Queue d'Âne (groupe d'artistes)

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Queue d'Âne (en russe : Ослиный хвост) est un groupe d'artistes de l'avant-garde russe formé en 1911-1912.

Liminaire[modifier | modifier le code]

Le groupe organise une première exposition le 11 mars 1912 à Moscou. C'est la séparation de Michel Larionov et Nathalie Gontcharoff du groupe du Valet de Carreau qu'ils jugeaient trop "cézanniste", trop européen qui fit se rapprocher les artistes du nouveau groupe. Ces artistes cherchaient leur inspiration en Orient, en Russie, en Ukraine et plaçaient au premier plan des icônes, des enseignes des images populaires, en particulier russes (loubok). Ils constituent une tendance nouvelle appelée «néoprimitive»[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

La séparation des deux créateurs du nouveau groupe fut annoncée lors de la conférence publique consacrée à l'art contemporain organisée par David Bourliouk à Moscou en février 1912. Lors du débat Michel Larionov accusa David Bourliouk d'être un « disciple décadent de Munich» et les Cézanniens «les laquais de Paris» conservateurs et trop éclectiques. Cette accusation était probablement en rapport avec l'étroite collaboration de Bourliouk avec Vassily Kandinsky et son rôle de lien entre Moscou et Munich où se développait le groupe expressionniste allemand Der Blaue Reiter[2]. C'était pourtant David Bourliouk qui avait permis au groupe Der Blaue Reiter de présenter ses œuvres aux expositions du Valet de Carreau en 1911. Quant à Kandinsky il s'intéressait aux œuvres de Larionov et Gontcharova et les invita à exposer au Blaue Reiter[3]. Il y eut d'ailleurs une exposition du Blaue Reiter à Munich à la même époque. Non seulement certains participants se trouvaient présents aux deux expositions mais beaucoup d'entr'eux témoignaient d'un même intérêt pour l'art populaire et l'art naïf-infantile. Des gravures russes sur bois du XIXe siècle furent même exposées à Munich[4]. Au-delà de ces dissensions d'ordre personnel, le groupe de la Queue d'Âne voulait affirmer l'existence d'une école russe indépendante et concrétiser la rupture volontaire avec l'Europe. La première exposition s'ouvrit à Moscou le 11 mars 1912. C'était la première fois que les « quatre grands » étaient réunis : Michel Larionov, Nathalie Gontcharoff, Vladimir Tatline et Kasimir Malevitch. Mais s'ajoutaient à ceux-ci d'autres artistes tels qu'Alexandre Chevtchenko, Mikhaïl Le Dentu, un historien d'art : Ilia Zdanevitch et d'autres encore.

Kasimir Malevitch présenta 23 œuvres et les trois autres peintres en présentèrent 50 chacun[5]. Des œuvres de Niko Pirosmani étaient également exposées à l'exposition de la «Queue d'Âne». Ce peintre d'enseignes autodidacte primitiviste avait été adopté par le groupe futuriste, auquel Larionov se rattachait également.

L'exposition fut saluée par des cris d'indignation et les railleries du public et de la presse confrontés au style «néoprimitiviste» des exposants. Malgré ce dégoût de ce public, l'influence des arts primitivistes sur l'art russe du XXe siècle fut générale à cette époque en Russie et à partir de 1910 il n'y a pas une œuvre qui n'en soit marquée[6]. Les néo-primitivistes ne faissaient en fait que développer et adapter au cadre urbain les vieilles traditions slaves de la campagne. Larionov et Malevitch avaient des origines ukrainiennes et les objets usuels décorés (vêtements, attelages de chevaux, ustensiles de cuisine, instruments de musique) embellissaient leur vie quotidienne depuis leur enfance[7]. En 1913 Michel Larionov, Mikhaïl Le Dentu et Ilia Zdanevitch créent au sein de ce mouvement « Queue d'âne » un mouvement du toutisme qui considérait toute œuvre du passé ou du présent digne d'être analysée par les artistes contemporains[7].


Quant au nom « Queue d'âne » choisi par Larionov pour ce nouveau groupe, il reprend à son compte, par dérision, les invectives lancées par Ilya Repine publiées par la Toison d'or (revue) dans son dernier numéro 11-12 de 1909-1910 : " Ici nous attendait tout l'enfer du cynisme des nullités de l'Occident, de ses hooligans, de ses onagres débridés qui font des courbettes en pleine liberté avec leurs couleurs sur les toiles..." . Le même Répine déclare ensuite : "...c'est de dessous la queue d'un âne que sont nés les tableaux de Cézanne". Répine visitait une exposition de Vladimir Izdebski (1882-1965) sculpteur , peintre, journaliste, organisateur de divers salons et expositions[8].

Nathalie Gontcharoff[modifier | modifier le code]

Gontcharova-Khorovod-1910

L'artiste Natalia Gontcharova présenta à l'exposition des œuvres récentes de caractère primitiviste, inspirées de scènes de la vie paysanne, ainsi qu'une série de toiles décrites dans le catalogue comme étant « de style chinois, byzantin, et futuriste, et dans le style de la broderie, des gravures sur bois et des traditionnels plateaux décorés russes»[9]. Certaines des œuvres de Gontcharova furent considérées comme blasphématoires et confisquées par la police. C'étaient des œuvres à sujets religieux exposés à une exposition intitulée «Queue d'Âne» et comme telle rejetées par la censure.»[9].

