Résistancialisme

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Le résistancialisme est un néologisme créé en 1987 par l'historien français Henry Rousso[1] pour désigner le mythe développé surtout par les gaullistes et communistes selon lequel les Français auraient unanimement et naturellement résisté depuis le début de la Seconde Guerre mondiale.

Le résistancialisme ne doit pas être confondu avec le résistantialisme.

Résistantialisme et résistancialisme[modifier | modifier le code]

Le mot résistantialisme, avec un "t", a été forgé par l’abbé Jean Marie Desgranges, député du Morbihan de 1928 à 1940, lui-même authentique résistant, pour dénoncer « l’exploitation d’une épopée sublime par le gang tripartite à direction communiste » à la page 11 de son ouvrage Les crimes masqués du résistantialisme. Le concept correspond ainsi à une critique des faux résistants à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et non pas de la Résistance elle-même[2].

À partir de 1951, le mot a été utilisé dans les milieux issus du vichysme pour dénoncer l'exploitation politicienne de l'épopée de la Résistance par des partis politiques mais aussi parfois pour dénigrer la résistance elle-même[3]. Ceci a conduit Pierre Laborie à s'interroger sur l'itinéraire de ce mot venu des milieux hostiles à la résistance et devenu « un support conceptuel du rapport des français à cette même résistance » : quelles sont les raisons qui ont fait d'une hypothèse plausible, mais discutable, une vulgate inlassablement reprise comme une certitude[2] ?.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Cette notion de mythe résistancialiste a été utilisée en 1947 pour contrer l’offensive mémorielle communiste dans le cadre d’une guerre froide qui se mettait en place et qui divisait les Français.

Selon Pierre Laborie, « La référence de Rousso au résistancialisme renvoie aux reconstructions mémorielles qui auraient installé une vision rassurante des années noires: minoration de l'emprise de Vichy sur la société et vision complaisante de la résistance assimilée à la nation alors qu'elle n'était qu'un phénomène minoritaire »[2]

La situation[modifier | modifier le code]

À la fin de la guerre, la France, bien qu'ayant perdu la guerre contre l'Allemagne en un mois, fait partie des nations vainqueurs. La création du GPRF par de Gaulle, qui rassemble les tendances politiques qui ont participé à la Résistance, principalement les gaullistes et les communistes, ainsi que la vague d'épuration qui a suivi la Libération (environ neuf mille morts) contribuent à instaurer progressivement le mythe résistancialiste.

Une mémoire sélective...[modifier | modifier le code]

L'idée du mythe résistancialiste se développe donc en France. Plusieurs actions vont dans ce sens. Le 18 juin 1960, de Gaulle inaugure le Mémorial de la France combattante. Le 18 décembre 1964, les cendres de Jean Moulin, célèbre résistant, sont transférées au Panthéon. Au cinéma, René Clément produit en 1946 un film qui a beaucoup de succès : La Bataille du rail et qui retrace la résistance des cheminots français pendant la Seconde Guerre mondiale et les efforts de ces derniers (sabotage) pour perturber la circulation des trains pendant l'occupation nazie.

...qui évolue et reconnait la collaboration[modifier | modifier le code]

Dans les années 1970, le mythe résistancialiste s'effrite. La publication de la France de Vichy par Robert Paxton en 1973 provoque un choc dans l'opinion et la diffusion en 1969 du film Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls contribue à relancer le débat. Désormais, la collaboration française est reconnue et on peut estimer que la multiplication des œuvres, notamment des films, autour de ce sujet (La Rafle...) est une sorte de reconnaissance par le public.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Marie Desgranges, Les crimes masqués du résistantialisme, Dualpha, 2003
  • Henry Rousso, Le Syndrome de Vichy. De 1944 à nos jours, Seuil, 1990
  • Pierre Laborie, Le chagrin et le venin : La France sous l'Occupation, mémoire et idées reçues, Bayard, 2011

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le Syndrome de Vichy. De 1944 à nos jours, Seuil, 1990
  2. a, b et c Laborie, Les mots de 39-45, éditions du Mirail, 2006, article Résistance, p. 103
  3. Rousso, Le syndrome de Vichy, p. 43-44