Grenadiers à cheval de la Garde impériale

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Grenadiers à cheval de la Garde impériale
Grenadier à cheval de la Garde impériale, par Hippolyte Bellangé.
Grenadier à cheval de la Garde impériale, par Hippolyte Bellangé.

Période 18041815
Pays Drapeau de la France France
Allégeance Drapeau de l'Empire français Empire français
Branche Garde impériale
Type Régiment
Rôle Cavalerie lourde
Effectif 1 016 personnes
Fait partie de Garde impériale
Garnison École militaire (France)
Guerres Guerres napoléoniennes
Batailles Bataille d'Austerlitz
Bataille de Wagram
Bataille de Maloyaroslavets
Bataille de Leipzig
Bataille de Hanau
Bataille de Montmirail
Bataille de Vauchamps
Bataille de Paris
Bataille de Waterloo
Commandant Michel Ordener
Frédéric Henri Walther
Claude Étienne Guyot

Les grenadiers à cheval de la Garde impériale sont un régiment de cavalerie lourde de la Garde impériale sous le Premier Empire. Ayant déjà fait partie de la Garde consulaire, les grenadiers à cheval deviennent le principal régiment de cavalerie de la Vieille Garde lorsque la Garde impériale est créée en 1804.

Leur effectif théorique maximal est de plus de 1 100 officiers et hommes de troupe, commandés par un général de division ou par un général de brigade expérimenté. Ils sont parfois considérés comme l'un des meilleurs régiments de cavalerie lourde de leur temps.

Participant rarement au combat pendant les guerres napoléoniennes, ils sont généralement gardés en réserve, aux côtés de Napoléon, au cours des batailles les plus importantes de 1804 à 1815. Lorsque le régiment prend part au combat, comme lors des batailles de Marengo, Austerlitz, Eylau, Hanau et Waterloo, ainsi que pendant un certain nombre d'actions en 1814, les résultats sont généralement décisifs. Le régiment est dissous en 1815, après la chute de Napoléon et la Seconde Restauration des Bourbons.

Organisation[modifier | modifier le code]

Officier des grenadiers à cheval de la Garde. À gauche, un dragon (par Édouard Detaille, vers 1900).

La création des grenadiers à cheval date d'octobre 1796, lorsque le gouvernement français décide d'incorporer une unité à cheval à la Garde du Directoire. Un corps de deux compagnies comprenant 112 cavaliers est créé[1]. En 1797, l'unité prend le nom de grenadiers à cheval[1].

Un décret du 28 novembre 1799, qui fait suite au coup d'État du 18 Brumaire et la prise du pouvoir par Napoléon Bonaparte, organise la nouvelle Garde consulaire[1]. Celle-ci doit comprendre entre autres un régiment de grenadiers à cheval et doit former, avec les chasseurs à cheval, la cavalerie de la Garde consulaire. Ce régiment est organisé en deux escadrons de 172 hommes, composé de deux compagnies de 86 hommes chacun[1].

À partir de 1804, où il prend son nom définitif de grenadiers à cheval de la Garde impériale, le régiment est composé de 1 018 cavaliers[2], organisés en quatre escadrons comprenant chacun deux compagnies[3] à effectif théorique de 123 hommes, et d'un état-major de 32 hommes[4]. En 1805, deux compagnies de vélites sont rajoutées avec un effectif de 400 hommes[5] et forment un escadron, puis deux à la fin de l'année 1805[3]. En 1806, le régiment compte 968 hommes auxquels s'ajoutent deux escadrons de vélites comprenant 342 soldats, soit un total de 1 310 hommes[6]. Ils feront brigade avec les dragons de la Garde impériale jusqu'à la fin de l'Empire[7]. Les deux escadrons de vélites sont fusionnés en 1811 au profit d'un cinquième escadron[3], portant l'effectif total à 1 250 soldats[8].

