Psychogéographie

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La psychogéographie, contrairement à ce que ce mot pourrait laisser penser, n’est pas un concept de la géographie. Ce néologisme a été créé par un mouvement d’inspiration marxiste[1], l’Internationale situationniste, en la personne de Guy Debord[2].

Par l’intermédiaire notamment de la pyschogéographie, les situationnistes ont développé une réflexion sur la question urbaine qu’ils inscrivaient en réaction à l’urbanisme fonctionnaliste[3]. Leurs descriptions de l’espace urbain dénoncent un espace perçu comme ennuyeux[4]. L’urbanisme fonctionnaliste est en outre accusé d’organiser une sorte d’aliénation aux services des temples de la consommation[5] avec en point d’orgue l’impossible « réappropriation de l’espace urbain par l’imaginaire »[6].

Selon l’Internationale situationniste, la ville, érigée en suivant les principes de l’urbanisme fonctionnaliste provoque la mise en place d’un dispositif d’isolement, d’exclusion et de réclusion des citadins, in fine, la ville participe à l’établissement d’un ordre dans lequel le désir n’a pas sa place.

Leur projet est de refonder la ville afin de créer des ambiances inédites permettant la construction de situations, c’est-à-dire des moments de vie à la fois singuliers et éphémères[3].

Définition[modifier | modifier le code]

Terme défini pour la première fois par Guy Debord en 1955, la psychogéographie : « se proposerait l'étude des lois exactes, et des effets précis du milieu géographique, consciemment aménagé ou non, agissant directement sur les émotions et le comportement des individus.[7]»

Élevée au rang de science par ses créateurs, la psychogéographie s’intéresserait donc à la perception de l’espace urbain, et plus particulièrement à l’expérience affective de l’espace par l’individu.

La dérive urbaine  constitue le principal outil pour appréhender « le relief psychogéographiquee »[8],  c’est à dire  le changement d’ambiance au sein de la ville, de ses quartiers et de ses rues. Ces espaces urbains que l’Internationale situationniste nomme « unités ambiances » sont les lieux dont les caractéristiques sont homogènes. L’objectif de la dérive, qui se déroule à pied, est de localiser ces ambiances, de les évaluer et de les expliquer[9]. À partir de ces observations récoltées sur le terrain, les « psychogéographes » reportent et localisent ces aires d’ambiances sur des cartes.

Les cartes psychogéographiques[modifier | modifier le code]

Les cartes psychogéographiques sont donc le résultat de l’objectivation de la dérive. Elle matérialise  sous forme graphique les états d’âmes des individus au contact de l’espace urbain. Plus artistiques que scientifiques, les cartes psychogéographiques cherchent à tracer le rapport entre les quartiers et les états d’âme qu’ils provoquent. Dans la littérature, la carte la plus souvent utilisée comme exemple est celle Guy Debord dans « The Naked City » (guide psychogéographique de Paris). Dans cette carte faite de collage, les flèches rouges indiquent sur fond blanc, le parcours de la dérive qui relie les différentes unités d’ambiances. Pour Guy Debord, il s’agit des « tendances spontanées d’orientation d’un sujet qui traverse ce milieu sans tenir compte des enchaînements pratiques – des fins de travail ou de distraction – qui conditionnent habituellement sa conduite »[10]. La carte traditionnelle est détournée pour lui faire dire ce qu’elle cache, une structure déambulatoire[11] qui n’indique aucun lieu. C’est malgré tout une carte fonctionnelle dans laquelle il s’agit surtout de faire la critique des espaces réel, représentés et vécus, par l’introduction de la subjectivité. L’idée de faire une carte des ambiances est paradoxale car ce procédé sous-tend l’idée que les émotions ressenties par tout à chacun seraient identiques, alors que notre humeur du moment peut influencer notre ressenti au moment de traverser ces espaces[12].