Michel Larionov[modifier | modifier le code]

Larionov (1910)

Les œuvres exposées par Michel Larionov étaient pour la plupart des variations sur le thème du soldat, dans un style primitif-infantile. Certaines étaient volontairement obscènes et blasphématoires mais étaient trop sophistiquées pour attirer le censeur qui avait interdit quelques œuvres de Goncharova[9].

Avec Gontcharova et Casimir Malievitch, Larionov constituait le fer de lance des expositions collectives d'artistes russes. Après la «Queue d'Âne» en 1912, il organisa encore l'exposition intitulée «La Cible» en 1913. En 1914 il quitta son pays avec Gontcharova pour rejoindre Serge de Diaghilev et dessiner les décors et les costumes de ses ballets en France.

Tatline[modifier | modifier le code]

Tatline-le Tsar-1911

Sur les 50 œuvres que Vladimir Tatline envoya à l'exposition de la «Queue d'Âne» de 1912, il y avait 34 dessins de costumes de théâtre[10]. Tatline contribua par un grand nombre de dessins de costumes pour l'Empereur Maximilien et son fils Adolphe. Outre ces costumes, il exposa des dessins et des études exécutées en 1910-1911 alors qu'il naviguait le long des côtes de Grèce et de Libye[11]. Également des œuvres datant de l'époque de la fin de ses études à Moscou. Elles témoignent d'un intérêt pour les œuvres de Van Gogh, Cézanne et Michel Larionov. La collaboration de Tatline avec Larionov et Gontcharova pris fin en 1913. Cet hiver-là fasciné par les compositions de Pablo Picasso après une rencontre à Paris, il se mit à créer des peintures et des constructions «en relief» en y incorporant des matériaux comme le bois, le verre et le plâtre, jusqu'à effacer la distinction entre peinture et sculpture[12].


Malevitch[modifier | modifier le code]

Malevitch.Bucheron 1912-1913
Malevitch.coupe -1912

Kasimir Malevitch se situe à cette époque dans sa période primitivo-décorative qu'il abandonnera ensuite pour le suprématisme notamment. Ce sont de grandes peintures à la gouache figurant des scènes de la vie paysanne qui sont inspirés des sujets chers à Larionov et Gontcharova. Des figures massives, aux mains et aux pieds gigantesques[13].

Les tableaux de Malevitch envoyés à l'exposition étaient les plus radicaux. Toutes les touches de naturalisme sont éliminées et son œuvre obéit à cette époque (1911-1912) à un rythme cubo-dynamique soutenu. Les couleurs acquièrent une qualité métallique. La gestuelle des figures stylisées aux formes tubulaires et monumentales prennent un rythme mécanique[13]. Parmi ses œuvres exposées figuraient "la Polka argentine" et " le Baigneur" deux œuvres primitivistes majeures ou se conjuguent parfaitement le dynamisme des couleurs et la monumentalité des formes[14].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Camilla Gray, L'avant-garde russe dans l'art moderne 1863-1922, Thames et Hudson, 2003 (ISBN 2-87811-218-0).
  • Jean-Claude Marcadé, l'avant-garde russe 1907-1927, Flammarion, Paris, 1995, 2007 (ISBN 2-08-120786-9).
  • Andreï Nakov, Malevitch aux avant-gardes de l'art moderne, Découverte Gallimard Arts, 2003 (ISBN 2-07-030192-3).
  • Peter Leek, La peinture russe du XVIIIe siècle au XXe siècle, Parkstone Press Angleterre, 1999 (ISBN 1-85995-356-5).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Claude Marcadé, L'avant-garde russe 1907-1927, Flammarion, Paris, 1995-2007 (page 450) (ISBN 2-08-120786-9)
  2. Camilla Gray, L'avant-garde russe dans l'art moderne 1863-1922, Thames et Hudson, 2003, p. 131 (ISBN 2-87811-218-0)
  3. Camilla Gray : op. cit. p. 132
  4. Camilla Gray, op. cit. p. 132
  5. Camilla Gray : op. cit. p. 133
  6. Jean-Claude Marcadé : op. cit. p. 39
  7. a et b Jean-Claude Marcadé : op. cit. p. 49
  8. Jean Claude Marcadé, op. cit. p. 57
  9. a, b et c Camilla Gray : op. cit. p. 134
  10. Camilla Gray : op. cit. p. 169
  11. Camilla Gray : " op. cit. p. 169
  12. Peter Leek :" La peinture russe du XVIII-è au XX-è " Parkstone Press Angleterre 1999 (ISBN 1-85995-356-5)
  13. a et b Camilla Gray : op. cit. p. 146
  14. Andreï Nakov: Malevitch aux avant-gardes de l'art moderne :Découverte Gallimard Arts -2003-(page 21) (ISBN 2-07-030192-3)