Psilocybe semilanceata

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Psilocybe semilanceata, de son nom vernaculaire Psilocybe lancéolé ou encore communément nommé « psilo » ou « champignon magique » est un champignon hallucinogène et enthéogène appartenant au genre Psilocybe dont les principes actifs se composent principalement de psilocybine, de psilocine et de baeocystine. Ce petit champignon très répandu dans le monde est constitué d’un chapeau visqueux ne dépassant pas 2,5 cm et surmonté d’un mamelon proéminent. Sa couleur varie du brun pâle au crème avant de lâcher des spores violets lorsque le chapeau atteint le stade de la maturité.

Description[modifier | modifier le code]

Chapeau de 1-2 cm, olive-jaunâtre à ocre-olive par temps sec, conique-pointue ou en cloche-étroite, s’étalant à peine, collant par temps très humide avec cuticule poisseuse et filamenteuse, nue humide striée par transparence.

Les lames sont noirâtre-pourpré à maturité, adnées, arêtes plus claires, trame régulière.

Le stipe, de 1-2 mm de diamètre est sec, vite jaunâtre, ocre-brunâtre, humide un peu translucide, sans anneau, et prend une teinte bleuâtre-verdâtre en viellissant. Il n’y a aucune réaction de bleuissement lorsqu’on froisse le pied.

Les spores sont de 12-15 x 6,5-8 μm, elliptiques, un peu anguleux, lisses, avec pore germinatif.

Étymologie & appellation[modifier | modifier le code]

Analogie entre le bonnet phrygien et un psilocybe

Le terme psilocybe vient du grec «psilos» qui signifie « dénudé » et du grec byzantin « kubê » qui signifiant « tête ». En anglais, on le nomme communément « bonnet phrygien » ou encore « liberty cap » qui signifie « chapeau de la liberté ». Cette appellation vient du fait que la forme du chapeau du psilocybe semilanceata est très proche de celle des chapeaux des habitants antiques de Phrygie dont le chapeau était un symbole de liberté[1].

Usage chamanique traditionnel et propriétés enthéogènes[modifier | modifier le code]

Des études archéologiques ont permis d’affirmer que le psilocybe semilanceata est probablement utilisé depuis 12000 ans en Europe centrale et que les nomades alpins le consommaient pour ses propriétés hallucinogènes et lui attribuaient le nom de « champignon des rêves ». Selon Hoffman et Shultes, dans l’Espagne du Moyen Âge, le psilocybe semilanceata fut très probablement utilisé par des femmes accusées de sorcellerie[2]. De nos jours, ce champignon est employé dans certains cercles dont des assemblées aux caractères New Age ou néo-chamaniques bien qu’il soit interdit de le cueillir et de le consommer dans la majorité des pays européens.

Le psilocybe semilanceata, reconnaissable grâce à son "téton" et l'extrémité de l'auréole plus foncée que le chapeau. Chaque année, des erreurs d'identifications engendrent de nombreux accidents.

Découverte pharmacologique[modifier | modifier le code]

Le Psilocybe semilanceata fut remarqué par R. Heim pour sa ressemblance non seulement physique (plus petit toutefois) aux psilocybes cérulescents du Mexique, mais aussi pour sa ressemblance des conditions de croissance.
En 1962, Albert Hofmann pratiqua un essai chromatographique sur 0,45 g de Psilocybe semilanceata sec, il met ainsi en évidence que le champignon renfermait 0,4 % d’une substance indolique probablement identique à la psilocybine. C’est la première fois dans l’histoire scientifique que l’on découvre une espèce contenant de la psilocybine en Europe. Mais les recherches sur celle-ci furent abandonnées car cette espèce fut, dans les années 1960, considérée comme inintéressante.
Dix ans plus tard,dans les années 1970,grâce aux nouvelles méthodes de chromatographies, on a démontré que le Psilocybe semilanceata contenait environ 1 % de psilocybine, taux qui dépasse celui des espèces les plus puissantes du Mexique. Depuis, ce champignon est devenu le champignon psychédélique de référence en Europe. Sa composition est la suivante:

  • Eau : 90 % du champignon frais.

Les valeurs qui suivent sont données pour les champignons secs :

Rappel: ces valeurs moyennes peuvent varier énormément d’un champignon à l’autre, en Finlande, par exemple, on a trouvé un spécimen contenant 2,37 % de psilocybine.
La taille des champignons joue également un rôle, plus ils sont petits, plus leur concentration en psilocybine est élevée. Le poids d’un champignon sec est en moyenne de 30 à 50 mg, il contient donc environ 0,3 à 0,5 mg de psilocybine.

Potentiel thérapeutique[modifier | modifier le code]

Les recherches actuelles en neuropsychiatrie se penchent sur l'activité sérotoninergique de la psilocybine qu'on trouve dans la majorité des champignons hallucinogènes. Compte tenu de la forte variation du taux des molécules actives dans les champignons à psilocybine, les utilisations thérapeutiques, en Occident, se sont généralement faites avec la molécule de psilocybine isolée contrairement aux utilisations traditionnelles qui emploient le champignon en entier. Ceci permet d'avoir un dosage plus précis et de ne pas être soumis aux aléas de la nature. Les études concernant le potentiel thérapeutique de la psilocybine entrent en jeu dans les traitements suivants :