En 1813, le 1er régiment des éclaireurs de la Garde impériale, commandé par le colonel Claude Testot-Ferry, est rattaché aux grenadiers à cheval, qui prendra alors le nom d'éclaireurs-grenadiers.

Le régiment des grenadiers à cheval est caserné à l’École militaire de Paris[9].

Guerres du Consulat et de l'Empire[modifier | modifier le code]

Bataille de Marengo[modifier | modifier le code]

Jean-Baptiste Bessières, maréchal de France (1768-1813), Edmond Hédouin, d'après Henri François Riesener, 1853.

Le premier engagement véritable de l'unité a lieu dans des circonstances dramatiques pendant la guerre de la Deuxième Coalition, lors de la bataille de Marengo en juin 1800. Alors que le Premier consul Napoléon Bonaparte est en train de perdre la bataille contre les Autrichiens, la division Boudet, avec à sa tête Louis Desaix, apparaît sur le champ de bataille et engage les Autrichiens. Pour soutenir leur mouvement, la brigade Kellermann se déploie sur le flanc droit autrichien, avant de charger et de renverser les troupes adverses. Sur le flanc gauche de l'ennemi, Jean-Baptiste Bessières organise une charge massive avec l'ensemble de la cavalerie de la Garde consulaire et sème la panique au sein des troupes autrichiennes. Après la bataille, Bessières reçoit pour son action les éloges du Premier consul, qui dit au général : « Sous votre commandement, la Garde s'est couverte de gloire, elle ne pouvait pas faire mieux dans les circonstances données ». Un peu plus d'un mois après la bataille, le colonel Michel Ordener reçoit le commandement du régiment[10].

Bataille d'Austerlitz[modifier | modifier le code]

Grenadiers à cheval de la Garde (par Hippolyte Bellangé, 19e siècle).

Cinq années s'écoulent avant que l'engagement suivant des grenadiers à cheval, qui se déroule pendant la guerre de la Troisième Coalition, ne se produise. La guerre ayant éclaté avec la Russie et l'Autriche, les grenadiers à cheval, faisant maintenant partie de la Garde impériale, traversent le Rhin en Allemagne le 1er octobre 1805. Dix jours plus tard, ils sont à Augsbourg et le 20 octobre, ils sont présents à la reddition d'Ulm. Ils voient leur seule action majeure au cours de cette campagne le 2 décembre, sur le plateau de Pratzen, à la bataille d'Austerlitz. Au cours de cet affrontement, Napoléon prévoit de briser le centre austro-russe afin de diviser leurs forces. En milieu de matinée, la situation est à l'avantage de l'Empereur, mais une situation potentiellement dangereuse pour les Français se produit lorsque la Garde impériale russe, sous le commandement du grand-duc Constantin, attaque les soldats de la division Vandamme autour de Stary Vinohrady (« les vieilles vignes »). Dans un premier temps, un bataillon du 4e régiment de ligne français est malmené par la cavalerie de la Garde russe appuyée par l'artillerie, et les Français perdent leur aigle et plus de 400 hommes. Le 24e régiment d'infanterie légère, qui monte à l'appui du 4e de ligne, est également rejeté en arrière en désordre[11].

C'est à ce moment que Napoléon envoie la cavalerie de la Garde qui se compose de quatre escadrons des chasseurs à cheval et des mamelouks, et quatre escadrons des grenadiers à cheval, avec deux batteries d'artillerie à cheval de la Garde en appui[12]. Un premier assaut mené par deux escadrons de chasseurs à cheval, appuyé par trois escadrons des grenadiers, disperse la cavalerie du Tsar et permet d'engager l'infanterie de la Garde russe, mais l'arrivée en renfort de sept escadrons des cosaques et des chevaliers-gardes fait tourner le combat au désavantage des Français[13]. Pour soutenir ses cavaliers, Napoléon envoie d'abord le reste des chasseurs à cheval et les mamelouks, puis le dernier escadron des grenadiers à cheval[13]. Ces derniers chargent et se mesurent avec le régiment des chevaliers-gardes russes. Après une courte mêlée, les grenadiers à cheval dispersent leurs adversaires, leur infligeant de lourdes pertes et capturant plus de 200 hommes, dont leur commandant (le prince Repnine) avec son état-major, ainsi que 27 pièces d'artillerie. De leur côté, les grenadiers déplorent seulement 2 morts et 22 blessés (dont 6 officiers)[10].

