Réseau multiterminal à courant continu

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Ligne à 450kV au sud de l'autoroute 20 à l'est du poste Nicolet, près de Sainte-Eulalie, Québec.

Le Réseau multiterminal à courant continu[1] (RMCC, aussi connu sous le nom de Phase I/Phase II[2]) est une ligne à haute tension en courant continu à 2 faisceaux de 4 conducteurs à ±450 kV d'une longueur totale de 1 600 km qui relie les postes Radisson dans le nord du Québec et Sandy Pond, à Ayer, au Massachusetts[3]. Contrairement à la plupart des autres installations HVDC en service dans le monde, le RMCC est équipé de plusieurs postes convertisseurs, qui rendent son exploitation plus flexible.

Historique[modifier | modifier le code]

La tour d'observation de la Cité de l'énergie utilise une section d'un des pylônes démantelés lors de la mise en service de la liaison sous-fluviale.

Au début des années 1980, Hydro-Québec met en service les premières centrales du projet de la Baie-James dans le nord québécois. Afin d'exporter une partie de cette énergie vers le lucratif marché de la Nouvelle-Angleterre, l'entreprise planifie la construction d'une nouvelle ligne, qui pourrait alimenter directement le NEPOOL.

Dans un premier temps, le RMCC (Phase I) relie le poste Des Cantons, près de Windsor (Québec) et le barrage Frank D. Comerford, près de Monroe (New Hampshire), sur une distance de 172 kilomètres (107 mi). L'installation d'une ligne à haute tension à courant continu était nécessaire pour relier le réseau électrique québécois à celui de ses voisins, puisque la zone de contrôle du Québec n'est pas synchronisée avec les réseaux voisins de l'Eastern Interconnection. Cette ligne de transport bipolaire aérienne est entrée en service en 1986. Elle avait une capacité maximale de transfert de 690 mégawatts. La tension de fonctionnement était de ±450 kV[3]. Les deux postes de la phase I ont été mis hors-service en 2007[1].

Dès le départ, il était prévu d'allonger la ligne afin de relier directement les installations hydroélectriques du complexe La Grande à la région métropolitaine de Boston. La ligne a été prolongée de 1 300 kilomètres : au nord, jusqu'au poste convertisseur de Radisson et au sud, vers un convertisseur semblable au poste de Sandy Pond, au Massachusetts. L'installation de convertisseurs CA-CC aux deux extrémités de la ligne a augmenté la capacité du RMCC (Phase II) à 2 000 mégawatts. La tension de transport est demeurée inchangée à ±450 kV. Un convertisseur supplémentaire a été installé au poste Nicolet en 1992. Ce poste, qui dispose d'une capacité de transport de 2 138 mégawatts, peut recevoir de l'énergie de Sandy Pond ou de Radisson en plus de permettre d'alimenter la Nouvelle-Angleterre en cas de panne du tronçon le plus nordique de la ligne[1].

La construction de la ligne se déroule généralement sans incident, sauf à l'endroit où les câbles à haute tension doivent traverser le fleuve Saint-Laurent, entre Grondines et Lotbinière[4]. La volonté d'Hydro-Québec de traverser le fleuve par une ligne aérienne se heurte à l'opposition organisée des citoyens des deux rives, dont la tisserande réputée Micheline Beauchemin. Le gouvernement du Québec demande à la société d'État de remplacer la ligne aérienne par un tunnel de 4 km sous le fleuve, au coût de 144 millions de dollars canadiens[5]. Cette ligne sous-fluviale, qui a nécessité deux ans et demi de travail, a été mise en service le 1er novembre 1992[6],[4].

L'un des pylônes démantelés après la mise en service de la ligne sous-fluviale a été réutilisé lors de l'édification d'une tour d'observation à la Cité de l'Énergie de Shawinigan.

Exploitation commerciale[modifier | modifier le code]

Le RMCC est exploité commercialement par TransÉnergie au Québec et par ISO-NE — l'exploitant de réseau indépendant des six états de la Nouvelle-Angleterre — aux États-Unis[7]. En mode livraison, le réseau peut être alimenté au poste Radisson en mode îloté à partir des groupes turbine-alternateur de la centrale LG-2A ou en mode synchrone par le réseau principal à 735 kV[1].

