Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies

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Conseil de sécurité des Nations unies
Résolution 1325

Caractéristiques
Date 31 octobre 2000
Séance no  4213
Code S/RES/1325 (2000) (Document)
Vote Pour : 15
Abs. : 0
Contre : 0
Sujet Droit des femmes, paix et sécurité
Résultat Adoptée

Membres permanents

Conseil de sécurité 2000
Drapeau de la République populaire de Chine CHN · Drapeau de la France FRA · Drapeau de la Russie RUS · Drapeau du Royaume-Uni UK · Drapeau des États-Unis USA

La résolution 1325 (2000) est une résolution onusienne, adoptée à l’unanimité le 31 octobre 2000 par le Conseil de sécurité des Nations unies dans sa 4 213e séance, qui concerne les droit des femmes, la paix et la sécurité. Elle se situe dans la continuité des résolutions 1261, 1296 et 1314 qui ont fait l'objet d'un rappel durant la séance, et aborde le thème de la condition féminine durant le rapatriement, le déplacement de populations ainsi que de la rééducation et la réinsertion des femmes et filles consécutifs à un conflit armé[1].

C'est le premier document formel et légal issu du Conseil de Sécurité qui impose aux différentes parties d'un conflit de respecter le droit des femmes et de soutenir leur participation aux négociations de paix et à la reconstruction post-conflit. La résolution a été initiée par Netumbo Nandi-Ndaitwah, alors Ministre des affaires féminines de la Namibie lors de la présidence de ce pays du Conseil de Sécurité (en)[2]. Après le lobbying de douzaines d'organisations féministes et du Fonds de développement des Nations unies pour la femme (UNIFEM), la résolution est adoptée à l'unanimité[3].

Résolution[modifier | modifier le code]

Observations[modifier | modifier le code]

Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est inquiété du sort des civils dans le cadre des conflits armés, et notamment des femmes et enfants, qui constituaient la plupart des victimes et devenaient des cibles pour les groupes armés. La protection de ces populations avait alors un impact sur la perspective de paix et de réconciliation. Les femmes jouaient en particulier un rôle important dans la prévention et la résolution des conflits, ce pourquoi il était important d'instaurer une égalité des genres dans le processus de paix internationale.

Décret[modifier | modifier le code]

La résolution 1325 propose d'instaurer une représentation accrue de la gent féminine à tous les niveaux[4]. Ainsi, le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, est sommé d'augmenter le taux de participation des femmes dans le cadre de la résolution des conflits et des processus de paix, c'est-à-dire de nommer plus de femmes en tant qu'observateurs de l'ONU dans les conflits, mais également d'étendre leur rôle dans les opérations de maintien de la paix. Cette décision touche plusieurs secteurs d'activité, allant des observateurs à la police, ainsi qu'au personnel d'aide humanitaire en conformité avec le droit international humanitaire et le droit international des droits de l'homme. Le Conseil exprime dès lors son empressement à une représentation des genres dans le cadre des opérations de maintien de paix.

Le Conseil de Sécurité réclame que toutes les parties impliquées dans la négociation et l'application d'accords de paix prennent en compte les besoins spéciaux des femmes et filles dans les conflits armés, soutiennent les initiatives de paix féminines, mettent en place le droit international humanitaire et le droit international des droits de l'homme qui respectent les droits de la femme. Les parties d'un conflit armé sont aussi sommées de prendre des mesures pour protéger les femmes et filles des violences basées sur le sexe telles que le viol et autres formes d'abus sexuels, et de respecter la nature humanitaire des camps de réfugiés en prenant en compte les besoins féminins durant leur conception.

La résolution a accentué la responsabilité des tous les pays de poursuivre en justice tous ceux qui sont responsables de crimes envers les femmes. Durant le désarmement, la démobilisation et les processus de réintégration, les besoins différenciés des ex-combattants et ex-combattantes doivent être pris en compte. Finalement, il fut demandé au Secrétaire général de mener une étude sur l'impact des conflits armés sur les femmes, et d'écrire un rapport sur cet impact sur l'ensemble des opérations de maintien de la paix. La résolution appelle également tous les pays à respecter entièrement la loi internationale applicable aux droits et protections des femmes, en particulier l'obligation sous la convention de Genève de 1949 et son protocole de 1977, la convention sur les réfugiés et son protocole de 1967, la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et son protocole de 1999, la convention relative aux droits de l'enfant, de garder à l'esprit le statut de Rome relatif à la Cour pénale internationale[5].