Les ambitions de ce mouvement[modifier | modifier le code]

L'internationale situationniste propose donc de reconstruire la ville selon le prisme de la psychogéographie.  Ils développent une nouvelle forme d’aménagement urbain : l’urbanisme unitaire par l’intermédiaire de l’architecte hollandais Constant Nieuwenhuis (dit Constant)[13].  Ce dernier vise à transformer le milieu urbain à partir de « l’emploi de l’ensemble des arts et techniques concourant à la construction intégrale d’un milieu en liaison dynamique avec des expériences de comportement »[14].   

Critique de la psychogéographie[modifier | modifier le code]

La contradiction la plus fondamentale réside dans l’impossible mariage entre la dérive et de la psychogéographie[15]. La première se revendique d’un comportement ludico-constructif[8] puisqu’à travers la dérive, les marcheurs sont en quête d’émotions et de plaisir. La seconde quant à elle relève d’un comportement rationnel qui permet d’identifier les unités d’ambiance. Ainsi, la critique la plus fondamentale concerne l’incapacité de la psychogéographie à étudier « les divers mécanismes (sociaux, affectifs, architecturaux et culturelles) qui produisent tel ou tel impact affectif sur l’individu »[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. TRUDEL, Alexandre, « Des surréalistes aux situationnistes », COnTEXTES, no 6,‎ 2009 (lire en ligne)
  2. Guy Debord, "Introduction à une critique de la géographie urbaine" in Les lèvres nues, n°6, Bruxelles, 1955.
  3. a et b SIMAY, Philippe, « Une autre ville pour une autre vie. Henri Lefebvre et les situationnistes », Métropoles, no 4,‎ 2008, p. 210 (lire en ligne)
  4. IVAIN Gilles, Formulaire pour un urbanisme nouveau,‎ 1958
  5. SIMAY, Philippe, « Une autre ville pour une autre vie. Henri Lefebvre et les situationnistes », Métropoles, no 4,‎ 2008, p. 207
  6. BONARD, Yves, « Dérive et dérivation. Le parcours urbain contemporain, poursuite des écrits situationnistes ? », Journal of Urban Research, no 2,‎ 2009, p. 9 (lire en ligne)
  7. DEBORD, Guy, « Introduction à une critique de la géographie urbaine. In Debord, Guy. Introduction à une critique de la géographie urbaine », Les lèvres nues, no 6,‎ 1955 (lire en ligne)
  8. a et b DEBORD, Guy, « Théorie de la dérive », Les Lèvres nues, no 9,‎ 1956 (lire en ligne)
  9. SIMAY, Philippe, « Une autre ville pour une autre vie. Henri Lefebvre et les situationnistes », Métropoles, no 4,‎ 2008, p. 209 (lire en ligne)
  10. ASGER Jorn,, Pour la forme : ébauche d'une méthodologie des arts, Éditions Allia,‎ 2001, 156 p., p. 139-141.
  11. SIMAY, Philippe, « Une autre ville pour une autre vie. Henri Lefebvre et les situationnistes », Métropoles, no 4,‎ 2008, p. 219 (lire en ligne)
  12. PAQUOT Thierry, « Le jeu de cartes des situationnistes », CFC, no 204,‎ 2010, p. 54 (lire en ligne)
  13. ibid. p.52
  14. SIMAY, Philipe, « Une autre ville pour une autre vie. Henri Lefebvre et les situationnistes », Métropoles,‎ 2008, p. 210 (lire en ligne)
  15. VACHON Marc, « Les multiples facettes de la dérive urbaine », esse arts + opinions, no 54,‎ 2005, p. 3 (lire en ligne)
  16. VACHON Marc, « Les multiples facettes de la dérive urbaine », esse arts + opinions, no 54,‎ 2005 (lire en ligne)

Source[modifier | modifier le code]

  • (it) Gianluigi Balsebre, Il territorio dello spettacolo, Potlatch, s.l., 1997.

Articles connexes[modifier | modifier le code]