Bataille d'Eylau[modifier | modifier le code]

Les Grenadiers à cheval de la Garde à Eylau (huile sur toile d'Édouard Detaille, 1893, collection du musée Condé de Chantilly).

En mai 1806, le général Frédéric Henri Walther remplace Ordener. En raison de son ancienneté, Walther est également commandant en second de toute la cavalerie de la Garde et exerce cette fonction chaque fois que le maréchal Bessières est absent. Le régiment des grenadiers à cheval ne participe pas à la campagne de Prusse. Néanmoins, la guerre continue l'année suivante en Pologne, les Français poursuivant l'armée russe[14]. Les rigueurs de l'hiver polonais, les routes en mauvais état et l'extrême pauvreté de certaines régions entraînent des souffrances considérables pour les deux camps et rendent pratiquement impossibles les reconnaissances et les services d'avant-poste.

Après quelques manœuvres initiales et engagements mineurs, la première grande bataille a lieu à Eylau. La Grande Armée y est sérieusement en infériorité numérique[15]. Le corps de Ney est encore loin, et la position de Napoléon est de plus en plus périlleuse. L'Empereur ordonne au maréchal Murat de lancer toute la cavalerie de réserve dans une charge massive. Dans un premier temps, Murat fait avancer les deux divisions de dragons Klein et Grouchy, et une division de cuirassiers, celle d'Hautpoul. Les cavaliers français percent la première ligne russe, puis la deuxième, avant de se retrouver derrière les rangs ennemis, menacés d'encerclement. En conséquence, l'Empereur ordonne au maréchal Bessières d'aider la cavalerie de réserve avec celle de la Garde. Une seconde charge de cavalerie a donc lieu, menée par les chasseurs à cheval de la Garde et suivie par la cavalerie lourde composée des cuirassiers du 5e régiment et des grenadiers à cheval. Le commandant en second du régiment est le colonel Louis Lepic qui mène l'attaque à la tête de deux escadrons, attaquant les première et deuxième lignes russes, ne s'arrêtant que devant les réserves ennemies. C'est alors qu'une bourrasque de neige a lieu et les grenadiers se perdent. Lorsque la neige retombe, le régiment est entouré par les Russes qui leur demandent de se rendre. Lepic rétorque : « Regardez-moi ces figures et dites-moi si elles ont l'air de vouloir se rendre ! », et il ordonne la charge, bouscule les Russes et parvient à regagner les lignes françaises, où Napoléon récompense Lepic en le faisant général. Le régiment compte de nombreuses pertes : 4 officiers tués et 14 officiers blessés, ainsi qu'un grand nombre de soldats, mais la charge de la cavalerie de la Garde permet à la cavalerie de réserve d'échapper à l'encerclement et de revenir à ses positions initiales. Les Français ne gagneront la bataille que tard dans la soirée[16].

Guerre d'indépendance espagnole[modifier | modifier le code]

En 1808, les troupes françaises entrent en Espagne. Les grenadiers à cheval qui font partie du 2e corps d'armée de Bessières, sont présents à Madrid lors du soulèvement du Dos de Mayo. Leur premier chirurgien, Gauthier, y est blessé[17]. Ils font ensuite campagne dans le nord-ouest du pays. Le 14 juillet 1808, Bessières, avec près de 14 000 hommes, fait face à deux corps d'environ 22 000 hommes à Medina de Rioseco, non loin de Valladolid. Les quelques escadrons du régiment présents participent à la bataille en appuyant l'attaque de l'infanterie du général Merle.

