République socialiste soviétique d'Ukraine

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50° 27′ N 30° 30′ E / 50.45, 30.5 ()

République socialiste soviétique d’Ukraine
Українська Радянська Соціалістична Республіка

1918 – 1991

Drapeau
Drapeau de la RSSU
Blason
Sceau de l'État

Devise : (ukrainien) : Пролетарі всіх країн, єднайтеся!
(Traduction : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »)

Hymne : Hymne de la République socialiste soviétique d'Ukraine

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Localisation de la république au sein de l'URSS

Informations générales
Statut Conseil des ministres de la RSS d'Ukraine
Capitale De 1918 à 1934 : Kharkov, à partir de 1934 Kiev
Monnaie Rouble soviétique ou карбованець, karbovanets en ukrainien
Fuseau horaire UTC +3
Démographie
Population 51 706 746
Superficie
Superficie 603 700 km²
Histoire et événements
10 mars 1919 Création
30 décembre 1922 Intégration à l'URSS
24 août 1991 Indépendance

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La République socialiste soviétique d'Ukraine (en ukrainien Українська Радянська Соціалістична Республіка, Oukrayins'ka Radians'ka Sotsialistytchna Respoublika ; en russe Украинская Советская Социалистическая Республика, Oukrainskaia Sovietskaia Sotsialistitcheskaia Respoublika ; littéralement « République socialiste des conseils ukrainienne ») était l'une des quinze républiques formant l'Union soviétique avant la dislocation en 1991. Par sa population, elle était la deuxième république fédérée de l'URSS, et par sa superficie elle était la troisième (3 % de sa superficie et 18 % de sa population). Elle était membre de l'Organisation des Nations unies.

La genèse (1917-1922)[modifier | modifier le code]

Dans la foulée de la Révolution de Février 1917, se constitue le 15 mars 1917 une Rada (un conseil) autonome, présidée par l'historien Mykhaïlo Hrouchevsky. La Rada centrale manifeste son opposition à la Révolution d'Octobre en proclamant le 19 novembre la République populaire ukrainienne, non séparée de la République russe. Les bolcheviks refusent de reconnaître la Rada centrale et fondent une série de républiques : la République populaire ukrainienne des soviets (dans l’est), la République soviétique de Donetsk-Krivoï-Rog, la République soviétique d’Odessa, la république socialiste soviétique de Tauride, devenue ensuite la république socialiste soviétique de Crimée. Néanmoins en 1917, le parti bolchevik est peu implanté en Ukraine, exception faite dans les régions industrielles de l'Est et du Sud.

En réaction la Rada proclame l'indépendance de l'Ukraine le 22 janvier 1918. Dès le mois de février, les troupes bolcheviques contrôlent les principales villes du pays, dont Kiev. La Rada se réfugie alors à Jytomyr. Les États bolcheviks d'Ukraine s’unifient les 17-19 mars 1918 pour former la République soviétique ukrainienne avec Kharkov pour capitale.

La république populaire d'Ukraine signe un traité séparé avec l'Allemagne à Brest-Litovsk le 9 février 1918. L'Allemagne joue la carte du séparatisme ukrainien pour mettre la main sur les richesses du pays, alors essentielles pour leur victoire. L'armée allemande envahit le pays et la République soviétique d'Ukraine est balayée en avril 1918.

Les Allemands contribuent à l'instauration de l'hetmanat, en la personne de Pavlo Skoropadsky. Ce dernier mène une politique réactionnaire. Il est contraint de se réfugier en Allemagne en décembre 1918. Après cet évènement, un Directoire, présidé par Simon Petlioura, restaure la République populaire ukrainienne et combat l'Armée rouge. À partir de ce moment, plusieurs camps se disputent le contrôle du territoire ukrainien : les troupes de Simon Petlioura, les armées blanches de Denikine, épaulées par les Français qui occupent Odessa jusqu'en avril 1919, les troupes anarchistes de Makhno et enfin, les soviétiques.

