, soit sur les rivières navigables, soit par mer. Les routes ne permettent pas de transporter des chargements lourds, surtout après une pluie.

Francis Egerton, troisième duc de Bridgewater, peut voir dans son grand tour d'Europe le Canal du Midi, ouvert en 1681. Possédant des mines de charbon à Worsley, près de Manchester, il décide la construction d'un canal pour transporter le charbon de ses mines jusqu'à Manchester. Dirigée par James Brindley, la construction commence en 1759 et se termine en 1776, pour un coût de 350 000 £ – énorme pour l'époque. Ce canal rapporte un grand profit au duc et la prospérité à Manchester qui peut disposer d'un charbon bon marché, c'est aussi intéressant pour les machines à vapeur et l'industrie du coton qui commence à se développer.

Rapidement, un réseau de 4 800 km de canaux permet l'acheminement du charbon et d'autres produits un peu partout : par la route, un cheval transporte 120 kg, tandis que sur un canal, le même cheval tire 50 tonnes à la vitesse moyenne de 6,5 km/h. Des bateaux rapides tirés par deux chevaux (remplacés tous les 6,5 km) transportent des passagers à la vitesse moyenne de 16 km/h.

Pendant cinquante ans, les canaux sont les artères de la première Révolution industrielle, faisant la fortune de leurs propriétaires. Puis le chemin de fer les remplace peu à peu, jusqu'à s'imposer définitivement au cours de la deuxième Révolution industrielle.

Textile[modifier | modifier le code]

Jusque vers 1750 la majorité de la production se fait soit à domicile, soit dans des ateliers artisanaux avec quelques apprentis : c'est le domestic system, qui fournit aux opérateurs un revenu d'appoint, pendant les temps morts de l'agriculture. Ce modèle rationnel – où les familles s'organisent par elles-mêmes – constitue les prémices de l'industrialisation, appelée « proto-industrialisation ».

Selon l'historien Fernand Braudel, l'industrie textile est la première à être mécanisée. Dès la deuxième moitié du XIXe siècle les Premiers entrepreneurs du coton britannique, puis les innovateurs français jouent un rôle majeur  :

La Spinning-jenny de James Hargreaves, 1765, musée à Wuppertal, Allemagne
  • 1733 : John Kay invente la navette volante qui permet de tisser quatre fois plus vite et des tissus plus larges. Il fallait donc quatre fileurs pour un tisserand. Cette rupture d'équilibre provoque en cascade d'autres inventions techniques
  • 1765 : James Hargreaves brevete la « Spinning-Jenny » un rouet où l'on peut poser huit broches. Hargreaves est un ouvrier tisserand illettré. Sa machine est détruite par des ouvriers tisseurs furieux de perdre leur travail, il meurt dans la pauvreté
  • 1767 : Richard Arkwright brevète la « water-frame » : première fileuse mécanique utilise l'eau comme force motrice, basée sur le modèle de machine à filer brevetée par Lewis Paul en 1738
  • 1779 : Samuel Crompton crée la « Mule-jenny » qui met en œuvre 400 broches à la fois (eau ou charbon nécessaire)
  • 1785 : Edmund Cartwright - un « clergyman » (homme d'église) du Leicestershire invente le premier métier à tisser mécanique,
  • 1801 : Joseph Marie Jacquard met au point le métier Jacquard conduit par un seul ouvrier au lieu de plusieurs comme auparavant
  • 1829 : Barthélemy Thimonnier dépose le brevet d'une machine à coudre à fil continu
  • 1846 : perfectionnement de la machine de Thimonnier par Elias Howe

Richard Arkwright achète leurs cheveux aux paysannes pour faire des perruques. Après avoir inventé la mule-jenny, il crée en 1771 une usine à Cromfort (Derbyshire) où l'eau est abondante pour actionner les machines, mais la main-d'œuvre est rare. Il fait venir des familles pauvres, dont les femmes et les enfants travaillent sur les métiers à tisser 13 heures par jour. En 11 ans, il crée deux autres usines, employant 5 000 personnes. Son invention s'étend rapidement : en 1780, 120 usines fonctionnent, la plupart dans le nord-ouest de l'Angleterre. Ce succès lui vaut d'être anobli.

En 1800, 80 % du coton est tissé mécaniquement avec des « mules » dans le Lancashire. En 1815, en Angleterre, 2 500 métiers mécaniques sont recensés contre 250 000 à bras.

La production est concentrée dans des manufactures qui utilisent une très importante main-d'œuvre dans de mauvaises conditions d'hygiène, d'éclairage, de bruit et de sécurité. L'utilisation de machines à vapeur permet d'installer ces manufactures près des villes, qui deviennent rapidement des villes industrielles. Les ouvriers habitent à proximité de leur lieu de travail pour pouvoir s'y rendre à pied : les journées de travail sont très longues et le temps de repos trop court pour qu'il puisse être réduit par un long trajet. Notons que certaines innovations contribuent à la dégradation des conditions de vie et de travail des ouvriers[46]. Si la machine à coudre d'Elias Howe en 1846 permet le maintien du travail à domicile (le domestic system), l'intensification de l'industrialisation entraine l'augmentation des cadences dans les filatures si bien que les conditions de vie et de travail dans le textile se dégradent ; c'est le sweating system (travail à la sueur).

À la lumière des éléments cités, on comprend, en partie, la précocité du Royaume-Uni dans le processus de révolution industrielle.

Métallurgie[modifier | modifier le code]

Le boom ferroviaire des années 1840 a très fortement augmenté les besoins en acier, mais des progrès techniques étaient apparus avant.

Le terme « sidérurgie » (employé en 1761 par le maître de forges Pierre-Clément de Grignon dans ses mémoires à l'Académie des sciences) préfigure un tournant dans les activités métallurgiques. Les travaux au XVIIIe siècle de Gaspard Monge, Claude Louis Berthollet, Alexandre-Théophile Vandermonde caractérisent les catégories d'acier selon leur mode d'élaboration.

Ces activités ne sont pas nouvelles : en France, entre 1084 et 1170, les Pères chartreux sont maitres de forges dans le cadre d'une métallurgie forestière [47]. En Grande-Bretagne la métallurgie charbonnière est exploitée de bonne heure : les moines de Newbattle Abbey créent la première mine de charbon d'Écosse au XIIIe siècle et les mines écossaises produisent en 1700 400 000 tonnes, 2 000 000 tonnes en 1800. Le coke est fabriqué exactement comme le charbon de bois, par une combustion incomplète dans des meules. Charbon et coke sont employés à la place du bois, pour le chauffage domestique ou industriel (verreries, tuileries, poteries). Cependant, la difficulté du procédé vient de la teneur en soufre élevée des cokes, qui rend la fonte impropre à l'utilisation.

En 1708 Abraham Darby, un quaker qui exploite une fonderie de cuivre, s'installe à Coalbrookdale dans les gorges de la Severn. L'intention est de réaliser ce qu'aucun maitre de forge n'avait réussi jusque-là : faire de la fonte en utilisant du coke au lieu du charbon de bois, plus coûteux. Un vieux haut fourneau fonctionnant au charbon de bois est loué au seigneur du lieu. Après une année d'expérimentations, en sélectionnant des cokes peu chargés en soufre, il réussit à produire une fonte utilisable. Celle-ci est encore de qualité médiocre et ne permet pas d'obtenir du fer. Mais elle reste assez bonne pour fabriquer des marmites de cuisine bon marché, des plaques de cheminée et d'autres produits analogues. Abraham Darby en vend dans toute l'Europe et cela dura quarante ans, jusqu'en 1750.

En 1750, le fils d'Abraham Darby – Abraham Darby II – réussit à obtenir du fer à partir de la fonte au coke, d'où une baisse du prix du fer. En 1779, le petit-fils Abraham Darby III construit le premier pont métallique, l'Iron Bridge, sur la Severn, en un lieu nommé d'ailleurs depuis Ironbridge. Trois mois sont nécessaires à son haut fourneau pour produire les 384 tonnes de fonte. Ironbridge est considéré comme le berceau de la révolution industrielle. La société Darby cesse son activité en 1818, victime de la crise consécutive à la fin des guerres contre la France et de la concurrence.

Le premier pont métallique réalisé en France est le pont d'Austerlitz, en 1807 (reconstruit en 1854 à cause de nombreuses fissures).

Carreau de mine de La Houve à Creutzwald (Lorraine)

La fonte, produite par le haut fourneau, est du fer contenant un pourcentage élevé de carbone. En enlevant le carbone, on obtient du fer. En 1784, Henry Cort invente le procédé du puddlage pour obtenir du fer à partir de la fonte – procédé très bien décrit par Jules Verne dans son roman les Cinq Cents Millions de la Bégum, métal avec lequel est réalisé la tour Eiffel. On peut ensuite obtenir de l'acier en ajoutant un peu de carbone au fer.

Le premier acier fabriqué est un acier de cémentation. Ce mode de fabrication de l'acier, déjà connu dans l'Antiquité, consiste à chauffer des barres de fer au milieu de charbon de bois dans un four fermé. La surface du fer acquiert une importante teneur en carbone. La méthode dite au creuset initialement développée afin de retirer les scories de l'acier issues de la cémentation, permet de fondre ensemble le fer et d'autres substances dans un récipient (le creuset) composé d'argile réfractaire et de graphite. On homogénéise et allie ainsi l'acier. Sont ainsi fabriqués par exemple les épées de Damas et de Tolède, moyennant un prix de revient élevé.

En 1842 le marteau-pilon est inventé. Il permet de purger le fer de son laitier (c'est le cinglage) et de forger avec précision de grandes pièces.

Suprématie de la Grande-Bretagne dès 1750[modifier | modifier le code]

Empire colonial britannique en 1897

En Europe, au XVIIe siècle, l'Angleterre est une exception à plus d'un titre. Elle fait exception sur le plan culturel. Depuis le traité de Westphalie de 1648, qui stabilise la situation en Europe, en consolidant la France, l'Europe du Nord est stable sur le plan religieux, l'anglicanisme s'impose et se rapproche du protestantisme. Cette partie du monde se détache. Le parlementarisme anglais émerge au moment de la Révolution financière britannique. Les conceptions économiques des Britanniques prennent une évolution radicale avec le libéralisme d'Adam Smith, qui reconnait la valeur économique de l'individu, avec des droits à l'époque des Premiers entrepreneurs du coton britannique, dont il décrit et analyse l'émergence.

Le principe des corporations disparait avec l'apparition des brevets. Mais l'Angleterre étant une île, elle s'impose une politique maritime ambitieuse. Au XVIIIe siècle, le Royaume-Uni possède une importante flotte maritime, un grand capital technique et économique. L'affrontement franco-anglais est à son paroxysme. Les Anglais dominent la mer, malgré les grands efforts français. L'avance anglaise est technique (exemple : chronomètre de marine) et la richesse française se dilue alors dans sa puissance démographique (un Européen sur cinq est alors français).