  • Traitement des TOC (Trouble obsessionnel compulsif): la psilocybine utilisée de manière contrôlée à faible dose s'est révélée être un excellent traitement pour les patients souffrant de TOC (troubles obsessionnels compulsifs). Une expérience menée sur des individus a démontré une amélioration spectaculaire chez tous les sujets et a pu être quantifiée : grâce à la psilocybine leurs symptômes obsessionnels ont diminué de 25 % sur l'échelle d'obsessions et de compulsions de la "Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale"[3]. Il va de soi que l'usage était cadré et supervisé par des médecins et qu'une auto-médication comporte des dangers.
  • Traitement de l'algie vasculaire de la face : la psilocybine contenue dans certains champignons est un traitement efficace pour l'algie vasculaire de la face, céphalée extrême qui résiste à presque tous les traitements actuels[4].
  • Traitement de l'anxiété et de la dépression relative à la mort chez les patients cancéreux : le professeur Griffith de l'université de Hopkins a démontré que le principe actif nommé « psilocybine » contenu dans certains champignons hallucinogènes a fait ses preuves lors de tests sur des patients déprimés atteints de cancer en phase terminale. D'après cette étude, l'usage contrôlé de psilocybine induit une diminution de l'anxiété chez le patient, une meilleure acceptation de la peur de la mort ainsi qu'une amélioration de l'humeur, une diminution voire une suppression de la dépression[5],[6].

Risque pour la santé[modifier | modifier le code]

La psilocybine contenue dans ce champignon ne cause pas de dépendance psychologique ni physique[7],[8]. En revanche, dans des cas relativement rares, la consommation de champignons hallucinogènes peut révéler une schizophrénie et d'autres troubles psychologiques pouvant perdurer plusieurs jours ou même indéfiniment après la prise[9]. Étant donné qu'il est complexe de déterminer si le sujet possédait des troubles psychologiques latents avant la consommation, il est difficile de savoir si la psilocybine a déclenché le trouble ou si elle a simplement révélé un trouble déjà latent chez le sujet. Les utilisations récréatives sont risquées : la conduite d'un véhicule, un environnement qui n'est pas sécurisé et des objets dangereux peuvent se révéler fatals lors du comportement imprévisible d'un individu sous l'emprise de champignons hallucinogènes. De plus, les sujets n'étant pas préparés ni encadrés peuvent éventuellement subir un choc émotionnel relatif à l'expérience hallucinogène. À ce sujet, afin de réduire les risques lors des recherches expérimentales, les chercheurs en psychopharmacologie de l'université Johns-Hopkins ont établi un protocole qui déconseille l'usage de la psilocybine chez les personnes souffrant de schizophrénie ou ayant des cas de psychoses au niveau des deux premiers degrés de parenté. Il exclut aussi les personnes atteintes de troubles bipolaires ou les individus présentant des traits d'humeur trop labiles ou au contraire trop rigides[10].

Habitat[modifier | modifier le code]

Les psilocybes semilanceatas poussent généralement en groupe dans les prairies aux sols acides surtout dans les parcs à moutons, à chevaux et à vaches non artificiellement fumés, au sein d’une végétation variée, sur sol très acide, dans des lieux à la fois notablement humides et ensoleillés.
Contrairement aux rumeurs, le Psilocybe semilanceata ne pousse pas directement sur les excréments d’animaux mais à proximité contrairement à d'autres champignons psycho-actifs comme le psilocybe cubensis ou la Panaeolus sphinctrinus qui peuvent croître directement dans les déjections d'animaux herbivores.

Confusions possibles[modifier | modifier le code]

Chaque année, de nombreux accidents se produisent car Psilocybe semilanceata ressemble à d'autre champignons qui sont toxiques[réf. nécessaire]. On confond parfois Psilocybe semilanceata avec des champignons toxiques du genre Mycena.

Anecdote[modifier | modifier le code]

  • Le premier témoignage d'une intoxication au psilocybe semilanceata date de 1799. Une famille anglaise avait préparé un repas avec ces champignons ramassés accidentellement dans un parc londonien. Le père et ses quatre enfants furent pris d'un fou rire suivi d'un délire[11].
  • Le psilocybe semilanceata est choisi comme sujet principal de la chanson Mangez-moi ! Mangez-moi ! de Billy Ze Kick et les Gamins en Folie.

Législation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Champignon hallucinogène.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Weil A. (2004). The Marriage of the Sun and Moon: Dispatches from the Frontiers of Consciousness. Boston, Massachusetts: Houghton Mifflin. p. 77. (ISBN 0-618-47905-8)-
  2. Plantes des Dieux, Hoffman & Shultes, Ed. Lézard
  3. http://www.neuropsychiatrie.fr/extranet/upload/article/251205404_67-69%20La%20l%C3%A9sion%20de%20l%27insula%20bloque.pdf →]
  4. Sewell RA, Halpern JH, Pope HG Jr. (2006). "Response of cluster headache to psilocybin and LSD". Neurology →]
  5. http://clinicaltrials.gov/ct2/show/NCT00465595 →]
  6. http://www.heffter.org/video.htm
  7. http://www.cesar.umd.edu/cesar/drugs/psilocybin.asp →]
  8. http://www.erowid.org/chemicals/psilocybin/psilocybin_article1.shtml
  9. http://www.hopkinsmedicine.org/Press_releases/2006/GriffithspsilocybinQ →]
  10. http://csp.org/psilocybin/HopkinsHallucinogenSafety2008.pdf
  11. Brande E. (1799). "Mr. E. Brande, on a poisonous species of Agaric". The Medical and Physical Journal: Containing the Earliest Information on Subjects of Medicine, Surgery, Pharmacy, Chemistry and Natural History 3: 41–44.