Règles de composition dans la peinture occidentale

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Les règles de composition en peinture occidentale sont un ensemble de techniques qui varient suivant les peintres, les styles, les mouvements et les époques et qui peuvent être aussi mélangées.

Un exemple de grande composition dans un plafond de Tiepolo : tous les personnages sont placés sur des cercles et des ellipses qui se resserrent vers le soleil et Apollon, au centre.

Art des diagonales[modifier | modifier le code]

La Flagellation du Christ de Piero della Francesca est un exemple d'utilisation du rectangle d'harmonie[1],[2] et souvent, mais d'une manière inexacte, citée comme exemple du nombre d'or.
Tracé du rectangle d'or.

Les règles de composition géométrique sont appelées aussi « Art des Diagonales ».

Règle dite de la porte d’harmonie[modifier | modifier le code]

La dénomination a été popularisée par Paul Sérusier, en 1921, mais on la trouve dans des traités plus anciens d'architecture.

Un exemple d'utilisation par William Turner : le bateau est situé à l'intersection de la ligne d'horizon, de la diagonale ascendante du format et de la verticale du grand mat.

La diagonale de Fibonacci, reportée sur la base du carré, permet d’obtenir un rectangle de côté a et de longueur b. Les feuilles de papier raisin sont (presque[3]) de cette dimension ainsi que les châssis de peinture P (de paysage) du commerce (du moins théoriquement, parce que le passage au système métrique a quelque peu brouillé le système).

Le côté vertical du carré absorbé par le format est qualifié de ligne de force.

Si le peintre précurseur de l’impressionnisme, Turner, a utilisé ce type de composition, on le trouve également utilisé dans La Flagellation du Christ de Piero della Francesca au XVe siècle.

Règle du nombre d’or[modifier | modifier le code]

En traçant un carré puis en rabattant le rayon obtenu du milieu d’un côté d’un coin sur le même côté, on obtient un rectangle dont les proportions sont telles que le petit rectangle augmentant le carré initial comporte aussi, entre ses côtés, la même proportion dite nombre d’Or.

Un autre moyen d'obtenir un rectangle analogue est de tracer un rectangle de côté 5 et de longueur 8[4].

Les châssis de peintures de format M (marine) vérifient théoriquement cette proportion et ceux de format F sont théoriquement faits de deux M, mais le passage des anciennes mesures au système métrique a brouillé ce système.

Suivant une théorie répandue par Matila Ghyka mais dénoncée par Marguerite Neveux comme étant une construction après coup (dans Le Nombre d’or - Radiographie d’un mythe), les peintres de la Renaissance, de l’époque classique, de l’École de Puteaux au XXe siècle, le cubisme analytique, etc. auraient utilisé cette formule de composition pour partager leur tableau en deux moitiés inégales.

Sa légende mythologique et symbolique vient aussi du fait que l’on dessine un irrationnel qui gagne une décimale à chaque agrandissement du dessin, ce qui a fasciné les mathématiciens autant que pi.

Les lignes de force[modifier | modifier le code]

Chez Cézanne l'organisation du tableau est souligné par l'utilisation des verticales et des horizontales sur le mur du fond.

Ce sont les lignes qui dirigent l'organisation spatiale du tableau et construisent l'équilibre de l'image. Ce sont des axes tracés réellement dans l'image, comme la ligne d'horizon, le bord de mer, etc., ou virtuellement par la lecture des plans et des masses colorées (ex : limites de contrastes, zones de lumière, ...). Les lignes de force peuvent s'agencer de manière différentes (pyramide, lignes horizontales, verticales ou oblique, le vide et le plein). Elles ont toujours une signification :

  1. La pyramide : elle établit une hiérarchie, celui qui est à la pointe est le plus important.
  2. Les horizontales, verticales et obliques : elles aident à disposer les motifs  ; et les lignes peuvent exprimer des sentiments (aggraver ou améliorer la situation), créer des tensions, ou adoucir, selon le tableau.
  3. Le vide et le plein : ils sont importants l'un comme l'autre car ils jouent un rôle de mise en valeur. Le vide a une fonction de « silence ».

