Pythie

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Dans la religion grecque antique, la Pythie, également appelée Pythonisse (en grec ancien Πυθία), est l'oracle du temple d'Apollon à Delphes. Elle tire son nom de Python, le serpent monstrueux qui vivait dans une grotte à l'emplacement du site actuel du sanctuaire, et qui terrorisait les habitants de la région autour du Mont Parnasse avant d'être tué par Apollon, ou bien de Pytho, le nom archaïque de la ville de Delphes.

Égée consulte la Pythie. Kylix du « peintre de Kodros », vers 440 - 430 av. J.-C., Antikensammlung, Berlin.

Rôle de la Pythie et fonctionnement des oracles[modifier | modifier le code]

Le choix d'une Pythie[modifier | modifier le code]

La Pythie était choisie avec soin par les prêtres de Delphes, qui étaient eux-mêmes préposés à l'interprétation ou à la rédaction de ses oracles. On voulait qu'elle fût née légitimement, qu'elle eût été élevée simplement et que cette simplicité parût dans ses habits. Elle devait être vierge ou du moins, dès sa désignation, vivre dans la chasteté et la solitude comme épouse du dieu. On la cherchait de préférence dans une mai­son pauvre où elle eût vécu dans une ignorance de toutes choses, pourvu qu'elle sût parler et répéter ce que le dieu lui énonçait.

Si dans les temps archaïques la tradition établit que la Pythie était une jeune vierge, symbole de pureté, il apparaît que ce critère fut peu à peu délaissé au profit de la sélection d'une femme de tout âge et de tout statut marital, du moment qu'elle était modèle de chasteté.

Plutarque, qui fut prêtre d’Apollon à Delphes de 105 à 126 après J.-C., évoque ces règles plus récentes dans le choix d’une Pythie[1] :

« La Pythie […] sort d’une des familles les plus honnêtes et les plus respectables qui soient ici et elle a toujours mené une vie irréprochable mais […] elle n’apporte avec elle, en descendant dans le lieu prophétique, aucune parcelle d’art ou de quelque autre connaissance ; […] c’est vraiment avec une âme vierge qu’elle s’approche du dieu. »

Pour répondre à l'affluence des consultants, il y eut jusqu'à trois Pythies officiant en même temps (deux titulaires et une suppléante) dans le sanctuaire de Delphes.

La consultation de l'oracle[modifier | modifier le code]

À l'origine, la Pythie rend ses oracles une fois par an, le 7 du mois de Bysios, jour anniversaire de la naissance d'Apollon. À l'époque classique, les consultations sont mensuelles et ont toujours lieu le 7.

La Pythie se tient dans l'adyton du temple, assise sur un trépied au-dessus du gouffre duquel s'échappent les exhalaisons prophétiques d'Apollon, le pneuma. Cachée aux yeux des consultants, elle tombe en état de transe, comme possédée par le dieu.

Ses oracles sont incompréhensibles pour le commun des mortels, et doivent être interprétés par des prêtres qualifiés, présents à la consultation, qui remettent ensuite au consultant une réponse écrite.

Légitimité de l'oracle[modifier | modifier le code]

L'oracle ne fait pas toujours l'unanimité. La Pythie peut être discréditée lorsqu'on l'accuse de médiser ou de laconiser, c'est-à-dire de prendre parti.

On sait ainsi que peu de temps avant la bataille de Salamine, lors des guerres médiques entre une coalition de cités grecques et les Perses menés par Xerxès, les stratèges athéniens Thémistocle et Aristide consultent la Pythie. Sa réponse, qui prédit des conséquences funestes pour le camp athénien si celui-ci s'engageait dans le conflit, est rejetée par les chefs de guerre. Ils l'accusent de méditer, de laconiser, et obtiennent, fait rarissime dans l'histoire de l'oracle, une deuxième consultation.

Représentations de la Pythie dans la culture[modifier | modifier le code]

  • La pièce grecque Ion, d'Euripide, prend place à Delphes. De nombreux passages de l'œuvre sont donc directement reliés au rôle de la Pythie et au fonctionnement du sanctuaire.

« A Delphes, devant le temple d’Apollon. La Pythie entre par la droite et se dirige vers la porte fermée du temple. Mais, avant d’entrer, elle s’arrête et, pieusement, s’incline.

LA PYTHIE : (…) J’invoque enfin et les eaux du Pleistos, et Poséidon puissant, et Zeus Suprême, sans qui rien ne s’achève, avant de prendre place, prophétesse, sur mon siège. Daignent ces dieux bénir, aujourd’hui plus encore que jamais, mon entrée au saint lieu. Si quelques pèlerins nous sont venus de Grèce, qu’ils s’approchent, ainsi qu’il est de règle, dans l’ordre indiqué par le sort : je prophétise, moi, dans celui que me dicte le dieu. »

  • La Pythie est une des 1 038 femmes représentées dans l'œuvre contemporaine de Judy Chicago, The Dinner Party, aujourd'hui exposée au Brooklyn Museum. Cette œuvre se présente sous la forme d'une table triangulaire de 39 convives (13 par côté), chaque convive étant une femme, figure historique ou mythique. Les noms des 999 autres femmes figurent sur le socle de l'œuvre. Le nom de la Pythie figure sur ce socle, associé à Sophie, sixième convive de l'aile I de la table[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Plutarque, Sur les oracles de la Pythie, 22.
  2. Eschyle, Les Euménides, v.1-34, traduit du grec par Paul Mazon, Belles Lettres.
  3. La Pythie dans The dinner party de Judy Chicago, au Brooklyn Museum

Sources[modifier | modifier le code]