Campagne d'Allemagne et d'Autriche[modifier | modifier le code]

Napoléon à gauche de l'image, avec derrière lui et en train de lui parler un officier à cheval de dos, coiffé d'un bonnet à poils noirs et vêtu d'une veste bleue, avec au centre et à droite des cavaliers habillés de même.
Le général Walther, colonel des grenadiers à cheval de la Garde impériale, pendant la bataille d'Essling. Illustration de Victor Huen, 1910.

Au début de l'année 1809, l'Empereur rappelle sa Garde au centre de l'Allemagne pour la guerre de la Cinquième coalition. Elle est présente à la bataille d'Aspern-Essling, sous le feu intense de l'artillerie autrichienne, et regarde la lutte de son armée pour contenir un adversaire largement supérieur. Lorsque Napoléon lui-même a sa botte déchirée par une balle, le général Frédéric Henri Walther, commandant de la cavalerie de la Garde, indique à l'Empereur que ses grenadiers l'emmèneront de force derrière les lignes s'il refuse de se retirer. Ce dernier obéit mais doit ordonner la retraite générale de l'armée sur l'île de Lobau, au milieu du Danube. Six semaines plus tard, Napoléon traverse le Danube à la tête d'une force considérable, pour attaquer les Autrichiens sur la plaine de Marchfeld. La bataille de Wagram qui s'ensuit voit les grenadiers à cheval en réserve lors de la première journée du combat[10].

Toutefois, le deuxième jour (le 6 juillet 1809), les grenadiers à cheval, avec le reste de la cavalerie de la Garde, sont chargés de couvrir la colonne du général Macdonald qui se lance à l'attaque du centre autrichien. Après un succès initial, Macdonald voit une occasion de mettre en déroute les troupes qui se replient devant lui et, à cet effet, il demande une charge de la cavalerie de réserve de Nansouty, en invitant tous les autres commandants de cavalerie présents dans le secteur à faire de même. Les grenadiers à cheval, cependant, ne bougent pas et laissent ainsi passer l'occasion malgré la charge des chevau-légers polonais et des chasseurs à cheval de la Garde. Après la bataille, Macdonald s'emporte contre Walther et lui reproche son inaction. Ce dernier explique que ni le maréchal Bessières, ni l'Empereur, n'ont donné d'ordre pour une charge et que la Garde ne pouvait agir sans ordre direct de l'un des deux. Les tentatives de Macdonald pour expliquer qu'une telle attaque de la Garde aurait été décisive exaspèrent Walther qui salue et sort[18].

Retour en Espagne[modifier | modifier le code]

Louis Lepic (1765-1827). En 1811, il refuse de charger à la bataille de Fuentes de Oñoro, en l'absence d'ordre du maréchal Bessières (huile sur toile de Louis-Charles Arsenne, 1842, musée de l'Armée).

Durant les deux années suivantes, seules quelques compagnies du régiment sont de service actif, notamment en Espagne, où elles accompagnent Bessières dans le nord-ouest du pays, où celui-ci est censé soutenir l'armée du maréchal Masséna au Portugal. Ce dernier y combat avec succès le général Wellington, mais il n'est pas en mesure de percer les lignes fortifiées de Torres Vedras, et se retire à Almeida.

Wellington fait l'erreur critique de le suivre et, le 5 mai 1809, il se retrouve dans une position délicate à la bataille de Fuentes de Oñoro. Masséna a besoin de Bessières et de l'ensemble de son corps d'armée pour pouvoir battre les troupes anglo-portugaises, mais Bessières n'apporte que des renforts symboliques : quelques escadrons de dragons et les grenadiers à cheval, 800 hommes en tout, sous le commandement du général Louis Lepic. Malgré cela, Masséna réussit à exploiter une faiblesse dans la ligne de Wellington, et ce dernier est sur le point d'être battu. Masséna charge son aide de camp, Nicolas Oudinot, de trouver Lepic et la cavalerie de la Garde, avec ordre de charger immédiatement. Mais Oudinot est bientôt de retour auprès du maréchal, en disant que Lepic reconnaissait seulement Bessières en tant que chef et qu'il ne chargerait pas sans son ordre. Bessières ne pouvant être trouvé, cette erreur permet à l'armée de Wellington de s'échapper[18].

