Prova d'orchestra

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Répétition d'orchestre

Titre original Prova d'orchestra
Réalisation Federico Fellini
Scénario Federico Fellini
Brunello Rondi
Sociétés de production Drapeau : Italie Daimo Cinematografica
Drapeau : Italie Radiotelevisione Italiana
Drapeau : République fédérale d'Allemagne Albatros Filmproduktion
Pays d’origine Drapeau de l'Italie Italie
Allemagne de l'Ouest Allemagne de l’Ouest
Genre Comédie dramatique
Sortie 1978
Durée 70 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Répétition d'orchestre (Prova d'orchestra) est un film germano-italien réalisé par Federico Fellini, sorti en 1978.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Dans un oratoire du XIIIe siècle, un orchestre symphonique (formation d'une quarantaine de musiciens) répète une œuvre de Nino Rota (même si le nom du compositeur n'est jamais mentionné). Le représentant syndical de l'orchestre vient prévenir les musiciens qu'une équipe de télévision va venir filmer la répétition, et interviewer les musiciens qui le souhaiteront.

On ne verra jamais l'équipe technique, à laquelle les musiciens, tour à tour, confient, sur un mode plus ou moins sérieux, leur point de vue sur leur instrument, sa place dans l'orchestre, ses relations avec les autres instruments ou groupes d'instruments ; il ressort de l'impression générale que chaque pupitre juge son instrument le plus important, le plus riche en possibilités, en émotions, et souvent critique les autres pupitres pour l'importance qu'ils se donnent, à tort d'après eux.

Puis le chef d'orchestre arrive, la répétition commence, mais on sent un très net antagonisme entre le "maestro", qui voit l'orchestre comme un instrument entre ses mains pour la création d'une œuvre, et les musiciens, qui se comportent moins comme des artistes que comme des salariés de la musique : loin de sacraliser leur rapport à l'art, ils profitent de chaque instant où ils ne jouent pas pour boire, manger, écouter la radio, se chamailler pour des détails techniques ou relationnels, et font souvent référence à leur syndicat, porte-parole de leurs revendications ou de leurs frustrations.

Le chef d'orchestre se montre fort cassant dans les indications qu'il donne à l'orchestre - il s'agit plutôt d'insultes quant à leur façon de jouer, à leur sensibilité artistique, et la répétition est interrompue par une "double pause syndicale" (soit vingt minutes) après une durée sensiblement équivalente de travail, sur un premier mouvement demandant de la légèreté, qui a tourné à l'échec, et un second, allegro, où le chef a au contraire demandé plus d'énergie, ce qu'il semble en fin de compte avoir obtenu.

L'équipe de télévision, toujours en caméra subjective, en profite pour interroger le maestro. Celui-ci déplore l'évolution de l'orchestre, qui a fait que ce qui était un ensemble soudé autour de son chef par l'amour de l'art est devenu un regroupement forcé d'individus aux intérêts antagonistes "unis par la haine".

Soudain, une coupure de courant interrompt l'entrevue, et lorsque le chef sort pour en connaître les raisons il constate que l'orchestre s'est transformé en une sorte de "happening" théâtral comme il s'en faisait beaucoup au début les années 70, avec revendications de "liberté artistique", dénonciation de l'autorité, improvisations diverses, désordre revendiqué, graffitis sur les murs et amour libre. Il s'agît d'une révolte contre le chef d'orchestre, mais moins d'une révolte "sociale" (où les musiciens demanderaient des améliorations de leurs conditions de travail) que d'une révolte "artistique" (ils revendiquent principalement la liberté de créer leur propre musique).

Depuis quelque temps, l'ensemble du décor est agité de coups sourds à intervalle régulier. Les chocs s'amplifient, les musiciens découvrent avec horreur que les murs de la salle se lézardent, puis commencent à tomber, sous les coups d'une boule d'acier manœuvrée sans doute par une grue, du type qu'on emploie pour démolir les immeubles.