Point de force[modifier | modifier le code]

Les intersections entre les différentes lignes de force sont nommées « points de force » ou « centres ».

Centre[modifier | modifier le code]

C’est le centre d’intérêt où convergent les lignes de forces. Il est recommandé qu’il ne soit pas au centre géométrique du tableau.

Composition dite de « Charles VII »[modifier | modifier le code]

Un exemple chez Monet. En coupant verticalement en deux le tableau, on obtient en bas deux carrés égaux alignés sous la ligne d'horizon .

Sur un format F (figure) tracer la verticale parallèle au petit côté coupant le format en deux. Tracer une horizontale parallèle à la longueur de manière à obtenir deux carrés joints. Cette horizontale est systématiquement la ligne d’horizon chez les impressionnistes.

Technique classique de l’Académie et des Beaux Arts au XIXe siècle.

Composition académique centrée[modifier | modifier le code]

Comme souvent chez Courbet, le format est divisé en parts égales par le centre.

Diviser le format en quatre parties égales puis tracer les grandes diagonales du format et les petites diagonales des 4 rectangles obtenus de manière à obtenir un losange. L’ensemble donne une composition centrée où tous les éléments sont également répartis. Technique utilisée par David, Gros ou Courbet.


Ellipse[modifier | modifier le code]

En rapportant au compas la longueur du rectangle sur la hauteur de celui-ci, et en répétant l’opération on décrit une ellipse dite de Fibonacci. Ces ellipses ont été utilisées pour tracer les plafonds et la grande peinture décorative, comme chez les Vénitiens, Tiepolo ou Art contemporain par Mario Merz.

Règle des tiers[modifier | modifier le code]

Cette règle bien connue des photographes (voir composition photographique) est la forme abâtardie de la règle de la Porte d’harmonie, en effet la fenêtre de l’appareil photo est de proportion 1/3 (0,333) et le format P de proportion 1,414141414(√2).

Perspective[modifier | modifier le code]

Vue de Florence par Corot, le sujet, la ville est au second plan, les couleurs les plus foncées et les plus chaudes sont au premier plan, les dégradées et les froides au troisième plan.

L’ensemble des procédés de perspective est un des moyens de composition de l’image. Il existe de nombreux types de perspectives :

Article détaillé : perspective.
  • Perspective des paysagistes ou perspective atmosphérique :
    Par la dégradation de la valeur la plus foncée au premier plan vers la plus claire au dernier plan, on obtient une perspective en valeurs.
  • Accentuation de la dite perspective atmosphérique par les couleurs :
    Par le placement cohérent des couleurs chaudes au premier plan et les plus froides à l’horizon on obtient l’accentuation et le sentiment atmosphérique.
    Les couleurs chaudes sont définies comme saillantes, les froides comme fuyantes.

Règles des trois plans[modifier | modifier le code]

Il consiste à dessiner le tableau en trois plans successifs en prenant soin de placer le sujet au second plan. Ce principe a été très largement utilisé au XVIIIe siècle (Watteau Turner Constable) ou par les Impressionnistes.

Au premier plan on place les noirs et les blancs ; au second plan les ocres, les jaunes, les verts ; au troisième plan les bleus, les violets.

Tracé régulateur[modifier | modifier le code]

Exemple de tracé régulateur a posteriori.

Le dessin des lignes de force et les diagonales ... constituent le tracé régulateur. Il peut être préexistant au tableau (Piero della Francesca, Seurat...) ou a posteriori comme moyen d’analyse (cubisme analytique...)

Sens de la lumière[modifier | modifier le code]

Dans ce portrait du Caravage en clair-obscur, la lumière vient de la gauche et donne l'ombre à droite.

Dans la peinture académique la lumière directionnelle doit venir d’en haut à gauche, l’ombre principale se situant en bas à droite. Courbet a rompu cette tradition après l’apparition de la photographie. La technique du clair-obscur, consiste à éclairer violemment une scène se déroulant dans la pénombre ou l'obscurité, les couleurs sont alors rompues dans l'ombre par leur valeur. (Tintoret, Caravage, Rembrandt, ...)