Campagne de Russie[modifier | modifier le code]

En 1812, l'entrée imminente de la Grande Armée en Russie voit les grenadiers à cheval rappelés d'Espagne. Ils sont intégrés dans la 3e brigade de la cavalerie de la Garde, avec un effectif de 1 166 hommes, répartis en cinq escadrons commandés respectivement par Perrot, Mesmer, Rémy, Hardy, et Morin. La première partie de la campagne de Russie, de juin à septembre, n'est rien de plus qu'une longue période de calme pour la Garde, qui n'est jamais engagée dans la bataille[19] et est en mesure d'arriver sur le champ de bataille de Borodino afin d'écraser l'armée russe. Malgré les demandes insistantes des divers commandants français, Napoléon refuse d'engager la Garde si loin de la France[20]. Pendant le grand incendie de Moscou, les grenadiers à cheval sont utilisés en tant que policiers, en raison de leur réputation de discipline et de leurs normes morales élevées. À la mi-octobre, l'ensemble de la Grande Armée commence à sortir de la ville en ruine et la longue retraite vers la Pologne n'offre que des actions secondaires pour les grenadiers à cheval, avec pour mission d'assurer la protection du quartier général impérial. Les escarmouches, le froid et les privations pendant la retraite ont un grand impact sur le régiment et au moment de la bataille de la Bérézina, les grenadiers à cheval et les chasseurs à cheval réunis ne sont en mesure d'aligner que 500 combattants à cheval. Malgré cela, le moral reste bon partout[19]. Selon l'auteur Stephen Chappedelaine, le général Walther réussit à ramener ses grenadiers à cheval de Russie avec peu de pertes.

Campagne d'Allemagne[modifier | modifier le code]

La charge des grenadiers à cheval de la Garde impériale à la bataille de Hanau en 1813 (par Richard Knötel).

Le régiment est réorganisé au début de l'année 1813 et n'est à nouveau disponible qu'en avril. Napoléon le passe en revue à Erfurt le 27 avril. Trois jours plus tard, les grenadiers à cheval reçoivent la nouvelle de la mort de leur chef, le maréchal Bessières, tué au combat par un boulet à côté du village de Rippach. Le régiment combat brièvement à la bataille de Dresde et est impliqué dans le soutien de la Garde à pied afin de prendre le village de Reudnitz, lors de la bataille de Leipzig, en octobre. Le seul engagement majeur de la campagne vient à la fin du mois d'octobre, lors de la bataille de Hanau. Comme les Austro-Bavarois commandés par Carl Philipp von Wrede tentent de bloquer la retraite de la Grande Armée vers la France, Napoléon est contraint d'engager ses troupes d'élite, haranguant personnellement les grenadiers à cheval au moment où ils s'apprêtent à entrer en action. La cavalerie de la Garde charge et enfonce la nombreuse cavalerie ennemie. Au cours de cette bataille, le colonel-major du régiment, le général Louis Marie Levesque de Laferrière reçoit six coups de sabre à l'épaule et au bras, tandis que le lieutenant Guindey, célèbre pour avoir tué le prince Louis-Ferdinand de Prusse à la bataille de Saalfeld sept ans plus tôt, est tué. Un autre coup dur pour le régiment survient le 24 novembre 1813, lorsque le commandant en chef du régiment, le général de division Frédéric Henri Walther décède subitement d'épuisement et de maladie. Il est remplacé en décembre par le général de division Claude Étienne Guyot, et le général Étienne de Nansouty prend le commandement de toute la cavalerie de la Garde[21]. En décembre 1813, on lui adjoint le 1er régiment des éclaireurs de la Garde impériale, qui prend alors la dénomination d'éclaireurs-grenadiers.

