Puits Arthur-de-Buyer
| Puits Arthur-de-Buyer | ||||
| Puits n° 11 A | ||||
|---|---|---|---|---|
| Coordonnées | [BRGM 1] | |||
| Début du fonçage | 1894 | |||
| Mise en service | 1900 | |||
| Profondeur | 1 010 mètres | |||
| Arrêt | 1954 (extraction) | |||
| Remblaiement ou serrement | 1959 | |||
| Puits n° 11 B | ||||
| Coordonnées | [BRGM 1] | |||
| Début du fonçage | 1894 | |||
| Mise en service | 1900 | |||
| Profondeur | 860 mètres | |||
| Arrêt | 1954 (aérage et secours) | |||
| Remblaiement ou serrement | 1959 | |||
| Administration | ||||
| Pays | France | |||
| Région | Franche-Comté | |||
| Département | Haute-Saône | |||
| Commune | Magny-Danigon | |||
| Caractéristiques | ||||
| Compagnie | Houillères de Ronchamp | |||
| Groupe | Électricité de France | |||
| Ressources | Houille | |||
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Géolocalisation sur la carte : France Géolocalisation sur la carte : Haute-Saône |
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Le puits Arthur-de-Buyer ou puits no 11 est l'un des principaux charbonnages des houillères de Ronchamp, situé sur le territoire de la commune de Magny-Danigon, dans la région française de Franche-Comté. Ce puits a été creusé dès 1892 pour assurer l'avenir de la compagnie qui se trouve dans une situation délicate à cette époque. Le projet est mené par Léon Poussigue, directeur des houillères depuis 1891, il est chargé de diriger des travaux de creusements, de concevoir les bâtiments et l’installation de chaque machine. Le siège est baptisé du nom du président Arthur de Buyer, en fonction depuis 1876 et parti en retraite lors de la mise en activité de la fosse.
En activité de 1900 jusqu'au début des années 1950, sa profondeur était de 1 010 mètres, ce qui en faisait le puits de mine le plus profond de France au début du XXe siècle. Après avoir exploité la houille pendant près d'un demi-siècle et tenté d'exploiter de l'uranium après la Seconde Guerre mondiale, il a fait l'objet de plusieurs tentatives de reconversion, avant de se retrouver en ruine au début du XXIe siècle. Un projet de rachat par la municipalité et d'installation d'une centrale photovoltaïque est à l'étude depuis juin 2012.
Sommaire |
Situation avant le fonçage[modifier]
Dès le début des années 1890, la situation des Houillères de Ronchamp est délicate. Les trois vieux puits Saint-Charles, Saint-Joseph et Notre-Dame sont en fin d'exploitation. Le puits du Magny est exploité, mais le puits du Chanois rencontre des difficultés dues à des infiltrations d'eau qui empêchent son creusement, et il n'entre donc en exploitation qu'en 1895. Le vieux puits Sainte-Pauline a, quant à lui, été remblayé en 1884. La compagnie est déçue par les puits no 10 et du Tonnet, qui ne permettent pas de bonnes conditions pour l'exploitation de charbon[1].
Les Houillères de Ronchamp fondent donc de grands espoirs sur leur nouveau puits no 11, qui devrait atteindre plus de 800 m de profondeur et exploiter 1 000 tonnes quotidiennes de charbon. Ce pari est le défi de deux hommes : Léon Poussigue, ingénieur des mines de Ronchamp depuis 1891 et Arthur de Buyer, président-directeur des Houillères et président du conseil des actionnaires. Arthur de Buyer donne à Léon Poussigue la somme nécessaire permettant de créer le premier puits à avoir dépassé les 1 000 mètres de profondeur en France[1]. Léon Poussigue est l'unique concepteur du puits Arthur-de-Buyer. C'est lui qui dessine les bâtiments, dirige les travaux de creusement et décide de l'installation des différentes machines[2].
Fonçage[modifier]
En 1892 est prise la décision de creuser le puits le plus profond qu'ait connu la petite houillère, dans la forêt domaniale du Chérimont dominant le village du Magny-Danigon. Le creusement du puits no 11 est autorisé en février 1893[3]. Le fonçage commence en 1894[3] dans la petite clairière récemment défrichée du Bois de la Nanue[4] à 1 800 mètres au Sud-Ouest du puits du Magny[5]. Au bout de 13 mètres de profondeur, le treuil à bras ne suffit plus et il est remplacé par un chevalement en bois de 10 mètres de haut accompagné d'une machine à vapeur (ces installations sont provisoires)[6].
