Régime sans caséine ni gluten

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Le régime sans caséine ni gluten est un régime alimentaire qui consiste à éviter toute source de gluten (présent dans certaines céréales dont le blé) et de caséine (présente dans le lait). Ce type de régime est généralement prescrit dans un contexte d'intolérances alimentaires. De façon purement anecdotique on notera que L'Autism Research Institute et d'autres groupes de soutien recommandent ce régime comme traitement pour l'autisme, alors que les études qui tendent à soutenir l'effet positif de ce régime dans le contexte de l'autisme présentent des défauts significatifs qui les rendent insuffisantes pour valider scientifiquement l'efficacité de ce traitement[1],[2]. Les seuls éléments indiscutables sont que le gluten et la caséine sont bien deux sources alimentaires de peptides opioïdes (la casomorphine, et les gliadinomorphines et gluten exorphine) et qu'une intoxication aux opiacés peut effectivement engendrer des traits autistiques.


Distinction d'autres régimes supprimant lait et gluten[modifier | modifier le code]

Le régime sans caséine ni gluten est parfois assimilé à tort au régime sans gluten (Gluten-free diet) préconisé dans le cas de l'intolérance au gluten. Dans ce cas, il s'agit d'éviter une réaction immunitaire à la gliadine, une protéine du gluten lequel est donc totalement proscrit.

Les intolérants au gluten ont souvent besoin d'éliminer aussi les produits laitiers de leurs alimentation (du moins dans un premier temps) pour éviter des effets secondaires. En fait, l'intolérance au gluten est presque toujours une maladie cœliaque qui détruit les villosités de l'intestin dans sa partie supérieure, ce qui gêne ou empêche la production de lactase et qui entraîne donc une intolérance au lactose.

C'est ce qui explique qu'il est parfois assimilé au régime sans caséine ni gluten, mais dans l'absolu il s'agit en fait d'un régime sans gliadine, accompagné parfois d'un régime sans lactose.

Éclairage technique[modifier | modifier le code]

Le gluten et la caséine sont principalement composés de protéines, qui peuvent être disloquées en peptides, qui peuvent à leur tour être disloqués en acides aminés. C'est ce qui se passe lors de la digestion, pour que les nutriments puissent passer la paroi intestinale.

Parmi les peptides qui peuvent être obtenus par dégradation de la caséine et du gluten, certains peuvent agir sur les récepteurs aux opiacés, comme le fait naturellement l'endorphine, et comme peuvent aussi le faire l'opium ou la morphine.

Ces peptides opioïdes ne devraient pas (ou très peu) passer dans le sang, où leur présence est indésirable et donc combattue par des anticorps (comme l'antigliadine, et l'anticaséine).

Le principe du régime sans caséine ni gluten suppose que leur suppression de l'alimentation peut être bénéfique dans le cadre de l'autisme, ce dont certaines familles témoignent mais qui n'a encore jamais été vérifié scientifiquement.

Les théories sous-jacentes sont que les autistes seraient plus sensibles à ces aliments que la moyenne de la population (par exemple à cause d'une paroi intestinale plus perméable), voire que l'autisme serait directement provoqué par une intoxication à ces opioïdes. Dans tous les cas, il ne s'agit que d'hypothèses.

Historique[modifier | modifier le code]

En 1979 Jaak Panksepp[3] a émis l'hypothèse selon laquelle l'autisme était associé à un excès de dérivés opiacés dans le cerveau. La même année, Christine Zioudrou[4] démontrait l'activité opioïde de peptides obtenus par hydrolyse enzymatique (pepsine) de protéines du gluten et de l'a-caséine et introduisait le terme d'exorphines par opposition aux endorphines décrites par Roger Guillemin en 1976. Des médecins ont depuis préconisé le régime sans gluten et sans caséine pour améliorer différentes pathologies dont l'autisme. La preuve scientifique du passage de peptides à travers les jonctions serrées de la membrane intestinale a été apportée en 2004 dans la maladie cœliaque par la mise en évidence de liaisons covalentes entre la gliadine et la transglutaminase tissulaire[5]. D'autres études prouvent le transfert de certains peptides du sang vers le liquide céphalo-rachidien.

Théorie[modifier | modifier le code]

D'après des observations sur l'urine faites par le Dr William Shaw[6], il semble que certains enfants ne digèrent pas complètement ces protéines ; or la caséine et le gluten contiennent des peptides (les casomorphines pour la caséine, et la gliadorphine et les exorphines du gluten pour ce dernier) qui ressemblent aux opiacés. Il est possible que ces peptides aient un effet similaire sur le cerveau et le système nerveux[réf. nécessaire]. Si cette théorie est exacte, l'exposition prolongée à ces peptides opiacés pourrait avoir de nombreux effets délétères sur le cerveau en croissance du jeune enfant[réf. nécessaire], comme avec n'importe quel autre narcotique.

Effets du régime[modifier | modifier le code]

Études scientifiques[modifier | modifier le code]

Il existe quelques études contenant des défauts significatifs sur les rapports existant entre le régime sans caséine ni gluten et l'autisme qui montrent des résultats variables[7]. L'une d'elles[8] tend à montrer que les effets bénéfiques du régime pourraient être observables scientifiquement. Des études randomisées en double aveugle de bonne qualité restent nécessaires. En France[9] et en Suisse[10] la communauté médicale demeure sceptique. Les données scientifiques disponibles ont été analysées en détail et présentées dans un rapport publié par l'AFSSA en avril 2009 [11]. Ses conclusions sont très réservées quant à l'efficacité et à l'innocuité de ce régime au cours de l'autisme.