Campagne de France[modifier | modifier le code]

En 1814, la guerre se poursuit sur le sol français et commence dans de mauvaises conditions pour l'armée française, en sous-nombre et mal équipée. La cavalerie de la Garde, sous Nansouty, est donc mise à contribution plus souvent que jamais, jouant souvent un rôle clé dans les tentatives de Napoléon pour contrecarrer les plans de la coalition. Les grenadiers à cheval sont répartis en deux corps : l'un fort de 909 cavaliers affecté à la division de cavalerie du général Laferrière-Levesque ; l'autre comptant 401 hommes faisant partie de la cavalerie de réserve de la Garde commandée par Ney[22]. À La Rothière, en compagnie d'autres régiments de la Garde, les grenadiers se battent contre un ennemi à la supériorité numérique écrasante. Lors de la bataille de Montmirail, les grenadiers poursuivent, en compagnie des mamelouks de la Garde impériale et à la suite des dragons de la Garde impériale, les fuyards du corps d'Osten-Sacken qui vient d'être battu, et anéantissent deux brigades russes. À Château-Thierry, ils chargent avec succès des batteries d'artillerie de l'armée de la coalition. Deux jours plus tard, à Vauchamps, ils enfoncent les carrés de la division Kapzewitch et contribuent à la déroute de Blücher[23]. Ils participent ensuite à plusieurs affrontements importants, notamment à Craonne où, en s’élançant sur les troupes adverses, le colonel-major des grenadiers, le général de Levesque de Laferrière est blessé par une balle et a une jambe arrachée, perdant également l'un de ses officiers, le capitaine Kister[21]. Une partie des grenadiers à cheval est à Paris lors de son attaque par les Coalisés. Ils sont intégrés dans la brigade de la cavalerie de la Garde commandée par Dautancourt qui comprend également des chasseurs à cheval, des dragons, des mamelouks et des éclaireurs-lanciers polonais. Au sein de cette brigade, ils vont essayer de défendre la butte de Montmartre et d'enrayer la progression des troupes ennemies, mais ils doivent sans cesse se replier sous une grêle de balles et de mitraille.

Restauration et campagne de Belgique[modifier | modifier le code]

Attaque du Mont-Saint-Jean à Waterloo : au premier plan, les lanciers rouges de la Garde. À leur suite, les cuirassiers du général Milhaud. Au troisième plan, les escadrons des grenadiers à cheval de la Garde s'avancent (par Louis Dumoulin, Panorama de Waterloo, 1912).

Après l'abdication de Napoléon et la Restauration des Bourbons, les grenadiers sont casernés à Blois, par ordonnance royale. Selon cette ordonnance, en date du 12 mai 1814, ils devaient être réorganisées en un « corps royal de cuirassiers de France »[3]. Son effectif est fixé par l'ordonnance du 21 juin 1814, qui prévoie que le corps doit être de 42 officiers et 602 hommes, divisés en deux escadrons. Cependant, avec le retour de Napoléon au pouvoir à la fin du mois de mars 1815, les grenadiers retrouvent leur ancienne organisation, soit 1 042 officiers et soldats[3], et leur rang dans l'armée. Avec le déclenchement de la guerre de la Septième coalition, les grenadiers sont inclus dans la division de cavalerie lourde de la Garde, aux côtés des dragons de la Garde impériale. Leur seul engagement a lieu lors de la bataille de Waterloo. Le régiment y est tenu en réserve avec la cavalerie de Kellermann lorsque l'Empereur, afin de soutenir les cuirassiers de Milhaud et la cavalerie légère de la Garde aux prises avec les Anglais sur le Mont-Saint-Jean, décide d'engager la cavalerie lourde de réserve[24],[25]. Les grenadiers chargent à trois reprises avec à leur tête le général Claude Étienne Guyot, mais les pertes sont lourdes : ils perdent leur colonel-major, Jean-Baptiste Jamin, tué à la tête de ses hommes par une décharge de mitraille, ainsi que deux lieutenants, Tuefferd et Moreau, et seize autres officiers blessés[21]. Le général Guyot a deux chevaux tués sous lui et est grièvement blessé. Waterloo est le dernier engagement de cette unité, qui est dissoute par les Bourbons à la Seconde Restauration, le 25 novembre 1815[3].