C'est dans ce contexte que nait la Révolution industrielle. Sa précocité en Angleterre pose la question de ses origines. Plusieurs facteurs sont avancés : l'empire colonial, la spécialisation industrielle précoce et la puissance financière.

Empire britannique[modifier | modifier le code]

L'Empire colonial britannique est le plus étendu du monde au XIXe siècle avec environ 33 millions de km2 pour une population représentant environ le quart de la population mondiale totale d'alors, c'est-à-dire 500 millions d'habitants. Il s'agit d'un Empire bien plus vaste que celui de la France, tant en superficie (10 millions de km2) qu'en nombre d'habitants (50 millions).

L'inauguration du Crystal Palace à Londres, en 1851

Adoptant une stratégie coloniale différente des autres nations, notamment de la France, le Royaume-Uni opte très tôt pour le libre-échange avec ses colonies mais également avec les autres nations. Le 26 septembre 1786, par exemple, la Grande-Bretagne et la France signent un accord commercial – le traité Eden-Rayneval – rendant la circulation des céréales quasiment libre et interdit l'exportation de machines anglaises et l'émigration d'ouvriers qualifiés britanniques. Toutefois le traité le plus important entre les deux nations est celui du 23 janvier 1860, dit traité Cobden-Chevalier. De tels accords sont soit négociés, comme dans l'exemple précédent, soit obtenus par la force, comme pour l'installation de concessions à Shanghaï en 1842. On s'achemine dès lors de plus en plus vers la fin d'une politique d'obédience mercantiliste, que l'abrogation des corn laws (taxes sur le blé) sanctionne définitivement en 1846. La Grande-Bretagne verse alors dans un libre-échange, de conception free trade, et non, comme c'est le cas de nos jours, de conception fair trade (plus « juste »). Toutefois la Grande Dépression de 1873-1896 pousse à un retour vers des politiques teintées de protectionnisme, donc de repli du commerce sur ses colonies.

Spécialisation industrielle précoce dès 1750[modifier | modifier le code]

La dotation factorielle de la Grande-Bretagne est un élément constitutif de sa précocité et de sa supériorité au début de la Révolution industrielle.

L'agriculture est sacrifiée au profit de l'industrie ; la part de l'activité agricole dans le PIB de la Grande-Bretagne passe de 20 % en 1850 à 6 % en 1906. Si en valeur absolue les données restent stables, en revanche en valeur relative on voit bien la proportion prise par l'activité industrielle. D'autre part, une telle diminution relative de l'agriculture peut s'expliquer par les effets du libre-échange et le commerce avec les pays « émergents » de l'époque comme les États-Unis.

L'agriculture sacrifiée, les efforts tournés vers l'industrie, la domination industrielle de la Grande-Bretagne est assurée, au moins pendant une grande partie du XIXe siècle. Ainsi, la production industrielle s'accroit fortement, notamment dans les productions de charbon (qui augmente de 100 % entre 1830 et 1845), textile et sidérurgique dans lesquelles se spécialise la Grande-Bretagne. Cette domination s'appuie notamment sur une main-d'œuvre, abondante grâce à l'essor démographique, acquise aux nouvelles méthodes notamment organisationnelles avec la division du travail selon les conceptions d'Adam Smith. Elle s'appuie en outre sur la disponibilité des matières premières, fer et charbon, sur les colonies et sur de nombreuses innovations techniques.

On note cependant que l'hégémonie britannique est de plus en plus contestée dans la seconde partie du XIXe siècle, surtout par les États-Unis et l'Allemagne qui s'industrialisent à une vitesse telle qu'ils rattrapent la Grande-Bretagne. Cela se traduit par une érosion de la balance commerciale dont le déficit passe de 11 millions de livres en 1820 à 140 millions à la fin du XIXe siècle. Toutefois, la suprématie financière se substitue à l'hégémonie industrielle et permet de compenser le déficit commercial grâce à des excédents colossaux.

Suprématie financière[modifier | modifier le code]

La Grande-Bretagne domine incontestablement durant toute la première moitié du XIXe siècle. En conséquence, la City, place financière de Londres, est incontournable dans le domaine financier : en termes de transaction, pour les reconnaissances de dettes, pour émettre des actions, emprunter etc. Situation qui amène la Grande-Bretagne à constituer le plus vaste Empire colonial et à devenir le plus important investisseur à l'étranger (aux alentours de 1860, la Grande-Bretagne pèse à elle-seule 1/5e de la production mondiale). De plus, on y cote une majorité de matières premières, malgré la concurrence de la bourse de Chicago, et la monnaie de référence pour les échanges internationaux demeure la livre sterling. La suprématie financière et économique de la Grande-Bretagne est accentuée sous le règne de la reine Victoria Ire (1837-1901).

Singularité du cas de la France[modifier | modifier le code]

Paris en 1869 vue par le peintre Adolph von Menzel

On parle en effet de singularité pour le processus de révolution industrielle car elle ne correspond pas aux modèles établis. Certains comme Jean Marczewski[48], considèrent que la révolution industrielle se caractérise en France par l'absence d'une phase de « take-off » (décollage) selon les critères établis par Walt Whitman Rostow dans son modèle normatif défini en 1960 « Les Étapes de la croissance économique » : toute société est censée connaitre un processus de croissance en cinq étapes dont l'une est primordiale ; celle du « take-off » où :

  1. l'investissement total réalisé doit représenter au moins 10 % du PIB total,
  2. plusieurs secteurs moteurs, ainsi qu'un cadre politique et social favorable doivent exister.

Or, la France ne suit pas ce modèle, le début de la révolution industrielle en France se caractérise, selon Maurice Lévy-Leboyer, par une chronologie plutôt irrégulière :

  1. de 1789 à 1815 : un contexte historique marqué par les guerres révolutionnaires et napoléoniennes,
  2. de 1830 à 1860 : un développement industriel, malgré tout, aux côtés de la Grande-Bretagne,
  3. de 1860 à 1905 : un ralentissement économique,
  4. à partir de 1905 : une forte reprise.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Les débuts de la révolution industrielle en France sont marqués par : Les troubles consécutifs aux guerres révolutionnaires et napoléoniennes dont le cout est humain (600 000 victimes en tout[réf. nécessaire]), mais également économique : la France perd à cette occasion son dynamisme démographique.

La France est aussi moins riche en charbon et en fer que ses voisins belge, allemand ou anglais.

Le Blocus continental mis en place par Napoléon Ier en 1806 provoque simultanément une perte de débouchés pour les grands ports français, comme Bordeaux, Marseille ou Nantes qui perdent de leur activité et voient leur population migrer en partie vers les régions industrielles du Nord-Est. Sur le plan industriel, il en résulte une nouvelle spécialisation et une inversion des pôles d'activités industrielles en France. Sur le plan commercial, le commerce français s'oriente davantage vers le commerce continental.

La pensée française est fille du siècle des Lumières et de la Révolution : héritière à la fois du libéralisme et d'une conception plus « sociale », l'idéologie française adopte une voie intermédiaire entre le libéralisme britannique et le protectionnisme allemand.

Importance de l'État[modifier | modifier le code]

Dès le début de la Révolution, le pouvoir en place s'empresse de « libérer les forces du marché » par la suppression des corporations (décret d'Allarde, 1791) et l'interdiction de toute coalition (loi Le Chapelier, 1791). Cette législation institue la liberté du commerce et de l'industrie qui est, encore aujourd'hui, le fondement du libéralisme économique en France. Par ailleurs, la France se dote sous le Consulat d'une monnaie, le franc germinal et d'une Banque centrale ; la Banque de France. Cette association permet à la France de retrouver des bases monétaires stables et un système centralisé. Celui-ci a en effet permis de juguler les troubles monétaires, nés des troubles révolutionnaire ; l'émission trop abondante d'assignats ayant entrainé de l'inflation. En outre, le franc germinal se caractérise par une stabilité tout au long du XIXe siècle. Si la France se dote d'un système monétaire centralisé, c'est qu'elle a hérité de son histoire sa tradition jacobine, autrement dit centralisatrice.

De surcroit, la France procède à de nombreuses réformes comme la création des lycées permettant la formation d'une élite dans le cadre d'un processus de rationalisation de l'État entamé dès le milieu du XVIIIe siècle avec, par exemple, la création de l'École Royale des Ponts et Chaussées en 1747 ou de l'École polytechnique en 1794. Mais la réforme majeure à retenir est celle de l'instauration du Code civil par Napoléon en 1804. En effet, il encadre le droit de propriété privée, élément essentiel dans le processus de révolution industrielle. Mais il permet également de se servir de la propriété privée en définissant le droit contractuel ; la propriété privée est un bien cessible et permet donc l'accumulation. Attention toutefois, cela ne signifie pas que la propriété n'était pas cessible sous l'Ancien régime mais que la propriété n'avait aucune fonction d'accumulation, elle était un symbole social. Elle demeure ce symbole au XIXe siècle mais ajoute la notion d'accumulation.

Puissance agricole et industrielle[modifier | modifier le code]

De plus, par le biais de lois, l'État se joint à la croissance économique non seulement en la favorisant, mais également en la soutenant. On peut citer par exemple la loi Guizot de 1842 qui favorise l'extension du chemin de fer dont on connait l'importance dans le processus de révolution industrielle, les grands travaux (travaux du baron Haussmann à Paris, assainissement de zones marécageuses comme les Landes et la Sologne), le plan Freycinet (1879-1882) pour relancer l'activité économique par le chemin de fer et l'amélioration des infrastructures, etc. L'Empire colonial français contribue également à soutenir l'industrialisation.

Hall d'exposition de l'exposition universelle de Paris, en 1900.

L'État est parfois à l'origine de négociations favorisant le libre-échange, parfois à l'origine de mesures protectionnistes ; on retrouve là encore la voie intermédiaire choisie par la France, ni tout à fait libérale, ni totalement protectionniste. Dans le premier cas, il établit des accords commerciaux, comme celui de 1786, dit traité Eden-Rayneval et, surtout, celui de 1860, dit traité Cobden-Chevalier, qui limite les droits sur les produits industriels dans la limite de 25 %. Dans le second cas, il prend des mesures protectionnistes comme l'adoption de la loi Méline en 1892 permettant d'augmenter les droits de douane sur les céréales et la viande en cas de surproduction.

L'agriculture conserve une place bien plus importante dans l'économie française que dans l'économie britannique à la même époque. Des inventeurs contribuent aux progrès de l'industrie agricole comme André Grusenmeyer. Son importance est telle en France qu'il suffit que l'agriculture prospère pour que l'ensemble de l'économie s'en trouve améliorée. Au contraire, une agriculture qui n'est pas prospère conduit à l'amplification des mouvements de crises. L'agriculture est dominée en France par des petits propriétaires, ce qui explique en partie le comportement « malthusien » de la France au XIXe siècle : Faire moins d'enfants permet d'éviter l'émiettement du patrimoine familial, d'épargner davantage et de mieux les installer dans la vie.