Deux puits circulaires maçonnés de quatre mètres de diamètre sont creusés : le puits A, qui est le puits d'extraction principal et le puits B, qui sert de puits d'aérage et d'extraction en cas de panne du premier. Les ouvriers traversent une zone aquifère qui nécessite la pose de cent mètres de cuvelage en fonte. Les deux puits sont équipés de chevalements métalliques, de 41 mètres de haut pour le puits A. Le 2 mars 1900, les ouvriers rencontrent la houille à 852 mètres ; un mineur remonte les premiers morceaux. Le 15 novembre 1900, les 1 010 mètres sont atteints[7]. Il devient alors le puits le plus profond de France. Le puits no 11 sera officiellement baptisé "Arthur de Buyer" le 28 juin 1900 lors du dernier conseil d'administration présidé par Arthur de Buyer[8],[Note 1].
Installations de surface[modifier]
Pour remonter le charbon d'une telle profondeur, il faut une machinerie conséquente. On opte alors pour une machine à vapeur de 1 200 chevaux actionnant deux tambours coniques allant de 4,5 à 11 mètres de diamètre sur lesquels s’enroulent les câbles[7]. De chaque côté de la cheminée de cinquante mètres de hauteur se trouvent deux salles réservées aux chaudières[9]. L'une contient six générateurs semi-tubulaires de 200 m2 de surface de chauffe, accompagnés de six petits générateurs à bouilleurs de 60 m2 de surface de chauffe. L’autre contient dix unités semi-tubulaires de 200 m2 de surface de chauffe. Des condenseurs de vapeur couplés à un réfrigérant augmentent le rendement[9]. Dans le bâtiment voisin se trouvent toutes les machines nécessaires au fonctionnement des travaux du fond (deux ventilateurs, deux compresseurs à air et deux génératrices d'électricité)[10]. On trouve également sur le carreau, une lampisterie et une forge sous les bureaux ainsi que des salles de test de câbles et de combustibles. Les mineurs disposent d'un grand vestiaire, de douches, d'une salle de premiers secours aux blessés et d'un garage à vélos. Une voie ferrée permet de rejoindre le puits du Magny en passant dans un tunnel. Non loin du puits se trouvent une maison pour le gardien et un dépôt de dynamite[11].
Les bâtiment sont conçus et dessiné par Léon Poussigue. Ils sont composés de pierres de taille maçonné orné de brique rouge dans les angles et autour des ouvertures, ces ouverture sont en demi-cercle orienté vers le haut. À l'intérieur, les salles sont peintes et carrelées. Les bâtiment doivent être élégant sans oublié leur fonction industrielle, ils doivent donc rester fonctionnels[10],[Note 2].
Exploitation[modifier]
L'exploitation s'effectue pendant 54 ans au puits Arthur-de-Buyer, ce qui n'est pas la plus longue durée de vie d'un puits à Ronchamp : le puits du Magny a connu 80 ans d'activité[12].
Trois étages sont exploités au siège no 11 : 810, 860 et 1 000[13].
En 1901, les trois puits en activité emploient 1 437 ouvriers dont seulement 373 mineurs à l’abattage. En 1909, les travaux du sud sont abandonnés à cause d'un important soulèvement du terrain de transition[14]. L'exploitation au puits Arthur-de-Buyer est suspendue de 1910 à 1912, à la suite du mauvais résultat des recherches[15]. En 1920, la compagnie projette la construction d'une cité minière autour de la fosse, mais ce projet est abandonné. En 1926, l’essentiel de l'exploitation se fait à l'étage 860, vers l'est[15].
En 1928, la production atteint 87 498 tonnes[16]. La même année, les installations sont modernisées. Le grand chevalement de 41 mètres de haut du puits A est dédoublé symétriquement et les molettes sont déplacées pour s'aligner avec la nouvelle machine d'extraction. Il s'agit d'une machine électrique Alsthom comportant un tambour bicylindroconique et deux moteurs de 1 960 chevaux installé dans un nouveau bâtiment édifié à l'opposé de l'ancien. Il possède une architecture assez proche des autres bâtiments mais modernisée (dans le style des années 1920). Les ventilateurs sont retirés (l'aérage étant concentré à Sainte-Marie) et toutes les chaudières sont supprimées, sauf une alimentant les douches[17]. Le vestiaire à casier devient une salle des pendus et le bâtiment principal des chaudières est transformé en écurie.