Chefs de corps[modifier | modifier le code]

Frédéric Henri Walther, colonel des grenadiers à cheval de la Garde (auteur anonyme).

Le premier réel chef de corps est Jean-Baptiste Bessières lors de la seconde campagne d'Italie. En 1800, le colonel Michel Ordener prend le commandement du régiment. Lors de la bataille d'Austerlitz en décembre 1805, le colonel Louis Lepic est nommé colonel en second du régiment[26].

Le général Frédéric Henri Walther remplace Ordener en mai 1806 à la tête du régiment, qu'il dirigera jusqu'à sa mort en novembre 1813, de retour de la campagne de Russie[26].

Son successeur, Claude Étienne Guyot, aura successivement pour colonel en second Bertrand Pierre Castex, Louis Marie Levesque de Laferrière et Jean-Baptiste Auguste Marie Jamin[26]. Guyot sera grièvement blessé et Jamin tué lors de la bataille de Waterloo.

Uniformes[modifier | modifier le code]

Un grenadier à cheval (dessin d'Adolphe de Chesnel, 1861).

Troupe[modifier | modifier le code]

L'uniforme des grenadiers à cheval est relativement semblable à celui des grenadiers à pied[27]. Ils portent l'habit en drap bleu impérial, à collet en drap de fond, avec revers blanc. On peut observer des parements écarlates avec des pattes blanches. Les basques sont également écarlates et les retroussis ornés de quatre grenades brodées en laine aurore sur drap blanc. Le tour des poches en long est figuré par un passepoil écarlate. Les boutons en cuivre sont estampés de l'aigle impériale. La culotte et les gants sont en peau blanche et les bottes à l'écuyère[27].

Les grenadiers à cheval portent un bonnet à poil[28], confectionné en peau d'ours, avec jugulaires en cuivre[27]. Contrairement aux grenadiers à pied, il ne comporte pas de plaque de cuivre à l'avant, mais seulement un « cul de singe » en drap écarlate sur lequel est cousu un galon aurore en forme de croix[28]. La coiffure est dotée de mentonnières de cuivre, d'un cordon raquette en laine aurore, d'un plumet écarlate ainsi que d'une cocarde en brin de laine tricolore[28]. Cette dernière, conçue comme un pompon, comporte l'aigle impériale brodée en fil aurore[28].

En tenue de ville, les grenadiers à cheval abandonnent leurs encombrants bonnets à poil au profit de bicornes en feutre taupé, qui ne sont pas sans rappeler la coiffure de l'Empereur lui-même[29].

Tout comme le cordon du bonnet, les aiguillettes sont en laine aurore[30]. Les ferrets sont boutonnés sur l'épaule droite à des contre-épaulettes, également en laine aurore, et passent à travers les boutonnières des revers de l'uniforme[30].

Armement et équipement[modifier | modifier le code]

Concernant l'équipement, les grenadiers à cheval disposent d'un sabre, d'un mousqueton, d'une giberne et de deux pistolets[27]. Le sabre des grenadiers à cheval est constitué d'une garde de cuivre ornée d'une grenade, ainsi que d'un fourreau de cuivre, rendu plus léger grâce à deux crevés, réalisés de chaque côté du fourreau, recouverts de cuir noir[31]. La dragonne de sabre est en buffle blanc[27].