La France est également une puissance industrielle, néanmoins derrière la Grande-Bretagne. Les changements y sont plus progressifs qu'en Grande-Bretagne, expression d'un « malthusianisme » caractéristique ; la concentration d'entreprises et la production de masse y sont aussi plus tardives. De plus, l'industrie est dominée par une petite bourgeoisie qui privilégie un marché intérieur modérément dynamique.

Puissance financière[modifier | modifier le code]

Bien que largement derrière la puissance financière de la Grande-Bretagne, le poids de la France en matière financière n'en demeure pas moins important. En effet, la France dispose du plus important stock d'or privé et représente le principal marché financier des gouvernements européens[49]. Les liens entre banques et industries demeurent cependant faibles et marquent une différence avec la Grande-Bretagne. En effet, la France reste frileuse à ce genre de pratique après l'expérience du système de Law. En outre, l'activité bancaire, notamment à la fin du siècle, se caractérise par une prudence que traduit la doctrine Germain consacrant la séparation des fonctions de banque de dépôt et de banque d'affaires.

Seconde révolution industrielle[modifier | modifier le code]

Alors que la production mondiale avait mis 120 ans pour doubler entre 1700 et 1820, l'apparition et le développement de nouvelles techniques permettent un premier doublement en cinquante ans entre 1820 et 1870, puis un second doublement, en quarante ans, entre 1870 et 1910.

Secteurs clés[modifier | modifier le code]

Électricité et moteur électrique[modifier | modifier le code]

Malgré tous les progrès précédemment cités, il restait encore une étape cruciale à franchir. Un gigantesque bouleversement allait bientôt survenir, peut-être le plus important de tous, en tous cas celui qui allait avoir le plus de retombées sur l’instant comme dans la durée et aussi bien pour l’industrie que pour le particulier : l’invention de l’électricité.

L’on peut parler vraiment d’une nouvelle ère dans la révolution industrielle car à partir de là tout allait s’accélérer.

Après plusieurs approches en Amérique et en Europe, l’idée du moteur électrique se précise peu à peu. Mais il faut attendre le 17 juillet 1871 pour que le belge Zénobe Gramme présente la première dynamo brevetée à l’académie des sciences de Paris : la magnéto Gramme, machine rotative mue par une manivelle qui permet la production mécanique de l’électricité, et cela changeait tout. Antérieurement celle-ci était simplement fournie par des piles polluantes, difficiles à manipuler et presque uniquement utilisée en galvanoplastie. On ne lui voyait aucun débouché industriel et encore moins dans le machinisme où il fallait des chevaux-vapeur. Pourtant cette modeste machine électrique tournante avec sa manivelle, son anneau de Gramme et son collecteur allait réellement changer la face du monde. C’est l’invention la plus décisive sans laquelle rien n’aurait été possible. La magnéto et ses immanquables perfectionnements postérieurs de dynamo industrielle en 1873 génératrice de courant continu et sa réversibilité en moteur à courant continu, puis de l’alternateur générateur de courants alternatifs polyphasés au moteur à induction biphasé puis triphasé qui a pris place dans toutes les usines. Désormais en matière de production manufacturière tout devenait possible et tout l‘a été.

Ainsi, le couple électricité distribuée et moteurs électriques récepteurs a vu le jour dans notre monde auquel il fait faire un pas de géant. L’électricité a été l’impulsion décisive qui a projeté le foisonnement industriel naissant dans l’ère moderne.

Le moteur électrique, qui bien qu’étant le grand absent de nos éloges techniques est la machine de toutes les machines, c‘est l'objet technique le plus indispensable et le plus fabriqué au monde. De quelques milligrammes aux milliers de tonnes il se trouve partout et fait tourner nos civilisations modernes au sens propre comme au sens figuré. Il a été l’étape indispensable vers la spécialisation et la technologie de pointe qui s‘affinent toujours dans nos sociétés actuelles mais plonge ses racines en pleine révolution industrielle.

Dans les ateliers et les usines de la fin du XIXe siècle et du début XXe , il est encore encombrant lourd et en fonte mais il relègue rapidement le moteur à vapeur aux oubliettes ou au moins au musée en permettant un meilleur partage de la force motrice au sein des ateliers. Avant lui toute la fabrication était centrée autour de cette force motrice mue par le vent, puis par l’eau des rivières et enfin par le moteur à vapeur que l‘on pensait tout puissant. Tout ces systèmes avaient en commun la distribution de la force motrice autour d’un arbre central sur lequel étaient connectées par des jeux de courroies et de poulies toutes les machines, avec pour les ateliers sophistiqués des systèmes complexes de débrayages quand cela était possible. Tout ces mécanismes occasionnaient de nombreuses pertes et imperfections de fabrications parce qu‘avec ce système il fallait suivre l‘axe central de distribution de force au détriment de l‘agencement logique des unités de production. Avec l’électricité une grande étape était franchie, les choses pouvaient enfin s‘inverser. La force motrice était distribuée non seulement à la demande mais aussi intelligemment là où elle était nécessaire et pas ailleurs inutilement. Le moteur électrique a permis son utilisation spécifique indispensable. Il a rendu possible une rationalisation plus cohérente de la production donc un nouvel agencement des usines respectant mieux le suivi des étapes des processus logiques de fabrication pour de bien meilleurs rendements et une qualité de plus en plus affinée; tout ceci bien sûr à moindre coût. C’est alors l’explosion des produits manufacturés de la fin du XIXe siècle jusqu’à la Première Guerre mondiale, que vient compléter une concurrence toujours plus forte des entreprises entre elles. Ce foisonnement de produits de qualité durable a été l’âge d’or de nos fabrications occidentales ; la Belle Époque. Certains de ces objets se retrouvent d'ailleurs encore aujourd’hui 100 ans plus tard en partie dans des brocantes et dans beaucoup de collections. Ils ont été le prélude à la société de consommation que nous connaissons aujourd’hui.

À peine dix ans après l’invention de la dynamo, l’Américain Edison mit au point la lampe à incandescence. Finies les lampes à arc électrique peu fiables et compliquées d’entretien. Désormais il suffit d’appuyer sur un simple bouton. Et une application de plus pour l’électricité, et pas l’une des moindres. Cela a permis aux ateliers de travailler correctement la nuit avec tous les excès que cela induit. Enfin le temps était venu de l’affranchissement réel de la lumière du jour ou de celle modeste des lampes à pétrole ou des circuits astreignants et dangereux de gaz d'éclairage. Les usines, les ateliers, les écoles et autres hôpitaux et établissements de toutes sortes, mais aussi les rues, les transports et bientôt les intérieurs chauds, douillets et confortables de nos maisons.

L’électricité a eu une autre incidence probablement au moins aussi importante même si elle est moins perceptible pour beaucoup d'entre nous. En vulgarisant réellement la force motrice elle a sorti les usines des vallées puis des zones de distribution de charbonnage en les disséminant partout sur le territoire, principalement autour des grandes villes grâce au transport de force par lignes moyennes tensions à l‘époque. Ce fut le temps des secteurs qui sont passés de privés et autarciques, du moins dans les usines qui pouvaient se le permettre, à ceux des grosses compagnies privées qui distribuaient leur propre courant sur de vastes secteurs principalement urbains, et ceci vaut aussi bien pour l'industrie que pour le particulier. Une nouvelle étape clé dans l’avènement des civilisations technologiques était alors franchie.

En France, ces compagnies de distribution se sont ensuite unifiées et étatisées pour former EDF. Ceci ne s'est pas fait sans problèmes à cause des tensions, courants et fréquences différentes, mais le triphasé 380 volts pour l'industrie et le 110 volts puis 220 volts monophasé pour le particulier s'est finalement généralisé pour le plus grand confort de tous.

Articles détaillés : L'électricité et Histoire de l'électricité.

Pétrole[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire du pétrole.

Moteur à combustion interne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Moteur à combustion et explosion.

Automobile[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'automobile.

Chimie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la chimie.

Chemin de fer[modifier | modifier le code]

Plan de la locomotive de Stephenson (la « Rocket », ou « fusée ») de 1829
Peinture d'Hans Baluschek de 1904

On utilise depuis 1760 en Angleterre, des chemins de fer, sur lesquels les wagons sont tirés par des chevaux. Comparativement aux routes, l'effort de traction nécessaire est bien inférieur.

Richard Trevithick est considéré comme l'inventeur de la traction à vapeur : un monument lui est consacré à Merthyr Tydfil (Carmarthenshire, Pays de Galles). En 1804, celui-ci adapte à la traction sur rails une machine à vapeur fabriquée par les Pen-y-darren Ironworks à Merthyr Tydfil : la vitesse de 5 miles à l'heure est atteinte (8 km/h) en tirant une charge de 10 tonnes et 70 passagers de Merthyr Tydfil à Abercynon, sur une distance de 14 km. Mais les rails se cassent sous les 5 tonnes de la locomotive et la machine à vapeur est réutilisée à poste fixe.

La première locomotive à vapeur utilisée de façon régulière est celle de l'ingénieur George Stephenson qui fabrique et brevète sa première locomotive en 1815.

Chargé de construire une voie ferrée pour transporter le charbon de Darlington à Stockton en Angleterre, Stephenson convainc les propriétaires des mines de le financer pour construire une locomotive. La première utilisation de la Locomotion a lieu le 25 septembre 1825. Elle tracte vingt wagons de voyageurs et dix bennes de charbon. Alors qu'un cavalier portant un drapeau galope devant la Locomotion, Stephenson ordonne au cavalier de s'écarter car le train roule plus vite et dépasse l'homme à cheval. Plusieurs années sont encore nécessaires pour que la traction à vapeur devienne suffisamment fiable pour transporter des passagers. En 1830, Robert Stephenson, le jeune fils de Georges, crée la première ligne de chemin de fer moderne : Manchester-Liverpool. Constituée d'une voie double sur toute sa longueur elle offre pour la première fois des horaires fixes aux voyageurs.

Cela dit, l'Europe continentale n'est pas en reste : la première ligne du continent date du 30 juin 1827 : c'est la ligne Saint-Étienne-Andrézieux, mais elle se limite les premiers temps au transport du charbon. S'y adjoint une ligne de voyageurs ouverte le 1er avril 1831 en France, sur une section entre Saint-Étienne et Lyon. Durant l'année les recettes de passagers payants s'élèvent à 10 000 Francs (115 000 Francs dès 1832)[50]. À partir du 1er mars 1832, la ligne enregistre ses premiers passagers payants (36 500 personnes en 1834).

En dehors de la Grande-Bretagne, la première ligne de chemin de fer à vapeur à caractère régulier est inaugurée sur le continent européen le 5 mai 1835 entre Bruxelles et Malines. Ce n'est pas un essai voué à des transports épisodiques réservés aux riches mais d'emblée, une ligne construite par l'État à l'instigation du ministre Charles Rogier, partisan des idées fouriéristes : le chemin de fer doit être accessible au peuple et se voit doté des attributs principaux que vont adopter les chemins de fer du monde entier : trois classes correspondant à trois types de voitures qui, au début, reçoivent des noms inspirés de la terminologie traditionnelle des transports, berlines, diligence et char à bancs[51].