En 1933, malgré des recherches infructueuses, le puits reste en grande activité avec 18 tailles en exploitation[18]. En 1937, le puits emploie 169 hommes[4]. L'exploitation se poursuit jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle les hommes du maquis du Chérimont campent dans les bâtiments du puits.
En 1945, la remise en état est rapide et l'exploitation reprend le 15 avril 1945. Des enfants de 14 ans et des prisonniers allemands sont même embauchés pour la bataille du charbon[19].
En 1948, la fermeture du site est déjà envisagée par EDF à la suite des recherches défavorables à l'étage 1000[19]. La seconde tentative de fermeture a lieu en 1950 pour l’ensemble du bassin minier, mais des oppositions du comité de défense de la mine, des élus locaux et même du ministère du travail obligent EDF à faire machine arrière. L'année suivante, le puits emploie encore 201 ouvriers[4]. L'exploitation cesse définitivement le 30 janvier 1954[20].
Tentative d'exploitation de l'uranium[modifier]
En 1951, la découverte d'uranium à l'étage 810 du puits va bouleverser les perspectives d'avenir du puits Arthur-de-Buyer. Après de multiples sondages entrepris d'octobre 1952 à fin 1953[BRGM 1] et le creusement d'une bowette de 1951 à 1954, il a été démontré que le gisement d'uranium était trop restreint et dispersé. Celui-ci est donc ignoré et le commissariat à l'énergie atomique autorise le comblement du puits en 1959[20].
Reconversion[modifier]
En 1958, les infrastructures de surface sont rapidement démantelées et les chevalements sont abattus par les ferrailleurs des environs. Le puits est comblé avec des schistes au début de l'année 1959. Les lieux sont alors occupés par la MAGLUM, une société locale de sous-traitance de pièces pour l'automobile, qui y entrepose des déchets industriels en tout genre. Ces déchets dangereux provoquent plusieurs accidents : entre 1970 et 1994, le feu ravage les bâtiments à plusieurs reprises[20].
Finalement, les lieux sont rachetés par un investisseur privé en 1986. Il y a également d'autres tentatives de reconversions telles qu'une petite fabrique de charbon de bois en 1988 ou encore un projet de dépôt de sable de fonderie par la société Ecospace. Alors que le terrain de l'ancien terril exploité comme tout-venant en 1983, avait déjà été préparé en juin 1994. Un arrêté préfectoral a permis d'éviter de justesse ce dépôt dangereux pour l'environnement et dénaturant pour le site[20]. En 1990, le puits Arthur-de-Buyer accueille, dans l'ancienne salle des machines, une œuvre temporaire de l'artiste contemporain Jacques Vieille[21].
Au début du XXIe siècle, après des reconversions ratées, le site du puits se retrouve en ruine et envahi par la végétation. En juin 2012, le conseil municipal de Magny-Danigon projette d’installer une centrale photovoltaïque sur le site du puits Arthur-de-Buyer à côté des bâtiments et de racheter ceux-ci à leur propriétaire privé pour les conserver ; deux années d'études sont nécessaires[22].
Vestiges[modifier]
En 2013, les vieux bâtiments sont toujours en ruine, sans toiture et envahis par les arbres[23],[24],[Note 3] :
- le bâtiment de la machine à vapeur du puits B est en mauvais état et recouvert par des arbres ;
- le bâtiment de la machine à vapeur du puits A a perdu un pan de mur dans les années 1980[24]. C'est le bâtiment le plus dégradé du site : il s'écroule de part en part et est envahi par les arbres ;
- le bâtiment de la machine électrique du puits A est assez dégradé mais possède un sous-sol en bon état ;
- le bâtiment principal des machines (ventilateurs, compresseurs et génératrice électrique) n'est pas trop envahi par la végétation mais le plancher s'écroule par endroits. Il possède encore quelques éléments de sa charpente métallique détruite par l'incendie de 1994 ;
- le bâtiment des chaudières possède encore une façade en bon état, l'autre façade (côté cheminée) s'est écroulée. Un hangar métallique, dont les vestiges sont retirés au printemps 2013, y avait été installé par la MAGLUM ;
- la cheminée possède encore une base solide mais la partie supérieure se lézarde et s'écarte ;
- l'écurie et les douches possèdent encore tous leurs murs et ne sont pas trop envahies par la végétation ;
- la salle des pendus est le seul bâtiment à avoir conservé une toiture et se trouve ainsi mieux préservé ;
- la plupart des murs du rez-de-chaussée du bâtiment des bureaux sont détruits et le plancher du premier étage se dégrade fortement ;
- la lampisterie possède encore l'intégralité de la grande vitre de son guichet en 2010 ;
- les deux dalles en béton sont légèrement recouvertes par de la terre. Les inscriptions sur la borne du puits A sont toujours présentes contrairement à celles du puits B qui sont en grande partie effacées ;
- le toit et le plancher de la maison du gardien se sont écroulés au milieu des années 2000[25] ;
- le tunnel est fermé et sert de réservoir d'eau.