Le pouvoir soviétique reprend définitivement pied en Ukraine au printemps 1919. La République socialiste soviétique d’Ukraine est proclamée le 10 mars 1919 comme gouvernement autonome. Ceci est le résultat du 3e congrès des soviets d’Ukraine réuni du 6 au 10 mars à Kharkov. En 1920-1921, les bolcheviks éliminent alors leurs opposants et mènent la répression. À la faveur de la progression de l'Armée rouge, ils constituent au sein de la république soviétique d'Ukraine des territoires autonomes : la république socialiste soviétique de Bessarabie (de mai à septembre 1919) et la république socialiste soviétique de Galicie (de juillet à septembre 1920). Cependant, le traité de Riga (1921) les rattachent respectivement à la Roumanie et à la Pologne.

C'est en effet par le traité de Riga que la Pologne reconnaît la République socialiste soviétique d'Ukraine et que les frontières occidentales de cet État sont fixées. Un mouvement armé et encouragé par les États occidentaux subsiste néanmoins quelque temps sur la rive droite du Dniepr.

L'accroissement territorial[modifier | modifier le code]

La république socialiste soviétique d'Ukraine acquiert plusieurs territoires entre 1940 et 1954.

  • La Galicie orientale, intégrée à la Pologne par le traité de Riga de 1921, est annexée à l'Ukraine à la faveur du pacte germano-soviétique de 1939. Les troupes soviétiques s'en emparent en septembre 1939. Le Soviet suprême de l'URSS vote son incorporation à l'Ukraine le 1er novembre 1939. Cette annexion est entérinée par les accords de Yalta et la conférence de Potsdam en 1945. Il s'agit des régions de Lvov (aujourd'hui Lviv l'ancienne Lemberg), de Tarnopol (aujourd'hui Ternopil) et de Stanislav (aujourd'hui Ivano-Frankivsk). Les Polonais de ces régions sont déportés en Pologne, y compris ceux de Lvov, ville majoritairement polonaise.
  • La Transcarpathie (région d'Oujhorod) est cédée par la Tchécoslovaquie à l'Union soviétique le 29 juin 1945. Elle reçoit le nom de Zakarpatska oblast, c'est-à-dire oblast de Transcarpathie.

Ainsi, selon l'article 18 de la constitution de 1959 de la RSS d'Ukraine, « La République socialiste soviétique d'Ukraine est composée des oblasts de : Vinnitsa, Volhynie, Dniepropetrovsk, Drohobytch, Jytomyr, Ruthénie subcarpathique, Zaporojie, Kiev, Kirovograd, Crimée, Lougansk, Lviv, Mykolaïv, Odessa, Poltava, Rivne, Stalino, Ivano-Frankovsk, Soumy, Tarnopol, Kharkov, Kherson, Khmelnitski, Tcherkassy, Tchernivtsi, Tchernigov ».

La RSS d'Ukraine fut un des membres fondateurs de l'Organisation des Nations unies en 1945. Elle avait un siège à l'Assemblée générale de l'ONU à l'instar de la RSFS de Russie et de la RSS de Biélorussie.

Le rôle de la RSS d'Ukraine dans l'Union soviétique[modifier | modifier le code]

Population et démographie[modifier | modifier le code]

La RSS d'Ukraine comptait environ pour 18 % de la population totale de l'URSS, ce qui en faisait la république la plus peuplée après la Russie. L'Ukraine possédait une population trois fois inférieure à celle de la Russie, mais pour un territoire 28 fois plus petit. Il est notable qu'entre 1945 et 1991, la population française et ukrainienne étaient comparables, ce qui montre que l'Ukraine était un pays relativement peuplé, et qui a aussi profité du baby-boom de l'après-guerre.

La démographie ukrainienne est cependant restée faible par rapport aux autres Républiques socialistes, notamment à celles de l'Asie centrale, avec un accroissement annuel moyen de 0,8 %. La RSS d'Ukraine avait un solde migratoire positif, car la république possédait une industrie très puissante qui attirait nombre d'ouvriers venus des républiques pauvres d'URSS (Caucase, Asie centrale, et régions moins développées de Russie). Entre autres, des millions de Russes se sont installés dans le Donbass, afin de travailler dans les mines de charbon, de bauxite, et dans le secteur sidérurgique.