Sidérurgie[modifier | modifier le code]

Représentation d'un atelier avec deux convertisseurs Bessemer avec leur forme caractéristique en cornue

Il fallait de plus en plus d'acier avec le développement industriel : rails de chemin de fer, éléments de machines à vapeur, pièces de machines textiles, coques de bateaux etc. Ce fut l'Anglais Henry Bessemer qui trouva la solution, avec son convertisseur breveté en 1856. C'est une cornue de grande taille, à parois réfractaires, que l'on remplit de fonte en fusion. On envoie alors par le fond de l'air comprimé, qui fait brûler le carbone en produisant un spectaculaire jaillissement d'étincelles. Vingt minutes après, le convertisseur contient du fer ; on y introduit alors une quantité précise de carbone qui, après quelques minutes de mélange, donne l'acier correspondant aux spécifications. Il ne reste plus qu'à incliner le convertisseur sur ses pivots pour le vider dans une lingotière. Ce procédé permettait de convertir en une demi-heure 10 tonnes de fonte en autant d'acier ; consécutivement le prix de l'acier doux passa de 50 £ la tonne à 3 £.

Pays concernés[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Territoires[modifier | modifier le code]
American Progress. Représentation de la conquête de l'Ouest américain en 1872 par John Gast
Article détaillé : Conquête de l'Ouest.

L'expansion du territoire des États-Unis tout au long du xixe siècle propulse l'industrie des chemins de fer. La Louisiane était achetée en 1803, les Floride cédées par l'Espagne en 1819, le territoire de l'Oregon favorablement partagé en 1846, l'État du Texas admis dans l'Union en 1845, la Californie, le Nouveau-Mexique et l'Utah arrachés au Mexique en 1848. L'ordonnance cadastrale de 1785, qui organisait la division des terres nouvelles en prévision de leur vente (qui sera complétée par le Homestead Act de 1862, donnant entre autres des terres à des conditions avantageuses) fournissait le cadre légal à toute colonisation à venir. Constatant la masse de colons prêts au départ vers l'Ouest par suite de la découverte de l'or en Californie en 1848, et pour éviter aux candidats à cette migration la route du Cap Horn autant que pour maîtriser le territoire national dans sa nouvelle complexion, le gouvernement américain projette aussitôt le premier chemin de fer transcontinental de l'histoire. Toujours pour rapprocher ces gains territoriaux de la lointaine capitale fédérale, et immédiatement l'achat Gadsden réalisé, qui apportait en 1853 l'ultime agrandissement territorial des États-Unis, il en projette un autre passant par le Nouveau-Mexique d'alors. Quelques années après, il en imaginait un à travers le nord, en direction de l'Oregon. Ainsi le rail remplaçait les pistes qui jusque-là reliaient seules ces territoires lointains à l'Est.

Ce déplacement de la frontière vers l'Ouest contribue fortement à développer les chemins de fer. La couverture ferroviaire se développe initialement sur la côte Est, principalement au Nord en raison de son industrialisation et de sa desserte de peuplement vers le Midwest. Après l'établissement de la première ligne en 1827 le développement de l'ensemble des réseaux atteint 49 100 km en 1860. Dès 1869 la liaison San Francisco-New York est achevée et relie les côtes Est et Ouest en moins de sept jours contre six mois auparavant. En 1870, le réseau ferré américain représente désormais 85 100 km, et en 1913, 420 000 km, soit le tiers du réseau mondial. On comprend qu'un tel développement a eu des conséquences directes sur l'économie américaine et sur son industrialisation grâce à des effets d'entrainement sur l'activité industrielle. Par exemple, l'extension du chemin de fer entraine, plus encore à partir du moment où les États-Unis cessent d'acheter tout leur matériel à la Grande-Bretagne, c'est-à-dire à partir des années 1860, le dynamisme des activités sidérurgiques. De plus, le financement de ces travaux colossaux entraine le développement des activités boursières. Enfin, l'urbanisation se développe au gré de l'industrialisation. Cependant, certains historiens de l'économie contestent le rôle majeur qu'aurait exercé le chemin de fer sur l'industrialisation des États-Unis. Ainsi Robert William Fogel estime-t-il que l'impact du chemin de fer sur la croissance est inférieur à 5 %[52]. Il s'agit, néanmoins, d'une approche contestée.

Par ailleurs, il s'agit d'un territoire riche en matières premières. Citons notamment la présence de pétrole dont l'exploitation a permis aux États-Unis de prendre part très largement à la deuxième révolution industrielle. En effet, il est souvent considéré que le premier puits de pétrole a été creusé sous la direction d'Edwin Drake à Titusville, Pennsylvanie, en 1859. Cela préfigure la domination américaine dans le domaine de la production pétrolière. On retiendra l'hégémonie de la Standard Oil de John D. Rockefeller dont le monopole sera incontestable jusqu'à ce que la compagnie tombe sous la juridiction du Sherman Antitrust Act où elle a été divisée en plusieurs compagnies de moindre taille. Ajoutons en guise de remarque que plusieurs de ces petites compagnies grossiront au point de devenir les plus grosses compagnies pétrolières actuelles comme ExxonMobil.

C'est de plus un territoire qui contribue au développement et à la puissance de l'agriculture américaine. En effet, l'agriculture bénéficie de vastes territoires exploités grâce aux progrès de la mécanisation ; la première moissonneuse mécanique est inventée par Neil Mac Cormick en 1831. De plus, l'agriculture peut s'appuyer sur la diversité du territoire américain. Le Sud se spécialise ainsi dans la culture et l'Ouest dans l'élevage dont la production est facilement acheminée vers les ports d'exportation par les infrastructures et notamment le chemin de fer. En outre, la main-d'œuvre bon marché que constitue l'esclavage est un élément déterminant de la puissance agricole américaine au point que l'historien Robert Fogel[53] le considère comme élément déterminant de la prospérité du Sud. Sur le plan extérieur, l'agriculture bénéficie des avantages du libre-échange, notamment de l'abolition des corn laws en 1846.

Appliquée aux nouvelles méthodes de production, cette diversification des activités contribue à établir la puissance des États-Unis notamment lors de la deuxième révolution industrielle. L'industrialisation, débutée au milieu du XIXe siècle devait alors être le facteur de la puissance américaine.
Après avoir atteint l'optimum de leur production domestique, l'enjeu devint pour les États-Unis la sécurisation des approvisionnements internationaux : lire l'article géopolitique du pétrole.

Démographie[modifier | modifier le code]

Les États-Unis connaissent un essor démographique tout à fait remarquable. Cet essor est entretenu d'une part par la croissance naturelle et d'autre part par d'important flux migratoires. La population des États-Unis croit de 25 % par décennie entre 1860 et 1890 si bien qu'en 1880 les États-Unis comptent 50 millions d'habitants et 100 millions en 1918. L'immigration nourrit largement la croissance démographique ; les flux migratoires ont apporté 36 millions de personnes entre 1820 et 1920.

De surcroit, la majorité des flux migratoires provient du Royaume-Uni et d'Irlande mais également des pays scandinaves. Ainsi, les immigrés qui débarquent aux États-Unis sont souvent de religion protestante. Rappelons ici toute l'importance de l'éthique protestante en nous basant sur les travaux de Max Weber. En outre, on peut baser l'analyse de l'industrialisation américaine à partir des caractéristiques de la société américaine ; il s'agit d'une société méritocratique comme l'analyse Alexis de Tocqueville dans De la démocratie en Amérique, 1835-1840.

Tournant de la Guerre de Sécession[modifier | modifier le code]

Avant la guerre de Sécession (1861-1865) la montée en puissance des États-Unis s'appuie surtout sur ses activités agricoles à tel point que l'agriculture demeure l'activité principale jusqu'en 1880 ; en 1890 l'agriculture représente encore 75 % des exportations américaines. Mais la guerre de Sécession change quelque peu la donne. En effet, cette guerre n'est pas qu'une guerre politique qui s'inscrit seulement dans la question de l'esclavagisme. Elle est également une guerre issue des rivalités économiques entre le Sud – conservateur, agricole et favorable au libre-échange – et le Nord – ouvert aux idées nouvellement venues d'Europe, en cours d'industrialisation rapide et favorable au protectionnisme selon la pensée d'Alexander Hamilton, de la théorie du « protectionnisme éducateur » de Friedrich List[54] et de celles de Henry C. Carey. Par conséquent, la victoire du Nord consacre l'évolution de l'industrialisation dont le financement est en partie favorisé par l'inflation durant la guerre.

Allemagne[modifier | modifier le code]

Carte de l'industrie et des mines en Allemagne en 1892
Industrie textile

L'industrialisation de l'Allemagne débute au même moment qu'aux États-Unis c'est-à-dire au milieu du XIXe siècle. Elle dispose également d'un important potentiel industriel, agricole et humain.

Unification pour s'industrialiser[modifier | modifier le code]

La particularité de l'Allemagne est qu'elle n'existe pas en tant qu'État-nation au début du siècle. À la suite du Congrès de Vienne en 1815, la Confédération allemande regroupe 39 États dont l'unité se construit autour de la langue mais également du Zollverein à partir de 1834. Le Zollverein est une union douanière qui met en place une zone de libre-échange à l'intérieur et qui établit des tarifs extérieurs commun (TEC). De plus en 1857, le thaler prussien devient la monnaie de la zone puis est remplacé par le Mark en 1871. Parallèlement la Reichbank voit le jour en 1875. L'Allemagne adopte de ce point de vue une position protectionniste qui contraste avec la position britannique.

Puissance industrielle[modifier | modifier le code]
Mine à Ilmenau (Thüringe, Allemagne), 1860.

Le démarrage de l'industrialisation est lent à cause de la disparité entre bassins industriels ; ceux de l'Est sont bien moins performants que ceux de l'Ouest comme la Ruhr. De plus, l'Allemagne présente un retard technologique qui la rend dépendante de la Grande-Bretagne mais aussi de la France. L'annexion de l'Alsace et de la Moselle accroit son potentiel industriel.

La montée en puissance de l'industrialisation est appuyée d'une part par la tradition marchande du Nord de l'Allemagne et par le soutien qu'apporte l'État. En effet, il existe une réelle tradition dans le domaine du commerce grâce aux ports du Nord, hérités de l'activité portuaire de la Hanse dès le XIIIe siècle. L'État joue un rôle primordial, en favorisant l'extension du chemin de fer qui facilite l'unification de la Confédération allemande. Il a en outre favorisé la constitution de grandes entreprises – les Konzerns – et permet leur développement par le biais de mesures protectionnistes. De plus, l'État allemand supporte la formation professionnelle. L'Allemagne est le premier pays à se doter d'une forme de protection sociale. En effet, la très forte concentration ouvrière émanant de l'industrialisation commence à soulever des critiques quant aux conditions de vie et de travail. C'est donc dans le but de contrer le marxisme qu'Otto von Bismarck décide de mettre en place les premières lois sociales. Dès 1883 une assurance maladie est créée, suivie en 1884 d'une protection contre les accidents du travail et enfin en 1889, création d'une assurance vieillesse.

