Quand les ténèbres viendront (nouvelle)

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Quand les ténèbres viendront (titre original : Nightfall) est une nouvelle de science-fiction d'Isaac Asimov initialement parue en 1941. Elle a été publiée en France dans le recueil de nouvelles Quand les ténèbres viendront en 1970. Cette nouvelle, qui a révélé Asimov comme auteur de science-fiction, est considérée comme un classique du genre.

C'est John W. Campbell, directeur de la revue Astounding Science-Fiction, qui lui en donna l'idée en lui montrant une citation de Ralph Waldo Emerson :

Si les étoiles devaient briller une seule nuit au cours d'un millénaire, combien plus les hommes croiraient-ils, adoreraient-ils et conserveraient-ils pendant des générations le souvenir de la Cité de Dieu !

Asimov (poussé par Campbell, comme il le raconta par la suite) prit cette phrase à contrepied, et en tira une histoire sombre sur la fragilité des civilisations.

Résumé[modifier | modifier le code]

Lagash est une planète dont la particularité est d'être entourée de six soleils (Onos, Dovim, Tano, Sitha, Trey et Petru), offrant à ses habitants un monde sans nuit : la luminosité dépend du nombre de soleils présents dans le ciel, ainsi y a-t-il parfois de la pénombre.

Des astronomes de l'université de Saro découvrent qu'une lune orbite autour de Lagash. Cette lune éclipse pendant une demi-journée le seul soleil des six qui reste visible, tous les 2049 ans. Cette découverte s'ajoute à la fouille d'une ville détruite par des destructions cycliques, et à des expériences montrant que la population de Lagash devient folle au bout de seulement 15 minutes de noir total. Enfin, une secte se répand, qui affirme que le monde sera détruit par des choses nommées « étoiles » quand viendra la nuit absolue.

Les scientifiques se préparent donc au pire, par des expériences et en créant un refuge doté d'un dispositif d'éclairage (une nouveauté), où une poignée de personnes pourra passer l'éclipse.

Celle-ci se produit enfin, et les astronomes découvrent la réalité des étoiles et l'immensité du cosmos. Cette révélation couplée au noir total les plonge dans le délire, tout comme les cultistes qui s'attaquaient à l'observatoire, et la population entière, qui brûle ses villes pour faire de la lumière.

Parution[modifier | modifier le code]

Isaac Asimov commença à écrire cette nouvelle le 17 mars 1941 et la termina le 9 avril 1941. Après quelques modifications, elle fut acceptée par John W. Campbell le 24 avril 1941.

La nouvelle est parue pour la première fois dans le numéro de septembre 1941 de Astounding Science Fiction. C'était la 32e œuvre d'Isaac Asimov, alors étudiant à l'université Columbia. Il fut payé cent soixante six dollars : le tarif habituel de un cent le mot plus une prime de un quart de cent le mot accordée par Campbell, alors directeur de Astounding Science Fiction, pour la qualité de son œuvre[1].

Quand les ténèbres viendront est parue ensuite dans des dizaines d'anthologies. En 1968, l'association Science Fiction Writers of America a élu Nightfall meilleure nouvelle de science-fiction jamais écrite.

En 1990, deux ans avant la disparition d'Asimov, Robert Silverberg et lui ont publié le roman Le Retour des ténèbres (le titre original en anglais, inchangé, reste Nightfall), dans lequel ils développent la nouvelle et y ajoutent une portion se passant avant l'éclipse décrite dans la nouvelle et une autre se passant après.

Le roman présente également la particularité – extrêmement rare – de ne faire apparaître strictement aucun être humain.

Critique[modifier | modifier le code]

Bien que l'idée soit séduisante, cette nouvelle repose sur un nombre d'erreurs qui semblent souligner une profonde méconnaissance de l'astronomie de la part d'Asimov. Ces erreurs sont telles que l'histoire en perd toute crédibilité pour peu qu'on ait quelques connaissances astronomiques de base. D'abord, à sa description de la valse des 6 étoiles, il est clair qu'il la vit avec l'idée que les étoiles tournent autour de la planète, vieille erreur anthropocentrique, ensuite, il ne semble pas concevable en termes de mécanique céleste qu'une telle configuration où il y a toujours un soleil présent dans le ciel soit possible, enfin la planète bis (Kalgash 2 dans la version anglaise) qui vient s'interposer pour créer une éclipse pose de nombreux problèmes. Premièrement, la moitié de la planète n'est pas plongée dans la nuit. Il n'y a donc pas de raison que l'ensemble de la civilisation s'effondre et on aurait éventuellement pu penser à déplacer la population de l'autre côté de la planète le temps de l'éclipse (pas facile, d'accord), deuxièmement, de même que les éclipses du soleil sur terre n'arrivent pas toujours au même endroit, il n'y a aucune raison que ce soit toujours le même côté de la planète qui subisse l'éclipse en question. Ca serait extraordinaire que tout soit synchronisé à ce point. Enfin, Asimov, influencé par les éclipses de soleil pendant lesquelles la Lune n'est pas visible jusqu'au moment de l'éclipse même parce qu'en plein contre-jour, a imaginé Kalgash-2 invisible. C'est tout le contraire : avec les 5 soleils les plus brillants de l'autre côté de Kalgash/Lagash, ce que les habitants auraient vu est une magnifique "Pleine Lune" éclairée de 5 angles différents à la fois et il n'y aurait pas eu beaucoup d'étoiles à voir. Peut-être même aucune! Donc pas de crise de démence pour cause de plongeon dans le noir. Enfin, ce qui est dommage est qu'Asimov n'ait pas osé s'affranchir totalement du côté humain des habitants de Kalgash car il leur impose un cycle de sommeil avec des notions de soir. Il aurait été beaucoup plus audacieux d'imaginer une vie sans sommeil. Bref, une nouvelle célèbre dont l'aspect psychologique et catastrophiste est intéressant mais qui repose sur plusieurs erreurs qui nuisent à sa crédibilité. A noter que des systèmes avec 6 étoiles existent vraiment, telle Castor. Sans doute le seul point d'astronomie correct de ce livre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Isaac Asimov, postface de Super-Neutron, Recueil Chrono-minets, Collection Présence du futur, Éditions Denoël.