Rébellion des Maji-Maji

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Maï-Maï (homonymie).

La rébellion des Maji-Maji, ou Maï-Maï parfois appelée la guerre Maji-Maji est un soulèvement de plusieurs tribus africaines d’Afrique orientale allemande contre les autorités coloniales, entre 1905 et 1907.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le partage de l'Afrique entre les grandes puissances européennes dans les années 1880 attribua plusieurs colonies à l’Empire allemand :

L’Allemagne n’avait pas beaucoup de forces de sécurité en Afrique orientale, mais parvenait à entretenir un système de fortifications à l’intérieur du territoire, ce qui lui permettait de maintenir une certaine autorité. Pour compenser cette faiblesse, l’Allemagne fit également usage de tactiques répressives violentes pour dominer la population.

Un impôt par tête fut introduit en 1898 et la colonie fit largement appel aux forces de travail de la population pour construire des routes et diverses infrastructures. En 1902, le gouverneur imposa la culture intensive du coton. Les chefs des villages étaient responsables de la supervision de la production, ce qui les exposait souvent à la colère des villageois. La réquisition de forces vives au bénéfice de la puissance coloniale était très impopulaire dans toute la Tanzanie et de nombreux habitants refusaient de se mettre au travail.

La politique coloniale allemande n’était pas seulement impopulaire, mais elle avait également une grande influence sur la vie quotidienne des populations locales. Depuis que les hommes étaient réquisitionnés pour des travaux à l’extérieur, les femmes étaient contraintes de prendre en charge les tâches masculines en plus des leurs, ce qui ne permettait plus d’assurer la subsistance des villages et augmenta le ressentiment contre le gouvernement. En 1905, une sécheresse s'abattit sur la région et provoqua une sérieuse famine. Combinée à l’opposition contre la politique agricole coloniale, ce fut le déclencheur de la rébellion contre les autorités allemandes en juillet.

Les tribus locales firent appel à la sorcellerie pour unifier leurs forces contre la colonie. Un sorcier du nom de Kinjikitile Ngwale, qui se faisait appeler Bokero, distribua aux guerriers une potion censée transformer les balles des fusils allemands en eau. Cette potion était en fait composée d’eau (maji en kiswahili, prononcé maï), d’huile de ricin et de graines de millet.

Rébellion[modifier | modifier le code]

Les rebelles étaient peu armés (essentiellement de lances et de flèches), mais ils étaient nombreux. Partis des collines de Matumbi au sud de l'actuelle Tanzanie, il attaquèrent les garnisons allemandes qui se trouvaient sur leur chemin. Au sud de la colonie, les forces allemandes se montaient à 458 soldats européens et 588 indigènes. Leur force de feu supérieure leur donnait cependant l’avantage. À Mahenge, plusieurs milliers de guerriers Maji-Maji, menés par un autre sorcier, marchèrent sur le cantonnement allemand défendu par le lieutenant von Hassel avec soixante soldats locaux et une mitrailleuse, qui fit de nombreux morts parmi les Maji-Maji.

Au plus fort de la révolte, les Ngonis se joignirent au mouvement et lui apportèrent 5 000 hommes. Les troupes allemandes, armées de mitrailleuses, partirent de Mahenge vers le camp des Ngonis qu’elles attaquèrent le 21 octobre. Les Ngonis battirent en retraite en s’écriant Le maji est un mensonge !

Devant l’ampleur de la rébellion, le gouverneur allemand, le comte von Götzen réclama des forces supplémentaires au gouvernement allemand. Guillaume II envoya immédiatement deux croiseurs. Des renforts arrivèrent également de Nouvelle-Guinée. En octobre, Götzen avait reçu un millier de soldats allemands, ce qu’il pensait être suffisant pour contenir la révolte.

Trois colonnes se dirigèrent vers le sud et détruisirent les villages, cultures et autres sources de nourritures des rebelles. Leur force de feu leur permit de repousser efficacement les attaques, à l’exception d’une embuscade à la traversée de la rivière Ruhuji. En avril 1906, le sud-ouest était maîtrisé.

Cependant, ailleurs dans le pays, les troupes allemandes rencontraient davantage de difficultés. Le comte von Götzen démissionne et il est remplacé par le baron von Rechenberg. Début mai 1906, une colonne de 47 hommes sous les ordres du lieutenant Gustav von Blumenthal tomba sous des attaques continuelles en tentant de marcher de Songea vers Mahenge. Les Allemands décidèrent alors de se concentrer sur Kitanda.

La campagne du sud-est dégénéra en une guérilla qui provoqua une famine dévastatrice. Il fallut attendre août 1907 pour voir un début de pacification.

La révolte Maji-Maji fit plusieurs centaines de morts chez les troupes allemandes, et 75 000 chez les rebelles. Sa répression sanglante étouffa toute idée de révolte et la colonie resta calme jusqu’à la déclaration de la Première Guerre mondiale.

Suites et interprétations[modifier | modifier le code]

La rébellion Maji-Maji fut le défi le plus important auquel le pouvoir colonial allemand dut faire face en Afrique. La victoire allemande changea l’histoire du sud de l'actuelle Tanzanie, tuant ou déplaçant plusieurs centaines de milliers de personnes. Les premiers nationalistes tanzaniens y virent les premiers signes de l’éveil national d’un peuple, unifiant plusieurs tribus derrière un seul chef pour tenter de renverser un pouvoir étranger.

Les historiens actuels contestent cette vision des choses, y voyant plutôt une série de révoltes distinctes, motivées par les raisons les plus diverses. La révolte est aussi parfois considérée comme un épisode d’une longue série de guerres commencée bien avant l’arrivée des Allemands dans la région. À l’appui de cette version, on cite l’alliance de certains groupes avec les colons contre des tribus ennemies[1].

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Site africain commémorant la révolte Maji Maji

Sources[modifier | modifier le code]