Ces éléments permettent à l'Allemagne de s'industrialiser rapidement à partir des années 1850 et plus encore après 1870 où les konzerns prennent une place primordiale dans l'activité industrielle.

Agriculture[modifier | modifier le code]

Les autres activités demeurent importantes mais restent secondaires par rapport à l'industrie. La production agricole croit tout au long du siècle ; les junkers, propriétaires fonciers, sont politiquement conservateurs, économiquement innovateurs. Les innovations en matière agricole sont de plus en plus nombreuses après 1850 et complètent les innovations importées de Grande-Bretagne. La spécialisation allemande dans la chimie lui confère un rôle de premier ordre dans la recherche d'engrais ; les recherches de Justus von Liebig dès 1840 sont fondatrices.

Faiblesse financière[modifier | modifier le code]

Le financement de l'industrialisation s'appuie moins sur les capitaux boursiers qu'en Grande-Bretagne. La spécificité allemande est que le financement s'inscrit plutôt dans le cadre d'investissements à long terme grâce aux liens étroits entre banques et entreprises. Michel Albert[55] montre que cette particularité allemande est caractéristique de son capitalisme contemporain, le capitalisme rhénan.

L'autre spécificité financière de l'Allemagne est la concentration des capitaux vers son territoire national. En effet, les capitaux allemands sont assez peu destinés à l'étranger ; on note toutefois des investissements importants dans l'Empire ottoman. Cette utilisation des capitaux s'inscrit dans la perception de l'économie nationale en Allemagne ; l'économie réelle – l'industrie – c'est-à-dire la puissance économique doit coïncider avec la puissance nationale. On voit bien la divergence avec la conception britannique.

Japon[modifier | modifier le code]

Ouverture économique contrainte[modifier | modifier le code]

Le Japon est un pays vieux de plusieurs millénaires mais son ouverture sur l'extérieur est tardive ; le Japon demeure dans une autarcie politique et économique (sakoku). Son ouverture sur l'extérieur ne participe pas d'un choix délibéré mais le Japon y a été contraint. En effet, l'amiral américain Matthew Perry entre en baie de Tokyo en 1853 et impose au Japon l'ouverture par le traité de Kanagawa en 1854, traité asymétrique au désavantage du Japon. L'ouverture économique du Japon de l'ère Meiji est donc le résultat de ce que l'on appelle la diplomatie ou politique de la canonnière.

Ère Meiji (1868-1912)[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Ère Meiji.
Un train entrant en gare à Kōbe

En 1868, l'empereur Mutsuhito renverse le shogun et entraine le Japon dans la révolution industrielle. Dès les années 1870, le Japon connait un processus de croissance et de développement, soutenu par l'intervention de l'État. Ce dernier met en place les structures adéquates pour favoriser l'industrialisation. En effet, il initie la mise en place de chemin de fer et crée des entreprises nouvelles. Une fois consolidées par l'État, ces entreprises sont privatisées et passent sous le contrôle de grandes familles japonaises ; c'est la naissance des zaibatsus dont les plus connues sont Mitsui, Mitsubishi et Sumitomo. Celles-ci prennent alors la forme de sociétés par actions. Pour accompagner ces évolutions, le Japon met en place des institutions nouvelles ; création du yen (1871), de la Bourse (1878), de la Banque centrale du Japon (1882) et se dote de diverses mesures législatives encadrant le développement économique.

L'industrialisation du Japon va de pair avec son développement agricole. Celui-ci se caractérise par une rupture d'avec le régime féodal ; les terres détenues par les daimyos et les samouraïs sont confisquées puis redistribuées aux paysans. Ces terres, allouées aux paysans, sont une source importante de rentrées fiscales pour l'État, qui s'en sert pour financer le développement industriel. L'agriculture se développe d'autant plus qu'elle se diversifie par l'utilisation des terres au nord de Japon, notamment en Hokkaidō. L'agriculture est donc un facteur décisif de l'industrialisation du Japon non seulement parce qu'elle génère des revenus pour l'État mais également parce qu'elle contribue à diminuer la contrainte extérieure du Japon, très fortement dépendant de matières premières dont il est peu pourvu.

Finalement, le Japon connait un fort développement économique, son taux de croissance est supérieur à celui de l'Allemagne quoique inférieur à celui des États-Unis, le commerce extérieur augmente fortement ainsi que sa production industrielle. En outre, la population japonaise passe d'environ 30 millions en 1860 à 50 millions au début du XXe siècle.

Russie[modifier | modifier le code]

Réformes agraires[modifier | modifier le code]

La Russie est le dernier des pays de la deuxième vague à s'industrialiser. L'archaïsme de son agriculture, même après avoir été réformée, a nourri son retard industriel. Toutefois, on ne peut penser le démarrage industriel sans, entre autres, le développement agricole. Après la défaite russe lors de la guerre de Crimée les dirigeants russes, en premier lieu l'empereur Alexandre II, ont pris conscience du retard économique et social de leur pays. Dans ce contexte, s'engage la réforme agricole, précédée de l'émancipation générale des paysans avec l'abolition du servage le 3 mars 1861. La réforme met en place des communautés villageoises – appelées obshchina ou mir – dans le cadre desquelles les paysans devaient payer des indemnités pour les terres qu'ont leur attribuait. Ces caractéristiques expliquent l'échec de la réforme, la modernisation et le développement de l'agriculture n'étant pas à la hauteur des espérances. Toutefois, la Russie ne consentit pas davantage, dans un premier temps, à faire évoluer son agriculture. En effet, cette dernière suffisait à faire vivre le pays grâce à ses exportations et les grands propriétaires bloquaient toute évolution. Pourtant, la Russie doit s'engager « de fait », dès 1906, dans une nouvelle réforme agricole à cause de la chute des cours sur les marchés des céréales et les famines de 1891-1892 et 1902. Piotr Stolypine conduit cette réforme qui aboutit à la suppression du régime des communautés, c'est-à-dire des mirs. Toutefois, les efforts menés seront stoppés avec le début de la Première Guerre mondiale en 1914 et la révolution de 1917. Finalement, la Russie ne sera pas parvenue à hisser son industrie au niveau de celles des grands pays européens, des États-Unis ou même du Japon, contre qui la Russie perd la guerre qui les oppose en 1905. Cependant, cela ne signifie pas que la Russie ne s'est pas du tout industrialisée.

Industrialisation[modifier | modifier le code]
Réparation d'une ligne de chemin de fer, peinture de Konstantin Savitsky (en) (1874).

À la fin du XIXe siècle, la Russie est un pays en retard mais son industrialisation sera le fait d'un changement politique et profitera de l'avancée des autres grands pays. En premier lieu, la réforme agricole des années 1860 accroit les rentrées fiscales de l'État, en taxant les paysans, lui permettant de financer la construction de routes, d'industries mais également de chemins de fer, comme le transsibérien et le transcaspien. La carence en infrastructures de transport était apparue après la défaite en Crimée, l'armée russe ne parvenant pas à acheminer suffisamment de soldats sur le front. D'autre part, l'État fait appel à des industriels étrangers pour développer son industrie en bénéficiant des dernières innovations techniques. Citons, à titre d'exemple, le rôle de l'anglais John Hughes qui en 1869 fonde la « Nouvelle Société russe » pour construire des hauts fourneaux dans la région de Donetz. Le rôle de l'État est crucial dans l'industrialisation de la Russie ; pour Alexander Gerschenkron l'État, en se substituant au marché, a permis de dépasser les obstacles liés aux structures économiques et sociales du pays[56]. Il faut, en outre, souligner le rôle important des capitaux étrangers, notamment français et britanniques. Ainsi, l'industrialisation de la Russie s'accélère dans les années 1880-1890, notamment au bénéfice de l'armée impériale et de sa marine (lire Complexe militaro-industriel de la Russie#Sous la Russie impériale).

Évolutions sociales[modifier | modifier le code]

Cette révolution industrielle s'est manifestée dans le domaine économique, mais elle n'en a pas moins transformé le domaine social. Cet aspect de la nouvelle société industrielle a principalement été étudié par Karl Marx. Selon K. Marx, la société industrielle succède à la société féodale, et joue un rôle historique primordial en tant qu'elle affirme le capitalisme et fait émerger le prolétariat.

Plus récemment, après la Seconde Guerre mondiale, on a perçu les conséquences de la révolution industrielle sur le plan environnemental. Cet aspect a été étudié par Lester R. Brown, qui considère que nous entrons dans une révolution environnementale[57].

Évolution de la structure sociale en France[modifier | modifier le code]

Représentation d'une cité industrielle vers 1870 par Gustave Doré.

On pourra se rapporter au livre d'Olivier Marchand et Claude Thélot, Le Travail en France (1800-2000), 1997, pour obtenir des données statistiques fiables quant à l'évolution de la structure sociale de la France depuis 1800.

Déclin agricole dès le milieu du XIXe siècle[modifier | modifier le code]

La population agricole continue de croitre jusqu'en 1846 et rassemble 9,3 millions d'agriculteurs, d'après les séries statistiques étudiées par Olivier Marchand et Claude Thélot dans Le Travail en France (1800-2000), 1997.

Selon les mêmes auteurs, la diminution de la population agricole est due aux conséquences du traité de libre-échange franco-britannique de 1860, aux difficultés liées aux phylloxera et à la structure trop petite des exploitations, et à la faiblesse des investissements.

Exode rural et urbanisation[modifier | modifier le code]

Une série de causes provoque l'exode rural soit le départ de nombreux paysans, quittant leurs champs pour rejoindre villes anciennes ou nouvelles agglomérations et contribuant ainsi à nourrir la croissance urbaine. Raisons négatives avec l'enclosure des terrains agricoles, ou la mécanisation de l'agriculture qui accroit la productivité et libère de la main-d'œuvre . Raisons positives dans la mesure où le départ vers les usines est perçu comme une opportunité d'échapper à la misère, sinon d'améliorer ses conditions de vie.

Toutefois, l'exode rural n'est pas l'unique cause de l'urbanisation. L'industrialisation crée des usines, qui elles-mêmes provoquent la concentration et l'installation de nombreux ouvriers dans les faubourgs des villes, voire l'émergence de nouvelles agglomérations (C'est par exemple le cas du Creusot ou de Roubaix, ou bien de villes à la périphérie de Paris comme Saint-Denis) voire la création de nouvelles conurbations (comme le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais). Se trouvent ainsi réunis par la proximité : bassin de main d'œuvre, infrastructures de transports performantes et vaste marché de consommation.