Couleur[modifier | modifier le code]

Divisionnisme de la couleur

Ensemble des effets obtenus par division de la couleur et de la touche tels que les ont définis le chimiste Eugène Chevreul, les physiciens Von Bezold et Rood et auxquels se sont soumis les impressionnistes. (cf les lettres de Camille Pissarro)

Couleur bouchée[modifier | modifier le code]

Couleur de l’ombre ou de la lumière qui n’est pas correctement évaluée dans l’espace figuré du tableau. En général elle est trop saturée.

Règle de la Valeur[modifier | modifier le code]

Règle essentielle de l’Ecole de Paris ( de 1910 à 1960) où la couleur est privilégiée dans sa gradation vers le noir plutôt que dans sa dégradation vers le blanc.

Degré de saturation - Push and Pull[modifier | modifier le code]

Règle essentielle de l’enseignement de Hans Hofmann où la couleur est considérée dans sa gradation vers sa saturation dite de Push and Pull (pousser/tirer) qui peut être définie comme la Règle du Contraste d’Intensité.

Règle du contraste simultané[modifier | modifier le code]

Un développement des théories de Chevreul, ici par Johannes Itten.

La loi du contraste simultané des couleurs a été définie par Eugène Chevreul.
Elle a été utilisée par les peintres impressionnistes, les cubistes, Delaunay, Duchamp, Andy Warhol, les artistes du Pop Art, etc.

Interaction des couleurs[modifier | modifier le code]

L’interaction des couleurs par Joseph Albers est une tentative de synthèse de l’ensemble des théories sur la couleur.

Pattern ou motif répété[modifier | modifier le code]

Les compositions en Pattern, (de l'américain patron), désignent la répétition systématique d'un même motif, d'un même dessin préparatoire, ou d'une même structure préétablie sur une série de tableaux ou dans une même toile. Ce type de composition est apparue avec la peinture américaine des années 50 et 60 ( On en trouve dans expressionnisme abstrait, minimalisme, chez Pollock, Claude Viallat, Warhol...).

Un des tout premiers à avoir utilisé et inventé ce type de composition est Claude Monet, avec la série des cathédrales de Rouen, ou les Nymphéas…

Refus des règles de composition[modifier | modifier le code]

Un certain nombre d’artistes refuse les règles académiques décrites ci-dessus au nom de la liberté créatrice ou de leur croyance. En particulier chez les surréalistes, au nom de l’instinct pour l’Art Naïf ou au nom du refus de la Culture l’Art Brut. Les tenants des règles « géométriques » qualifient alors les seconds de « littérateurs », les seconds qualifiant les premiers de « géomètres » !

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Albrecht Durer, Géométrie
  • Piero dela Francesca, De Pingendi prospectiva,
  • Leonard de Vinci, Écrits
  • Camille Bélanger, Traité Usuel de la Peinture à l'usage de tout le monde
  • Anonyme, Abrégé de géométrie Pratique
  • Arsenne, Abrégé du Peintre et du sculpteur
  • Paul Sérusier, ABC de la peinture
  • Charles Bouleau, La géométrie secrète des peintres
  • Josef Albers, Interaction des couleurs
  • Johannes Itten, Art de la couleur
  • André Béguin, Dictionnaire Technique de la Peinture
  • Bernard Rancillac, Voir et comprendre la peinture
  • Henri Senarmont, Peindre et Dessiner, Oskar éditions

Notes[modifier | modifier le code]

  1. émission Palettes consacrée au tableau
  2. Jean-Pierre Le Goff, Pour la Science, « La perspective, la renaissance de l’art (autour de La Flagellation du Christ de Piero della Francesca) », no 323, p. 96
  3. En fait de 50 cm × 65 cm et non de 50 × 1,414 (la diagonale du carré b=a × √2)
  4. Le nombre d'or est 1,618, le rapport 8/5 est 1,6 autant dire une différence égale à l'épaisseur d'un trait de crayon