Quel effet cela fait-il d'être une chauve-souris ?

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Quel effet cela fait d’être une chauve-souris ? (What is it like to be a bat?) est un article du philosophe Thomas Nagel écrit en octobre 1974 et paru dans la revue américaine The Philosophical Review, no 83, 4. Nagel y développe l’argument selon lequel nous n’avons absolument aucun moyen de savoir ce que c’est qu’être une chauve-souris : le seul moyen d'y répondre serait d’être soi-même une chauve-souris. Ainsi les qualia échappent-ils à l’analyse et donc, selon lui, l’investigation scientifique de la conscience est impossible.

La subjectivité comme point de vue spécifique[modifier | modifier le code]

Selon Nagel, nous ne pouvons comprendre la nature de nos expériences si nous éliminons d’elles le point de vue qui fait qu’elles sont, précisément, des expériences et non pas seulement des processus physiques (cérébraux en l’occurrence). Le point de vue particulier qu’un être a sur le monde – le nôtre, celui d’une chauve-souris, celui d’un hypothétique Martien – est constitutif pour chaque espèce des « faits phénoménologiques » ou qualitatifs qui lui sont propres (le terme d’espèce renvoie moins à son sens strictement biologique qu’à un certain type d’être eu égard à son univers mental). Un point de vue particulier n’est donc pas nécessairement un point de vue singulier, loin de là même, il est un point de vue spécifique, relatif à un type d’organisme vivant. Il est tout à la fois constitutif de la subjectivité et de l'intersubjectivité. Et si, d’une certaine façon, les faits phénoménologiques, nous dit Nagel, peuvent être décrits objectivement, ce n’est pas dans le sens où ils peuvent être compris tout entier objectivement, mais dans le sens où une intersubjectivité de l’expérience qui tend vers l’objectivité reste toujours possible.

Aussi, le point de vue particulier qui est constitutif de toute expérience subjective ne doit-il pas être confondu avec ce qui lui donne son caractère privé, à savoir l'individualité du sujet de l'expérience. Ce point de vue particulier est celui d’un certain type de sujet, et non celui d’un sujet compris comme « moi » parfaitement individuel – nous pouvons en effet savoir quelle impression cela fait d’être un être humain respirant le parfum d’une rose, car nous sommes des êtres humains. Et si nous n’avons aucun moyen de savoir quelle impression cela fait d’être une chauve-souris, c'est parce que nous sommes loin d'être des chauves-souris (du fait de la différence entre nos appareils sensori-moteurs). Les expériences phénoménales d’une chauve-souris, faits phénoménologiques associés au fait d’être une chauve-souris, nous sont radicalement inaccessibles parce que notre type d'être diffère de celui d'une chauve souris.

L’expérience en « première personne » (celle du moi ou de l’individu qui peut dire « je » sens, « je » vois etc.) est caractérisée par une immersion dans un univers mental particulier dont le point de vue objectif sur le monde, celui des sciences, fait abstraction, manquant ainsi une dimension essentielle du monde, celle du « monde phénoménal ».

Autres œuvres[modifier | modifier le code]

Dans son roman Pensées Secrètes (Thinks... en anglais), l'écrivain David Lodge écrit, par l'intermédiaire des personnages, différentes réponses à cette question, sous forme de pastiches d'auteurs célèbres.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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