L'urbanisation contribue également à des évolutions sociales importantes : début du développement de l'habitat collectif, des premières politiques d'aménagement urbain (mise en place de moyens de transports comme le métro à la fin du XIXe siècle et aménagements urbains comme les travaux effectués à Paris par le baron Haussmann), etc.

Bourgeoisie triomphante[modifier | modifier le code]

La Révolution de 1789 marque le triomphe d'une bourgeoisie, dont le pouvoir au sein de la société avait commencé à croitre dès le règne de Louis XIV pour devenir majeur au cours du XIXe siècle. Tout d'abord, une partie de cette bourgeoisie joue un rôle décisif au cours du processus d'industrialisation car dispose de ressources financières. Cela est encore plus vrai pour le deuxième XIXe siècle au cours duquel les investissements nécessaires représentent des sommes de plus en plus importantes. Toutefois, une partie de cette bourgeoisie demeure passive par rapport à la révolution industrielle, vivant de rentes issues de son patrimoine ; ce sont les rentiers, particulièrement nombreux en France.

Tout au long du XIXe siècle, le nombre de cette bourgeoisie s'accroit et représente une grande partie de la société. La grande bourgeoisie, à la tête d'entreprises industrielles, et la petite bourgeoisie, les petits commerçants, pèsent un poids conséquent dans la société[58]. Par ailleurs, outre son rôle économique et sociale, la bourgeoisie est de plus en plus présente politiquement. En France, cette présence politique est entretenue par la formation de la bourgeoisie dans des écoles, comme l'école des Hautes Études Commerciales (HEC) crée en 1881, dont elle a seule, au XIXe siècle, accès. Cela contribue à la formation d'un corps de hauts fonctionnaires ou, de ce que Pierre Bourdieu appelle une « noblesse d'État »[59].

Constitution du prolétariat[modifier | modifier le code]

Le travail en usine vers la fin du XIXe siècle représenté par Adolph von Menzel (1872-1875).

Souvent associé au monde ouvrier, le prolétariat relève en fait d'une réalité plus complexe. Si l'on retient de Karl Marx son analyse économique de la société en deux catégories, les capitalistes et les prolétaires[60], on oublie parfois que Karl Marx avait déjà compris la complexité de la société et du prolétariat au XIXe siècle. En effet, Karl Marx distingue au sein de la société, l'aristocratie financière, la bourgeoisie industrielle, la petite bourgeoisie, la classe ouvrière, le Lumpenproletariat (« prolétariat en haillons ») et la paysannerie parcellaire[61]. Par ailleurs, Marx voit dans le prolétariat une classe contrainte de vendre sa force de travail aux capitalistes, que Marx accuse d'entretenir une situation favorable au développement de cette « armée industrielle de réserve ». Pour comprendre la notion d'exploitation dont parle Marx, il faut revenir à sa conception de la valeur. Il distingue, en effet, valeur d'usage et valeur d'échange ; pour pouvoir réaliser une « plus-value », le capitaliste doit contraindre les prolétaires au « surtravail », d'autant plus que le capitaliste est confronté à une « baisse tendancielle du taux de profit ».

En outre, on ne peut véritablement parler d'une classe ouvrière relativement homogène qu'à partir du dernier quart du XIXe siècle. En effet, on retrouve, surtout au début du XIXe siècle, des ouvriers spécialisés que sont les artisans, des ouvriers issus de l'industrie rurale, notamment en France, et le prolétariat des manufactures puis des usines. Cette dernière catégorie d'ouvrier demeure minoritaire jusqu'au milieu du XIXe siècle. Par la suite, consécutivement à la modernisation et à la concentration des usines, le nombre d'ouvriers de la petite industrie rurale et d'artisans devient plus faible. Ce n'est donc qu'après 1870-1880 que les ouvriers d'usines constituent une classe sociale homogène même si l'historien britannique Edward Palmer Thompson a mis en évidence qu'en Angleterre tout au moins, la classe ouvrière s'est formée au cours de la première moitié du XIXe siècle. Il précise que « pour la plupart des travailleurs, l'expérience cruciale de la révolution industrielle fut vécue comme une transformation dans la nature et l'intensité de l'exploitation[62] ».

Vers 1930, les ouvriers représentent encore près de 33 % de la population active occidentale. Les salaires sont peu élevés (5 F par jour en France de 1900 à 1914) et la nourriture absorbe une grande partie des revenus (jusqu'à 60 %). Ainsi, chez les ouvriers, toute la famille travaille : hommes, femmes et enfants. Les journées de travail sont très longues, de 12 à 15 heures en moyenne jusque vers 1860, avec de rares pauses. Le chômage est fréquent du fait des licenciements abusifs et de l'importance numérique de la population active. Il s'accroit nettement lors des périodes de crises économiques. Leurs logements sont insalubres, la nourriture est déséquilibrée et de mauvaise qualité, ce qui engendre la sous-alimentation, le rachitisme et le développement de maladies (choléra, tuberculose) tandis que le manque d'espoir pousse à l'alcoolisme[63]. Les accidents du travail, liés à la fatigue, à la pénibilité, aux difficiles conditions de travail sont fréquents (22 pour 10 000 en France, 41 pour 10 000 aux États-Unis entre 1871 et 1875).

Évolution du monde du travail[modifier | modifier le code]

Rationalisation du processus productif[modifier | modifier le code]

Fabrication des épingles, planche de l'Encyclopédie.
Article connexe : Rationalisation.

Les rédacteurs de l'Encyclopédie ou des économistes comme Adam Smith [64] décrivent quelques-unes des nombreuses pratiques qui existent dans l'industrie depuis le XVIe siècle (voir l'Arsenal de Venise) et se sont perfectionnées aux XVIe et XVIIIe siècles dans des secteurs d'activité comme les chantiers navals hollandais ou l'horlogerie (voir la pratique de l'établissage)

Par suite, toujours dans la perspective d'accroitre la productivité du travail, les économistes vont s'attacher à améliorer l'organisation concrète du processus productif. Cette recherche de l'efficacité optimale se fait par des méthodes rigoureuses et donnent naissance à :

  • l'émergence des sciences de gestion avec l'ingénieur des Mines Henri Fayol qui, dans son ouvrage « l'Administration industrielle et générale », plaide pour la mise en œuvre d'un processus supérieur de pilotage « Prévoir, Organiser, Commander, Coordonner et Contrôler » en vue de superviser toutes les pratiques élémentaires à l'œuvre dans les processus industriels ;
  • l'apparition de l'Organisation scientifique du travail (OST), promue par Frederick Winslow Taylor dans son ouvrage Principes du management scientifique paru en 1911 sous le titre original : Principles of Scientific Management.
Précurseurs : l'exemple de Frédéric Japy[modifier | modifier le code]
Frédéric Japy (1749-1812)

Frédéric Japy fonde en 1771 sa propre fabrique d'ébauches à Beaucourt, la première de l'histoire en territoire français. La fabrication de pièces pour l'industrie horlogère est, du temps de Japy, le fait d'ouvriers spécialisés travaillant à domicile, et fournissant chacun un type très spécifique de pièce. L'organisation de la fabrique de montres Japy est sur ce point innovante : Frédéric Japy regroupe ses ouvriers dans une usine à part de la ville. Avec une conception et une utilisation de machines destinées à la production en série, Japy augmente à faible cout les cadences de production tout en réduisant la main d'œuvre nécessaire. Frédéric Japy implante dans la manufacture, bien avant d'autres, les lois dites du Taylorisme et du Fordisme.

Il dépose en 1799 les brevets de dix machines révolutionnaires, dont une machine à tailler les roues, une machine à fendre les vis, un tour pour tourner les platines des montres. Il insiste dans ses descriptions sur le fait que ses machines peuvent être actionnées facilement par des infirmes ou des enfants. Son inventivité technique ne s'arrêtant pas à son cœur de métier, Frédéric Japy invente en outre un modèle de pompe rotative encore en usage de nos jours.

Lorsque Frédéric Japy installe sa fabrique à Beaucourt, les montres sont encore fabriquées selon le système de l'établissage : le fabricant achète toutes les ébauches nécessaires et les assemble lui-même. Ainsi 150 ouvriers en moyenne interviennent pour réaliser le produit fini en se cantonnant chacun à une opération bien spécifique. Mais Frédéric Japy a déjà fait l'expérience d'un matériel beaucoup plus novateur. Ainsi, il passe rapidement commande à Jeanneret-Gris d'une série de dix machines différentes qui lui permettent de concevoir les 83 pièces de l'ébauche. Un système productif particulièrement novateur est dès lors en place : l'utilisation de la machine-outil lui permet d'embaucher des ouvriers non qualifiés, des femmes, des vieillards… Grâce à cette nouvelle division du travail, il est désormais possible de produire les ébauches en série et dans un atelier unique. Ces machines « infernales » imposent une concurrence très rude à tout le monde artisanal et corporatif de l'horlogerie : une ébauche de montre vendue à 7,50 F en 1793 sort à 2,50 F des ateliers beaucourtois. Immédiatement, cette concurrence engendre la fermeture de nombreux ateliers jurassiens mais elle agit aussi en Suisse où la manufacture Japy écoule 91,3 % de sa production. Ce faisant, Frédéric Japy impose la machine-outil comme mode de production et se pose comme le principal initiateur de la fabrication mécanique de montres. Cette technicité Japy correspond sans conteste à l'un des trois changements techniques nécessaires au démarrage de la révolution industrielle : la substitution de l'invention mécanique aux talents humains.

Vulgarisateurs : Frederick Taylor et Henry Ford[modifier | modifier le code]
Mécanicien travaillant sur une pompe à vapeur, Lewis Hine, 1920.
Une ligne de montage aux usines Ford en 1913 aux États-Unis

Frederick Winslow Taylor, initiateur du taylorisme contribue au début du XXe siècle à mettre fin aux usages et à l'organisation individualiste et artisanale. Pour lui, la réussite industrielle implique un mode de pensée et d'action plus cohérent : il préconise une spécialisation des tâches à la fois verticale (il y a ceux qui pensent les processus de travail et ceux qui les exécutent) et Horizontale (délimitation et parcellisation des tâches pour les ouvriers et les employés). Il apporte l'idée du « one best way » : standardisation et chronométrage des tâches simplifiées (les gestes sont décomposés au maximum) des ouvriers, afin de minimiser leurs mouvements et définir des cadences de travail. Sont ainsi évacuées la « flânerie systématique » des ouvriers en vue d'obtenir une régularité et un niveau plus élevé de production.

Henry Ford, début XXe siècle, avec le fordisme, introduit le travail à la chaine dans le secteur automobile en installant un tapis roulant qui achemine les pièces vers les ouvriers spécialisés, ce qui leur évite des déplacements inutiles.

Cette nouvelle organisation du travail n'est pas sans conséquence sur les travailleurs, Karl Marx la décrit comme conduisant à l'aliénation du prolétaire, qui n'est plus qu'un maillon d'une chaine de production : « C'est une simple machine à produire la richesse pour autrui, écrasée physiquement et abrutie intellectuellement[réf. souhaitée]. » Plus tard Georges Friedmann qualifiera cette organisation du travail de « travail en miette[65] ». Ouvriers et syndicats ont souvent contesté ces méthodes de travail.