En mode normal, la capacité d'exportation du Québec vers la Nouvelle-Angleterre peut varier entre [Combien ?] et 2 000 mégawatts, en fonction de l'utilisation des interfaces sur les réseaux voisins de New York et de PJM (Pennsylvanie-New Jersey-Maryland)[1], tout en permettant une capacité de transport interne vers Nicolet de la différence entre la capacité de Radisson (2 250 MW à 40 °C) et les livraisons vers Sandy-Pond.

Il est possible d'inverser l'écoulement de l'énergie et importer de la Nouvelle-Angleterre, ce sont les postes de Sandy-Pond et Nicolet qui sont alors en charge. Cette situation se produit lors de creux de charge du côté U-S et que le prix de l'électricité est en baisse. En effet beaucoup de sources de production d'électricité du côté américain proviennent de l'énergie thermique, qui ne peut être arrêté et redémarré rapidement (1 à 2 jours) pour passer des creux aux pointes quotidiennes, il y a alors un surplus de disponibilité d'énergie qui provoque une baisse du prix donc un intérêt pour en acheter.

En 2009, la quantité d'énergie transférée entre le Québec et la Nouvelle-Angleterre par le biais du RMCC a atteint 9 342 GWh, comparativement à 8 127 GWh l'année précédente[8].

Projet d'expansion[modifier | modifier le code]

En décembre 2008, Hydro-Québec et les distributeurs américains Northeast Utilities et NSTAR ont déposé un projet de construction d'une nouvelle interconnection à courant continu avec un poste convertisseur redreseur/onduleur relié à un nouveau poste Franklin au sud du New Hampshire. Il est prévu que la nouvelle ligne indépendante du RMCC, à une tension de 300 kV cc soit construite dans l'emprise existante de la ligne HVDC qui traverse le New Hampshire, où il se connectera à un droit de passage dans le nord du New Hampshire pour traverser les Montagnes Blanches. Cette ligne de 190 milles (306 km) aurait une capacité maximale de 1200 mégawatt, soit l'équivalent de la consommation d'électricité d'un million de résidences américaines[9].

Attentat contre un pylône[modifier | modifier le code]

En décembre 2004, un pylône de la ligne a été endommagé dans les Cantons de l'Est, près de la frontière canado-américaine par des charges explosives posées à sa base. L'attentat est survenu peu avant une visite du président américain George W. Bush au Canada. Il a été revendiqué par le groupe Résistance internationaliste dans un communiqué envoyé à La Presse , au Journal de Montréal et à la station de radio CKAC. Dans son communiqué, le groupe « dénonce le " pillage " des ressources du Québec par les États-Unis. » [10]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Hydro-Québec TransÉnergie, « HQT-NE-HQT », sur TransÉnergie OASIS,‎ 11 juin 2008 (consulté le 2010-08-04)
  2. ISO-NE, Schedule 20A : Point-to-Point Service over the Phase I/II HVDC Transmission Facilities (Phase I/II HVDC-TF Service), Holyoke, MA, ISO New England,‎ 24 janvier 2010 (lire en ligne)
  3. a et b (en) ABB, « The Québec - New England transmission », sur ABB (consulté le 2011-12-18)
  4. a et b Jean Louis Fleury, Les coureurs de lignes : l'histoire du transport de l'électricité au Québec, Montréal, Stanké,‎ 1999, 507 p. (ISBN 978-2-7604-0552-3)
  5. Pierre Gingras, « Sans être spectaculaire, la ligne de Grondines n'en est pas moins unique au monde », La Presse,‎ 1er décembre 1990, G2
  6. Presse canadienne, « Grondines : la ligne électrique sous-fluviale est terminée », La Presse,‎ 17 octobre 1992, H1
  7. HVDC Transmission Operating Agreement, ISO New England,‎ 1er avril 2005, 79 p. (lire en ligne)
  8. Hydro-Québec TransÉnergie, HQT-9, Document 1 - Planification du réseau de transport : Demande R-3738-2010 - Demande du Transporteur afin de modifier ses tarifs et conditions de services de transport à compter du 1er janvier 2011, Montréal, Régie de l'énergie du Québec,‎ 2 août 2010 (lire en ligne), p. 17
  9. (en) Louis Porter, « Utilities plan for N.E. expansion », Rutland Herald, Rutland, VT,‎ 19 décembre 2008 (lire en ligne)
  10. Canadian Broadcasting Corporation, « Group claims responsibility for hydro tower bomb »,‎ 6 décembre 2004

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]