Après l'apparition de la boule, qui fait tomber un pan de mur sur la harpiste, tout "rentre dans l'ordre" : la démolition semble cesser, la "révolte" des musiciens aussi, la répétition reprend, sous les cris du chef d'orchestre, toujours plus cassant.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Analyse[modifier | modifier le code]

Si dans le fond, la narration du film est très simple, et linéaire (unité de lieu, d'action et de temps), le film présente plusieurs thèmes :

  • la création musicale, en particulier le rôle de chacun des intervenants :
    Par opposition à l'image lisse, parfaite d'un orchestre en représentation, on découvre les musiciens comme des être humains, qui doivent composer pour trouver un accord.
  • la révolte contre l'autorité :
    cela semble le second thème du film (l'orchestre représentant une métaphore de la société, avec la montée contre les individualismes, la remise en cause de l'autorité, puis, face à un danger collectif, la destruction du bâtiment, le retour à l'ordre et à la soumission), mais en fait cette "révolte" reste très théâtrale, caricaturale, bref on peut se demander si Fellini, plutôt que de montrer une révolte, ne cherche pas à tourner en dérision les évènements des dix dernières années (1968 - 1978).
  • le rôle de la télévision, qui donne à chaque individu l'occasion d'exprimer ses sentiments, sans filtre, comme ferment de la révolte, en exaltant les aigreurs de chacun.
  • à l'époque de sa sortie, plusieurs critiques se sont demandé si le fait que le chef d'orchestre soit allemand, et harangue ses musiciens de façon très brutale, qui n'est pas sans rappeler les discours de Hitler, n'était pas une métaphore de la Seconde Guerre mondiale ; cette analyse se heurte cependant au fait que le film semble démontrer que l'autorité, représentée par le chef d'orchestre, est finalement nécessaire ; on imagine mal Fellini faire en 1978 un manifeste pro-Nazi.

Accueil[modifier | modifier le code]

« Federico Fellini… Qui pourra jamais expliquer son secret ? Il lui suffit de paraître pour qu'aussitôt quelque chose se passe, à quoi tout le monde pensait, mais dont nul avant lui, à commencer par ses confrères, ne semblait avoir eu l'idée. Prova d’orchestra nous en fait une nouvelle et admirable démonstration. »

— François Chalais, Le Figaro Magazine, 19 mai 1979

« Le talent reste immense, mais l'entreprise a ses limites et Prova d’orchestra se présente comme une parenthèse dans l'œuvre du créateur de films géniaux comme La dolce vita, Huit et demi ou Amarcord. Presque toujours, Fellini nous attire irrésistiblement dans son propre univers. Avec Prova d’orchestra il a simplement entrouvert une fenêtre sur le monde. »

— Robert Chazal, France-Soir, 9 juin 1979

« De l'enfer automobile des films-catastrophes au cauchemar historique, en passant par le christianisme de l'angoisse de St Jean et le symbolique de Jung, "Répétition d’orchestre" est un peu l'Apocalypse Now de Fellini. Au festival de Cannes, ce petit film égalait les grands, concurrençant les effets spéciaux de Coppola par les effets de ce qu'on pourrait appeler le néoréalisme pervers. »

— Gilbert Rochu, Libération, 06 juillet 1979

« Tourné en seize jours pour la télévision italienne, Prova d'orchestra n'est évidemment pas un reportage aimable ou anodin. Mais une fable tragique où le baroque et le fantastique transcendent toute tentation didactique. Une allégorie mortelle qui serait en même temps un coup de semonce. Le maître de Cinecittà n'est pas très loin ici d'Artaud et de son "Théâtre de la cruauté". Car sa drôle d'apocalypse peuplée de pantins qu'éclaire une lumière blafarde (…) est aussi porteuse d'interrogations majeures. »

— Michel Boujut, Les Nouvelles littéraires, 14 juin 1979

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]