Karl Marx met en évidence l'existence de l'armée de réserve de travailleurs, une réserve de travailleurs au chômage permettant aux capitalistes de disposer de mains d'œuvre et de maintenir les salaires au plus bas en faisant massivement appel aux femmes et aux enfants dans les fabriques. Et l'historien Edward Palmer Thompson précise : « Certains historiens économiques semblent peu désireux […] de reconnaitre cette évidence : l'innovation technologique, au cours de la révolution industrielle et jusqu'à l'époque du chemin de fer, évince (sauf dans les industries métallurgiques) la main d'œuvre qualifiée adulte[66]. »

Certains travailleurs perçoivent la machine comme directement responsable du chômage, et l'on voit apparaître des mouvements de briseurs de machines comme en Angleterre en 1811-1812 avec les Luddites.

Travail des enfants[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Travail des enfants.

Évolution de l'environnement[modifier | modifier le code]

Depuis les travaux du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), on s'est rendu compte que les émissions de gaz à effet de serre par la civilisation industrielle constituent un facteur commun du développement des sociétés actuelles. C'est en effet depuis la révolution industrielle que les sociétés humaines extraient des énergies fossiles (charbon, puis pétrole et gaz naturel), dont la combustion rejette dans l'atmosphère des quantités très importantes de dioxyde de carbone, dont l'accumulation dans l'atmosphère est responsable de l'effet de serre et du réchauffement climatique global. Même si les diverses formes de combustion d'énergies fossiles constituent la source des émissions les plus évidentes, elles ne sont pas les seules : il y a aussi la combustion de la biomasse, la déforestation, la concentration urbaine (déchets), l'agriculture (émissions azotées causées par les engrais), l'élevage[67], etc.

Même si certains facteurs préexistaient à la révolution industrielle, il est indéniable que l'augmentation des émissions du carbone fossile depuis 1860, et surtout depuis la Seconde Guerre mondiale, a provoqué une accélération du phénomène du changement climatique[68].

Le réchauffement climatique n'est pas la seule conséquence environnementale. Il faut citer également la perte de biodiversité, liée en grande partie à la déforestation, et les diverses formes de pollution de l'eau, de l'air ou des sols.

Les risques environnementaux induits par la technoscience sur les générations futures ont été analysés depuis 1979 par le philosophe Hans Jonas[69].

Selon l'expert américain Lester R. Brown, la révolution industrielle a libéré une énergie créatrice gigantesque en raison d'une productivité supplémentaire. Elle a aussi donné naissance à de nouveaux modes de vie et à l'ère la plus destructrice pour l'environnement que l'histoire humaine ait jamais connue, en risquant de remettre en cause la croissance économique. Il en résulte la nécessité d'une restructuration de l'économie mondiale, avec un changement conceptuel comparable à celui de la révolution copernicienne[70].

Évolutions politiques des sociétés industrialisées[modifier | modifier le code]

Évolution du rôle de l'État[modifier | modifier le code]

Dès la fin du XVIe siècle, le mercantilisme défend les conceptions d'une « économie au service du prince ». L'intervention de l'État se décline de manière variable selon les pays : En Angleterre qui pratique une mercantilisme essentiellement commercial, elle sert en premier lieu, « Le commerce extérieur qui est d'après Thomas Mun[71], la richesse du souverain, l'honneur du royaume, […], le nerf de notre guerre, la terreur de nos ennemis ». En France, L'État colbertiste intervient de façon plus complexe dans l'économie avec notamment la mise en place de manufactures royales. (voir l'exemple de Villeneuvette).

Puis l'émergence de la physiocratie au XVIIIe siècle puis du libéralisme au XIXe siècle réduit l'importance des interventions de l'État au sein de l'économie. Karl Polanyi estime qu'au XIXe siècle, exactement en 1834 et 1929, le marché est autorégulé, c'est-à-dire fonctionne avec une intervention très restreinte de l'État.

Toutefois, marché autorégulé n'équivaut pas pour autant à l'absence de toute forme d'intervention de l'État :« De capitalisme entièrement privé, l'histoire n'en a jamais connu », (François Perroux)[72], D'autre part, il faut nuancer l'idée selon laquelle l'essor du libéralisme au XIXe siècle conduit à l'absence de toute intervention de l'État : Certains économistes classés comme libéraux (par exemple Léon Walras le grand formalisateur de l'équilibre du système économique) défendent l'intervention publique dans certains domaines comme la répartition de la formidable richesse produite par l'essor sans précédent favorisé par le développement des processus industriels[73].

Économiquement, les États s'engagent financièrement dans le processus de révolution industrielle. Ils initient, en effet, une politique active pour mettre en place un environnement favorable au développement économique en aménageant leur territoire : grands travaux à Paris sous la direction du baron Haussmann, aménagement de villes de province, création de villes nouvelles en Angleterre, travaux d'assainissement (en Sologne, par exemple), etc. De plus, ils contribuent à mettre en place des infrastructures de transport modernes : plan Freycinet dès 1878 en France, construction de métro ou tramway, etc. Par ailleurs, si le libéralisme a été très influent sur l'orientation donnée au commerce extérieur en imposant le libre-échange – abolition des corn laws en 1846 et du Navigation act en 1849 en Angleterre, signature du traité franco-britannique de libre-échange en 1860, etc. —, les États n'hésitent pas à intervenir directement lorsque les difficultés économiques les y contraignent. Ainsi, avec les difficultés générées par la Grande Dépression les États interviennent en revenant au protectionnisme : Loi et Tarif Méline de 1892 et « loi du cadenas » de 1897 en France, tarifs Mac Kinley en 1890 et Dingley en 1897 aux États-Unis, mise en place de législations anti-trusts, notamment aux États-Unis avec les Sherman Act de 1890 et Clayton Act de 1913. En fait, le degré de protectionnisme et d'intervention de l'État dépend de chaque pays. L'Allemagne demeure fidèle au « protectionnisme éducateur » de Friedrich List[54], les États-Unis demeure dans un isolationnisme, tel qu'il est défini par la doctrine Monroe[74], justifiant le protectionnisme tandis que le Royaume-Uni opte pour le libéralisme et que la France adopte une voie intermédiaire.

Fait nouveau au XIXe siècle, l'intervention de l'État s'étend au domaine social sous l'effet conjugué d'une évolution de la pensée politique et de la mobilisation des syndicats. L'État inaugure alors un rôle qui, auparavant, était majoritairement le fait des paroisses ; c'était le cas des poor laws en Angleterre. Les premières mesures sociales peuvent être datées du début du XIXe siècle en Angleterre, terre du libéralisme. En effet, dès 1815 Robert Owen est à l'origine d'une loi pour limiter le travail des enfants qu'il fera contrôler par des inspecteurs du travail en 1833. Par la suite, l'Angleterre limite la durée du travail des femmes en 1847. En France, une première tentative de législation sociale concerne également le travail des enfants avec la loi du 22 mars 1841 à l'initiative de Laurent Cunin-Gridaine. Toutefois, les mesures les plus importantes au niveau social viennent de Prusse ; Bismarck met en place en 1883 une assurance-maladie, en 1884 un système pour prémunir les travailleurs contre les accidents du travail et en 1889 une assurance-vieillesse. À la fin du XIXe siècle certains auteurs commencent à évoquer la notion de service public que le juriste Léon Duguit définissait comme « toute activité dont l'accomplissement doit être assuré, réglé et contrôlé par les gouvernants, parce que l'accomplissement de cette activité est indispensable à la réalisation et au développement de l'interdépendance sociale, et qu'elle est de telle nature qu'elle ne peut être réalisée complètement que par l'intervention de la force gouvernante »[75].

Une telle intervention de l'État trouve un écho favorable chez certains libéraux. Outre Léon Walras et Alfred Marshall, John Stuart Mill défend l'importance de l'intervention publique dans le domaine de l'éducation. Par ailleurs, Jean de Sismondi défend l'idée d'un État au cœur de la régulation économique et garant du bien-être de la population.

De même, avec l'émergence du concept de développement durable à la fin du XXe siècle, les États ont commencé à s'engager dans le domaine environnemental (directives européennes, stratégies nationales de développement durable, et en France loi relative aux nouvelles régulations économiques et Grenelle de l'Environnement).

Utopies sociales[modifier | modifier le code]

Les grandes utopies du XIXe siècle naissent donc dans ce contexte. Ces dernières sont le plus souvent influencées par le socialisme utopique, c'est-à-dire le socialisme précédant le socialisme scientifique. En Grande-Bretagne, Robert Owen imagine la création de colonies, fondées sur la mise en commun des biens, dont la tentative de mise en place échouera. En France, Claude Henri de Saint-Simon prône un mode de gouvernement contrôlé par un conseil formé de savants, d'artistes, d'artisans et de chefs d'entreprise et dominé par l'économie qu'il convient de planifier pour créer des richesses et faire progresser le niveau de vie. De son côté, Charles Fourier pense une nouvelle forme d'organisation sociale au travers de phalanstères[76] que son disciple, Victor Considérant tentera, en vain, de concrétiser. D'autres courants tenteront d'apporter plus de réalisme à ces utopies. C'est le cas de Louis Blanc qui propose la mise en place d'ateliers nationaux[77] ou bien de Philippe Buchez qui défend la création de vastes coopératives[78]. En fin de compte, ces utopies soulignent une critique du profit capitaliste, de la concurrence, ou du moins ses excès[79] et parfois de la propriété privée[80].

Combat social[modifier | modifier le code]

Dès la première moitié du XIXe siècle, les « crises mixtes », c'est-à-dire dont l'origine est encore agricole mais dont les effets sont de plus en plus importants au niveau industriel, suscitent les premiers combats sociaux. En effet, la crise de 1836, provoquée par la spéculation sur l'émission de titres publics espagnols et portugais, conduit à une crise sociale avec la naissance du chartisme. Auparavant, d'autres mouvements avaient déjà vu le jour comme le luddisme en Grande-Bretagne ou bien la révolte des Canuts à Lyon en 1831. Toutefois, la crise ayant eu le plus de répercussions est celle de 1847, issue des mauvaises récoltes. Tous les pays européens engagés dans le processus de révolution industrielle connaissent des troubles qui culminent en 1848 avec les mouvements révolutionnaires.

Néanmoins, les combats sociaux deviendront plus amples et plus organisés dans la seconde moitié du XIXe siècle. C'est le résultat d'une plus grande concentration de la main-d'œuvre dans des usines de plus en plus grandes. De surcroit elle s'organise autour du syndicalisme. En effet, le droit de grève est autorisé en 1864[81] en France et en 1875 en Angleterre, les syndicats sont autorisés en France en 1884[82] par la loi Waldeck-Rousseau. De ce fait, des grands syndicats sont créés à la fin du siècle :

Ces syndicats mobilisent massivement les ouvriers lors des crises, par exemple lors de la Grande dépression (1873-1896). D'autre part, ils sont influencés par le socialisme scientifique – le marxisme – théorisé par Karl Marx et Friedrich Engels[83].