Témoignages[modifier | modifier le code]

Dans un sondage réalisé par l'Autism Research Institute[12], 66 % des parents estiment que l'état de leur enfant s'est amélioré suite à ce régime. Néanmoins, de tels témoignages, forcément subjectifs et biaisés, ne prouvent rien quant à l'efficacité de ce régime.

En pratique[modifier | modifier le code]

Entreprendre ce régime est difficile, mais pas impossible. Le gluten se trouve dans le blé, le seigle et l'orge, l'avoine ainsi que le mais (55 % de zénine) et plus généralement dans tous les produits céréaliers. La caséine se trouve dans les produits laitiers. Or le blé et le lait forment une proportion importante du régime alimentaire occidental. Mais l'un des obstacles les plus grands auxquels doivent faire face les parents est que les individus qui ont besoin du régime sans caséine et sans gluten désirent ces nourritures comme s'ils en étaient dépendants[réf. nécessaire]. De fait, les parents qui mettent en place ce régime indiquent l'apparition des symptômes du sevrage similaires à ceux d'un toxicomane.

De nombreux parents hésitent à supprimer le blé et le lait parce que ces aliments sont les seuls que leur enfant accepte de manger, et aussi parce qu'ils sont considérés comme des ingrédients essentiels dans la culture occidentale. Toutefois, même les enfants qui ne mangent essentiellement que du blé et des produits laitiers bénéficient d'une amélioration remarquable de leur situation une fois que le régime sans caséine et sans gluten est installé[réf. nécessaire] — et de nombreuses familles se sont rendu compte que les choix de menu s'améliorent une fois que les effets du manque de caséine et de gluten ont disparu chez leur enfant[réf. nécessaire].

Certaines personnes constatent une amélioration immédiate, mais la disparition complète du gluten dans l'organisme peut prendre jusqu'à six mois[réf. nécessaire] (un mois pour la caséine[réf. nécessaire]). Les partisans de ce régime préconisent d'essayer au moins pendant un an, car certains enfants ont besoin d'un tel délai pour manifester une amélioration. En effet, le changement de régime a des effets dans le corps au niveau cellulaire et permet la consolidation de l'estomac et de la paroi intestinale[réf. nécessaire], ce qui peut prendre du temps.

Contexte[modifier | modifier le code]

Bien que les phénomènes de sensibilité à certains aliments soient connus depuis plusieurs décennies, ils sont rarement pris en compte dans le diagnostic et la thérapie de pathologies lourdes comme l'autisme. Le régime sans caséine et sans gluten a été combiné à d'autres innovations, parmi lesquelles la méthode Elke Arod de l'association STELIOR qui permet un suivi individualisé, le régime Feingold, le régime spécifique en hydrates de carbone, des régimes réduits en salicylates et phénols, etc.

Bien que ce régime soit controversé au sein de la communauté médicale, certains médecins en font la promotion pour les enfants autistes. Le journaliste Thierry Souccar dénonce une opération de lobbying[13].

Autres indications[modifier | modifier le code]

Ceux qui souffrent de maladie cœliaque et/ou de dermatite herpétiforme doivent éviter toute forme de gluten, bien que leurs problèmes métaboliques soient différents de ceux de l'autisme. Il existe des compte-rendus sporadiques du succès de ce régime pour les patients souffrant de sclérose en plaques, schizophrénie, syndrome de Gilles de la Tourette, syndrome de fatigue chronique ou d'hyperactivité[réf. nécessaire]. Un régime de ce type est aussi proposé par le Dr Jean Seignalet, médecin immunologue à l'hôpital Saint-Eloi de Montpellier, aujourd'hui décédé, pour atténuer les symptômes de la polyarthrite et de la maladie de Crohn (Nutrition Seignalet).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elimination diets in autism spectrum disorders: any wheat amidst the chaff?
  2. Gluten- and casein-free diets for autistic spectrum disorder
  3. Panksepp J. A neurochemical theory of autism. TINS 1979, 2, 174-9
  4. Zioudrou C, Streaty RA, Klee WA. Opioid peptides derived from food proteins. The exorphins. J Biol Chem, 1979, 254, 2446-9
  5. Fleckenstein B, Oiao SW, Larsen MR, Jung G, Roepstorff P, Sollid LM. Molecular characterization of covalent complexes between tissue transglutaminase and gliadin peptides. J Biol Chem, 2004, 279, 17607-16
  6. W. Shaw et al, Increased urinary excretion of analogs of Krebs cycle metabolites and arabinose in two brothers with autistic features, l'article qui a pour la première fois attiré l'attention de la communauté scientifique sur cette question.
  7. E. Cornish (2002) Gluten and casein free diets in autism: a study of the effects on food choice and nutrition Journal of Human Nutrition and Dietetics 15 (4) , 261–269 doi:10.1046/j.1365-277X.2002.00372.x [1]
  8. Millward et al, Gluten- and casein-free diets for autistic spectrum disorder, une étude sur un très petit groupe de patients qui semble conclure à un effet positif du régime.
  9. Débat : le régime sans gluten est-il fondé scientifiquement ?, dans la revue «INSERM actualités» (no 199, mai 2006)
  10. Autisme et tube digestif.
  11. Efficacité et innocuité des régimes sans gluten et sans caséine proposés à des enfants présentant des troubles envahissants du développement (autisme et syndromes apparentés)
  12. Une plaquette de l'Autism Research Institute
  13. Thierry Souccar, Le régime sans gluten et sans caséine, éditorial du 23 janvier 2007, http://www.lanutrition.fr