Terril[modifier]
Un terril plat s'étend au sud puits Arthur-de-Buyer. La fosse n'étant pas équipée de lavoir à charbon, ce terril est uniquement composé de déblais déjà séparés du charbon au fond de la mine. Ce terril à connu un incendie après la fermeture du puits formant du schiste rouge, exploité comme tout-venant au début des années 1980[20]. Lors des tentatives de reconversion du puits Arthur, un dépôt de sable de fonderie était prévu en 1994 mais fut annulé[20]. C'est finalement une centrale photovoltaïque qui verra le jour sur ce terrain resté en friche au début des années 2010[22].
Notes et références[modifier]
Notes[modifier]
- Citation du compte rendu du conseil d'administration : « Le nouveau siège no 11 s’appellera siège Arthur de Buyer afin de donner à son président un nouveau témoignage de reconnaissance. »
- Citation de Léon Poussigue : « Ce que nous avons recherché en somme, ce n'est pas le luxe mais la commodité et le propreté la plus complète. Le fer, la pierre et la brique ont été les seuls matériaux utilisés. »
- Constat réalisé sur place et prouvé par les photos de la catégorie de Wikimédia Commons
Références[modifier]
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 3
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 11-12
- Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Saône Réf. Mérimée IA70000155, sur http://www.culture.gouv.fr/, Ministère de la Culture. Consulté le 29 août 2012
- Inventaire général du patrimoine culturel de Haute-Saône Réf. Mérimée IA70000155, sur http://www.culture.gouv.fr/, Ministère de la Culture. Consulté le 29 août 2012
- Le puits Arthur de Buyer s'inscrit dans l’Histoire de techniques minières, sur ermina.fr. Consulté le 3 février 2013
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 4
- Histoire du puits Arthur, sur http://www.abamm.org/, Amis du musée de la mine de Ronchamp. Consulté le 12 juillet 2012
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 10
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 8
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 9
- Documents sur le dépôt de dynamite, sur http://www.abamm.org/, Amis du musée de la mine de Ronchamp. Consulté le 12 juillet 2012
- Jean-Jacques Parrietti, Les dossiers de la houillère 5 : Le puits du Magny, 1999 (2), p. 43
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 13
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 14
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 15
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 20
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 16-18 et 37-38
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 23
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 25
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 27
- Exposition temporaire de Jacques Vieille en 1990, sur http://www.jacquesvieille.com/
- H. P., « Conseil : le Puits Arthur à l’heure photovoltaïque », Le Pays, 6 juin 2012 (ISSN 2102-6890) [texte intégral]
- État actuel du puits Arthur, sur http://www.abamm.org/
- Jean-Jacques Parietti 1999, p. 28-29
- La maison du gardien en 2012, sur http://www.abamm.org/
Références aux fiches du BRGM[modifier]
Le BRGM est l'organisme public français référent dans le domaine des sciences de la Terre pour la gestion des ressources et des risques du sol et du sous-sol.
Voir aussi[modifier]
Articles connexes[modifier]
Liens externes[modifier]
- Site des Amis du Musée de la Mine, sur http://www.abamm.org/
- Fiche du puits Arthur-de-Buyer, sur http://infoterre.brgm.fr/, BRGM
- Fiche du puits Arthur-de-Buyer (Réf. Mérimée IA70000155), sur http://www.culture.gouv.fr/, Ministère de la Culture
Bibliographie[modifier]
: ouvrage ou article utilisé comme source pour la rédaction de cet article
- Jean-Jacques Parietti, Les Houillères de Ronchamp vol. I : La mine, Éditions Comtoises, 2001 (ISBN 2-914425-08-2)
- Jean-Jacques Parietti, Les Houillères de Ronchamp vol. II : Les mineurs, fc culture & patrimoine, 2010 (ISBN 978-2-36230-001-1)
- Jean-Jacques Parietti, Les dossiers de la Houillère 2 : Le puits Arthur de Buyer, Association des amis du musée de la mine, 1999 [lire en ligne]