Question sociale[modifier | modifier le code]

La question sociale est désormais clairement ouverte et posée au niveau politique.

Un ordinateur Apple Macintosh II

Troisième révolution industrielle[modifier | modifier le code]

Aussi désignée sous le terme de « révolution informatique », elle démarre avec les années 1970 avec l'invention d'Internet (Arpanet, 1969), du microprocesseur (Intel, 1971) et l'ordinateur de bureau (Apple, 1977). Ces inventions vont progressivement se diffuser à l'ensemble de l'économie provoquant une rupture paradigmatique du processus de production. Les grands conglomérats industriels sont démantelés. Les grandes usines disparaissent dans les pays industrialisés consécutivement à la robotisation des chaînes de montage, à la révolution des moyens de communications qui permettent la désintégration verticale du processus de production et au recours à l'externalisation et à la sous-traitance. Les entreprises se spécialisent alors que les employés deviennent polyvalents. Elle est aussi une révolution de l'information et de l'intermédiation, avec un essor considérable des télécommunications et de l'industrie financière. Dans le domaine social, elle s'accompagne souvent d'une hausse des inégalités.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Il convient cependant de distinguer l'impact de la révolution industrielle sur l'agriculture et la révolution agricole elle-même.
  2. « La révolution industrielle » Coll. Folio Histoire, Gallimard 2010.
  3. Catéchisme industriel de Saint-Simon.
  4. Max Pietsch, La Révolution industrielle, 1961.
  5. David S. Landes, L'Europe technicienne ou le Prométhée libéré, 1980.
  6. Karl Polanyi, La grande Transformation, 1944.
  7. Walt Whitman Rostow, Les Étapes de la croissance économique : un manifeste anti-communiste, 1960.
  8. Franklin Mendels, « Protoindustrialization, the first phase of the industrialization process », dans Journal of Economic History, 1972. La théorie ayant été soutenue lors de la thèse de Franklin Mendels en 1969 à l'université du Wisconsin, États-Unis, sous le titre : Industrialization and Population Pressure in 18th Century Flanders.
  9. Des industries rurales à la protoindustrialisation : historique d'un changement de perspective - Franklin Mendels, 1984
  10. Bernard Rosier, Pierre Dockès, L'Histoire ambiguë. Croissance et développement en question, 1988.
  11. Paul Mantoux, La Révolution industrielle au XVIIIe siècle, 1906 et 1928.
  12. Fernand Braudel, La Dynamique du capitalisme, 1985.
  13. (en) Angus Maddison, When and Why did the West get Richer than the Rest.
  14. François Bellec, Marchands au long cours, Édition du Chêne, Hachette Paris 2003.
  15. Max Weber, L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, 1905.
  16. Voltaire, l'Ingénu, 1767.
  17. P. Léon.
  18. Selon François Caron, 77 % des entreprises sont des sociétés en nom commun entre 1840 et 1859. Histoire économique de la France XIXe ‑ XXe siècle.
  19. François Caron, Histoire économique de la France XIXe siècle.
  20. dans la Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations.
  21. Le Chapelier, Le Moniteur universel, t. 8, p. 661, cité par Pierre Rosanvallon, L'État en France de 1789 à nos jours, source.
  22. Arnold Toynbee, Lectures on the Industrial Revolution in England, 1884. « The essence of the industrial Revolution is the substitution of competition for the medieval regulations which had previously controlled the production and distribution of wealth. ».
  23. Mythes et paradoxes de l'histoire économique, 1994, p. ?.
  24. pour reprendre l'expression de Joseph Schumpeter
  25. Henri Hauser, Les Débuts du capitalisme, 1927.
  26. Lewis Mumford, Technique et civilisation, 1950.
  27. Georges Duby, L'Économie rurale et la vie des campagnes dans l'Occident médiéval, 1975.
  28. Marc Bloch, Les Caractères originaux de l'histoire rurale française, 1931.
  29. Pierre Rosanvallon, Le Libéralisme économique : histoire de l'idée de marché, 1989.
  30. Alfred Sauvy, Malthus et les deux Marx, le problème de la faim et de la guerre dans le monde, 1963.
  31. Voir Philippe Ariès, L'Enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, 1960, pour la France et Edward Shorter, Naissance de la famille moderne, XVIIIe-XIXe siècle, 1975, pour l'Angleterre.
  32. Phénomène mis en lumière par Anne Robert Jacques Turgot, baron de Laune dans Réflexions sur la formation et la distribution des richesses, 1766.
  33. Ester Boserup, The Conditions of agricultural growth, 1965.
  34. Paul Bairoch, Révolution industrielle et sous-développement, 1963.
  35. Phyllis Deane, The First Industrial Revolution, 1965.
  36. Jean-Pierre Rioux, La Révolution industrielle 1780-1880, 1971.
  37. p. 254.
  38. « La révolution industrielle anglaise n'aurait vraisemblablement pas eu lieu sans les progrès agricoles préalables », Jean-Charles Asselain, Histoire économique. De la révolution industrielle à la Première Guerre mondiale, 1985.
  39. Le cycle des affaires, 1939, Joseph A. Schumpeter. Titre original : Business Cycle.
  40. Joseph Alois Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942 (dans l'édition française de 1951, Paris, Payot, pp. 106-107). « This process of Creative Destruction is the essential fact about capitalism. It is what capitalism consists in and what every capitalist concern has got to live in. », chap. VII, The Process of Creative Destruction, Capitalism, Socialism and Democracy, Joseph A. Schumpeter, Harper & Brothers, New York, 1942.
  41. Vers de nouveaux rapports entre l'éthique et le droit, par Willy Apollon p. 120.
  42. Histoire du chauffage urbain Par Michel Raoult, p. 59.
  43. La vie et les travaux du chevalier Jean-Charles de Borda, 1733-1799, par Jean Mascart.
  44. Williams, Ralph M. Poet, Painter and Parson the Life of John Dyer. New York : Bookman Associates, 1956.
  45. Les mutations de l'économie mondiale, par Laurent Carroué, Didier Collet et Claude Ruiz, p. 57
  46. conditions de vie mises en lumière dans l'œuvre d'Emile Zola.
  47. Auguste Bouchayer, Les Chartreux, maîtres de forges, Dideret Richard, 1927 Grenoble
  48. Jean Marczewski, « Y a-t-il eu un « take-off » en France ? », 1961, dans les Cahiers de l'ISEA.
  49. Remarque : cela explique la filiation historique du club de Paris et du club de Londres.
  50. « ARF, dates ».
  51. Ulysse Lamalle, Histoire des chemins de fer belges, éd. Office de Publicité, S.A., Bruxelles, 1953
  52. Robert William Fogel, Railroads and American Economic Growth: Essays in Econometric History, 1964.
  53. Robert William Fogel, Time on the Cross: The Economics of American Negro Slavery, 1974.
  54. a et b Friedrich List, Système national d'économie politique, 1841
  55. Michel Albert, Capitalisme contre capitalisme, Seuil,‎ 1991 (ISBN 978-2020132077).
  56. Alexander Gerschenkron, Economic backwardness in historical perspective, a book of essays, 1962.
  57. Lester R. Brown, Éco-économie, une autre croissance est possible, écologique e durable, Seuil, p. 144
  58. Olivier Marchand, Claude Thélot, Le Travail en France (1800-2000), 1997 [lire en ligne] (voir archive)
  59. Pierre Bourdieu, La Noblesse d'État. Grandes écoles et esprit de corps, 1989
  60. Karl Marx, Le Capital, 1867
  61. Karl Marx, Le Dix-huit brumaire de Louis-Bonaparte, 1852.
  62. Et il ajoute « il ne s'agit pas ici de quelque notion anachronique superposée à la réalité » dans Edward Palmer Thompson, La formation de la classe ouvrière anglaise, Gallimard-Le Seuil, Paris, 1988 (1re éd. originale : Londres, 1963), p. 178.
  63. Voir l'œuvre d'Émile Zola, Les Rougon-Macquart : Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire.
  64. Murray Rothbard, Austrian Perspective on the History of Economic Thought.
  65. Georges Friedmann, Le Travail en miette, 1956
  66. Edward Palmer Thompson, op. cit., p. 284.
  67. Rapport du Sénat français sur l'ampleur des changements climatiques.
  68. Jean-Marc Jancovici, L'avenir climatique, Troisième partie, p. 165.
  69. Notamment dans Le principe responsabilité et Pour une éthique du futur.
  70. Lester R. Brown, Éco-économie, une autre croissance est possible, écologique et durable, Seuil, p. 143.
  71. England's Treasure by Foreign Trade, 1664 (Lire le texte transcrit sur Wikisource).
  72. in Le Capitalisme, 1948.
  73. Léon Walras, Études d'économie sociale. Théorie de la répartition de la richesse sociale, 1896.
  74. d'après le nom de James Monroe, cinquième président des États-Unis, qui en 1823 définit l'isolationnisme des États-Unis par rapport aux affaires du reste du monde.
  75. Léon Duguit, Traité le droit constitutionnel, 1928.
  76. Charles Fourier, Le nouveau monde industriel ou l'invention du procédé d'industrie attrayante et naturelle distribuée en séries passionnées , 1829.
  77. Louis Blanc, L'Organisation du travail, 1839.
  78. Philippe Buchez a fondé la revue L'Atelier en 1840 dans laquelle il défend cette idée.
  79. « La concurrence tue la concurrence », Pierre Joseph Proudhon, Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, 1846.
  80. « Qu'est-ce que la propriété ? C'est le vol », Pierre Joseph Proudhon, Qu'est ce que la propriété ? Ou recherches sur le principe du droit et du gouvernement, 1840.
  81. loi Ollivier du 25 mai 1864.
  82. loi Waldeck-Rousseau du 21 mars 1884.
  83. Karl Marx, Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste, 1848.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Chantal Beauchamp, Révolution industrielle et croissance au XIXe siècle, Ellipses Marketing, coll. « Les Économiques », 1997.
  • Florent Le Bot, Cédric Perrin (dir.), Les chemins de l'industrialisation en Espagne et en France. Les PME et le développement des territoires (XVIIIe ‑ XXIe siècle), Bruxelles, Peter Lang, 2011
  • http://www.melissa.ens-cachan.fr/spip.php?article1663&var_mode=calcul
  • Patrick Verley, La première révolution industrielle, Armand Colin, coll. « Synthèse », 1999.
  • Jean-Charles Asselain, Histoire économique de la France du XVIIIe siècle à nos jours, t. 1 : De l'Ancien Régime à la Première Guerre mondiale, Points Histoire, 1984.

Article[modifier | modifier le code]

  • John Komlos, « Penser la révolution industrielle », Histoire, économie & société, 1996, no 4, p. 615-629. [lire en ligne]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]