Chevaux et harnachement[modifier | modifier le code]

Concernant les montures, les grenadiers à cheval montent des chevaux noirs, bais bruns ou encore alezans foncé. On note une selle à la dragonne, accompagnée d'une housse en drap bleu, bordée d'un double galon de laine jaune[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Pawly 2009, p. 4.
  2. de Saint-Hilaire 1847, p. 160.
  3. a, b, c, d, e et f Bukhari 1978, p. 3.
  4. de Saint-Hilaire 1847, p. 106.
  5. de Saint-Hilaire 1847, p. 180.
  6. de Saint-Hilaire 1847, p. 220.
  7. Pigeard 2005, p. 139 et 140.
  8. de Saint-Hilaire 1847, p. 378.
  9. de Saint-Hilaire 1847, p. 144.
  10. a, b et c Pigeard 2005, p. 142.
  11. Castle 2004, p. 74.
  12. Castle 2004, p. 42 et 75.
  13. a et b Castle 2004, p. 75.
  14. Pigeard 2005, p. 143.
  15. Hourtoulle 2007, p. 4 et 13.
  16. Hourtoulle 2007, p. 61.
  17. Pawly 2009, p. 17.
  18. a et b Sokolov 2005, p. 455.
  19. a et b Pigeard 2005, p. 144.
  20. Sokolov 2005, p. 454 et 455.
  21. a, b et c Pigeard 2005, p. 145.
  22. Tranié et Carmigniani 1989, p. 291 et 292.
  23. Tranié et Carmigniani 1989, p. 118.
  24. Charras et Vandermaelen 1857, p. 285.
  25. de la Tour d'Auvergne 1870, p. 293.
  26. a, b et c Officiers grenadiers.
  27. a, b, c, d, e et f de Saint-Hilaire 1847, p. 117.
  28. a, b, c et d Pigeard et Bourgeot 2013, p. 15.
  29. Pigeard et Bourgeot 2013, p. 20.
  30. a et b Pigeard et Bourgeot 2013, p. 16.
  31. Pigeard et Bourgeot 2013, p. 18.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • François-Guy Hourtoulle, D'Eylau à Friedland, Histoire & Collections,‎ 2007, 144 p. (ISBN 978-2352500209). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alain Pigeard, La Garde impériale, Tallandier,‎ 2005, 637 p. (ISBN 978-2847341775). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Alain Pigeard et Vincent Bourgeot, La Cavalerie de la Garde Impériale, Soteca,‎ 2013, 100 p. (ISBN 979-1091561587). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ian Castle (préf. David Chandler, ill. Christa Hook), Austerlitz 1805 : le chef-d'œuvre de Napoléon, Paris, Osprey Publishing & Del Prado Éditeurs, coll. « Osprey / Armées et batailles » (no 2),‎ 2004 (1re éd. 2002), 94 p. (ISBN 2-84349-178-9). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean Tranié et Juan-Carlos Carmigniani, Napoléon 1814 - La campagne de France, Pygmalion/Gérard Watelet,‎ 1989, 315 p. (ISBN 2-85704-301-5). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Baptiste Alphonse Charras et Philippe Vandermaelen, Campagne de 1815 : Waterloo,‎ 1857. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Édouard Louis Joseph Melchior de la Tour d'Auvergne, Waterloo : étude de la campagne de 1815,‎ 1870. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Émile Marco de Saint-Hilaire, Histoire anecdotique, politique et militaire de la Garde impériale, Paris, E. Penaud,‎ 1847, 712 p. (OCLC 7044648, notice BnF no FRBNF31281692) disponible sur Gallica. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Oleg Sokolov, L'Armée de Napoléon, Commios,‎ 2005, 592 p. (ISBN 978-2951836419). Document utilisé pour la rédaction de l’article
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  • (en) Paul Lindsay Dawson, Napoleon's Gods : Grenadiers a Cheval de la Garde, Lulu.com,‎ 2013 (ISBN 978-1-44674-79-95).
  • (en) Emir Bukhari, Napoleon's Guard Cavalry, Osprey Publishing,‎ 1978, 48 p. (ISBN 9780850452884). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]