Économie[modifier | modifier le code]

Agriculture[modifier | modifier le code]

Les débuts de l'agriculture intensive en RSS d'Ukraine ont commencé sous Staline à l'époque de la collectivisation forcée des terres de toute l'URSS et de la répression des Koulaks (dékoulakisation). Bien que cette collectivisation forcée ait apporté des moyens modernes dans toute l'URSS et en Ukraine (achat de tracteurs européens, construction de silos à grains en masse), elle a eu aussi un impact catastrophique sur la production agricole de toute l'URSS et en particulier en Ukraine, principale terre à blé. Dans les années 1932 et 1933, une grande famine artificielle a sévi dans le pays, ainsi que cela se produisit dans d'autres régions de Russie et d'Asie centrale. En Ukraine, cette famine, appelée Holodomor, aurait fait entre 4 et 7 millions de morts ukrainiens. Après la Seconde Guerre mondiale et la reconstruction, l'Ukraine redevient le grenier à blé de l'URSS, notamment grâce à ses Terres Noires, et produisant 30 % du blé soviétique, 40 % de la betterave (notamment sucrière), et 40 % de la pomme de terre. En 1991, la République réalisait 35 % de la production agricole soviétique, pour une superficie totale de seulement 3 %.

Industrie[modifier | modifier le code]

Outre une agriculture forte, la RSS d'Ukraine hébergeait un complexe industriel puissant. Avant la guerre, 72,4 % de l'acier et 68,6 % du charbon de l'URSS étaient produits en Ukraine, principalement dans le Donbass. Ce n'est qu'après la Seconde Guerre mondiale, et après l'évacuation de nombreuses usines devant l'avancée allemande, que d'autres régions soviétiques devinrent de grandes zones industrielles. En effet, Staline pensait que centraliser toute la production industrielle de l'URSS en Ukraine était une erreur, puisqu'en cas d'attaque de l'Ouest, l'Ukraine aurait été touchée la première, privant l'URSS de son industrie. En 1991, la RSS d'Ukraine produisait 41,7 % de l'acier, et 31,3 % du charbon. Malgré tout, la RSS d'Ukraine est restée la clef de voûte de l'industrie soviétique, grâce à notamment à des entreprises comme Antonov. En 1991, la RSS d'Ukraine réalisait 32 % de la production industrielle de l'Union soviétique.

Culture[modifier | modifier le code]

L'URSS était composé de 15 pays différents qui possédaient chacun une constitution propre, un drapeau, une hymne, et des dirigeants locaux. La RSS d'Ukraine ne dérogeait pas à la règle. La république possédait ses propres institutions, et ses propres universités indépendants de Moscou. À l'époque soviétique, il était très prestigieux de faire ses études en Ukraine, surtout à Kiev (Université nationale Tarass-Chevtchenko, Université Polytechnique de Kiev, Faculté de Médecine de Kiev), mais aussi à Lvov (aujourd'hui Lviv) (Université nationale polytechnique de Lviv, Université Ivan Franko), et à Kharkov (Université nationale de Kharkiv, Université nationale d'économie). De ce fait, beaucoup de dirigeants soviétiques étaient originaires d'Ukraine ou y avaient passé leur jeunesse, comme Nikita Khrouchtchev ou Léonid Brejnev.

Cependant, la politique de russification du régime poussait la population et le système éducatif à utiliser plutôt le russe que l'ukrainien (par-exemple, le régime ne finançait presque pas les écoles ukrainiennes par rapport aux écoles russes). Cela a eu un impact considérable sur les Ukrainiens de la partie anciennement austro-hongroise (Galicie orientale) qui voyaient dans cette politique un « génocide culturel » (cf ONU dans l'Ouest de l'Ukraine), tandis que la majorité des autres Ukrainiens parlait volontiers le russe à 90 %, synonyme depuis trois siècles de tremplin social.