Révolte de Menemen

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La révolte de Menemen est une révolte conduite en décembre 1930 par des fondamentalistes islamistes dans la ville de Menemen en Turquie. Cette révolte a eu des répercussions durables dans le pays

Contexte de la crise[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1920, la Turquie est devenue une république autoritaire dirigée par un parti unique, le Parti républicain du peuple. Mustafa Kemal conscient du caractère despotique de son régime, décide de démocratiser le pays en autorisant son ami Ali Fethi Okyar, ambassadeur en poste à Paris, à fonder un parti politique d'opposition, le Parti républicain libéral. Une première expérience, en 1924-1925, s'était soldée par la dissolution du Parti républicain progressiste, l'assignation à résidence, l'arrestation ou l'exécution des dirigeants de l'opposition, pourtant également issus des rangs des combattants de la guerre de libération nationale.

Après la création de ce parti politique, Mustafa Kemal fait supprimer la censure touchant la presse, et rétabli la liberté d'expression. L'opposition dont la parole est libérée s'avère, lors des premières élections municipales bipartites Parmi les opposants, on compte des démocrates, mais aussi des communistes, des jeunes turcs et des partisans du rétablissement du califat.

La révolte[modifier | modifier le code]

Le 23 décembre 1930, un groupe de fondamentalistes musulmans décide de s'en prendre au gouvernement kémaliste et à Mustafa Kemal. La révolte est conduite par un imam, Cheikh Mehmed de la confrérie des Nakşibendi qui affirme être un prophète envoyé par dieu pour débarrasser la Turquie de la laïcité kémaliste. Le Cheikh, accompagné de cinq compagnons, harangue les foules lors de meetings à Menemen, et réussit à prendre le contrôle de la ville.

Le Cheikh et ses partisans refusent l'abolition du califat, la fermeture des couvents de derviches, le code civil et les réformes laïques mises en place par Atatürk. Lors d'un meeting, le gouverneur d'Izmir tente de disperser la foule grâce à la police. Mais les militants fanatisés s'en prennent aux policiers et en blessent une douzaine. Face à cette situation, le gouverneur envoie le 43e régiment d'infanterie, mais les soldats refusent d'obéir aux ordres.

La révolte prend alors des proportions alarmantes, elle gagne des grandes villes comme Konya et Bursa. À Bursa, les policiers sont accueillis par des jets de pierres. Le gouverneur prévient le gouvernement de la menace d'une propagation de la révolte à Sivas et à Erzurum.

Devant la rébellion, Mustafa Kemal décide de revenir à l'ancien système, il proclame l'État de siège, supprime la liberté de la presse et instaure le système de parti unique. La révolte prend une autre tournure après la décapitation du soldat Mustafa Fehmi Kubilay. Le jeune soldat est mis à mort par les insurgés, et sa tête placée au bout d'une pique. Cet acte va rendre les soldats furieux. Mustafa Kemal fait intervenir l'armée dans les régions touchées par la révolte. Les troupes du Cheikh Mehmed sont rapidement prises pour cible, l'armée donne l'assaut et les principaux insurgés dont le Cheikh Mehmed sont tués. Trente-six personnes, dont les principaux instigateurs de la révolte, seront pendues ou emprisonnées, sur le lieu même ou a été décapité Kubilay.

Atatürk, furieux de cette révolte, souhaite alors déclarer Menenem ville maudite et la faire pilonner par l'armée avant d'en être dissuadé par son entourage.

Menemen aujourd'hui[modifier | modifier le code]

En 1932, un monument commémorant l'incident a été inauguré dans la ville. Les turcs commémorent chaque année la mort du soldat Kubilay qui est devenu un symbole de la laïcité.

Source[modifier | modifier le code]