Partisans et critiques[modifier | modifier le code]

La résolution 1325 est révolutionnaire dans le sens où il amène le thème du droit des femmes dans les discussions de paix et sécurité aux Nations unies. Cette action de prise en compte de la voix d'organisations et de femmes tout autour du globe montre que les protocoles onusiens doivent être modifiés. « Le groupe de travail des ONG pour les Femmes, la Paix et la Sécurité semble avoir été particulièrement influent dans le lobbying pour la résolution 1325 »[6]. Ces ONG, en se regroupant et en se positionnant en tant qu'autorité en matière de droit des femmes, obtiennent l'oreille des membres du Conseil de sécurité auprès desquels elles finissent par obtenir un rôle de consultants. Même après l'adoption de la résolution, le collectif continue à jouer les sentinelles sur la question[6], apportant un point de vue alternatif à la structure très masculine des résolutions sur les conflits et post-conflits. Ce groupe « milite pour la participation entière et égale des femmes dans tous les efforts pour créer et maintenir une paix et une sécurité internationales[7]». Le groupe produit chaque mois des compte-rendus de la situation des femmes dans les conflits sur son site internet. Cela apporte au Conseil de Sécurité nombre de perspectives externes, rapportant sur la situation féminine globale et proposant des solutions pratiques conformes aux discours du Conseil sur la sécurité.

Néanmoins les critiques soulignent le fait que certaines parties de la résolution peuvent potentiellement poser problème, telles que la nomination d'un « conseiller principal pour les questions de genre » gérant toutes les questions du droit des femmes, indépendamment des autres préoccupations. Cela empêcherait « l'implication des dirigeants dans la promotion de l'approche des questions de genre qui pourraient concerner toutes les sections et départements, sans distinction de leur activité[8] ». En effet un conseiller nommé spécialement pour gérer la question du droit des femmes deviendrait synonyme d'une approche complètement différenciée des questions de paix et de sécurité entre les hommes et les femmes. Un exemple de cela pourrait être : « la Division des Affaires Politiques va organiser une réunion avec des représentants de partis politiques à dominante masculine mais omettra d'inviter des femmes, partant du principe que de toute façon le conseiller principal pour les questions de genre convoquera lui une réunion séparée composée seulement de femmes[8] ». En ne laissant pas les femmes accéder aux discussions, ayant pour elles comme seule option de passer par le conseiller principal, le système à dominante masculine est pérennisé.

Malgré ces critiques, les partisans de la résolution 1325 défendent le fait que sa mise en pratique est déjà en soit une victoire, et que le changement dans les mentalités fait des progrès : « un nombre croissant de résolutions du Conseil de Sécurité incluent des références directes à la résolution 1325[6] ». Ce à quoi les critiques suggèrent que le langage et les mots eux-mêmes utilisés dans la résolution victimisent plus les femmes qu'ils ne les aident réellement : « malgré une approche révolutionnaire, la résolution 1325 utilise ce langage de victimisation également, donc limite le champ de son implémentation[8] ».

Groupes liés[modifier | modifier le code]

Les « Amis de la 1325 » est un groupe informel ou ad hoc au sein des États membres des Nations unies formé à la suite de l'adoption de la résolution 1325 dans le but de défendre son implémentation. Il est géré par le Canada[9].

Le « groupe de travail des ONG pour les Femmes, la Paix et la Sécurité » est une coalition de dix-huit ONG qui défendent collectivement la participation entière et égale des femmes dans tous les effort de création et de maintien de la paix et de la sécurité au niveau international. Formé en 2000 pour appeler le Conseil de Sécurité à voter pour une résolution concernant les femmes, la paix et la sécurité, le groupe se concentre dorénavant sur l'implémentation de toutes les résolutions du Conseil de sécurité concernées par le droit des femmes. Il sert également de pont entre les défenseurs du droit des femmes travaillant dans les zones de conflit et les décideurs au siège des Nations unies[10].

L'un des membres fondateurs de ce groupe, PeaceWomen, est un projet sponsorisé par la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté pour promouvoir l'implémentation de la résolution 1325, à travers une plateforme centralisant toutes les informations liées à la résolution et à ses thèmes de prédilection[11].

Notes & références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Security Council, unanimously adopting resolution 1325 (2000), calls for broad participation of women in peace-building post-conflict reconstruction », Organisation des Nations unies,‎ 31 octobre 2000 (consulté le 18 janvier 2014)
  2. (en) Michele Landsberg, « Resolution 1325 – Use It or Lose It », MS magazine,‎ été 2003 (lire en ligne)
  3. (en) Padmini Murthy, Women's global health and human rights, Jones & Bartlett Learning,‎ 2009 (ISBN 978-0-7637-5631-4), p. 38
  4. (en) Oliver Ramsbotham, Contemporary conflict resolution: the prevention, management and transformation of deadly conflicts, Polity,‎ 2005 (ISBN 978-0-7456-3213-1), p. 272
  5. Paragraphe 9 de la résolution 1325 du Conseil de Sécurité
  6. a, b et c Tryggestad, 2009
  7. "Working Group on Women, Peace and Security " 2013
  8. a, b et c Puechguirbal, 2010
  9. (en) Chima Jacob Korieh, Okeke-Ihejirika, Philomina Ezeagbor, Gendering global transformations: gender, culture, race, and identity, Taylor & Francis,‎ 2008 (ISBN 978-0-415-96325-1), p. 206
  10. À propos, sur le site Women Peace Security
  11. Site officiel de PeaceWomen

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]